vendredi 3 avril 2009

Thriller - Le festin des anges

Le commissaire Edwige Marion, flic mais également mère, se retrouve face à un pédophile. Un polar signé Danielle Thiéry.


On a beau être commissaire principal, pas évident de s'imposer au sein d'un nouveau service. Surtout quand on arrive de province et que l'on est une femme. Edwige Marion a déjà vécu quelques aventures sous la plume de Danielle Thiéry dans la région de Lyon. Grand changement avec ce roman puisque la jeune femme vient de prendre le commandement de la police des gares. Des centaines d'agents sous ses ordres, quelques fortes têtes et peu d'enquêtes passionnantes.

Dans les premières pages, le lecteur découvre le quotidien de ces policiers de base, obligés de se coltiner tous les paumés de la capitale qui profitent de ces lieux de passage pour tenter un mauvais coup et se fondre dans la foule. Prostituées, trafiquants de drogue, resquilleurs, tagueurs et squatters échouent régulièrement dans les locaux en sous-sol du nouveau royaume d'Edwige Marion. Cette dernière a bien du mal à s'intégrer.

Professionnellement et humainement. Avec sa fille adoptive, Nina, elle a trouvé un appartement dans un quartier peu sûr. Et c'est un soir, en sortant d'un cours de théâtre, que Nina et une amie, Ange-Lou, se font agresser par un mystérieux homme conduisant "un gros 4x4, tapis dans l'ombre épaisse, tous feux éteints. L'obscurité ne permettait pas de distinguer son conducteur, mais Nina eut l'intuition qu'il n'était pas au volant. Ange-Lou s'était figée, agitée de tremblements. Quelque chose claqua derrière elles. Elles tournèrent la tête en même temps, les jambes fauchées par la peur. L'homme en noir braquait sur elles un petit fusil qu'il tenait d'une seule main. Il fit deux pas en avant et se retrouva si près d'elles que Nina perçut son odeur. Déplaisante." Le "méchant" fait peur. L'auteur, également commissaire divisionnaire dans le civil, a particulièrement soigné la description de "l'enfoiré" comme le surnomme rapidement Edwige Marion. Mêlée personnellement à cette affaire, Edwige découvrira que l'enquête est confiée à Kerman, flic ambitieux qui fut son amant. Pas à pas, on suit la progression des policiers, fourmis besogneuses visionnant des heures de vidéo surveillance, questionnant les voisins... Au final on se retrouve avec un dénouement qui offre son lot de surprises et de rebondissements. Un bon polar à la française, alternant les passages techniques et ceux beaucoup plus psychologiques.

"Le festin des anges" de Danielle Thiéry. Editions Anne Carrière. 20 euros 

jeudi 2 avril 2009

BD - Terreur en forêt


Si l'on feuillette distraitement cet album, on pourrait penser à une BD pour enfants, entre Sibylline, pour le côté animaux de la forêt, et Olivier Rameau pour les petits personnages ronds et insouciants. Il faut arriver à la page 6 pour comprendre que non seulement c'est un récit adulte, mais qu'en plus on se trouve en présence d'une histoire sortant véritablement de l'ordinaire. 

En fait, c'est tellement original et inhabituel que déflorer le principe du récit, ce coup de théâtre de la page 6, enlèverait beaucoup au plaisir de la découverte. Cette chronique sera donc volontairement peu informative. Sachez cependant que le scénario est de Fabien Vehlmann et le dessin de Kerascoët, sur une idée de Marie Pommepuy (la moitié de Kerascoët, pseudonyme d'un couple de dessinateurs). 

L'histoire d'une petite fille et de son monde imaginaire, en rose bonbon, où les princesses sont belles et coquettes, les princes charmants et valeureux. Une fillette qui voit défiler les saisons, du joyeux printemps au rude hiver. « Jolies ténèbres » se lit d'une traite, mais la « digestion » est plus longue... Certainement la BD la plus remarquable de ce début d'année.

« Jolies ténèbres », Dupuis, 16 € 

mercredi 1 avril 2009

BD - Hôtel oppressant


Le blizzard souffle sur un petit hôtel perdu au cœur du Nebraska en 1898. Trois hommes descendent du train et vont se réchauffer dans la bâtisse. Parmi eux, Svante Jonasson, un Suédois. Il est aussi inquiet que les deux autres voyageurs car l'endroit ne respire pas la sérénité. L'accueil est glacial. L'ambiance se détend quand le propriétaire des lieux propose une partie de poker. Le Suédois refuse de jouer, ne daignant même pas de donner son nom. 

