dimanche 3 février 2013

BD - Deux filles et des bébêtes dans "Piège sur Zarkass" de Yann et Cassegrain


Place au troisième titre de la collection Stefan Wul aux éditions Ankama. Les romans de cet auteur de SF français des années 60 seront tous adaptés par des pointures du 9e art. « Piège sur Zarkass » passe à la moulinette de Yann. Le scénariste des Innommables s’approprie goulument cette histoire d'exploratrices sur une planète hostile. Dans un futur expliqué en quelques lignes au début de l'album, les femmes ont pris le pouvoir. Les hommes sont ostracisés. La conquête de l'espace a pris un nouvel élan avec cette mentalité plus douce et harmonieuse. Sur Zarkass, Louis et Marcel (les prénoms sont asexués...) s'enfoncent dans la jungle hostile pour retrouver un papillon rare, selon la version officielle. 
En fait, elles doivent localiser un vaisseau extraterrestre accidenté au pied d'un volcan. 
Le scénario regorge de clins d’œils comme seul Yann sait les inventer, donnant un double sens à cette quête. Au dessin, on retrouve Cassegrain. Ses personnages féminins ont toujours été très aguichants. Cette fois, il se dépasse. Louis et Marcel (la rousse distinguée et la blonde dévergondée) risquent de hanter les rêves de quelques adolescents aux sens en éveil...
« Piège sur Zarkass » (tome 1), Ankama, 13,90 €

samedi 2 février 2013

Billet - C'est loin Angoulême ?


Une fois par an, la bande dessinée est omniprésente dans la presse. Le festival d'Angoulême fête son 40e anniversaire et permet à ce genre, souvent qualifié de mineur, de profiter d'une énorme exposition médiatique. La BD a longtemps été populaire grâce aux magazines spécialisés. Disparus aujourd'hui, le net prend le relais. Les sites se multiplient. Chacun avec sa spécialisation. Critique pour ActuaBD, collection pour BDGest, nostalgie pour BDOubliées... Et il ne s'agit que d'un tout petit échantillon.

Le numérique permet également de tester de nouveaux formats. Passionnante l'expérience diffusée hier soir sur Arte. Frank Chiche a réalisé une fiction sur la guerre d'Algérie. Il a filmé des acteurs puis numérisé les images pour donner une impression de dessin. Une version pour tablette, utilisant tous les codes de la BD, sera commercialisée sur la plate-forme Apple.

Qui parle de festival d'Angoulême signifie aussi foire aux dédicaces. Des centaines d'auteurs s'y retrouvent pour vous exécuter un joli dessin sur leur album. Cependant, certains rechignent de plus en plus à sacrifier à cet exercice. La faute aux profiteurs sans scrupules. L'encre à peine sèche, le dessin se retrouve en vente sur eBay, le site d'enchères en ligne.
On trouve par exemple des Marini ou des Guarnido à plus de 150 euros. Record pour un dessin (un gribouillis plus exactement) d'Astérix signé Uderzo : 850 euros...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Mako, un dur à suivre


Boris Beuzelin
est un auteur de BD qui n'a pas peur de faire dans le classique. Pourtant son trait le rapproche plus des modernes et autres adorateur de l'autofiction. Perdu, lui ce qui le branche c'est l'action et les coups durs. Après Narval, un plongeur vivant des aventures dans toutes les mers du monde, il anime Mako, un ancien agent de la DGSE (les services secrets français). Délaissant la patrie pour le privé, Mako est chargé de récupérer une puce électronique dans un bunker secret. Trahit au moment crucial, il passe cinq années en prison. A sa sortie, il n'a qu'une idée : se venger. Et trouver des fonds. La soeur de son codétenu va lui donner l'occasion de faire les deux en même temps. Mais dans ce milieu d'agents doubles et de spécialistes d el'infiltration, cela semble trop simple. Effectivement, les coups de théâtre vont se multiplier au fil des pages.
Noir et nerveux, voilà le premier titre d'une série très prometteuse.
« Mako » (tome 1), Treize Etrange, 13,90 €


