jeudi 16 juin 2011

BD - L'héritier des ténèbres, la royauté revisitée par L'Hermenier et Cossu chez Drugstore


Les Royalistes vont adorer cette BD. Car l'idée de base serait une belle vengeance pour eux. Alors que son père et sa mère viennent d'être guillotinés, Louis, le Dauphin, héritier de la couronne de France, croupit dans une prison. Il y fait alors une étrange rencontre. Un démon (leur maître exactement, Baphomet), lui propose d'entrer à son service pour se venger des hommes. Louis n'hésite pas très longtemps.

Cette série fantastique écrite par L'Hermenier et dessinée par Brice Cossu se poursuit ensuite de nos jours. Louis, toujours jeune homme, est devenu immortel. Il se nourrit des âmes malfaisantes. Comment est-il revenu sur terre, comment supportera-t-il son immortalité, sa vengeance est-elle sans fin ? Ces questions sont encore en suspens, donnant l'occasion aux auteurs de développer cette séduisante idée de roi démoniaque.

Cossu, au dessin, illustre à merveille cette BD grand spectacle, en costumes, puis en Chine actuelle et aussi dans les bas-fonds du Paris contemporain.

« Le Dauphin » (tome 1), Drugstore, 13,50 € 

mercredi 15 juin 2011

BD - Parcours de survivants dans "Havre" de Bauthian et Ott chez Ankama


Catastrophe nucléaire au Japon oblige, les récits post-apocalyptiques vont de nouveau être très prisés. « Havre » d'Isabelle Bauthian (scénario) et Anne-Catherine Ott (dessin) entre tout à fait dans ce genre. Mais on ne peut pas accuser les auteurs de surfer sur la vague puisqu'il s'agit du tome 2, le premier étant paru depuis un an. Dans un pays imaginaire, du jour au lendemain, 95 % de la population meurt en une seconde. Les survivants se sont regroupés dans des communautés vivant en autarcie.

Le récit suit le parcours de trois d'entre eux : un nécromancien, une sorcière et un pistolero. Ils reviennent dans une ville où deux groupes s'affrontent : les Illuminés et les Solaires. Les premiers croient à une explication scientifique, les autres à la volonté du dieu Soleil. La seconde partie de cette trilogie détaille plus spécialement la personnalité du Pistolero. Cet ancien journaliste retrouve sa petite amie. Mais la fête est de courte durée. La sorcière est bien décidée à se venger.

Le monde imaginé par Isabelle Bauthian est implacable de logique et de violence. Quelles que soient les circonstances, l'homme cherchera toujours le pouvoir. A de rares exceptions près, cependant.

« Havre » (tome 2), Ankama, 14,90 € 

mardi 14 juin 2011

BD - "Les petites histoires viriles" de Jéromeuh : le couple au masculin


Raconter sa vie en BD est toujours un peu délicat. Il faut savoir quoi dessiner pour intéresser le lecteur et trouver le ton juste. Un exercice encore plus compliqué quand on entend y dévoiler son quotidien de couple ... homosexuel. Jéromeuh, dans son premier album, s'en tire avec les honneurs. Sa force : l'humour et l'auto-dérision.

Car on peut être gay et romantique, voire fleur bleue. Le héros, oreilles décollées, petite barbe bien taillée, gros sourcils et sourire ravageur, a tendance a être soit expéditif, soit possessif. Le problème, ses compagnons aussi, et pas toujours à l'unisson. Il raconte ses plans drague, ses nuits agitées et ses petits matins joyeux, entre doux câlins et chant des oiseaux.

Des gags en une ou deux planches s'attaquant aussi au quotidien, entre salle de bain et cuisine en désordre. Une bonne part est faite aussi aux amies, ces filles elles aussi romantiques osant se confier à Jéromeuh, ce gay qui leur ressemble tellement. Et au final, le dessin rond et coloré de Jéromeuh renforce l'impression que cette BD, tout en étant ouvertement gay, s'adresse paradoxalement aux femmes...

« Les petites histoires viriles », Delcourt, 13,50 € 

lundi 13 juin 2011

Thriller - ADN haine dans "Gataca" de Franck Thilliez

Les secrets de l'ADN sont au cœur de « Gataca », thriller de Franck Thilliez et suite très attendue du « Syndrome E ».

La recette pour un obtenir un bon roman policier est assez simple : une solide intrigue, des rebondissements et des personnages ayant un minimum de relief. Franck Thilliez, dans « Gataca », a soigné ces trois bases, particulièrement le dernier ingrédient.

