lundi 4 octobre 2010

BD - Jeunes du passé entre insouciance et grandes causes


1936. Le Front Populaire bouleverse la France. Fernand, jeune paysan provençal, monte à Paris pour y suivre des études de médecine. Il sera hébergé par la famille d'un riche industriel. Il s'est lié d'amitié avec André, le fils passant ses vacances dans le Sud. Dans la capitale, Fernand va découvrir les luttes politiques, les femmes et les bonnes manières. Ce sont surtout les femmes qui vont le changer, de la chanteuse de cabaret à la voisine, bourgeoise mariée, mais si belle. 

Côté politique, il va s'engager à gauche, avec André, militant pour l'intervention en Espagne où les Républicains sont en danger. Cette première œuvre de Jean-Sébastien Bordas, décrit une jeunesse française entre insouciance et grandes causes.

« Le recul du fusil » (tome 1), Soleil Quadrants, 11,50 €

dimanche 3 octobre 2010

BD - Un coiffeur rêveur prend le train

Chronique sociale de notre époque, « Les gens honnêtes » est l'exemple type de ces BD sans prétention qui vous laissent longtemps rêveur et ragaillardi une fois terminée. Philippe, au chômage, abandonné par sa femme, se laisse vivre au gré des rencontres. Un libraire amateur de bon vin, une serveuse au bar du TGV... il va tenter de se relancer dans la vie active. Pourquoi ne pas utiliser le temps du trajet en train entre Paris et Bordeaux pour coiffer les passagers. Il ouvre son salon nomade et après des débuts difficiles, remporte un beau succès. 

Cette BD, entre Paris et Bordeaux avec des escales à Sauternes, est écrite par Gibrat. Durieux, au trait réaliste élégant et sans effet, donne encore plus de vie à ces gens honnêtes et surtout attachants.

« Les gens honnêtes » (tome 2), Dupuis, 14,50 €

samedi 2 octobre 2010

BD - Sombres souvenirs tracés sur une "Page noire"


Deux scénaristes (et pas des moindres) se sont associés pour cette histoire de vengeance et de culpabilité. Frank Giroud et Denis Lapière, sur plusieurs années, ont écrit de concert ce long thriller magnifié graphiquement par Ralph Meyer. 

Kerry, jeune journaliste américaine, tente d'obtenir l'interview de Carson McNeal, l'écrivain à succès dont on ne connait ni le visage si son lieu de résidence. La rusée blondinette va le localiser et le séduire. Elle découvrira les premiers chapitres de son nouveau roman, l'histoire d'Afia, une rescapée libanaise recherchant les assassins de sa famille. 

Un double récit (avec deux techniques de dessins radicalement différentes) qui finira par s'imbriquer et se confondre. Si vous avez décidé de n'acheter qu'un seul album pour cette rentrée, « Page noire » est celui-ci.

« Page noire », Futuropolis, 18 € 

vendredi 1 octobre 2010

BD - Feu les souvenirs dans "Phoenix" de Gaudin et Peynet


Parmi les très (trop ?) nombreuses nouveautés de la rentrée, ne manquez par cette ambitieuse série mêlant science et fantastique. « Phoenix », en plus d'une intrigue prenante et palpitante de Jean-Charles Gaudin, bénéficie du dessin exceptionnel de Frédéric Peynet. Après avoir fait l'étalage de toute son imagination dans le Feul, histoire d'Heroic-fantasy, ce dessinateur montre sa dextérité dans une histoire contemporaine criante de vérité. Tout débute sur une petite île du Pacifique. 

Cinq enfants ont bravé le couvre-feu et se retrouvent au centre d'une expérience qui va modifier leur vie. 20 ans plus tard, un de ces enfants, Jonathan Caldwell, souffre de maux de tête se transformant parfois en hallucinations. Entre les USA et Paris où il se rend pour son travail de traducteur, il va lentement mais sûrement entrer de plain-pied dans un cauchemar sans fin.

 Il y a un petit côté « Lost » dans cette série jouant à fond le feuilleton avec révélations et rebondissements aux moments clés de l'histoire.

