samedi 23 mars 2013

BD - Nomade en approche

Retour aux sources pour
Jean-David Morvan. Le scénariste de Sillage avait fait le pari, à ses débuts, de lancer une série inspirée du rythme des mangas. Nomad, feuilleton de science-fiction, était dessiné par Buchet et Savoia qui eux aussi ont fait une belle carrière par la suite. Avec cette fois Carette au dessin, Morvan relance son héros sur les routes de ce futur technologique et totalitaire.
Retiré dans le désert du Sahel avec sa femme et son enfant, Nomad voulait oublier les péripéties liées à son pouvoir de contrôler les technologies. Mais sa famille est enlevée par un commando nord coréen. Il va devoir rejoindre l'Asie pour les libérer. Première difficulté, quitter cette Afrique violente et repliée sur elle-même.
Un premier épisode sans temps mort, avec en guest-star une dizaine de planches signées Savoia, toujours impliqué dans le projet.
« Nomad 2.0 » (tome 1), Glénat, 13,50 €

vendredi 22 mars 2013

Billet - Les corrections à la chaîne de Petit Prof

Si l'enseignement de l'écriture cursive va se raréfier (voir précédemment), il reste encore du travail côté grammaire et orthographe. Pour s'en persuader il suffit de faire un tour sur le compte Twitter de
@Petit_Prof. Sobrement présenté par le laconique « Un prof, des élèves. No routine », on y trouve des perles de collégiens à mourir de rire. Et surtout récentes, quasiment d'actualité. Du genre, quand le prof demande de raconter la journée d'un chevalier, à la pause déjeuner, il « mange des kebbabs »... Autre devoir, sur l'analyse d'un roman de Jean Giono cette fois. Un cancre, plus intéressé par le cinéma américain que par la littérature française, considère que « l'auteur puise son imagination dans l'univers de Pirates des Caraïbes. » 
Petit Prof assure que tout est vrai. Souvent elle photographie des portions de copie. C'est tout bonnement hallucinant. Feuilles raturées, mots inventés, dessins dans les marges... les ados d'aujourd'hui ne manquent pas d'imagination. Certains ont même un réel avenir dans l'humour. « Avec le verbe "onduler", on voit que l'eau devient molle » explique cet observateur. Pour un poète, tendance slam religieux, « Une strophe de trois vers s'appelle une diocèse ». Ce dernier qui ne se foule vraiment pas : « Copier-coller tout un article Wikipédia dans un devoir en laissant les liens hypertexte. ».
Et pourtant Petit Prof aime son métier. Pourquoi , Réponse dans ce tweet : « Vu ancien élève. À l'époque, renfermé et transparent. Maintenant, épanoui. "Vous m'avez fait aimer les livres." »

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant. 

Roman - Règlements de contes dans "La petite fêlée aux allumettes" de Nadine Monfils

Tous plus dingues les uns que les autres, les personnages du roman de Nadine Monfils séduisent malgré leur monstruosité.
  
Entre polar, thriller sanglant et délire surréaliste, ce nouveau roman de Nadine Monfils confirme l'incroyable talent de cet auteur belge vivant à Montmartre. La littérature francophone privilégie en général les gens « normaux » aux cas sociaux. Chez elle, on retrouve dans ses personnages une outrance rare. Son style a des airs de San-Antonio ou des dialogues d'Audiard. Mais c'est avant tout du Nadine Monfils, totalement barré, un peu poétique et franchement abracadabrantesque.
Les premières pages du roman, d'une façon tout à fait classique, nous permet de faire connaissance avec les différents protagonistes. Nake en premier lieu. Une jeune femme, droguée, capable de se prostituer pour se payer ses doses. Justement elle est en pleine transaction avec un client. Louche le client. Nake lui plante un couteau dans le ventre et déguerpit. Place ensuite à Mémé Cornemuse. Elle décroche haut la main le pompon dans la catégorie iconoclaste. Cette presque centenaire, « espèce de vieille guenon à casquette armée d'un flingue », surprend un couple en pleins ébats dans les dunes. Elle veut participer. Refus de la dame. Pan ! Une balle dans la tête pour la mégère pas partageuse. Mémé Cornemuse revient régulièrement dans le récit, toujours avec des réactions extrêmes et des attitudes libidineuses.

