vendredi 24 octobre 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Pas touche au zizi !

Ceux qui prétendent que notre société ne régresse pas au niveau de l'évolution des mœurs et de la tolérance, devraient changer d'avis devant l'exemple de l'exposition "Zizi sexuel" à la Cité des Sciences.
Sur des illustrations de Zep, le créateur de la bande dessinée Titeuf, l'exposition vise à expliquer la sexualité et l'amour aux 9-14 ans. Ludique et rigolote, elle remporte un beau succès. Sauf auprès de l'association "SOS éducation" qui a lancé une pétition pour dénoncer la façon dont les choses du sexe sont montrées aux enfants. Une pétition qui aurait déjà récolté plus de 37 000 signatures.
Question : où étaient ces 37 000 personnes en 2007, l'année de l'inauguration de l'expo. Car il n'y a rien de nouveau à la Cité des Sciences.Tous les secrets du "zizi sexuel" étaient déjà exposés à l'époque. Et personne pour s'insurger. Au contraire, les commentaires étaient élogieux pour saluer le tact et l'intelligence des panneaux, animations et autres décors.
Ce qui était "intelligent" il y a 7 ans serait devenu "grossier et vulgaire" aujourd'hui ? Mais selon quels critères ? Sommes-nous en 2014 ou en 1014 ?
En fait il semble que ces réactions de pudibonderie excessive soient en lien direct avec l'émergence de tous ceux qui ont manifesté contre le mariage pour tous et dénoncé la soi-disant théorie du genre enseignée au primaire. La différence avec 2007 ? Les "réacs", les tenants de l'immobilisme et de la vénération du passé, sans être plus nombreux, deviennent surtout plus bruyants.
Danger ! Leur liberté de parole est inversement proportionnelle à notre liberté, tout court.

DVD - Engrenage fatal en Méditerranée avec "The Two Face of January"

Adapté d'un roman de Patricia Highsmith, « The Two Face of January » est un film noir comme on en voyait régulièrement dans les années 60. Hossein Amini, le réalisateur, avoue une grande admiration pour ce genre cinématographique et a particulièrement soigné sa mise en scène et sa lumière pour être fidèle à cette époque.
L'intrigue débute en Grèce. Rydal (Oscar Isaac), jeune Américain, vivote en servant de guide touristique à de riches compatriotes. Au cours d'une balade, il remarque un couple lumineux formé par Chester (Vigo Mortensen) et Colette (Kirsten Dunst). Chester, sous ses airs de millionnaires en villégiature est sur ses gardes. Tout de suite il se sent espionné par Rydal. Colette va se renseigner sur lui et leur destin va alors se retrouver lié. Rydal, petit escroc, tombe amoureux de Colette. Mais cette dernière est liée à Chester, un autre escroc, d'une tout autre envergure. Il a délesté quelques spéculateurs de leurs économies et profite grassement de ce pactole, caché dans une simple valise. Quand un détective privé, mandaté par des clients mécontents, retrouve l'Américain en fuite, la belle vie insouciante prend fin immédiatement.
Le film joue surtout sur les attitudes ambiguës des personnages. Que veulent-ils exactement ? Amour ou profit ? La fuite passe par les magnifiques paysages de la Crète puis les rues grouillantes et inquiétantes d'Istanbul. Les décors naturels somptueux rattrapent un peu l'intrigue par trop simpliste et prévisible.

« The Two Faces of January », Studiocanal, 17,99 euros.


Cinéma - "Chante ton bac d'abord", un documentaire qui parle aux jeunes

Dans « Chante ton bac d'abord », David André a filmé l'année scolaire de cinq élèves d'un lycée à Boulogne-sur-Mer. Ils préparent leur bac et nous le racontent... en chansons.


Il y a Nicolas, le poète, Rachel, la grosse tête un peu timide, Gaëlle qui se rêve en marionnettiste, Caroline l'indécise partagée entre le désir de devenir archéologue.. ou tatoueuse et Alex, le fils de rocker totalement « je-m’en-foutiste » et on le serait à moins quand, comme lui, on réchappé à un cancer à l'âge de trois ans. Cinq jeunes de 17 ans, pas encore adultes mais plus vraiment adolescents. Cinq amis conscients que l'obtention du bac est la porte ouverte pour tous leurs rêves, le ticket d'entrée dans un autre monde où ils auront enfin les coudées franches. Cinq « belles âmes » vedettes d'un documentaire de David André au ton unique.