« Phoenix » (tome 1), Soleil, 13,50 € 

jeudi 30 septembre 2010

BD - L'enfer des bureaux ouverts et partagés


A l'heure du débat sur l'âge de la retraite et de la pénibilité de certains emplois, cet album vient éclairer d'un regard nouveau le travail de bureau. Certes, il n'est pas difficile physiquement de faire des photocopies, mais la pression morale peut parfois faire encore plus de dégâts que des tonnes de parpaings à transporter. 

James dans sa série de gags « Dans mon Open Space » décrit avec une acuité redoutable ces petit désagréments du quotidien. Et tout en faisant œuvre de critique sociale, il nous fait rire en brocardant le machiavélisme de certains chefs ou directeurs. Dans cette entreprise de textile, le thème de la délocalisation est bien évidemment abordée, de même que la protection de l'environnement. Les solutions prônées sont parfois radicales : « On va lancer une nouvelle ligne de lingerie 100 % recyclable, en toile de jute. On n'en vend pas, on n'en produit pas... on sauve la planète ! ». La séquence sur la venue d'un trader en phase de désintoxication de bonus colle particulièrement à l'actualité. Une BD à faire lire dans toutes les écoles de commerce.

« Dans mon open space » (tome 3), Dargaud, 10,95 € 

mercredi 29 septembre 2010

BD - Punk et escroquerie


Londres, 1977. La capitale anglaise est sous tension. Alors que la Reine va fêter son jubilé, quelques énergumènes vont faire scandale sur la Tamise. Les Sex Pistols, groupe phare de la scène punk, prônent l'anarchie. La brigade fluviale est réquisitionnée pour empêcher tout débordement. Toute la brigade fluviale. Une bonne occasion pour des trafiquants de drogue voulant profiter de ce moment pour vendre des centaines de kilos d'héroïne en toute tranquillité sur les quais. 

Ce quatrième album de la série « Le Casse » est écrit par Fred Duval et dessiné par Christophe Quet. Autour des différents personnages, un flic malade, un jeune dealer, des truands de la vieille école et quelques flics ripoux à la solde de politiques encore plus corrompus, c'est une machiavélique machination qui est décrite avec minutie. Un plan très élaboré où les victimes seront nombreuses, dans tous les camps. Un regard décalé sur cette période de la vie londonienne, le désespoir de la jeunesse annonçant les années Thatcher. Le dessin sombre et charbonneux de Quet donne une dimension dramatique supplémentaire à cette histoire noire, très noire.

« Le casse » (tome 4), Delcourt, 13,95 € 

mardi 28 septembre 2010

Roman - Les plaies de Manhattan

Le 11 Septembre 2001 a fait des milliers de victimes. Dans ce roman, Thomas B. Reverdy s'intéresse aux familles endeuillées.


L'action se déroule en août 2003 à New York. Autour de Ground Zero. Un des personnages, Simon, est un écrivain français venu donner des cours d'écriture. Il est également là pour écrire un roman sur le 11 Septembre. Rencontrer des témoins. « Il avait suivi un groupe de parole. Des victimes du 11 Septembre, des familles de victimes. »

Au fil des pages, Simon va croiser les autres protagonistes du roman, eux aussi marqués par ce jour noir de l'Amérique. Candice est serveuse dans un bar. Candice qui avait de grand projets avec Gregg. Mais Gregg n'est plus là. Il était dans les Twin Towers le jour de l'attaque. Il a disparu. Réduit en poussière. Dans les décombres, les secours ont retrouvé son portefeuille. Candice tente de survivre depuis. Difficilement.

Pete aussi a vu sa vie basculer après le 11 septembre. Policier à l'époque, il a participé aux premiers secours. Il s'est retrouvé, impuissant, au pied des tours. Voyant les corps tomber, les pompiers et certains de ses collègues se faire engloutir par les milliers de tonnes de béton et d'acier s'effondrant comme un château de cartes. Pete n'est plus policier. Il est guide. C'est lui qui conduit les groupes de touristes sur le site. Un chantier, un trou, où des ouvriers s'activent, déblaient, creusent. Un lieu de pèlerinage pour les familles des victimes. « Ce qui est frappant dans le cas de Ground Zero, c'est la nature même du site. Transitoire. Ground Zero n'est pas un site. C'est ce qui reste des tours jumelles et qui n'est pas encore la tour de la Liberté. Ground Zero n'existe pas. C'est une fiction. Entre le fantôme du World Trade et le rêve de la Freedom Tower, c'est le lieu de la disparition. » Le fameux « Envers du monde » donnant son titre au roman.

