mercredi 13 juillet 2011

BD - Princesse russe et blanche


URSS années 60. Perdu dans les steppes enneigées, le Village est un lieu hors du temps. Cette communauté, sanctuaire du marxisme-léninisme, est l'étape obligée des meilleurs agents soviétique. En pleine guerre froide, l'espionnage est un sport dangereux. La recherche des traitres occupe la majeure partie du temps des permanents du Village. Son chef, Fedor Grandcha, est le premier à accueillir la belle Sveltana Macha. 

Elle va être « testée » avant de partir aux USA pour une mission d'infiltration. Fedor tombe immédiatement amoureux de cette belle rousse, aussi belle que la Princesse des neiges, héroïne d'un roman qu'il lisait adolescent. Mais dans le Village, les apparences sont parfois trompeuses et les traitres ne sont pas toujours ceux que l'on croit. 

Écrite par Rodolphe, cette série fleurant bon une certaine nostalgie, est dessinée par Marchal. Son trait réaliste, fin et élégant, fait merveille dans ces campagnes enneigées. Quant à Sveltana, elle est d'une beauté à couper le souffle.

« Le Village » (tome 3), Bamboo collection Focus, 10,40 € 

lundi 11 juillet 2011

BD - "Fête des morts" : horrible tourisme sexuel au Cambodge

Le Cambodge, après avoir été mis en coupe réglée par les Khmers rouges, a retrouvé la liberté. Un nouvel eldorado pour certains profiteurs. Ainsi le tourisme sexuel est devenu une véritable industrie dans plusieurs régions. La police locale reçoit le renfort de quelques fonctionnaires européens, notamment pour faire la chasse aux pédophiles. 

Cette histoire glauque, écrite par Stéphane Piatzszek, est sans concession. On suit un policier français, Serge, dans son combat très dérisoire contre cette horreur. Un homme en colère mais également usé. Il n'a visiblement plus rien en Europe et n'est pas insensible aux charmes des femmes du cru. Il trouve un peu de réconfort dans les bras d'une prostituée, tout en s'infiltrant dans un réseau de pédophiles. Il assiste, écœuré, à la mise aux enchères du pucelage d'une fillette de 8 ans. La goutte d'eau qui va lui faire péter les plombs et le transformer en justicier sans pitié. 

Un long récit à ne pas mettre entre toute les mains, dessiné par Olivier Cinna au trait sombre faisant parfois penser aux ambiances de José Muñoz, illustrateur d'Alack Sinner.

« Fête des morts », Futuropolis, 18 € 

dimanche 10 juillet 2011

Roman - Retour sur un massacre misogyne à Montréal

Un homme a tué 14 étudiantes de Polytechnique à Montréal en 1989. Un fait-divers qui a marqué un pays. Elise Fontenaille le raconte.

« Vous êtes des femmes, vous faites des études scientifiques, vous allez être ingénieures... vous allez prendre la place des hommes, vous êtes des féministes, je hais les féministes. » Ces paroles sont de Gabriel Lacroix, un jeune Canadien. Il les prononce en tenant en joue une dizaine d'étudiantes. Il a fait irruption en ce 6 décembre 1989 dans une salle de classe. Il a ordonné aux hommes de quitter la pièce. Puis, quand il est seul avec ses futures victimes, il leur a tiré dessus, à bout portant, avec son fusil. Un carnage. Il a continué sa tuerie dans la grande école québécoise, ne tirant que sur les filles.

Cet « Homme qui haïssait les femmes » a réellement existé. Elise Fontenaille, romancière canadienne, a enquêté pour savoir ce qui provoqué sa folie meurtrière. Elle débute son récit par la description détaillée de ce carnage.

Dans le cœur

Ainsi, quelques secondes avant que la police ne se décide enfin à intervenir, Gabriel vient une nouvelle fois de faire feu sur une femme. « La fille, qui est seulement blessée, gémit et supplie qu'on l'aide... Il se baisse, calmement, pose son fusil, s'agenouille devant elle, sort un couteau de chasse de la poche intérieure de sa veste, le lui plonge droit dans le cœur... Une fois, deux fois, trois fois... Jusqu'à ce qu'elle soit tout à fait morte. » Ensuite, il se tire une balle dans la tête. Fin du massacre, début de l'affaire.