Michou ou Betty ?
Le côté policier du récit est fourni par l'inspecteur Cooper et son coéquipier Jean-Michel. Un vieux flic bourru et un jeune diplômé. Le premier est de la vieille école, le second plus en adéquation avec l'univers de Nadine Monfils. Jean-Michel préfère qu'on l'appelle Michou, a les airs efféminés de l'homosexuel qui s'assume et devient carrément Betty en dehors de ses heures de service. Betty, danseuse dans une boîte de strip tease, qui elle aussi vend son corps pour arrondir les fins de mois. Elle joue aussi à dealer un peu. Notamment à Nake. La boucle est bouclée, les nez bien remplis.
Tous ces fous en liberté évoluent dans la ville imaginaire de Pandore, cité inspirée d'un tableau de Magritte. Pandore a peur. Un tueur en série sévit depuis quelques jours. Il assassine des fillettes ou des jeunes femmes, transforme les scènes de meurtres en reconstitution de contes de Perrault. Après le petit chaperon rouge les fesses à l'air et une patte de chat dans la bouche, c'est le Petit Poucet qui est retrouvé égorgé puis Blanche Neige pas en meilleur état...
Ces crimes mystérieux donnent du fil à retordre à Cooper. Heureusement il reçoit l'aide de Mémé Cornemuse venue renforcer son équipe. Car cette fan d'Annie Cordy – son truc c'est de tchatcher avec un Jean-Claude Van Damme imaginaire - s'impose de force au commissariat et se fait plein d'amis dans la fonction publique en échange de quelques gâteries savamment distillées...
Alors qui est le tueur ? Pourquoi Perrault ? Quel rapport avec Nake qui n'a jamais connu son père ? Mémé Cornemuse parviendra-t-elle à faire changer les orientations sexuelles de Jean-Michel ? Cooper peut-il tomber dans les bras de Betty ? Et qui sont ces hommes à chapeau melon ne sortant que la nuit ? Ce n'est qu'un petit échantillon des nombreuses questions rythmant ce roman gigogne, sans morale mais bardé d'humour. Ubuesque. 
"La petite fêlée aux allumettes", Pocket, 6,10 euros (vient de paraître chez Belfond la suite des aventures de Mémé Cornemuse "La vieille qui voulait tuer le bon dieu")

jeudi 21 mars 2013

BD - Oreilles pointues chez les Elfes de Soleil


Popularisées par Glénat et Delcourt, c'est au tour de Soleil de se lancer dans la série-concept. Logiquement c'est dans l'héroïc fantasy que l'éditeur toulonnais puise son inspiration. « Elfes » sera composé de cinq titres publiés sur une année. Chaque titre sera l'œuvre d'un duo différent. En commun, le monde des Elfes et leurs différentes races. Les Elfes bleus, écrit par
Istin (coordinateur de la série) et dessiné par Duarte, se penche sur ces créatures, mal vues des humains, mais souvent sollicitées par les humains car excellents guerriers-mercenaires. Il y est raconté comment la conquête du Crystal permet aux elfes bleus de commander à la mer.
Le titre suivant, en mai, se penche sur la vie des elfes sylvains, réfugiés dans les forêts de ce monde imaginaire. En août, ce sont les elfes blancs, les plus puissants de l'espèce qui seront dans les bacs des libraires. Attention, vous risquez vite de devenir accros...
« Elfes » (tome 1), Soleil, 14,30 €