La prière du musulman

A ces vies en morceau, se greffe une enquête policière. Sur le chantier, le corps d'un ouvrier arabe est découvert. Chute ou meurtre ? Le commandant O'Malley va mener une enquête où nombre de plaies vont se rouvrir. Cet ouvrier, Pete l'avait déjà remarqué. A la pose, il s'était isolé et avait fait sa prière vers la Mecque. Pour le l'ex-policier américain, c'était un sacrilège. Quand il le croise, un soir, dans le bar de Candice, il explose. « J'suis un putain de patriote ! Un vétéran, moi ! » hurle Pete en déclenchant la bagarre se transformant en lynchage : « Ils donnent de formidables coups de pied dans la forme à terre, recroquevillée, sombre, qui ne bouge plus, mais tressaute et se déforme comme un sac de grains, sauf que c'est un sac de viande et d'os qui se brisent, avec le bruit d'un poulet qu'on désosse, un sac de chairs qui explosent et viennent teindre de sang la surface de la peau, les vêtements, comme des étoiles de feu d'artifice. » Un déchaînement de violence collective, comme pour tenter d'assouvir une vengeance qui ne viendra jamais.

Le roman de Thomas B. Reverdy explore les âmes éternellement blessées et torturées de ces hommes et femmes, victimes d'ennemis invisibles. Deux ans après les faits, le souvenir était vif. Aujourd'hui il est toujours aussi délicat, et la polémique autour du récent projet de mosquée dans le quartier donne un éclairage particulier à ce roman.

« L'envers du monde » de Thomas B. Reverdy, Seuil, 18 € (également chez Points en poche) 

lundi 27 septembre 2010

BD - Arnaque, bananes et cacahuètes

Sorte de remake allumé de la Planète des singes, « Monkey Bizness » est le sombre avenir que l'on réserve aux générations futures. Mais El Diablo (scénario) et Pozla (dessinateur) préfèrent l'humour aux grandes théories inquiétantes. L'Humanité s'est donc auto-détruite et les animaux, après avoir évolué, ont pris le pouvoir. Dans la ville de Los Animales, Jack Mandrill le babouin et Hammerfist le gorille profitent de la vie : poker, alcool, filles faciles. A leurs ennemis, ils répondent par la violence... 

Ces histoires courtes sont une occasion rêvée pour critiquer les travers de notre société actuelle. Une BD animalière enrichie à la conscience politique.

« Monkey Bizness », Ankama éditions, 14,90 € 

samedi 25 septembre 2010

BD - Sept cavaliers et le Pont de Sépharée


En se lançant dans l'adaptation de « Sept cavaliers » de Jean Raspail, Jacques Terpant prenait un risque. Le risque d'une certaine qualité littéraire et d'un classicisme absolu qui, à priori, ne sont pas dans les habitudes des lecteurs de BD. Mais le talent, associé à l'honnêteté et la foi, déplace des montagnes. Voici dont le troisième et dernier volet de cette série. La petite troupe continue de sillonner le pays dévasté par les envahisseurs et la révolte. 

Certains désespèrent, d'autres se révèlent. Et au bout du chemin, après le Pont de Sépharée, surgit la nouvelle réalité de ce monde. Poétique, épique, passionnant : une œuvre essentielle de ces dix dernières années.

« Sept cavaliers » (tome 3), Delcourt, 13,95 € 

vendredi 24 septembre 2010

BD - Alerte aux Zorkons, un nouveau Spirou par Vehlmann et Yoann


51e album et nouveau départ pour Spirou et Fantasio, la série phare des éditions Dupuis. Après l'intermède Morvan Munuera, les destinées de ces personnages ont été confiées à Yoann et Vehlmann. Ils s'étaient déjà frotté au mythe en inaugurant la collection parallèle « Une aventure de Spirou et Fantasio par... » Alerte aux Zorkons se déroule exclusivement à Champignac, mais le village est méconnaissable. Il s'est transformé en jungle hostile après une expérience malheureuse de Zorglub. 

Plantes carnivores, pieuvres végétales et singes ignares terrorisent les derniers habitants. Un album de 56 pages plaisant même si les fameux Zorkons risquent de faire cauchemarder les plus jeunes.

« Spirou et Fantasio » (tome 51), Dupuis, 9,95 €