lundi 6 juin 2011

BD - Arleston et Cassegrain imaginent des gargouilles gourmandes


Arleston a suffisamment développé le monde de Troy pour se permettre de choisir ses dessinateurs en fonction des époques ou des personnages à mettre en scène. Dans « L'heure de la Gargouille », histoire complète intégrant la série des « Légendes », il est question de monstres, de barbares et de très jolies femmes. 

Cette dernière catégorie ne pouvait que revenir à Didier Cassegrain, grand expert en pin-ups plantureuses et court vêtues. La cité de Triban est maudite. Chaque nuit, les gargouilles ornant les façades des demeures des grandes familles s'animent et en dévorent les murs. Pour faire cesser cette destruction, il est fait appel à un sage d'Eckmül. 

Mais la solution pourrait aussi venir des dons et de la force de Nükhu, un barbare des îles. Ses muscles saillants ne laissent pas indifférentes les jeunes bourgeoises de Triban, littéralement sous le charme. Une ravissante fantaisie polissonne.

« L'heure de la Gargouille », Soleil, 13,50 € 

dimanche 5 juin 2011

BD - Alexia face à une armée des furets


Alexia, obligée de prendre la direction du CRPS (Centre de recherche des phénomènes surnaturels, voir les six précédents tomes) travaille beaucoup. Un peu trop même. Elle accepte d'aller à un congrès en Grèce avec sa secrétaire et amie Bérénice. Les travaux débutant le lundi et l'avion se posant le vendredi soir, Bérénice concocte un week-end farniente, soleil et plage pour elle et sa patronne. Mais c'est sans compter avec le zèle d'Alexia qui va profiter de ces deux jours pour inspecter une île déserte sur laquelle des milliers de furets prolifèrent, exclusivement nourris de chair humaine...

Cette aventure d'Alexia est une pause dans la saga fantastique imaginée par Ers et Dugomier. Le merveilleux est moins présent, l'action prépondérante et les auteurs profitent du soleil hellène pour vêtir légèrement leurs héroïnes. C'est palpitant et frais. Une vraie BD tout public comme il s'en fait de moins en moins malheureusement.

« Les démons d'Alexia » (tome 7), 10,45 € 

samedi 4 juin 2011

BD - Simon Nian : entre quatre planches


Avocat, Simon Nian est également un collectionneur passionné. Il dépense des fortunes pour acquérir dédicaces et originaux de célèbres dessinateurs de BD. Sa troisième aventure se déroule dans ce petit milieu où les entourloupes sont monnaie courante. Quand il envoie son assistante Diana (ravissante, court vêtue, courbes aguichantes...) dans un festival de BD pour obtenir une dédicace, il ne se doute pas qu'il va la plonger dans une aventure jonchée de cadavres. Première victime : le dessinateur Yéméné. 

Pas très bon, mais réputé pour ses reprises. Il savait parfaitement imiter certains grands. En peinture, il aurait fait carrière comme faussaire. Simon va donc se lancer à la trace d'un album perdu, d'un fantôme hantant les catacombes et de tueurs jumeaux, aussi bêtes que leur patron, Leglaire, l'épicier ayant fait fortune dans les grandes surfaces.

Dessiné par Rodier, parfait dans le style de Tillieux, l'album est écrit par Corteggiani, un vieux routard du 9e art. Il profite de ces 46 pages pour faire quelques clins d'œil au milieu et brosser une caricature au vitriol de cet épicier amateur de belles planches...

« Une aventure de Simon Nian » (tome 3), Glénat, 9,95 € 

vendredi 3 juin 2011

BD - La voyance à la chaîne

Pour financer ses études, un petit boulot à mi-temps est la solution idéale. Stéphanie est en première année de médecine. Pour payer sa colocation, elle postule à un emploi de standardiste. La boite est en plein développement. Les appels nombreux et très rémunérateurs. Stéphanie entre, sans préparation, dans le monde terrifiant de la voyance par téléphone. 