Billet - La retraite dorée d'un certain David Beckham


Vous êtes saturé de mariage pour tous et de guerre au Mali ? Rassurez-vous, une autre information brûlante a détrôné hier, en quelques minutes, ces sujets : David Beckham signe au PSG !  Et ne me dites pas que ce n'est pas important ! Sur internet, de Twitter à Facebook, il n'y en a que pour le bad boy et sa Posh chérie. Réflexions sanglantes, comme si toute la toile est devenue marseillaise. Les plaisanteries fusent de toutes parts sur « la précarité des footballeurs, un CDD de six mois c'est peu » ou la création d'une nouvelle « maison de retraite de luxe : le PSG ».
Quelques-uns saluent le gros coup de com' du Qatar, mais beaucoup préfèrent dénigrer, jouer du sarcasme (et nous faire rire au passage). Sur la page Facebook de l'Indep, Chris Tophe fait remarquer que Beckham a « besoin de cannes anglaises pour se déplacer, mais à part ça... ». Très méchante, cette réflexion de @lapuss sur Twitter « Avec une femme désagréable et prétentieuse, il était temps qu'il signe à Paris en fait. »

Même les célébrités dénigrent cette signature. Jean-Michel Apathie, éditorialiste politique, ose « Beckham qui court maintenant moins vite que moi va signer au PSG. Ah ça, les Qatari, ils ne savent pas comment le dépenser leur argent. »

Toujours dans la veine « troisième âge », @LaMortLaVraie signale que le PSG devient un « exemple à suivre pour les entreprises qui n'embauchent pas de seniors. »
A ce rythme, Codorniou va revenir au Racing et Lièvremont à l'USAP...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant.

Polar - Affrontement de dames sous la plume d'Alexis Lecaye

Alexis Lecaye prolonge ses histoires de « Dames ». Jeannette, la policière, va affronter d'autres femmes, parfois pires qu'un tueur en série.

Le commissaire Marin, héros récurrent des romans policiers d'Alexis Lecaye, a fort à faire dans ce nouvel opus de ses enquêtes. Outre une histoire de tueur d'enfants, il doit faire face à des femmes toutes plus redoutables les unes que les autres. Jeannette, sa collègue, Marion, sa compagne et Jessica, une mère prête à tout pour protéger son fils. Martin qui, par la force des choses, est obligé de laisser la place à cet affrontement de dames.
Comme dans tous les bons feuilletons, « Dames d'Atout » exploite les faits seyants des précédents épisodes. Le fil rouge cette fois est la possible remise en liberté de Vigan, un serial killer de la pire espèce, un tueur de femmes. Confondu par Jeannette (voir les autres romans), il va passer en appel. Mais les preuves manquent et l'avocate de Vigan semble avoir des éléments nouveaux capables de le disculper. Notamment le meurtre d'une femme blonde, exactement comme les précédentes. Et on retrouve sur le cadavre un cheveu de l'ancien amant de Jeannette, tué par Vigan mais dont on n'a jamais retrouvé le corps. La défense va tenter de démontrer que Vigan est innocent et que le véritable tueur sévit toujours.
Par ailleurs, l'intrigue principale du roman porte sur les agissement d'un certain Charlie. Ce fils de bonne famille est un pervers de la pire espèce. Pédophile violent, il a déjà violé et assassiné des fillettes. Depuis, sur l'injonction de sa mère, Angela, une ancienne top-model, il prend des médicaments, sorte de castration chimique annihilant ses instincts sexuels. Problème, Charlie cesse de prendre ses cachets. Aussi, quand il croise deux petites filles dans la rue, il les enlève et les cache dans une cave sous sa maison. Rapidement, il assassine l'une d'entre elle.