Le réalisateur a eu l'idée de génie de faire chanter ses témoins. Le film est ainsi entrecoupé de 11 plages musicales courtes. Gaëlle est la première à pousser la chansonnette. On la voit dans son quotidien, avec ses amis, en cours, affrontant ses parents sur sa future orientation professionnelle, puis dans une grande fluidité de narration, elle chante sa vie, ses envies, ses désespoirs et ses doutes. Alors, une grosse boule d'émotion étreint l'estomac du spectateur qui n'a pas totalement oublié sa jeunesse. On constate que la musique reste un des meilleurs vecteurs de sentiments. Alex, avec sa bouille ronde, sa crête rouge et ses piercings dans les lèvres, s'est façonné un personnage. Il se dévoile complètement quand il entre dans une église et chante sa philosophie de vie. Caroline, quasiment mutique face à ses parents, paumée dans ses paradis artificiels, prend une tout autre dimension quand elle chante son désir d'évasion, sa volonté de « partir loin d'ici ». 
Le documentaire, loin de se contenter de la vision des jeunes, donne également la parole aux parents. Le « panel » est très représentatif, de la maman au chômage totalement démissionnaire au papa angoissé par les débouchés professionnels à la maman excessivement fière des bons résultats de son « poussin ». L'ensemble est d'une cohérence, d'une force et d'une vérité que n'atteindra jamais aucune fiction. Jusqu'à la chanson finale, où les jeunes, ensemble, chantent leur tristesse de se séparer à la fin de ces belles années lycée.
A l'heure des télé-réalités idiotes, déformant l'image de la jeunesse actuelle, ce film donne une vision beaucoup plus positive, plus optimiste et pleine d'espoir. Car oui, les rêveurs ont encore une place dans notre société.

jeudi 23 octobre 2014

DVD - Jeunes à la dérive dans « Palo Alto »



Dans la catégorie « Je suis fils de... et je fais ce que je veux » Palo Alto remporte tous les oscars possibles et imaginables. La réalisatrice, Gia Coppola est la petite fille de Francis et la nièce de Sofia, Jack Kilmer, l'interprète principal, le fils de Val et Emma Roberts, la vedette féminine, la nièce de Julia. Du très lourd au niveau patronyme. Et de quoi parle la jeunesse dorée d'Hollywood quand elle décide de passer derrière et devant la caméra ? De leur vie de pauvre petits adolescents riches et cyniques. « Palo Alto » est un film désenchanté sans la moindre lueur d'espoir. Teddy (Jack Kilmer), un peu poète, subit la mauvaise influence de Fred, aux idées bêtes et destructrices. Il est amoureux d'April (Emma Roberts), gentille fille effacée, joueuse de foot amoureuse de son entraîneur (James Franco) qui n'hésite pas à en profiter. Et puis il y a Emily (Zoe Levin). Elle a le béguin pour Fred. Mais ce dernier, odieux, n'y voit qu'une poupée gonflable idéale pour assouvir ses envies de sexe. La caméra, aussi déshumanisée que leurs existences, suit ces jeunes entre parties alcoolisées, réunions familiales et délires solitaires dans leurs chambres rose bonbon. 
On ne sait que penser en regardant ces jeunes à la dérive. La réalisatrice a-t-elle voulu dénoncer cette non-vie ou au contraire la présenter au public, comme une sorte d'autobiographie avant l'heure ? Difficile de rentrer dans ce monde tant il semble à des lieues de la vraie vie. Pourtant il existe et tend à devenir la norme dans tous les pays industrialisés et développés. Mais cela n'empêche pas d'avoir le regard d'un voyeur involontaire, témoins d'un univers qui nous est totalement étranger et que pour rien au monde on voudrait laisser à nos enfants.
« Palo Alto », Pathé, 19,99 euros


DE CHOSES ET D'AUTRES - Cloisonnons les open space

De l'intimité ! L'employé français et plus généralement européen n'en peut plus de travailler dans un open space. Il veut un bureau pour pouvoir s'isoler, travailler au calme, dans le silence. Ce constat n'a rien d'une révolte personnelle contre le vaste plateau qui accueille la rédaction de l'Indépendant (même si parfois...), mais simplement les résultats
d'une étude sur les conditions de travail.
L'open space remporte une nouvelle fois l'unanimité contre lui. Ce modèle, défendu par certains communicants comme la meilleure façon de faire travailler ensemble toute une équipe n'est en fait que la solution économique pour caser plus de monde sur une même surface de bureau. Un peu comme si certains hôtels, pour avoir plus de clients, abattaient les murs des chambres et les transformaient en un seul et unique dortoir.
Obligés de cohabiter, certains employés développent des trésors de ruse pour se recréer une bulle. La meilleure solution reste les écouteurs. Autant écouter de la bonne musique au lieu des derniers développements de la crise d'adolescence du fils de Régis de la compta. D'autres réquisitionnent toutes les plantes en pot et se confectionnent un havre vert, à l'abri des regards.
Moi, j'ai tendance à tout garder, vieux dossiers, journaux, livres... Les piles augmentent, tels des remparts de pacotille.
Alors, halte à ce nouveau genre de "souffrance" au travail ! Même si cette revendication semble bien futile pour les chômeurs et autres ouvriers, à la chaîne, ou obligés de subir les aléas de la météo...
En bonus internet, cette compilation vidéo de quelques "pétages de plomb" dans des open space...