Avant de passer l'appel au voyant idoine, elle doit se renseigner sur les problèmes du client et surtout, demander le numéro de carte bleue. Au début, ces détresses téléphoniques la laissent de marbre. Mais plus le temps passe, plus elle comprend qu'elle est au service d'une pompe à fric qui s'alimente de la détresse des gens. La froideur de ses chefs, les coups bas de ses collègues, la mauvaise humeur des voyants finissent par la faire douter. Pourtant elle a besoin de cet argent... 

Tirée d'une expérience vécue, cette histoire est signée par Isabelle Bauthian, scénariste aux univers très diversifiés sonnant toujours justes. Un album dessiné par Rebecca Morse, débutante au trait déjà sûr, fin et élégant.

« Yessika, voyance, amour, travail... argent », Drugstore, 17 € 

jeudi 2 juin 2011

Thriller - "Sans laisser de traces" de Val McDermid : de la mine au soleil

Au plus fort de la grève des mineurs en 1984, disparitions et enlèvements sèment le trouble en Écosse. 20 ans plus tard, Karen Pirie rouvre les dossiers.


Les affaires non résolues semblent être un filon inépuisable pour les romanciers. Val McDermid, auteur d'une vingtaine de polars vendu au total à plus de 10 millions d'exemplaires dans le monde, a profité de cette mode pour parler d'une période qui lui tient particulièrement à cœur : la grande grève des mineurs en Angleterre durant les années 80. Mais loin de signer un documentaire larmoyant sur le combat perdu de ces hommes et femmes de conviction, elle dresse les portraits d'une région à la dérive et de structures obsolètes, victimes du thatchérisme et surtout du poids des ans.

Grévistes et Écosse

Tout commence quand Karen Pirie, l'inspectrice en chef du service des affaires classées de cette région d'Écosse, reçoit la plainte d'une jeune mère désespérée. Elle vient signaler la disparition de son père. Depuis 24 ans... En fait, elle cherche à retrouver son géniteur car il est le dernier espoir pour sauver son jeune fils atteint d'une maladie génétique. Il lui faut une greffe de moelle venant de quelqu'un de compatible. Son grand-père par exemple. Mais Mick Prentice n'a plus donné signe de vie depuis sa supposée fuite dans le sud du pays, avec des « jaunes », pour casser le mouvement social des mineurs.

Tout le roman va tourner autour de cette disparition, inexpliquée, inexplicable. Karen, contre l'avis de son chef, va se lancer à corps perdu dans cette enquête. L'envie de sauver l'enfant. De comprendre aussi ce qui s'est passé à l'époque dans la région, sa région. Karen, héroïne récurrente de Val McDermid, n'est pas spécialement sympathique ni très glamour. Elle en a conscience, voilà comment elle s'imagine aux yeux de ses interlocuteurs : « une femme grassouillette engoncée dans un tailleur Marks and Spencer, avec des cheveux châtains en attente d'une visite chez le coiffeur, qui pourrait être jolie si on devinait le dessin de ses os sous la chair. (…) De jolis yeux, quand même. Bleus avec des traces noisette. Peu communs. »

Enlèvement et Italie

Karen opiniâtre, obstinée, mais devant en priorité faire avec les errements de sa hiérarchie. Car elle est sollicitée pour suivre une autre affaire, déclarée prioritaire elle. Sir Broderick, le plus gros industriel de la région, sollicite la police pour tenter de retrouver son petit-fils enlevé 20 ans plus tôt. Un fait nouveau pourrait relancer l'enquête. Bel Richmond, une journaliste anglaise, en vacances en Toscane découvre dans une maison a l'abandon une affiche diffusée à l'époque par les kidnappeurs. Mais que s'est-il passé très récemment dans cette maison ? «  A ses pieds, le dallage en pierre calcaire était couvert d'une tache irrégulière d'environ un mètre sur cinquante centimètres. De couleur rouille, ses bords étaient arrondis et réguliers, comme si quelque chose avait coulé pour former une mare et non été renversé. (…) Bel avait écrit suffisamment d'articles sur la violence conjugale et les crimes sexuels pour reconnaître une grosse tache de sang quand elle en voyait une ».