Mère protectrice
Paniqué, il appelle au secours un ancien proxénète l'ayant déjà aidé, dans le passé à se débarrasser d'un corps. Un prélude raconté sans détour par Alexis Lecaye, comme pour mieux démontrer la complexité d'une enquête policière. Le corps est retrouvé près d'une autoroute. Martin va lancer son équipe un peu au hasard en l'absence de piste sérieuse. Enquête de voisinage, surveillance des alentours, visionnage des enregistrements de caméras de surveillance : le travail de policier est souvent ingrat. Et puis tout s'accélère quand un premier indice semble plus intéressant que les autres. D'autant que Martin découvre que ce sont deux fillettes qui ont disparu. Il va remonter jusqu'au proxénète, mais en croyant faussement qu'il est le tueur. Charlie lui continue à basculer dans la folie la plus complète, toujours protégé par Angela, froide et égoïste, dont la seule faille est ce fils, monstre absolu mais qu'elle aime plus que tout.
Entre le personnage d'Angela et celui de Jeannette, on trouve comme des similitudes. Une femme, quand elle aime, est capable de tout. Quel que soit l'être aimé. Un polar parfois un peu trop linéaire. Heureusement la double intrigue permet de relancer l'intérêt du lecteur. Sans compter sur les déboires et doutes sentimentaux de Martin, flic terriblement humain, parfois plus fragile que les nombreuses femmes de son entourage.
Michel Litout
« Dame d'atout » d'Alexis Lecaye, Editions du Masque, 18 €

vendredi 1 février 2013

BD - Avec "Geek Agency", ceci n'est plus un jeu


Tout commence comme une véritable réunion de Geeks. Quelques amis entre 20 et 25 ans se retrouvent pour une nuit de divertissement. Au programme pizza et jeu de plateau. De zombies exactement. Chacun endosse la vie d'un personnage sous les directives d'un maître du jeu. Les premières pages sont distrayantes avec plaisanteries potaches et allusions graveleuses (il y a quatre garçons et deux filles dont une célibataire). Quand un second livreur de pizzas sonne à la porte tout le monde croit à une erreur. En fait c'est un zombie, un vrai, qui vient s'inviter au jeu qui n'en est plus un. Magie de la BD qui permet de tout faire accepter aux lecteurs. Romain Huet, le scénariste, s'autorise toutes les ellipses, distillant à toute petite dose les indices. Non ce n'est pas un cauchemar. Deux des joueurs sont des membres d'une agence secrète. Oui la Terre est véritablement envahie par des zombies et risque la destruction totale. Philippe Briones, le dessinateur, va lui aussi crescendo. Les zombies baveux du début laissent place au fil des planches à des monstres plus élaborés.
« Geek Agency » (tome 1), Ankama, 14,90 €


jeudi 31 janvier 2013

Billet - Conseils téléphoniques hors forfait


Les opérateurs de téléphonie mobile l'ont parfaitement compris, le smartphone est le nouveau bijou-doudou que l'on chouchoute comme la prunelle de ses yeux. Qu'importe le prix du forfait (et l'engagement qui va avec) si l'on a en plus le dernier-né de la gamme « Appl'sung ». Ils sont beaux, tactiles, remplis de gadgets, mais pas toujours faciles à maîtriser. « Tiens, voilà un créneau à exploiter » se réjouissent quelques comptables d'un grand groupe de télécommunications. Une amie, abonnée chez cet agrume mastodonte, reçoit ce message sur son vieux Nokia : « Profitez d'une assistance sur l'usage de votre smartphone ! Rendez-vous dans votre boutique (9 euros/prestation assistance smartphone de 45 minutes) ». Conséquence, elle pique une triple colère totalement justifiée. Primo, « ils baissent les tarifs, mais se rattrapent sur les services ! » Secundo, « ils me prennent pour une idiote, comme si je ne savais pas me servir de mon téléphone ». Tertio : « je n'ai pas de smartphone ! » J'ai senti beaucoup de détresse dans cette dernière constatation. Voilà comment, avec un simple SMS publicitaire, on se fâche irrémédiablement avec une bonne cliente.

Reste que l'intention est bonne. Pour beaucoup, les nouvelles technologies sont trop compliquées. Enfants, leur télévision était en noir et blanc et composer un numéro prenait une minute avec le cadran rotatif. 45 minutes de formation, ce n'est pas grand chose en comparaison d'une vie. Pour autant, elle pourrait être comprise dans le forfait !