mercredi 22 octobre 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Disparitions prévisibles

Elle était la dernière à ajuster chaque jour sa coiffe bretonne traditionnelle. Maria Lambour, 103 ans, s'est éteinte dans le Finistère. Elle était devenue une vedette de la télévision en apparaissant dans la publicité Tipiak. Son décès marque donc la fin d'une Bretagne vivante et authentique. Il y a peu, le dernier Poilu disparaissait et projetait du même coup la guerre 14/18 dans l'Histoire tout court. Inéluctablement, tout s'efface, tout disparaît. Sans vouloir me poser en concurrent des prophètes et autre voyants, je peux imaginer quelques étapes incontournables de notre société.
2040 : fermeture de la dernière boucherie chevaline dans la Creuse. Manger du cheval est impossible, en 41 ce sera illégal.
2060 : dernière transplantation cardiaque. Les cœurs artificiels, parfaitement au point, remplacent avantageusement la loterie du don d'organe.
2070 : fermeture de la dernière pompe à essence. En dix ans les véhicules électriques ont accaparé 99 % de la production automobile. De toute manière, il ne reste plus une goutte de pétrole...
2100 : démantèlement de la centrale de Fessenheim, dernière à produire de l'électricité grâce à la technologie nucléaire sur le sol français.
2120 : arrêt de la production de l'iPhone 22, ultime version des smartphones, détrônés par les implants psychiques neuronaux aptes à la communication par télépathie.
2180 : Kevin, dernier Français à porter la frange disparaît dans l'anonymat. Il entretenait sa fantaisie capillaire depuis son adolescence, malgré les moqueries de six générations successives.

mardi 21 octobre 2014

BD - Aberration urbaine dans "Memphis" de Rodolphe et Marchal


En cage ! Plus les personnages principaux de cette série fantastique de Rodolphe et Marchal progressent dans leurs recherches, plus l'évidence s'impose à eux : ils sont prisonniers d'une ville qui a cessé d'évoluer depuis des décennies. L'action se déroule à Memphis et donne son nom à la série. Cette ville moyenne américaine, célèbre pour avoir hébergé Elvis Presley, a le look des années 60. Pourtant l'action se déroule de nos jours. Louis et Roosevelt, journalistes au quotidien local, ont découvert dans le premier album que toutes les routes sortant de Memphis sont coupées. 
Et parfois, des aberrations apparaissent. Comme ce livre trouvé sur un vide-greniers. Il est consacré à Elvis. Et le dernier chapitre présente sa maison. Or, quand Louis cherche cette fameuse bâtisse, soit-disant très prisée des fans et des touristes, il ne la trouve pas. Comme si le Memphis dans lequel il vivait était une version différente de celui présenté dans ce livre. Par petites touches Rodolphe fait progresser l'intrigue jusqu'au dernier coup de théâtre qui permettra certainement de relancer l'attente du lecteur...

« Memphis » (tome 2), Glénat, 13,90 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Voir Mars et mourir



68 jours. Pas un de plus. Des scientifiques ont sérieusement étudié l'idée de Mars One, une société néerlandaise, d'envoyer des hommes et des femmes sur Mars pour un aller simple. Résultat, ils meurent par asphyxie au bout de 68 jours… Ce sont les plantes amenées avec les colons qui produiront trop d'oxygène. Et la technologie pour rééquilibrer l'atmosphère des habitats de vie n'est pas encore au point.

Voilà qui devrait refroidir les ardeurs des 200 000 personnes postulantes au départ. Contrairement aux prévisions des concepteurs du projet, la mission n'est pas du tout autosuffisante.
Pourtant, il existe toujours des moyens pour faire mentir les scientifiques. La preuve avec la récente parution d'un roman aux éditions Bragelonne. Certes, c'est un récit de science-fiction, mais Andy Weir, l'auteur, a multiplié les explications scientifiques pour justifier le titre de son livre "Seul sur Mars". Dans un futur proche, la Nasa envoie des missions habitées sur Mars. La troisième subit un peu le même sort qu'Appollo 13. Une énorme tempête, au bout de deux jours, oblige l'équipage à rejoindre en urgence le vaisseau resté en orbite. Seul Mark Whatney, le "mécanicien et homme à tout faire" rate l'embarquement. Il se retrouve donc seul sur Mars avec une durée de vie très limitée. Comme la prochaine mission n'arrive que dans trois ans, il va devoir trouver des solutions pour assurer sa survie : fabriquer de l'eau, faire pousser des légumes.