L'auteur, avant de détailler le parcours du tueur, raconte comment le mouvement féministe canadien radical a fortement influencé la société. Sortant de plusieurs décennies d'un catholicisme tout-puissant, le pays a tenté de rattraper son retard. « Au Québec, les féministes sont des guerrières. Elles sont bien plus vindicatives que leurs consœurs européennes, trop souvent dans la séduction, le dialogue : des féministes en dentelles. C'est comme ça qu'on les juge, souvent, ici. » Face aux revendications des femmes est né un mouvement masculiniste qui a rapidement tenté de récupérer la figure de Gabriel Lacroix pour le transformer en icône et en martyr.

Un père violent

Gabriel Lacroix et sa mère Pauline sont évidemment omniprésents dans ce roman. Cela donne des clés pour comprendre. Même s'il semble très illusoire de prétendre connaître la vérité. La mère de Gabriel, très croyante, a épousé un Algérien, musulman de surcroit. La lune de miel n'a jamais eu lieu. Un père absent, violent quand il réapparaît. « L'enfant grandit, les coups ne cessent pas, au contraire, ils redoublent, le père cogne l'enfant autant que la mère. Par la terreur qu'il exerce, il empêche Pauline de protéger son fils, il l'empêche de consoler l'enfant terrifié. Plus l'enfant hurle, plus les coups redoublent ; il frappe de préférence à la tête, là où ça fait le plus mal, sous les yeux de sa mère tétanisée. » Père violent et timidité maladive : ces deux pistes sont convaincantes. Du moins elles permettent de mieux cerner la psychologie de Gabriel.

Reste qu'il manque le facteur déclencheur, celui qui a poussé un jeune homme à transformer des mots, « Je n'aime pas les féministes » en actes barbares conduisant inexorablement à sa propre mort. Et une dernière question nous taraude en refermant le roman : qui Gabriel a-t-il essayé de tuer en abattant ces innocentes ?

« L'homme qui haïssait les femmes » d'Elise Fontenaille, Grasset, 14 € (disponible au format pôche au Livre de Poche) 

samedi 9 juillet 2011

BD - Carl Barks, l'autre père de Donald Duck

Une intégrale en 24 tomes ! L'empreinte de Carl Barks dans l'imaginaire des jeunes Américains est très certainement sous-estimée en France. Cet auteur complet a animé durant plusieurs décennies les aventures de Donald et de son entourage. C'est lui qui a inventé Picsou, Gontran et les Castors Juniors qui sont en couverture de cette troisième livraison. 

Vous pourrez lire, sur 380 pages, une vingtaine d'histoires menant nos héros de l'Amazonie à l'Alaska en passant par Donaldville en pleine période d'Halloween. La richesse de l'univers mis en place par Barks dépasse l'entendement européen. Cet inlassable créateur a magnifié un monde à peine ébauché par Walt Disney. 

Cette édition ultime de son œuvre (il est décédé en 2000) est complétée par des présentations très complètes de chaque histoire, la replaçant dans le contexte de l'époque, donnant certaines clés aux Européens sur les légendes d'outre-Atlantique.

« La dynastie Donald Duck » (tome 3), Glénat, 29 € 

mardi 5 juillet 2011

BD - "Les Petits Hommes" de Seron chez Dupuis, un trésor des années 70


Longtemps cantonnés aux second rôles dans les pages de Spirou, les Petits Hommes ont finalement réussi à s'imposer comme héros à part entière et ont quitté les histoires courtes pour des récits au long cours. Ce troisième volume de l'intégrale propose les planches dessinées par Seron entre 1973 et 1975. L'équivalent de quatre albums normaux, soit plus de 230 pages dont nombre d'inédites. 

Dans le dossier de présentation, il est expliqué que Seron, tout en s'améliorant côté dessin, désirait de plus en plus s'émanciper des scénarios un peu trop classiques de Mittéï. Il voulait mettre un peu plus de fantastique, de technique et aussi améliorer le rôle des femmes. Il animera seul les histoires suivantes, se permettant des innovations graphiques très en avance sur son temps. 

C'est un véritable trésor des années 70 injustement tombé dans l'oubli.