Le lecteur suit les deux enquêtes en parallèle, Karen sur les traces de Mick Prentice, Bel sur celle d'Adam, le petit-fils de sir Broderick. A force de persuasion et d'intuition, les deux femmes vont rapidement progresser. Même 20 ans après, des cadavres vont refaire surface, des secrets tomber, des mensonges s'éventer.

Ce thriller psychologique dur et et âpre devient plus doux quand on entre dans l'intimité de Karen. L'inspectrice consacre l'essentiel de son temps à son travail tout en se posant beaucoup de questions sur sa vie, sa solitude. Bouffée d'air pur dans cette histoire tragique, sa ténacité et clairvoyance payeront. A tous les niveaux.

« Sans laisser de traces », Val McDermid, Flammarion, 21 € 

mardi 31 mai 2011

SF - "Destination ténèbres" de Frank M. Robinson : une dérive sidérale

Considéré comme un des classiques de la science-fiction américaine, « Destination ténèbres » de Frank M. Robinson, paru en 1991, est enfin disponible en France avec une traduction de Jean-Daniel Brèque dans la collection « Lunes d'encre ». Ce thriller spatial emmène le lecteur aux confins de l'espace, si loin de la terre.

Le vaisseau Astron a pour mission de rechercher des civilisations extraterrestres. Il va de planète en planète, explorant chaque caillou susceptible d'accueillir la vie. Cela fait plusieurs millénaires qu'il est parti. Et pour l'instant l'équipage a fait chou blanc. L'immense vaisseau est totalement autonome. Une petite communauté qui en est à sa centième génération.

Chute et amnésie

Le roman débute par l'exploration de Séthi IV. Sur cette planète hostile, le jeune Moineau dévisse en escaladant une falaise. Sa combinaison fuit. Il se sent mourir. Ecran noir. Il se réveille dans l'infirmerie de l'Astron. Amnésique. Il ne se souvient que de l'accident. Rien sur sa vie d'avant. Avec ses yeux et sa sensibilité, le lecteur va découvrir la vie à bord, les différentes communautés (en fonction des emplois), les travaux obligatoires, la tyrannie du capitaine Fusaka et surtout l'existence d'une mutinerie embryonnaire. Moineau, âgé de 17 ans, sans souvenir, est balloté d'un groupe à un autre. Fasciné par le Capitaine tout puissant, ami avec les simples astros, surveillé par les docteurs.

Il trouve finalement sa place, notamment quand l'Astron aborde une nouvelle planète. Moineau fait partie de la première équipe d'exploration. Il est subjugué par ses découvertes. « Le vent capricieux a balyé brume et neige et, les yeux écarquillés, j'ai découvert un vallon large d'une douzaine de kilomètres. Il s'y trouvait un petit lac à l'extrémité duquel j'ai distingué une cascade de méthane tombant d'une falaise. Une chute de liquide ! C'était la première fois que j'en voyais une, et le spectacle était aussi splendide que saisissant. » Il n'en profite pas longtemps. Un autre membre de l'expédition tente de l'assassiner.

Encombrante immortalité

Moineau va prendre conscience qu'il est beaucoup plus important qu'un simple matelot. La rébellion contre le Capitaine attend beaucoup de lui. En cherchant des informations sur son passé, il va découvrir l'incroyable vérité : lui comme le Capitaine étaient à bord de l'Astron au départ de la terre.

Réflexion sur le pouvoir, l'immortalité, et l'importance des attaches terrestres, ce roman décrit la guerre civile déclenchée dans cette petite communauté vivant en vase clos depuis trop longtemps. Moineau n'en a que trop conscience quand il constate : « La nuit et l'abîme ai-je songé en frissonnant. Et nous voilà, une tribu de primates bavards et terrifiés, à des années-lumière de notre jungle natale, occupés à nous battre et à nous reproduire, confinés dans un minuscule monde artificiel lancé dans le néant depuis des millénaires. » Ce huis clos obsédant est mené de main de maître par Frank M. Robinson, scénariste de la tour infernale et également auteur du Pouvoir paru récemment dans la collection Folio SF.