Svante, à l'attitude très étrange, se met à délirer et affirme haut et fort qu'il va mourir avant la fin de la nuit. Une nuit tumultueuse qui ne fait que commencer. Ce roman graphique de 100 pages est l'adaptation d'une nouvelle de Stephen Crane. 

Devant la table à dessin on retrouve Christophe Gaultier, dessinateur de la série « Guerres civiles » avec Morvan et Ricard au scénario. 

Gaultier qui parvient à donner du mouvement et du corps à ce huis-clos oppressant et pesant. Des planches très sombres, qui font la part belle aux tronches des principaux protagonistes, le Suédois notamment, maigre, les cheveux longs et filasses, yeux exorbités, à la limite de la folie.

« Le Suédois », Futuropolis, 18 € 

mardi 31 mars 2009

BD - Le zoo de Bilal


Étrange futur que celui décrit par Bilal dans son nouvel album, "Animal'z", paru chez Casterman. Un grand coup de froid, dérèglement climatique à l'envers, a rendu les terres invivables. Seuls quelques privilégiés ou chanceux survivent sur des petits bateaux. Cet album raconte l'errance d'un groupe de ces survivants. Des hommes à l'agonie face à des animaux ayant en partie réussi leur adaptation. 

Bilal, dans ces 100 pages d'une virtuosité toujours inégalée, aborde le thème de la mutation génétique. Et si pour survivre, il suffisait de se réincarner, provisoirement, en dauphin ? Certains des personnages sont des cobayes, découvrant leurs mutation en cours. Notamment la belle Kim, attiré par les bêtes, les comprenant. On croise également, dans cet univers gelé, un sous-marin nucléaire échoué, une famille de cannibales et deux duellistes solitaires. L'auteur aime truffer ses dialogues de citations, toutes pertinentes. 

Reste le dessin. Couleurs directes, sur un fond gris bleu. Beauté des personnages, perfection des animaux. Chaque planche se laisse admirer longuement. Comme une plongée au cœur du futur. Tout simplement magistral.

« Animal'z », Casterman, 18 € 

lundi 30 mars 2009

Roman - Cinquantenaire branchée

Comment retrouver l'amour quand on a plus de 50 ans ? Ariel Ricaud a la solution : les sites de rencontres sur le net. Mais gare aux désillusions.


Charlotte est amère. Charlotte est seule. Charlotte risque de déprimer. Pourtant l'héroïne de ce roman d'Ariel Ricaud a tout pour être heureuse. Grande bourgeoise totalement à l'abri du besoin, elle a longtemps conjugué réussite professionnelle et familiale. Patronne d'une agence de communication, elle gère une petite équipe de jeunes femmes modernes et efficaces. Elle est aussi toujours dans le coup. Malgré ses 58 ans elle « assure » : svelte et sportive, elle en fait 15 de moins. Pourtant Charlotte est seule depuis près d'un an. 

Après 25 ans de mariage, trois enfants et deux petits-enfants, son médecin de mari l'a quittée pour une plus jeune rencontrée au cours de ses interminables parties de golf. Si dans un premier temps elle a compensé en travaillant d'arrache-pied, force est de constater que cette solitude commence à lui peser. Ses soirée en tête à tête avec une tranche de jambon (régime oblige) deviennent de plus en plus pénibles.

Flashée par Bel Ami

Tout changera quand elle reviendra d'un déjeuner d'affaire et découvrira ses employées regroupées devant l'écran de l'ordinateur d'Isabelle. Cette trentenaire, cherchant toujours le grand amour, s'est inscrite sur un site de rencontres, « Love-paradise.com ». Ses discussions avec divers prétendants passionnent ses collègues. Dans un premier temps, Charlotte juge sévèrement cette pratique : « Vous êtes vraiment des gamines ! Quelle idée saugrenue, vous avez du temps à perdre, Isabelle, jeune et jolie comme vous êtes, vous n'avez sûrement pas besoin d'Internet pour vous trouver un mari. » Mais, solitude aidant, Charlotte va se laisser prendre au jeu et s'inscrire, en secret, sur le site. Rapidement elle sera « flashée », se lançant dans des discussions virtuelles qui remplaceront ses soirées solitaires. Et deux des prétendants vont faire le forcing pour la rencontrer. Deux grosses déceptions car même à 50 ans passés, la priorité des hommes reste de coucher, rapidement, avec leur conquête.