mercredi 20 mars 2013

Billet - L'écriture en option

Plusieurs états américains viennent de décider que l'enseignement de l'écriture cursive deviendra une option dans les prochaines années. Oui vous avez bien lu (vous savez, la lecture, ce truc ringard appris dans votre enfance), l'apprentissage de l'écriture  ne sera plus obligatoire partout aux USA dès la rentrée 2014 ! A la place, les élèves bénéficient de cours sur des logiciels de traitement de texte. Le clavier va définitivement enterrer le porte-plume.
Je ne vous ferai pas l'affront de jouer le rôle de l'ancien combattant, regretter avec des trémolos dans la voix (ou plutôt des tremblements dans les doigts qui frappent les touches) quelque chose qui a quasiment disparu de mon quotidien. Car je l'avoue, je n'écris presque plus à la main. Excepté pour prendre des notes, mes stylos sèchent désespérément sur mon bureau, abandonnés, délaissés. Toutes ces chroniques sont directement tapées au clavier, archivées sur le disque dur, dématérialisées. Les jeunes d'aujourd'hui ne tiennent plus de journal intime. Tout au plus postent-ils leurs états d'âme sur leur page Facebook. Certaines tablettes proposent l'option écriture. Avec un stylet, vous écrivez, le logiciel tape le texte à votre place. Mais je sens que cet argument ne se montrera pas déterminant. 
Le problème se posera cruellement dans quelques années, quand les décideurs exigeront, en vain, des lettres de motivation manuscrites. Et les graphologues iront tous pointer au chômage... 
 
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue mardi en dernière page de l'Indépendant.   

BD - Le retour des Tigres volants

Plus d'un demi-siècle après leurs parutions, ces aventures de Buck Danny publiées dans le 8e volume de l'intégrale, sont toujours incroyablement modernes. Certes
Hubinon reste dans une mise en page classique, mais ses dessins sont d'une force étonnante. Chaque scène est idéalement amenée, autant quand il s'agit de comédie que d'action. Le militaire américain quitte durant trois albums le cadre strict de l'armée pour la compagnie privée des Tigres volants. 
Dans un pays imaginaire de l'Asie du Sud-est, il va de nouveau croiser la route de la séduisante mais très dangereuse Lady X. En plus des 200 pages de BD, l'intégrale s'ouvre sur une copieuse rétrospective de l'activité des deux auteurs entre 60 et 62. En plus d'animer les pages de Spirou, Charlier et Hubinon se lançaient dans l'aventure de Pilote avec Barbe Rouge. Sans oublier des collaborations avec Record. A l'époque, travailler plus n'était pas un vain mot...
« Buck Danny, l'intégrale » (tome 8), Dupuis, 24 €

mardi 19 mars 2013

Billet - Habemus Tweetam

« 
Chers amis, je vous remercie de grand cœur et je vous demande de continuer à prier pour moi. » Habemus Tweetam ! Le pape François a enfin tweeté. Son compte officiel en anglais, fort de près de 2 millions d'abonnés, s'est réveillé ce dimanche sur le coup de midi. Un tweet traduit et diffusé simultanément sur ses nombreux comptes, du français au latin en passant par l'espagnol et l'arabe. Un premier message repris des milliers de fois, comme quand le Vatican a annoncé l'élection de François. Mais il n'atteint pas les records de mercredi soir : le compteur était monté jusqu'à 130 000 tweets à la minute. Benoît XVI avait lancé le mouvement. Une trentaine de tweets seulement. Certaines mauvaises langues prétendent que c'est en découvrant la rapidité du réseau que Joseph Ratzinger a pris conscience qu'il était temps pour lui d'abandonner sa charge.
François ne semble pas être à la pointe de la modernité. Mais il ne manque pas d'esprit. Lors de ses rares prises de paroles post-élection, il a souvent eu un petit mot pour plaisanter. Revenant sur le déroulement du Conclave, il a eu une expression très imagée pour définir le moment où il a compris qu'il risquait d'être élu : « Quand les choses sont devenues dangereuses... » Il a le sens de la formule. Idéal pour Twitter. Malheureusement, il y a peu de chance que le compte @pontifex concurrence les « stars de la déconne en 140 signes ».
 