« Destination ténèbres », Frank M. Robinson, Denoël, Lunes d'encre, 23,50 € 

dimanche 29 mai 2011

BD - "Fraternity", utopie fantastique signée Diaz Canales et Munuera chez Dargaud

Les premiers colons arrivés en Amérique du Nord, sur ces terres vierges, ont parfois tenté de mettre en place des communautés radicalement différentes. A New Fraternity, un riche intellectuel, tente de mettre en pratique ses idéaux. Egalité parfaite, abolition de la propriété et de la religion, répartition des richesses : sur le papier c'est le paradis. 

Dans les faits la petite communauté se déchire. La famine menace et la guerre de Sécession alourdit encore l'ambiance. De plus, un enfant sauvage est recueilli. Il vivait dans la forêt. Muet, frondeur voleur, il est un problème. D'autant qu'il est ami avec une créature fantastique, immense et agressive. Diaz Canales (Blacksad) au scénario, Munuera (Spirou, Nävis) au dessin garantissent une qualité irréprochable à cette BD entre politique et fantastique.

« Fraternity » (tome 1), Dargaud, 13,95 € 

jeudi 26 mai 2011

BD - "Dômes" de Roth-Fichet et Nicoloff : se mettre à l'abri du passé


On ne le dira jamais assez, l'école du dessin animé est une des meilleures qui soit. Pour preuve l'arrivée d'un nouveau dessinateur, Roth-Fichet, particulièrement talentueux. Et pourtant c'est son premier album. « Dômes » est une série de science-fiction tout public. C'est lui qui a eu l'idée de cette civilisation recroquevillée sous des dômes protecteurs, la protégeant des attaques extérieures. Un concept développé et structuré par Loïc Nicoloff, scénariste et cinéaste confirmé. 

L'héroïne, Alyanne a des airs de Nävis de Sillage. Pilote surdouée, elle est intrépide, indépendante et casse-cou. L'autre attrait de la série réside dans les engins volants, insectes géants en osmose avec son pilote. 

« Dômes » (tome 1), Soleil, 13,50 € 

mercredi 25 mai 2011

BD - "La douceur de l'enfer", une guerre oubliée contée par Grenson au Lombard


La guerre du Vietnam est une plaie encore vive dans les mémoires américaines. Mais juste avant, un autre conflit a provoqué des milliers de morts dans l'armée US. La Corée était la première bataille contre l'avancée du communisme. 

Cette guerre oubliée est au centre de « La douceur de l'enfer », diptyque signé Olivier Grenson. Le dessinateur de Nikos Kodla se lance en solo et le résultat est étonnant de maîtrise. Billy, jeune architecte d'intérieur, va redécouvrir son grand-père, mort au front dans les années 50. Sa plaque d'identification vient d'être retrouvée dans une fosse commune. Au cours de cérémonies officielles sur place, il devra représenter sa famille et faire face à une incroyable révélation. Sa vie, son passé, ses certitudes, seront ébranlées.

« La douceur de l'enfer » (tome 1), Le Lombard, 15,95 € 

mardi 24 mai 2011

BD - Légendes à deux roues


La bicyclette, Christian Lax adore. Pour en faire mais aussi pour y puiser la matière de ses albums. Il a beaucoup rêvé aux exploits de ces forçats de la route. Après avoir raconté la vie incroyable de « L'aigle sans orteils » dans la collection Aire Libre, il a prolongé le récit pour Futuropolis avec « Pain d'alouette ». Dans ce second tome, il se penche sur la plus dure des courses, le Paris-Roubaix. L'enfer du Nord, aux pavés mythiques, a longtemps été considérée comme la reine des classiques. La plus difficile, la plus exigeante.

Avant d'arriver à l'édition de 1934, Lax présente les deux personnages principaux. Reine, la fille de l'Aigle, orpheline ayant connu une enfance difficile, devenue brillante journaliste sportive. Elie Ternois, fils du Nord, a décidé de devenir coureur pour ne plus avoir à descendre au fond de la mine. Ils vont s'aimer, se soutenir, réussir ensemble.

Une belle histoire d'amour et de volonté.

« Pain d'alouette » (tome 2), Futuropolis, 16 €