Différence d'âge

Ariel Ricaud, dans cette première partie du roman, décrit avec justesse ces nouvelles pratiques de rencontres amoureuses. Son récit bascule quand Charlotte, malgré les premiers échecs, se laisse séduire par un « Bel Ami » érudit, énigmatique et patient. Derrière le pseudo de cache Alex, à peine 40 ans, presque trop beau. Ariel Ricaud bascule dans le roman psychologique, avec les interrogations d'une femme tentée de refaire sa vie avec un homme beaucoup plus jeune qu'elle. Mais est-ce le grand amour ou le piège d'un gigolo astucieux ?

Le lecteur se laisse porter par les états d'âme de l'héroïne partagée entre son bonheur fou de l'instant et ces apparences qui passent mal auprès de sa famille et de ses connaissances professionnelles. Si la première partie est tout à fait dans l'air du temps, la seconde est plus profonde et universelle, plongeant ses racines dans une question vieille comme la nuit des temps : une femme peut-elle aimer un homme qui pourrait être son fils ?

« Love-Paradise.com », Ariel Ricaud, Fleuve Noir 19 € (« Vivement demain », précédent roman d'Ariel Ricaud, vient de paraître en poche chez Pocket) 

dimanche 29 mars 2009

Mes BD souvenirs (6)

Encore adolescent de la campagne, sans conscience politique ni ouverture au monde, j'ai en grande partie découvert la vie dans les BD. Pour jeunes dans un premier temps. Du premier degré, très agréable, idéal pour mon envie d'évasion d'un quotidien qui me semblait forcément étroit. Interne, dans un lycée technique donc fréquenté par 98 % par des mâles acnéiques, rapidement les discussions ont porté essentiellement sur le sexe. Un sujet sur lequel j'avais tout à apprendre. Et ce n'est pas auprès des nombreux obsédés avec qui je partageais le dortoir que je me suis éveillé mais en lisant des revues dont je n'imaginais même pas l'existence trois mois plus tôt : L'Echo des Savanes, Pilote ou Fluide Glacial.

Le mercredi, je traînais dans les librairies et maisons de la presse. Pour acheter Spirou et découvrir quantité d'autres titres. Certains, au début, me brûlaient les doigts car les couvertures étaient particulièrement suggestives. Gros seins, verges en érection, les mœurs étaient libres et s'affichaient. Premier gros choc avec l'Echo des Savanes. Je me décidais d'acheter un exemplaire en cette fin d'année 76 en raison d'un dessin de Solé. Un body-builder, tous muscles dehors, gonflait un biceps en forme de sein. A l'intérieur, tout me semblait extraordinaire.

L'œil attiré par les dessins plus classiques, je dévorais une parodie d'Alice au pays des merveilles de Wallace Wood. « Malice au pays des merveilles » mettait en scène une héroïne aux formes de femme épanouie, entièrement nue. Quand elle se penchait pour cueillir une fleur, un lapin libidineux au sexe énorme la prenait par derrière. J'apprenais par la suite le parcours compliqué et la fin tragique de ce dessinateur talentueux de Mad. Marcelé aussi dessinait des femmes aux formes épanouies, moins fermes mais tout aussi suggestives. Au sommaire également une histoire complète de Jack Palmer, première époque. Dans les numéros suivants, je plongeais dans l'histoire la plus parano de toute la BD : « L'hôpital » de Ted Benoit. Il était loin de Blake et Mortimer à l'époque. Un malade, hospitalisé pour un petit bobo, en sortait, plusieurs mois plus tard, amputé de divers membres. J'avoue n'avoir rien compris aux BD de Mandryka, le rédacteur en chef de l'époque.

L'Echo des Savanes qui l'année suivante ouvrait ses pages aux punks de Bazooka. Là non plus ne je comprenais pas tout (voire rien du tout, car finalement il n'y avait peut-être rien à comprendre...) mais cela me plaisait. Je m'intéressais à autre chose qu'à la ligne claire... Au lycée, loin de la cellule familiale, je lisais ces BD underground, audacieuses, dures et osées. De retour à la maison, les week-ends, je reprenais mon habit de petit garçon, rêvant sur des histoires plus classiques, presque plus de mon âge. Je ne les rejetais cependant pas, ce n'était pas un style à la place d'un autre. En fait je cumulais, rallongeant sans cesse mes lectures (je continuais à lire un ou deux romans par semaine), découvrant alors que mon nom me collais de plus en plus à la peau : oui je serai celui qui « lit tout ».