« Les Petits Hommes, l'intégrale » (tome 3), Dupuis, 24 € 

lundi 4 juillet 2011

BD - Avec Vernal, Hermann et Franz : Jugurtha for ever

La BD historique a connu ses heures de gloire quand lire un hebdo jeunesse permettait également de s'éduquer. A la fin des années 60, Hermann est sollicité pour illustrer la vie de Jugurtha, un Numide s'étant opposé aux Romains.

Le scénario, très documenté, est de Jean-Luc Vernal. Deux premières histoires qui ont marqué les lecteurs de Tintin réclamant sans cesse de nouvelles aventures de Jugurtha. En 1975, Vernal a donc cédé aux sirènes des fans et écrit la suite des exploits de ce rebelle, totalement imaginaire cette fois. C'est Franz qui a assuré la continuité graphique. 

Le premier tome de cette intégrale reprend les quatre aventures initiales. On appréciera plus particulièrement « L'île de la résurrection », histoire emblématique d'une certaine utopie très en vogue dans les années 70.

« Jugurtha, l'intégrale » (tome 1), Le Lombard, 24,95 € 

vendredi 1 juillet 2011

BD - Il était une fois, la vie triste d'un "Montreur d'histoires" africain


Ceux qui réduisent Zidrou à l'Elève Ducobu (dont l'adaptation au cinéma vient de sortir sur tous les écrans de France) passent à côté d'un scénariste à l'univers beaucoup plus vaste et riche. Régulièrement il signait dans les pages du journal Spirou des histoires courtes entre nostalgie et tendresse. On sentait les prémices de ces récits complets au long cours qui lui donnent une autre dimension. Il y a eu Lydie (Dargaud) et aujourd'hui « Le montreur d'histoires ».

Dans un pays d'Afrique de nos jours, un marionnettiste surnommé « Il était une fois », sillonne les pistes. Il amène rêve et bonheur dans les villages. Un expert dans cet art, bien qu'il n'ait plus de mains. Le souvenir douloureux d'un vieux contentieux avec un chef de la police qui règne en maître tout puissant sur une ville. Et pour revoir la femme qu'il aime, « Il était une fois » revient en ville, au risque de perdre encore plus.

Un album d'une centaine de pages, dessinées par Raphaël Beuchot découvert dans le cadre du Prix Raymond Leblanc 2008.

« Le montreur d'histoires », Le Lombard, 19,50 €

jeudi 30 juin 2011

BD - La vallée perdue, seconde étape du "Nouveau monde" de Filippi et Mezzomo


Le second tome de la série « Nouveau Monde », voit son groupe de héros atteindre enfin la vallée perdue. Une vallée sauvage surtout. Et avant de l'atteindre, Emie et ses compagnons devront affronter bien des épreuves, de l'attaque des militaires anglais au piège tendu par un trappeur psychopathe. 

Écrite par Denis-Pierre Filippi, cette BD est l'histoire d'une femme ayant décidé de prendre son destin en main malgré le carcan de l'époque. Nous sommes en 1755. Anglais et Français se disputent l'Amérique du Nord. Emie, Écossaise intrépide a franchi l'océan pour retrouver ses deux enfants. Ces gamins d'une dizaine d'années ont déjà passé pas mal de temps avec les Indiens. Ils deviennent donc une chance pour cette troupe de bannis cherchant calme et tranquillité dans un village loin de tout et construit dans une vallée perdue.

Grands espaces, courses dans les bois, animaux sauvages... il y a du Stevenson dans cette BD dessinée par Mezzomo. Un dessinateur en devenir digne des grands anciens que sont Franz ou Hermann.

« Nouveau Monde » (tome 2), Glénat, 13,50 € 

mercredi 29 juin 2011

BD - Un président à terre dans "Elysée République" de Le Gall et Frisco


Politique et faits divers sont rarement conjugués ensemble. Notamment au plus haut niveau de l'Etat. L'affaire DSK est une première, mais il y a encore plus grave dans l'imagination de certains scénaristes. Prenez Rémy Le Gall, il a lancé il y a deux ans une série où le président de la République en exercice est aussi un meurtrier. Immunité oblige, son opposant, Constant Kérel, le héros, essaie de trouver des chemins détournés pour tenter de faire condamner cet assassin.

