dimanche 28 avril 2013

Roman - Arnaque au monstre par Josh Bazell

Ancien tueur à gages devenu médecin, Peter Brown, le héros imaginé par Josh Bazell, se lance sur les traces d'un monstre marin terrorisant une région du Minnesota.

Comment concilier la profession de médecin avec celle de tueur à gages pour la mafia ? Normalement, des incompatibilités empêchent de faire les deux en même temps. Pas pour Peter Brown. Il a son diplôme et pour payer ses études, il a « pigé » pour la pègre américaine. La personnalité complexe du héros donne tout son sel à ce roman de Josh Bazell. C'est la seconde apparition de Peter. Dans un premier volume « Docteur à tuer » (Lattès, 2010), on découvrait pourquoi il s'est retrouvé dans cette position schizophrénique au possible. Pourquoi aussi il était devenu un ennemi absolu de la Camorra et que de chasseur il s'était transformé en gibier. Obligé de se cacher, avec l'aide du service de la protection des témoins, Peter a changé d'identité. Au début de « Monstre à tuer », il est Lionel Azimuth, médecin à bord d'un paquebot de croisière. Pour quelqu'un qui a une phobie complète de l'eau et des requins, il y a mieux.
Heureusement il reçoit une nouvelle proposition d'emploi. Un riche millionnaire a besoin de ses talents particuliers pour protéger une amie. Lionel, pas spécialement emballé, accepte cependant car il ne supporte plus l'ambiance de croisière perpétuelle. Le voilà en route vers Ford, ville paumée du nord du Minnesota. A ses côtés Violet Hurst, paléontologue. Ils sont au service d'un riche excentrique, millionnaire reclus, qui en échange d'un gros paquet de dollars accepte de participer (par procuration) à une chasse au monstre. Un serpent géant, déjà mentionné dans les légendes indiennes. Il y a un an, deux jeunes amoureux, se bécotant au bord du lac White, se sont faits boulottés par le monstre. Bien sûr rien n'est prouvé. L'autopsie officielle affirme qu'ils ont été déchiquetés par l'hélice d'un bateau à moteur. Mais pour Reggie, l'organisateur du safari, pas de doute, c'est « William », le « Nessie » américain qui a fait le coup...

Trop belle Violet
Scientifique et donc sceptique par nature, Lionel a bien des difficultés pour se concentrer sur sa mission. Il ne doit pas véritablement démontrer la supercherie, il est essentiellement chargé de protéger Violet. La belle paléontologue, supposée petite amie du millionnaire, est exactement le type de femme de Lionel. Il ne peut s'empêcher de la dévorer des yeux. Et comme elle a du répondant, c'est sportif. « Elle se fige brusquement. Les femmes ont un sixième sens pour savoir quand on regarde leurs seins. Le jour où on aura trouvé le moyen de tromper leur radar, ce sera le bonheur. » Avec Violet, Peter va longtemps hésiter. Son patron millionnaire lui a demandé de la protéger, pas de la séduire. Le problème c'est que l'expédition dans les forêts et les lacs perdus vire au camping sauvage, avec une seule tente, petite de surcroit, pour les deux. Comment garder la tête froide quand on est allongé si près d'un corps parfait... et nu.
Par chance Peter devra retrouver ses réflexes de tueur quand l'aventure va se compliquer. Gang de dealers locaux, personnalité politique de premier plan, star du cinéma, médecin véreux et mère éplorée (ivre de vengeance) vont entrer en scène, transformant le périple dans la nature sauvage en épopée « ramboesque ». Sans oublier la réapparition de la mafia, toujours à la recherche de Griffe d'Ours, ancien nom de Peter, avant qu'il ne passe à l'ennemi.
Ce polar de Josh Bazell, parfaitement documenté (on en apprend beaucoup sur le réchauffement climatique, les légendes indiennes, la théorie de l'évolution et les effets du LSD), ne se prend jamais au sérieux. Même si parfois la situation est dramatique, voire désespérée, Lionel ne panique quasiment pas. Sauf quand Violet est en danger. Là, mieux vaut ne pas trop le chercher...
Michel LITOUT
« Monstre à tuer », Josh Bazell, Lattès, 20,50 €