En même temps que l'Echo des savanes, je découvrais les autres titres de BD adultes. Chacune dans son genre, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Avec une petite préférence pour Métal Hurlant et sa SF très novatrice.

(A suivre dimanche prochain) 

samedi 28 mars 2009

BD - Bocal story


Mieux que Prison break ! La série de gags de Nicolas Poupon, « Le fond du bocal » propose l'existence au quotidien dans un univers carcéral pire que le plus malfamé des bagnes américains. Les héros, en plus d'être enfermés dans un espace minuscule, sont exposés à la vue de tous. Des héros rouges, une prison de verre : bienvenue dans la vie trépidante des poissons rouges ! 

Pas évident de se renouveler vu la petitesse du décor. Et pourtant, l'auteur multiplie les idées et les trouvailles. Sans se répéter, il fait vivre ce petit univers de l'absurde. Comment ne pas rire quand un des personnages téléphone pour proposer un don d'eau et d'expliquer son plan d'évasion : « Une fois dans le Canadair, on le détourne vers la mer... » Quitter le bocal, c'est une obsession pour ces pauvres poissons. Des gags thématiques regroupés sous la rubrique « Dans l'enfer de Bocalcatraz ».

Publiés il y a quelques années (de 2001 à 2007) aux éditions du Cycliste, la série bénéficie d'une seconde chance chez Drugstore. Les deux premiers tomes parus à un mois d'intervalle sont une parfaite mise en bouche.

« Le fond du bocal » (tomes 1 et 2), Drugstore, 10 € 

vendredi 27 mars 2009

BD - Les 7 derniers


« Sept prisonniers » clôt la série ayant pour point commun ce chiffre. Ces prisonniers s'embarquent pour le centre pénitentiaire ultime : la Lune. 

Sept hommes et femmes condamnés à perpétuité dans ce qui va se révéler un véritable enfer. Depuis quelques années, les détenus ont pris le pouvoir dans la prison. Trois clans se sont formés et ils se livrent une guerre acharnée. Les sept nouveaux, menés par un milliardaire, ont pour objectif de découvrir un secret vieux de plusieurs millions d'années, caché dans une grotte préhistorique. 

Les coups de théâtre vont se multiplier au cours de ces 56 pages écrites par Mathieu Gabella et dessinées par Patrick Tandiang. Pour un final particulièrement sombre. Oui, cette Lune est bien l'Enfer tant redouté.

« Sept prisonniers », Delcourt, 14,95 € 

jeudi 26 mars 2009

BD - Fils du désert


Tykko est ramasseur de brouzes (excréments de kamles, sorte de chameau) dans l'oasis de Mubarre sur Troy. Un métier ingrat et qui ne suffit pas à soigner sa mère, malade. Juste avant de mourir, elle lui apprend que son père était un pirate des sables. Tykko, seul, va s'engager dans une caravane pour tenter de retrouver une jeune fille qui lui est apparue en rêve. Mais au détour d'une dune, c'est son père qui va réapparaître. 

Le premier tome de ces "Légendes de Troy" permet à Kéramidas de donner sa vision graphique du monde imaginé par Arleston. Le scénariste qui a reçu l'aide, pour ces séries dérivées, de Mélanyn. Une légende moins humoristique que la série principale, plus dramatique et grave.

« Tykko des sables » (tome 1), Soleil, 12,90 euros 

mercredi 25 mars 2009

BD - Mexique libre


Le Mexique, durant les années 20, a été un formidable pays d'espoir et de liberté. Un Eden pour des artistes voulant casser des carcans trop rigides en Europe ou aux Etats-Unis. Denis Lapière, le scénariste a proposé à Pellejero, dessinateur du très remarqué "Un peu de fumée bleue", d'illustrer l'histoire d'amour entre le photographe américain Edward Weston et Tina Modotti, fille d'émigrés italiens. 

Edward a laissé femme et enfants aux USA pour vivre pleinement avec sa maîtresse. Il photographie ce pays toujours au bord de la révolution, découvrant des artistes géniaux et torturés. 

Passion et politique font bon ménage dans ces 56 pages qui sont également un hommage aux peintres "muralistes" de cette époque.

« L'impertinence d'un été » (tome 1), Dupuis, 14,50 euros