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - L'image du faune dans Vito de Stalner

Vito, nouvelle série fantastique d
'Eric Stalner, se déroule entièrement en Italie. Après la seconde guerre, Giuseppe, cinéaste raté, survit en projetant sur les places des villages de Sicile des films américains. Il vit seul dans son camion en compagnie de son chien. Un jour, un mystérieux homme lui remet une bobine de film lui expliquant que ces rushs auraient un grand succès auprès du public. Effectivement, la scène est étonnante de réalisme. Une fillette s'enfuit dans la campagne. Elle est rattrapée par un homme. Un centaure exactement. La fillette le chevauche, rejoint une belle maison et parle à un faune. Giuseppe cherche les trucages. Ne les voit pas. Il comprend que tout est vrai quand Vito trouve refuge dans son camion. Un adolescent sauvage, cachant ses cornes et des oreilles pointues de faune sous une casquette. Un monde merveilleux à découvrir.
« Vito » (tome 1), Glénat, 13,90 €

lundi 18 mars 2013

BD - Salgari, capitaine abandonné

Cloué à sa table de travail, Emilio Salgari a écrit des centaines de romans. Des aventures exotiques essentiellement. Ses récits avaient un immense succès à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Voyageur par procuration, il n'a quasiment jamais quitté l'Italie.
Paolo Bacilieri raconte son existence immobile et misérable. Car Salgari n'a jamais roulé sur l'or. Exploité par ses éditeurs, il dépensait tout pour faire survivre sa famille. Cette biographie se décompose en deux parties distinctes. Une chronologique où on découvre l'enfance puis la vie d'adulte de Salgari. L'auteur se concentre sur la dernière journée de l'écrivain. En manque d'inspiration, dépassé après l'internement de sa femme pour folie, il écrit quelques lettres d'adieu et cherche un bel endroit dans les bois. Là, il sort son rasoir le mieux affuté et se fait hara-kiri, comme certains de ses héros imaginaires. Une vie triste et édifiante. L'œuvre reste, notamment un volume chez « Bouquins » de Robert Laffont.
« La vie rêvée du capitaine Salgari », Delcourt, 16,95 €


dimanche 17 mars 2013

Billet - Mon 4 mieux que ton 5 !

La bagarre commerciale entre Apple et Samsung pour la suprématie mondiale en matière de smartphone est digne d'une bagarre de cour de récréation. Si on oublie les milliards de dollars en jeu, les arguments des uns et des autres se limitent souvent à des affirmations d'autant plus efficaces qu'elles sont dites avec assurance.

Ton iPhone en est à sa cinquième version ? Certes, mais mon Galaxy S de Samsung, 4e mouture, est encore plus mieux ! Et de se chamailler sur des détails. Car pour les fonctions essentielles (téléphoner et surfer sur le net), ils se valent.

L'iPhone met en avant « siri », la petite intelligence artificielle qui répond à vos questions. Réplique de Samsung : le Galaxy S4 n'a plus besoin de la parole, ni des doigts de son utilisateur ! Il vous comprend d'un simple clignement de paupière. Quand une vidéo est diffusée, si vous quittez l'écran des yeux, elle se met en pause. Et ne reprend que quand votre regard est de nouveau dans l'axe de l'appareil. Une idée géniale, notamment pour les publicitaires. Impossible de zapper les annonces placées avant les clips...

Par contre le Eye-Scrolling, pour faire défiler les pages avec les yeux, est remplacé par un système sensible à l'inclinaison. Penchez votre Galaxy vers l'arrière, et les pages défilent vers le haut. Attention quand même au mal de mer.

On attend maintenant la réplique d'Apple. Deux axes de recherches seraient à l'étude : la commande par la pensée ou... le retour au cadran rotatif pour faire vintage. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.