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Pinkerton, le vrai par Guérin et Damour



L'agence Pinkerton est une légende de l'Ouest américain. Ces détectives privés ont à leur tableau de chasse de très nombreux outlaws. Mais pour arriver à leurs fins, les Pinkerton eux aussi se mettaient parfois hors la loi.
Rémi Guérin, le scénariste, raconte la véritable histoire des Pinkerton. Il s'est associé à un dessinateur réaliste confirmé, Damour. Le fils Pinkerton en a assez d'être dans l'ombre de son père, le patriarche. Il a décidé de faire un coup d'éclat. Persuadé que les frères James sont réfugiés dans une maison isolée d'une petite ville du Missouri, il donne l'assaut avec une dizaine de ses agents. Une bavure retentissante : non seulement les James ne sont pas là mais en plus une mère et son enfant de 9ans meurent dans l'incendie de la maison. La BD raconte la haine du fils Pinkerton, la terreur qu'il fait régner et sa soif d'honneur. En parallèle on découvre le père, intrigant, jouant avec les puissants et prêt à tout pour arriver à ses fins, quitte à « fabriquer » des bandits pour amplifier sa gloire.

« Pinkerton » (tome 1), Glénat, 13,90 €

mercredi 30 janvier 2013

Billet - L'info trash et la photo qui tue

A la base, il y a un de ces faits divers croustillant qui fait les choux gras d'Internet. Une histoire égrillarde, reprise par tous les sites d'information pour faire causer à la machine à café.
Au Brésil, une femme tente d'empoisonner son mari en se badigeonnant le sexe d'un poison violent. Incommodé par l'odeur inhabituelle, l'homme renonce à y regarder de plus près. La dame, victime de son subterfuge, finit aux urgences. Les médecins découvrent le poison. Le mari porte plainte pour tentative d'assassinat. Mieux que le colonel Moutarde au Cluedo !
Le souci dans le cas présent, c'est que toute histoire sur Internet doit obligatoirement être illustrée. Mais quelle photo choisir pour un article titré « Elle tente d'empoisonner son mari... avec son vagin » ou « La tueuse au sexe empoisonné voulait supprimer son mari » ? Impossible de publier une image de vagin. Utiliser le mot dans le titre passe encore. Mais il y a des limites... Il faut donc faire dans le suggestif. Sur plusieurs sites on retrouve la photo d'un corps de femme avec une superbe pomme rouge en cache sexe. Cette composition, entre Blanche Neige et Adam et Eve, est une photo d'art presque trop belle pour un sujet trash. Plus « brésilien » ce cliché montrant des fesses rebondies débordant d'un string dans une ambiance de boîte de nuit. Mais la palme revient à cette photo de pieds recouverts d'une petite culotte. On voit le bas, on imagine le haut. 
J'ai de la chance. Cette chronique, sur le papier, ne doit pas être illustrée. Mon problème reste entier pour sa version internet...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant.

Billet - Triste poupée Barbie, de chair et de plastique


Dans un monde parfait, tout le monde serait jeune, mince et beau. Ce monde existe : c'est celui de la poupée Barbie. Mais ce qui ne devrait être qu'un jeu peut avoir des conséquences néfastes sur les petites filles.

La blonde plastifiée est à mille lieues de la réalité. Régulièrement, des activistes dénoncent le formatage d'une fausse image de la femme et interviennent sur le net. Vous pouvez ainsi découvrir sur le site d'une revue espagnole la photo d'une Barbie sans maquillage. Cernes sous les yeux, taches sur le visage, dents jaunies et cils quasi inexistants... En fait, une femme (surprise au réveil) comme toutes les autres...

Restent les proportions du corps. Complètement erronées si on y regarde de près. Katie Halchischick, mannequin militant pour des rondeurs assumées, a dessiné sur son corps nu les courbes de la poupée. Là aussi la photo est explicite. Aucun chirurgien ne pourrait obtenir une taille aussi fine. Les seins devraient être remontés, le menton limé, les yeux relevés de plusieurs centimètres. Le cou, très fin, ne pourrait pas supporter le poids de la tête. A moins qu'elle ne soit complètement vide...
Loin de l'idéal féminin, la poupée Barbie tient plus de l'extra-terrestre que du canon de beauté. Pour preuve cette Ukrainienne de 21 ans, Valeria Lukyanova, copie conforme du jouet mythique. Sur son blog elle ne cesse de prendre la pose, décolleté généreux, visage figé, yeux écarquillés.
Pauvre joujou. Plutôt réservé aux grands garçons !


Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue en dernière page de l'Indépendant ce mardi.