Alors 68 jours ? J'ai la solution : Mars One emporte ce livre dans ses soutes et ce cap fatidique sera facilement dépassé.

lundi 20 octobre 2014

BD - Le débarquement d'Alix sur l'île de « Britannia »



Alix, Gaulois passé au service de Rome, a survécu à son créateur Jacques Martin. Comme pour Blake et Mortimer, plusieurs équipes se succèdent pour prolonger cette série historico-réaliste. Le 33e titre de la collection conduit le héros sur Britannia, île sauvage et réfractaire aux bienfaits de l'empire romain. César, la Gaule quasi pacifiée, décide d'envahir l'île si proche et si lointaine à la fois. Il embarque dans son armada Alix, Enak et un chef celte chassé du pouvoir par le « méchant » de l'album, Cassinos. Intrigue complexe avec traitrise, double jeu et guet-apens dans un album tout à fait dans la lignée des premiers titres de la saga. Mathieu Bréda au scénario mélange avec bonheur véritable histoire et faits romancés. L'Angleterre est déjà présentée comme une entité à part dans cette Europe romaine sans frontières. Résister aux envahisseurs de toutes sortes semble déjà ancré dans les gènes de ces tribus celtes désunies, sauf quand l'invasion menace. Pour le dessin, on retrouve Marc Jailloux qui avait placé la barre très haut avec sa première incursion dans l'univers d'Alix. La réussite est évidente, « Britannia » semblant véritablement avoir été dessiné par Martin il y a 30 ans...

« Alix » (tome 33), Casterman, 10,95 €

dimanche 19 octobre 2014

BD - Fatale et Perico, histoires de femmes en cavale

L'une veut échapper à une vie de prostitution à Cuba, l'autre à un passé de femme battue. Leur point commun : elles sont trop belles pour des hommes sans cœur.


« Fatale », polar de Jean-Patrick Manchette paru en 1977 est peut-être le plus sombre et nihiliste des romans de l'écrivain trop tôt disparu. Doug Headline en signe l'adaptation et Cabanes les dessins. Un récit au long cours de 130 pages avec des airs de Simenon pour la description des notables de banlieue et de roman noir américain pour le personnage d'Aimée. La jeune femme aux cheveux noirs apparaît dès les premières pages. Une partie de chasse entre amis. L'un d'entre eux s'isole. Aimée arrive, lui sourit, le tue. Dans le train de nuit qu'elle prend dans la foulée, elle change de tête. Blonde et bouclée, elle débarque à Bléville. Son bord de mer, ses industries agroalimentaires. Sous une couverture de riche veuve qui cherche une propriété tranquille, elle s'intègre à la bonne société de la cité. Industriels, médecin, notaire : elle les intrigue et devient l'amie de leurs femmes. Patiemment Aimée va tisser sa toile d'araignée pour tout connaître de leurs travers, grands et petits secrets. Alors elle pourra faire ce pour quoi elle est venue. La BD, fidèle au roman, est le portrait d'une femme dangereusement désespérée. Son passage à Bléville laissera des traces. Rouges et sanglantes...

La belle Livia est elle aussi au centre de « Perico », série écrite par Régis Hautière et dessinée par Philippe Berthet. Cette jeune Cubaine, après une enfance malheureuse, est vendue à un parrain de la drogue. Dans la première partie, elle profite de la fuite aux USA du jeune Joaquim, un employé du trafiquant, pour s'évader avec lui. Ils volent au passage une valise pleine de billets. La seconde partie du récit vient de paraître et se déroule entièrement aux USA, à la fin de ces années 50 où la corruption est partout. Le rêve américain aussi. Livia voudrait devenir actrice à Hollywood. Dans une belle décapotable, elle va traverser les States avec Joaquim en chevalier servant. Mais le rêve devient cauchemar... un trio de tueurs cubains, bénéficiant de complicités dans la police et les syndicats de routiers, va traquer les deux jeunes en cavale. Berthet, qui a désormais sa propre collection (Ligne noire), excelle dans ces décors rétros. Il revient un peu à ses premières amours, du temps du « Privé d'Hollywood » avec Bocquet et Rivière.
« Fatale », Dupuis, 22 euros
« Perico » (tome 2), Dargaud, 13,99 euros