samedi 27 avril 2013

Billet : Clichés modernes

Je dis ça, je dis rien, mais écrire cette chronique au quotidien, c'est que du bonheur.
- "Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d'alu" me réplique ma femme, sceptique, comme une fosse. Ton problème, c'est de trouver une idée. 
Certes, mais une de perdue, dix de retrouvées et puis même si j'ai du retard à l'allumage, quand c'est parti, c'est parti et jamais deux sans trois.  
Allô ! Non mais allô quoi, quelle mouche te pique ? 
C'est simple, je viens de découvrir le mot-dièse #expressionsinsupportables sur Twitter. Et le début de ce texte est composé à 80 % de quelques-uns de ces tics de langages qui ont le don de m'énerver (à part la marmotte de ma chérie...)
Les internautes se sont défoulés, offrant à l'observateur des us et coutumes des titilleurs de mulot un superbe best-of des formules toutes faites, passe-partout, énervantes ou désuettes. En fonction de l'âge du contributeur, les variations sont nettes. « Moi à ton âge, j'avais pas tout ça » ou « Et le repas, il va se cuisiner tout seul ? » sont réservés aux plus de 40 ans. Chez les jeunes le « T'es où ? » l'emporte d'une courte tête devant le « Tu fais quoi ? ».
Et puis on retrouve inévitablement ceux qui tentent de récupérer politiquement le jeu le plus populaire du moment sur Twitter. « Moi, président, j'inverserai la courbe du chômage » est ex-aequo avec « Travailler plus pour gagner plus ».
PS : Si vous voulez faire le plein  d'expressions insupportables ruez vous sur le livre hilarant "Je dis ça, je dis rien" d'Adèle Bréau aux éditions Tut-Tut. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant  

vendredi 26 avril 2013

BD - Final explosif pour "Blue Estate" de Kalvachev

Speed et délirant, la quatrième et dernière partie de « Blue Estate », comics dirigé par Victor Kalvachev, ne décevra pas les fans de la série. Comme dans tout bon film au gros budget, le final doit être spectaculaire, détonnant et étonnant. Pas de tromperie sur la marchandise dans ces 80 pages qui claquent comme les coups de feu des différents gangs. Dans cette sombre histoire de cheval de course, de pari truqué, d'argent sale de la mafia, de sexe, d'héritage et de rivalité entre Italiens et Russes, c'est la police qui finalement tirera les marrons du feu. Il y aura également quelques rescapés parmi les différents protagonistes. Notamment les deux qui se dorent la pilule sur une plage des Caraïbes en couverture...
L'histoire est toujours l'œuvre de Victor Kalvachev avec la complicité d'Andrew Osborne au scénario. Par contre au dessin, c'est toute une équipe d'illustrateurs qui officie de concert. Des Américains (Johnson, Fox ou Valley) mais également deux petits français Aleksi Briclot et Kieran, déjà entraperçus dans « Spawn » et « We are the night ».
« Blue Estate » (tome 4), Ankama, 13,90 €

Billet - La manif partout et nulle part...

François Hollande a beau affirmer que la loi est passée, les opposants au mariage pour tous ne lâchent rien. Un regain de mobilisation particulièrement visible sur les réseaux sociaux. C'est sur le net que le mouvement « Un papa + une maman : on ne ment pas aux enfants » a quasiment fait son apparition. Il se poursuit sur Facebook et Twitter ainsi que via les SMS et les emails envoyés quotidiennement aux militants.


Le mariage pour tous s'est transformé en Manif partout, déclinée en page Facebook et compte Twitter. Le principe est simple et rappelle un peu les actions de la Résistance ou des manifestants de Mai 68. « Chaque jour, une action à faire. Nous sommes des milliers à faire cette action au même moment. Donc on en parle partout. »

En théorie seulement. Malgré plus de 10 000 inscrits, les  coups d'éclat de la Manif partout brillent surtout par leur incognito. Il est vrai que ce n'est pas à coup de dessins d'enfants envoyés à l'Elysée, d'appels téléphoniques au rectorat ou de coups de klaxon à midi pile sur l'air de « Taubira, ta loi on n'en veut pas » que les lignes vont bouger. Le mouvement, conservateur par nature, manque cruellement d'imagination. En fait, il manque la folie douce et l'inventivité que l'on retrouve... dans les milieux homosexuels.
Et qui sait, dans quelques années, rongés par le conformisme de l'institution du mariage, les gays et lesbiennes seront eux aussi devenus des couples plan-plan. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant.

jeudi 25 avril 2013

Billet - Twitter, nouvel outil de la spéculation ?

