samedi 16 octobre 2010

BD - Arthur de Pins et Maia Mazaurette nous invitent à une gentille gaudriole


Changement de cap pour la série Péchés Mignons d'Arthur de Pins (avec la complicité de Maia Mazaurette pour le scénario). Débutée par des gags sans personnages récurrents, elle passe à l'histoire complète de 46 pages, avec deux héros en vedette : Clara et Arthur. Mais l'esprit gag est maintenu avec un sourire par page. L'ensemble forme cependant un tout racontant le mariage de Cassandre avec Paul. 

Clara, la mangeuse d'hommes et Arthur, le séducteur invétéré, seront de la fête. Mais ils se lancent un défi : stopper les gaudrioles et se marier avec leur prochain partenaire. C'est coquin, parfois osé, dessiné tout en rondeur. La gentille caricature d'une certaine jeunesse accro au sexe.

« Péchés mignons » (tome 4), Fluide Glacial 

vendredi 15 octobre 2010

BD - La révélation du Scorpion

Cela fait 10 ans que le Scorpion, mystérieux justicier imaginé par Desberg et Marini, promène sa gueule d'ange et son épée pointue dans l'Italie de la Renaissance. Il s'oppose à la famille Trebaldi, notamment un des fils devenu pape et qui fait régner la terreur à Rome avec ses moines rouges. 

Dans ce neuvième tome intitulé « Le masque de la vérité », les fans de la série sauront enfin d'où vient la marque sur l'épaule du héros, la cicatrice d'une ancienne brûlure en forme de scorpion et qui donne son nom au personnage. Une révélation qui ne marque pas la fin de la série, loin de là, puisqu'un ultime rebondissement maintient le suspense d'un univers au ton très feuilletonnesque.

« Le Scorpion » (tome 9), Dargaud, 11,50 € 

jeudi 14 octobre 2010

BD - Les Drax passent à l'attaque

Jean Dufaux fait partie de ces scénaristes qui n'aiment pas se reposer sur des lauriers facilement obtenus. Il multiplie les collaborations, n'hésitant pas à prendre des risques avec de jeunes dessinateurs. Exemple avec Medina, série de SF dessinée (et inspirée) par Elghorri. Dans un futur proche, l'humanité est au bord du gouffre. Les derniers représentants de la race affrontent les Drax, des monstres venus de mondes parallèles, grâce à une brèche ouverte par des scientifiques imprudents. 

La première partie montre un univers de violence, où les combats font rage. Elghorri, storyboarder au cinéma, donne une dimension spectaculaire à cette BD digne des meilleures années de Métal Hurlant.

« Medina » (tome 1), Le Lombard, 13,50 € 

mercredi 13 octobre 2010

BD - Avec Sarkozy, sexe et politique font bon ménage


On ne sait pas encore si le président Sarkozy parviendra à sortir la France de la crise, mais il est certain que son influence pour le monde de l'édition sera déterminant. Et involontaire. Car c'est un peu en phénomène de foire qu'il va permettre à certains titres d'atteindre des tirages colossaux. 

Dernier exemple en date, côté BD, « Sarkozy et ses femmes » de Renaud Dély (scénario) et Aurel (dessin). Dély, journaliste depuis une vingtaine d'années, a raconté l'ascension de Sarkozy en la mettant en parallèle avec ses amours. En fait tout a débuté avec Cécilia. Coup de foudre en salle de mariages, cour effrénée et découverte d'une femme à poigne qui va lui permettre d'imposer ses idées. 

Cécilia est la véritable héroïne de cet album, ne laissant les seconds rôles qu'à Carla ou Rachida (certainement celle qui est la plus maltraitée). Sarkozy, lui, apparaît comme un simple amoureux manipulé par ces maîtresses-femmes.

« Sarkozy et ses femmes », Drugstore, 15 € 

mardi 12 octobre 2010

BD - Complicité entre l'enfant et le rapace


Qui de l'homme ou de l'animal est le plus sauvage ? Cette interrogation est en filigrane de cette nouvelle série de Sokal. Le créateur de Canardo abandonne son dessin caricatural pour un académisme parfaitement maîtrisé. L'histoire croisée entre Kraa, l'aigle et Yuma le jeune indien. Kraa vient d'apprendre à voler. Ses parents l'ont abandonné et il doit chasser seul. Yuma l'observe et l'admire. Yuma qui parvient à lire les pensées de cet animal fier et orgueilleux. 