Dans ce troisième tome, toujours dessiné par Frisco au dessin réaliste qui n'a plus rien à envier à celui de Philippe Francq, Kérel est sur le point de donner le coup de grâce. Le président Montfaure, lâché par son premier ministre, va devoir convaincre sénateurs et députés réunis en Congrès à Versailles. Montfaure et Kérel qui s'affrontent également sur le plan politique. La présidentielle est dans un an et tous les coups sont permis. Mai 2012 sera également la date de la parution du quatrième et dernier tome de cette passionnante série de politique fiction.

« Elysée République » (tome 3), Casterman, 10,40 €

mardi 28 juin 2011

SF - Voyageurs et Arlequins : aventure finale

Le mystérieux John Twelve Hawks met enfin un point final à sa trilogie racontant les arcanes des Mondes parallèles.


La littérature fantastique et de science-fiction, tout en étant d'excellents moyen d'évasion et de distraction, permettent également aux auteurs de poser des problématiques très actuelles. Au centre de la trilogie des « Mondes parallèles » de John Twelve Hawks se trouve de fait la dénonciation de notre société du tout numérique synonyme du « tous surveillés ». Caméras de surveillance, GPS, téléphones portables, ordinateurs : il existe quantité de solutions pour ceux qui le veulent pour vous espionner. Vous et votre voisin. Tout le monde en fait. Il suffit d'avoir un ordinateur assez puissant, un ordinateur quantique que les Frères de la Tabula, l'organisme secret et imaginaire, les « méchants » du roman, sont en train de mettre au point.

Le Bien contre le Mal, la liberté contre la prison : ce combat éternel atteint son apogée dans la dernière partie de cette trilogie. Notre monde n'est pas unique. D'autres existent, en parallèle. Seuls les Voyageurs peuvent passer de l'un à l'autre. Il n'en restent que deux, Michael et Gabriel Corrigan. Le premier a choisi le camp de la Tabula, le second celui de la Résistance. Les Voyageurs sont protégés par les Arlequins, des guerriers prêts à tout pour les défendre. Maya, la jeune femme devenue Arlequin dans le volume précédent, est restée coincée dans le premier monde. La violence y règne en maître. Gabriel, amoureux de Maya, va tout tenter pour la retrouver et la ramener. Cela donne l'occasion à John Twelve Hawks de décrire cet enfer où « des torchères vomissaient flammes et fumées aux endroits où les canalisations étaient rompues. » Seule, elle va devoir se battre contre des « Loups » affamés, tout en perdant ses forces et ses derniers espoirs.

L'insécurité, arme des Puissants

De son côté, Michaël met tout en œuvre pour prendre le pouvoir à la tête de la Tabula. Pour cela il doit donner des gages aux frères. Il entreprend un voyage dans un nouveau monde, celui dominé par les demi-dieux. Là aussi la violence règne en maître. Mais elle est presque souhaitée par les habitants, travailleurs dociles, aimant se distraire en regardant de spectaculaires exécutions capitales. Michaël se trouvera renforcé dans cette vision du pouvoir et mettra en place un complot mondial pour faire grimper l'insécurité : « Les demi-dieux lui avaient appris que la peur était beaucoup plus facile à vendre que la tolérance et le respect de la liberté. La plupart des gens n'éprouvent du courage qu'en voyant d'autres prendre position. D'autre part, cette politique de la peur réunissait les suffrages d'un solide corps électoral, où se rassemblaient tous les dirigeants qui avaient compris que les changements en cours renforceraient leur propre pouvoir. » Une politique de l'exploitation massive et sans nuances des faits divers qui a déjà fait ses preuves en d'autres circonstances...

Livre prémonitoire par certains aspects, « La cité d'or » est également un récit d'amour et d'espoir. Maya, l'Arlequin, est enceinte de Gabriel, le Voyageur. Un enfant qui pourrait changer la face du monde. Et donner l'occasion au mystérieux John Twelve Hawks (pseudonyme d'un homme ou d'une femme vivant caché loin de toute technologie) de proposer dans quelques années un second cycle de ces « Mondes parallèles » décidément passionnants et immensément riches de possibilités narratives.

« La Cité d'or », John Twelves Hawks, Lattès, 20 €