En s'informatisant, les marchés financiers mondiaux ont pris le risque d'ouvrir leurs arcanes secrètes aux hackers. Les tentatives de piratages sont légion, mais rarement efficaces. Les spéculateurs ont peut-être découvert lundi une autre façon de se faire beaucoup d'argent en un minimum de temps. A l'origine, l'intrusion par une mystérieuse « Armée syrienne électronique » dans le compte twitter de l'agence de presse américaine AP. Un mini message annonce à 13 h 07 des explosions à la Maison Blanche, « Barack Obama est blessé ». Les 2 millions d'abonnés répercutent immédiatement l'information. 13 h 08, le Down Jones plonge. Toutes les valeurs américaines, de Microsoft à Mobil, perdent instantanément plusieurs points. 13 h 10, AP dément d'information. Tout rentre dans l'ordre et l'indice termine même la journée en hausse. Mais les spéculateurs capables d'acheter des actions à moindre coût ont disposés d'opportunités énormes durant ces 180 secondes cruciales. Uniquement grâce au faux tweet...
Cette première va certainement donner des idées. Il suffit de diffuser un tweet bidon sur un compte réputé sérieux et d'en tirer immédiatement les bénéfices. La signature d'un gros contrat (fictif) permet de revendre ses actions au plus haut. A l'inverse, une catastrophe donne la possibilité de lancer un raid boursier au rabais. Qui a prétendu que Twitter n'a pas de modèle économique viable ? 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant.

Billet - La danse urbaine hypnotique de la dame à l'arrêt de bus

Loin de tout buzz fabriqué (genre Harlem Shake), la Dancing Queen de l'arrêt de bus anglais prouve que sur internet, le vrai, le non trafiqué, aura toujours plus de force que tous les plans com' du monde.
Tout commence par un de ces matins gris dans une banlieue anglaise. Un internaute remarque une dame en train de se dandiner à l'arrêt de bus. Il filme la scène avec son smartphone. En net sur-poids, mal fagotée -pantalon large noir, veste polaire bleu ciel, baskets usées), le cheveu filasse : elle incarne l'exact opposé d'une danseuse étoile ou d'une Fauve, la féline vedette de « Danse avec les stars ». Pourtant ces deux minutes de chorégraphie discrète deviennent quasi hypnotiques dès lors qu'on les visionne avec le tube d'Abba, « Dancing Queen » en fond sonore. La danseuse urbaine croit être seule, à l'abri des regards. Pieds joints, elle marque le rythme de la musique avec la tête, bouge un peu les bras, prolonge le mouvement du bout des doigts. Et elle sourit. Souvent. Une danse minimaliste, celle des gens qui n'osent pas bouger, prisonniers de leur corps, enveloppe extérieure disgracieuse, mais si libres à l'intérieur. Elle est d'une grâce étonnante avec une économie de moyens, de gestes. Elle ne danse pas pour être vue. Elle danse pour elle, par pur hédonisme. D'ailleurs elle redevient statue dès que quelqu'un approche. On devine une parenthèse dans sa vie que l'on imagine assez terne. De ces moments dont il ne tient qu'à nous de profiter. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue lundi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Robots de l'apocalypse

Elles ne sont pas nombreuses les séries des éditions Soleil à franchir le cap du tome 10. « Les Arcanes du Midi-Minuit » scénarisée par Gaudin et dessinée par Trichet en font désormais partie avec cette « Affaire Marnie ». Marnie c'est le nom de la jeune femme dont Beltran, le chaperon des deux héros Jim et Jenna, est amoureux fou. Elle vient de mettre fin à plusieurs années de relation en annonçant son prochain mariage avec un riche dignitaire. Le jour des noces, Beltran abat Marnie d'une ball dans la tête. Est-il devenu fou de jalousie ou a-t-il découvert un nouveau complot d'un des méchants de la série, le professeur Dwain, constructeur de robots avec lesquels il entend devenir maître du monde. Percutante et intense, une excellente série pour tout public.
« Les Arcanes du Midi-Minuit » (tome 10), Soleil, 14,30 euros