Suite du « Syndrome E », il reprend donc ses deux flics quasiment où il les avait laissés. Sharko, le commissaire parisien et Lucie, la Lilloise. Lucie détruite dans les dernières pages car on venait d'enlever ses deux petites filles, des jumelles. Les premières pages de « Gataca » sont sombres. Très sombres. Carnot, le kidnappeur, a tué Clara. Brulée vive. Juliette est retrouvée vivante. Lucie a quitte la police et tente de bien élever la survivante. Sharko, de son côté, a abandonné ses responsabilités pour redevenir simple inspecteur, au plus près du terrain, de la fange humaine.

Les « amants maudits »

Le roman montre dans un premier temps le quotidien de ces deux « amants maudits ». Tout bascule quand Sharko doit enquêter sur la mort d'une étudiante, Eva Louts. Elle semble avoir été tuée par un chimpanzé dans un centre d'études des primates qui l'employait. Au même moment, Lucie apprend que Carnot s'est suicidé dans sa cellule : « Il a réussi à s'arracher une artère de la gorge avec les doigts » lui apprend un ancien collègue. Lucie, comme pour faire un deuil véritable, décide d'aller aux obsèques de Carnot.

Sharko poursuit son enquête et explore le passé d'Eva Louts. Après avoir fait de rapides voyages au Mexique et au Brésil, elle a entrepris le tour des prisons françaises pour rencontrer des détenus. Leur point commun : ils sont gauchers et violents. Parmi eux, Carnot.

Au cimetière, Sharko et Lucie vont se retrouver. Le flic, encore très perturbé par l'enlèvement des jumelles dont il est persuadé être le responsable, va entraîner Lucie dans son enquête. Elle va se rendre dans les Alpes, toujours sur les traces d'Eva. Là-bas, elle tombera sur une scène de crime vieille de plusieurs milliers d'années. Un homme de Cro-Magnon a sauvagement assassiné toute une famille de néandertaliens. Sharko, lui explorera le passé de Carnot.

Les secrets cachés de l'ADN

A des centaines de kilomètres de distance et des siècles d'écart, ils vont trouver une même piste, un embryon d'explication, dans « le symbole représentant la structure en double hélice de l'ADN » des tueurs. « Lucie se rappelait vaguement ses cours de biologie de terminale, notamment les noms des quatre types de barreaux de cette gigantesque échelle hélicoïdale, barreaux formés des lettres G, A, T, C : guanine, adénine, thymine, cytosine. Quatre bases azotées, communes à tous les êtres vivants, et dont les combinaisons alambiquées, formant entre autres les gènes et les chromosomes, donnaient des yeux bleus, le sexe féminin ou les maladies génétiques. » L'enquête policière trouvera un prolongement dans ces considérations scientifiques, parfaitement vulgarisées par Franck Thilliez.

Thriller ambitieux par son thème, il l'est aussi par la description des personnalités très complexes des deux héros. Sharko et Lucie, leur obsession et obstination, donnent un air encore plus dramatique à « Gataca », roman sur l'ADN, la violence et la haine.

« Gataca » de Franck Thilliez, Fleuve Noir, 20,90 €


 




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dimanche 12 juin 2011

BD - "Je peux t'appeler Jean-Pierre ?" : Perrolet nouvelle Brétécher ?

Il y a un petit air de ressemblance avec les Frustrés de Claire Brétécher ou les BD de Copi. Ce recueil de portraits de femmes frappe souvent juste. Qu'elles soient jeunes ou vieilles, mariées ou célibataires, belles ou laides, toutes les héroïnes imaginées par Pauline Perrolet sont crédibles dans leur malheur et leur détresse. 

Car c'est la grande misère du sexe faible qui est étalée dans cette centaine de pages, dont certaines inédites. Une nouvelle plume issue des BD blogs, au dessin moins léché que Pénélope Bagieu ou Margaux Mottin, mais d'une causticité digne d'un Reiser en jupons.

Pocket, collection Bulles et Blogs, 7 euros 

samedi 11 juin 2011

BD - "Lomax" de Duchazeau : aux sources du blues


C'est l'histoire de deux hommes blancs, un père et son fils, qui sillonnent le Sud des États-Unis pour enregistrer le chant des Noirs. Le blues naissant, les folk songs et autres ballades. John Lomax et Allan ont véritablement existé. Frantz Duchazeau raconte leur périple, leurs découvertes et déconvenues dans ce roman graphique de 120 pages en noir et blanc.