Dans cette vallée perdue, les jours s'écoulent calmement. Mais l'arrivée d'hommes blancs va tout changer. Ils veulent construire un barrage, inonder la vallée. La famille de Yuma résiste. Elle est exterminée. Le jeune indien prend la fuite et jure de se venger. Il sera aidé par Kraa qui lui aussi a du affronter les hommes blancs. 

Âpre et violente, cette bande dessinée, si l'on oublie son côté parfois un peu trop manichéen, est passionnante. On s'imagine dans ces contrées vierges, admirant la complicité entre l'enfant et le rapace.

« Kraa », Casterman, 18 € 

lundi 11 octobre 2010

BD - Amitié d'été entre Léopold et Garance


Les vacances viennent à peine de débuter. Léopold arrive enfin. Il saute de la voiture de ses parents et se précipite vers la plage. Il sait que c'est là qu'il retrouvera Garance, sa copine d'été. 

Deux enfants, le soleil, la mer, des journées d'insouciance : « Garance » est un album jeunesse simple et fort écrit par Séverine Gauthier, dessiné par Thomas Labourot et mis en couleur par Christian Lerolle. Les premières planches montrent la joie des retrouvailles entre les deux amis. Une belle complicité qui va les conduire très loin. Car Garance a un secret. 

Elle affirme pouvoir marcher sur l'eau. Elle tient ce pouvoir de son père, un géant vivant sur une île, loin dans l'océan. C'est lui, en battant des pieds dans l'eau qui fabrique les vagues. Léopold est émerveillé par cette histoire, même s'il sait parfaitement que le papa de Garance est mort... Un matin, ils décideront de rejoindre le géant. A bord d'une petite barque. 

Histoire de vacances émouvante, dessins simples, couleurs lumineuses : une belle réussite.

« Garance », Delcourt, 9,40 € 

dimanche 10 octobre 2010

Roman - Robert Goolrick raconte sa famille féroce

Roman extrême, « Féroces » de Richard Goolrick plonge le lecteur dans une famille américaine des années 50. Famille aux secrets sordides.

Il est des romans qui vous laissent des souvenirs profonds, comme des blessures qui mettront des semaines à cicatriser. Et des années plus tard, vous aurez toujours cette marque superficielle, réminiscence de l'histoire vous ayant touché. « Féroces » de Richard Goolrick est ce ces œuvres. On ne sort pas intact de ce récit, apparemment décousu, de son enfance et sa vie d'adulte, avant que l'écriture ne le libère de tous ses démons.

Pour se raconter, Robert Goolrick commence par présenter ses parents. Ce qu'ils sont devenus. Notamment les obsèques de son père. Un vieux monsieur, alcoolique, sale, dont la maison était infestée de rats. Sa femme était morte six années auparavant. Elle aussi « parce qu'elle buvait trop. »

Beaux et intelligents

L'auteur se souvient ce son enfance. Quand ses parents étaient littéralement adulés dans cette petite ville du sud profond des USA, dans les années 50. « Non seulement mon père et ma mère étaient doués pour l'organisation des fêtes, avec leur générosité et leur intelligence, mais ils étaient aussi doués pour aller aux fêtes. On les adorait pour leur sens de l'humour et leur charme, pour leur beauté et leur minceur. » Richard aurait donc tout eu pour vivre une enfance heureuse en compagnie de son frère et de sa sœur. Mais les membres de sa famille étaient « féroces ».

C'est un jeune adulte traumatisé, profondément dépressif, qui tente de s'émanciper. Sans détour, il explique comment la vie lui est devenue impossible. « Je vivais seul. Je m'étais toujours senti seul, isolé des gens réels, même lorsque j'étais impliqué dans l'une de mes histoires d'amour chaotiques, des histoires qui échouaient du fait de ma propre lassitude, des cruautés ineptes des hommes et femmes que j'avais choisi d'aimer. »

La lame du salut

Il passe son temps à faire semblant, cherchant un échappatoire. Il croit le trouver en faisant l'acquisition d'une lame de rasoir. Et de se faire mal pour faire baisser la pression : « La peau céda facilement, et le sang s'écoula le long de mon bras jusque dans ma main repliée, puis sur les draps. La douleur était atroce. » Il recommencera, jour après jour, jusqu'à l'obsession. « Mon bras gauche était saturé. Il n'était plus que de la viande hachée. J'attaquais le bras droit, avec le vertige de la chair neuve. Mes bras n'étaient qu'un entrelacs de blessures. Une toile d'araignée sanguinolente. »