BD - Faux héros dans "Impostures" de Dutreix


Les amateurs de BD vont adorer cet album. Romain Dutreix s'est amusé à détourner des personnages très connus. Comme il travaille pour Fluide Glacial, cela donne des récits courts grinçants et sarcastiques. 
Spirou et Fantasio sont en pleine déprime. A force de changer de dessinateurs, il sont en train de perdre la boule. Mais qu'est devenu Boule, le petit garçon imaginé par Roba. Jeune adulte boutonneux, il surfe sur internet, est au chômage et renâcle à sortir le cocker Bill, c'est « trop la tehon, tout le monde me traite de dnbou ! ». 
Lucky Luke est carrément interné et Titeuf, avec un seul et même gag, fait le tour de la planète. Parfaitement maîtrisé au niveau graphique, ces histoires s'attaquent même au grand Joann Sfar avec d'improbables aventures du « Petit chat du rabbin vampire »...
« Impostures », Fluide Glacial, 14 euros

BD - Adopte un thon.com se moque des sites de rencontres

Les sites de rencontres n'ont pas fini de nous faire rire. Entre ce qu'il s'y passe véritablement et ce que les adhérents fantasment, les possibilités sont sans limites. Lynda Corazza, dessinatrice de BD plus glandouille que glamour, a testé la drague par internet. Elle ne nous épargne rien dans sa quête du « bogosse » dans son album intitulé « Adopte un thon.com » (Le Lombard, 12 euros). Chaque gag s'insère dans la chronologie d'une inscription normale. Et à chaque fois l'auteur se moque de son double de papier, une certaine Lola, brune, pas très grande et loin d'être remise de sa dernière rupture sentimentale. On se dit que c'est du déjà vu, mais rapidement la barre est placée très haut. Quand elle doit choisir un pseudonyme sur le site, Lola teste différentes possibilités. Girly est déjà pris (854 fois...), bellebrunepulpeuse est trop long, Zézette est un mot « interdit ». Comme elle fait ça avec ses amis, cela dérape. « Grosthon », tapé pour plaisanter après « Boudin » est libre : Lola a trouvé son pseudo. Reste à savoir si « Grosthon » pourra « pécho » sur le net. On rit, dans le désordre, des obsédés, des incultes, des prétentieux et des coincés. Finalement Lola trouvera un homme pour converser avec elle : il se présente comme « ex-détenu et homosexuel »... Mais si sa description est aussi fausse que celle du « Grosthon », tous les espoirs sont permis.  

Chronique "ça bruisse sur le net" parue mardi en dernière page de l'Indépendant. 

samedi 20 avril 2013

BD - Dossier Spirou 75 ans : les autres personnages

Fantasio
Plus qu'un faire-valoir, Fantasio partage de plus en plus la vedette avec le groom rouge. Journaliste, parfois prétentieux, souvent fanfaron, il est la caution comique de la série. Spirou, bien que plus jeune, est régulièrement sollicité pour remettre Fantasio sur le droit chemin. Gaffeur avant l'heure, Fantasio est souvent le dindon de la farce.

Le comte de Champignac
Le savant par excellence. Comme Tournesol dans Tintin, il aime inventer. Son domaine de prédilection reste les champignons. Le comte joue également office de tuteur et de père de substitution aux deux grands enfants que sont Spirou et Fantasio. Même si souvent ce sont ces derniers qui viennent lui porter secours après s'être mis dans des situations inextricables






Zorglub
C'est « LE » méchant de la série (avec Zantafio). Savant, ami d'enfance de Champignac, il utilise son savoir pour tenter de devenir le maître du monde. Il transforme les hommes en robots décervelés et donne l'occasion à Franquin d'imaginer des engins futuristes au look très classe comme le zorgléoptère.







Spip
Tout héros de BD franco-belge a un petit animal de compagnie. Milou pour Tintin, Idéfix pour Astérix. Ce rôle est dévolu à un écureuil malin et fidèle dans Spirou. Il ne parle pas mais souvent les auteurs lui permettent de s'exprimer par des pensées. Spip joue alors le rôle de l'intervenant extérieur, ne se privant pas de critiquer avec humour les situations trop étranges ou irréalistes...


Seccotine
L'atout charme de la série. Cette journaliste, toujours en concurrence avec Fantasio, n'intervient pas systématiquement. Sa touche féminine et indépendante permet de donner une meilleure image de la femme dans la BD franco-belge souvent peu flatteuse comme la Castafiore dans Tintin.