Avec leurs enregistreurs, ils fixent à jamais ces chants tristes, mémoire d'un pays, d'une communauté, d'une ségrégation. Ils sont souvent mal accueillis. Par les chanteurs, mais aussi les anciens maîtres, membres du Ku Klux Klan, justiciers expéditifs. Ils s'en tirent toujours car leur passion et leur enthousiasme sont contagieux.

Un album à lire en écoutant du jazz. Une longue liste d'interprètes est d'ailleurs publiée, en hommage, à la fin du volume.

« Lomax », Dargaud, 19,95 € 

vendredi 10 juin 2011

BD - Quand le Mossad introduit une taupe à l'Élysée


Jungle, maison d'édition surtout connue pour ses production dérivées de la télévision (des Simpson en passant par Koh-Lanta ou les petites annonces d'Elie Seimoun) semble vouloir changer son image de marque. « Mossad opérations spéciales » est un thriller ancré dans la réalité bénéficiant de la grande expertise de Jean-Claude Bartoll. Le scénariste de Insiders ou L'Agence plonge le lecteur dans les méandres des service secrets israéliens. 

Le Mossad a une réputation d'efficacité, pourtant, dans les premières pages, rien ne se passe comme prévu. Un commando devant abattre un trafiquant d'armes est massacré sous le tir nourri d'agents palestiniens et syriens. Au même moment, le conseiller diplomatique du président français, tombe sous le charme d'une espionne arabe. Seul Sven Hallenberg, ancien agent à la retraite, peut intervenir et renverser la situation. Aventure et politique font bon ménage sous la plume de Rovero.

« Mossad opérations spéciales » (tome 1), Jungle Thriller, 12,50 € 

jeudi 9 juin 2011

BD - Les enfants de Seuls dans "La quatrième dimension et demie"


Ils sont seuls et surtout ils sont morts. C'était la grande révélation du cinquième album de la série « Seuls » écrite par Vehlmann et dessinée par Gazzotti. La suite n'était pas évidente à trouver. Mais nécessaire car les aventures de ces gamins unis dans l'adversité est un des grands succès de librairie de ces dernières années.

Les première pages de ce nouveau cycle sont calmes, trop calmes. Ils organisent une messe, une séance de spiritisme pour tenter d'entrer en contact avec les vivants et enquêtent sur les circonstances de leur mort. Un calme qui ne dure pas. Saul, le chef de l'autre clan, se lance dans une guerre de possession.

Pour assurer sa survie, le clan mené par Dodji doit entrer dans le jeu, même quand Saul sort l'artillerie lourde. Parabole sur la violence et la guerre, cet album, comme tous les précédents, s'achève par un coup de théâtre relançant l'intérêt du lecteur pour cette fantastique aventure.

« Seuls » (tome 6), Dupuis, 10,45 € 

mercredi 8 juin 2011

BD - Les enfants de Jessica, Innocents, suite attendue


Durant les années 90, « Le pouvoir des innocents » de Brunschwig et Hirn aux éditions Delcourt a passionné toute une génération. Un thriller politique et humaniste montrant l'ascension de Jessica Ruppert jusqu'à la mairie de New York. Dix ans plus tard, les deux auteurs retrouvent leur héroïne. Elle a radicalement changé la mégapole américaine et entend appliquer sa recette pour réformer l'ensemble du pays. Elle va présenter son programme au Congrès. Un discours très attendu par les humbles mais redouté par les nantis.

Une suite pas du tout évidente, qui risque de dérouter les fans du premier cycle. Et pourtant on retrouve tout le brio de Brunschwig, formidable raconteur d'histoires et la maîtrise graphique totale de Hirn.

« Les enfants de Jessica », Futuropolis, 11 € 

mardi 7 juin 2011

BD - Sept survivants au bout du tunnel

La nuit, les Alpes. Tempête de neige. Plusieurs automobilistes sont heureux de pénétrer dans un tunnel routier, à l'abri des éléments déchaînés. Ils viennent de foncer tête baissée dans un piège sans fin. Il y a le couple en instance de divorce, le dealer violent, sa copine complètement stone, le flic hargneux... 

Des représentants de l'espèce humaine, avec ce quelle a de plus pervers enfoui au fond de leurs personnalités. Ce tunnel se révèle sans fin. Ils roulent des kilomètres sans en sortir. Et finissent par tomber sur une bande « d'asséchés », sortes de zombies affamés... Pas mal d'horreur, beaucoup de psychologie et au final une lutte sans merci entre le tunnel et le dernier survivant. 

Un scénario ingénieux de Luca Blengino mis en images par Denys qui s'en tire très bien malgré le peu de diversité des décors, un tunnel restant un tunnel...

« Sept survivants », Delcourt, 13,95 €