Des passages difficiles qui ont pourtant le pouvoir de nous envoûter. Robert Goolrick, a froid, se met à nu et amène le lecteur vers ce qui a tout déclenché dans sa petite enfance. Un traumatisme donnant une dimension supplémentaire à ce roman déjà exceptionnel. Et d'y consacrer tout un chapitre intitulé « Comment j'ai pu continuer ? ». Finalement il a survécu. Et un écrivain majeur est né.

« Féroces », Richard Goolrick, Anne Carrière, 20,50 €

samedi 9 octobre 2010

BD - Etat tueur dans le tome 2 de Sisco


Avec Sisco, flic des services secrets de l'Elysée, ça ne plaisante pas. Après avoir éliminé un conseiller mettant en danger la réputation du président, il se lance à la poursuite d'une journaliste en possession d'une preuve de ce crime d'Etat. Le premier tome allait à 100 à l'heure, le second est encore plus frénétique. Sisco localise la journaliste, mais au moment où il va l'abattre, il est lui même la cible d'un collègue. 

Blessé, il parvient à s'enfuir et se transforme de chasseur en gibier. Benec, le scénariste, plonge le lecteur au cœur d'un service occulte où tous les coups sont permis. Lutte de pouvoir et secret d'Etat semblent donner tous les droits à ces officines totalement en marge de la légalité. 

Thomas Legrain, le dessinateur, au trait encore un peu trop photographique, est entièrement au service du récit. On devine pourtant un talent qui ne demande qu'à éclater, avec notamment quelques cases très réussies dignes d'un Gigi ou d'un Gillon de la meilleure époque.

« Sisco » (tome 2), Le Lombard, 10,95 € 

vendredi 8 octobre 2010

BD - Andrew Barrymore, shérif mentaliste


Andrew Barrymore a des petits airs de « Mentalist », la série policière qui cartonne actuellement sur les petits écrans. Avec une bonne dose d'humour en plus. Andrew est un jeune citadin (il sort d'une école de détective de San Francisco) débarquant à Old Creek Town, petite bourgade perdue au fin fond du far-west. Il sera l'adjoint de Jim Patherson qui n'a pas inventé la poudre mais sait se faire respecter. 

Andrew va rapidement pouvoir faire ses preuves car le lendemain de son arrivée l'épicier du village est retrouvé assassiné dans son magasin. Le crâne fracassé, le coffre-fort ouvert et vide. A force d'observations et de déductions Andrew va démasquer le coupable avant de se raviser et démontrer que la solution est plus complexe. 

Une nouvelle série écrite par Délestret très à l'aise dans cette histoire bourrée d'énigmes. Valambois, au dessin, apporte une touche très personnelle à une BD très classique sur le fond mais particulièrement originale sur la forme.

« Les enquêtes d'Andrew Barrymore » (tome 1), Dargaud, 11,50 € 

jeudi 7 octobre 2010

BD - Pastiche hilarant de la Guerre des étoiles


« La guerre des étoiles » est devenue en quelques décennies une référence absolue en matière de conte et de quête. Parfois imitée, souvent pastichée, la saga de Georges Lucas a bâti l'imaginaire de nombre de créateurs actuels. 

Bourhis et Spiessert y sont allé de leur parodie dans cet album intitulé « Naguère les étoiles ». En reprenant presque scène par scène, les auteurs transposent l'histoire dans un moyen âge de pacotille. Luke Skywalker devient Jean-Luc Haut-le-Cœur et il croise sur sa route le seigneur Salvador, la princesse Leica, Maître Yoga et Yann Kersolo. Les deux robots sont des druides et le vaisseau de Yann un véritable faucon, millénaire... 

Tout en étant une histoire à suivre, chaque séquence est formée d'un gag d'une demi-planche. A la fin de l'album, vous aurez rit ou sourit 92 fois, notamment grâce à des dialogues aux petits oignons. Le tome deux est annoncé pour novembre et comme l'original, il y aura trois épisodes.

« Naguère les étoiles » (tome 1), Delcourt, 10,50 €