dimanche 20 août 2000

BD - Les " Gnomes de Troy" arrivent, cachez vous !

Lanfeust de Troy aussi a été petit. Après Spirou, Lucky Luke et autre héros ayant suivi une cure de rajeunissement pour gonfler des ventes vieillissantes, le beau Lanfeust aussi sacrifie aux bêtises enfantines.

Une série de gags et d'histoires courtes qui avaient d'abord fait la joie des amateurs du magazine « Lanfeust ». Face au succès remporté auprès des lecteurs, ces histoires grinçantes sont reprises pour la première fois en album. Il y est régulièrement question de sexe, de pipi, de caca et de combats épiques contre des hordes de dragons. Lanfeust, âgé d'une dizaine d'années, ne connaît toujours pas son don. Régulièrement il « pousse » pour le découvrir ; cela n'est pas sans conséquences pour ses fonds de pantalons...

Arleston excelle dans cet humour un peu potache et Tarquin, au dessin, semble prendre beaucoup de plaisir à dessiner ces chenapans jamais en mal de coups foireux. 

"Gnomes de Troy" (tome 1), Soleil, 59 F

BD - "Les ogres" terrifient l'Alaska

Hiram Lowatt, journaliste vedette de « Secrets of nature », accompagné de son fidèle Placido, raconte dans des conférences très courues l'incroyable révolte des objets (voir « Hop-Frog », réédité dans la même collection). 

Leur tournée les conduits en Alaska. Dans les étendues gelées les deux compères sont accueillis par le juge Dunbar. Ils arrivent en pleine révolte des "Cœurs de bête" des indiens qui se cachent sous des peaux d'ours et mangeraient leurs victimes humaines. Le Glouton, chef des sauvages, est pourtant beaucoup plus éduqué que la moyenne des pionniers. Lowatt rencontre également en Alaska la belle Miss Norton. Elle venait voir son frère, mais il est mort, mangé par les cœurs de bêtes. Dans une ambiance angoissante où la peur est derrière chaque arbre, Lowatt se doute que la vérité est plus complexe.

Cet album de David B. et Blain est un petit bijou, certainement le meilleur de la jeune collection Poisson Pilote. 

"Les ogres", Dargaud, 59 F 

BD - Jeannette Pointu au pays des pixels

L'intrépide Jeannette Pointu se frotte à l'univers des jeux vidéo. Contactée par la multinationale Giga Méga Star, elle a pour mission de tester la nouvelle génération des jeux vidéo. Exit l'écran. Le joueur, grâce à une combinaison et des salles adaptées, participe avec tout son corps. Agréable quand Jeannette se trouve sur une plage de sable chaud. Beaucoup moins quand elle se fait attaquer par des monstres volants.

Cela se compliquera encore plus dans un jeu de bataille spatiale. Un terroriste a détourné le logiciel et la guerre virtuelle devient très réelle.

Wasterlain féminise de plus en plus son héroïne au minois de plus en plus craquant. Elle n'en perd cependant pas son caractère bien trempé, fonceuse et peu émotive. Elle reviendra de son escapade virtuelle avec une charmante bestiole, un choupitchou ressemblant comme deux gouttes d'eau à un pokémon, qui devrait devenir la mascotte de la série. 

"Jeannette Pointu" (tome 15), Dupuis, 49,90 F


(Chronique parue en août 2000 dans la page livres de Centre Presse Aveyron

BD - "Le magicien de Brooklyn", nouvelle aventure de Victor Sackville


Victor Sackville, l'espion de George V, quitte le fog de Londres pour les lumières de New York. Il est chargé par ses chefs d'enquêter sur le meurtre d'un magicien dans sa loge. Il se fait donc passer pour un agent anglais en quête de nouveaux talents et écume les cabarets de music-halls de Brooklyn. Il retrouve la charmante Gladys Cooper qui brûle les planche new-yorkaises. Sackville croise également le chemin du mystérieux Olaf Magnus. Magicien mais également hypnotiseur il agit dans l'ombre, manipulant un adolescent pour effectuer ses basses œuvres.

Des coulisses aux docks en passant par les restaurants à la mode, le lecteur se balade dans un New-York des années 20 parfaitement reconstitué par Francis Carin. Le scénario, signé Borile et Rivière, laisse suffisamment de points dans l'ombre pour donner fortement envie de lire la suite. Mais ce sera pour dans quelques mois... 

"Victor Sackville" (tome 15), Le Lombard, 59 francs

Polar - "Dracula fait maigre", polar de Stuart Kaminsky chez 10/18

Tobie Peters, le héros de Stuart Kaminsky, vole au secours de Bela Lugosi.


Faire original dans le polar n'est pas toujours chose aisée.

Plus que toute autre forme de littérature il existe des règles bien précises, une sorte de dogme incontournable. Pourtant certains auteurs arrivent à trouver le petit plus qui fait que l'intrigue étant ce qu'elle est, ces fameux a-côtés font du roman une perle rare.


Adorateurs de vampires

Quand Stuart Kaminsky, Américain passionné par le cinéma, décide d'écrire un polar, il plante son héros, Toby Peters, dans le milieu des grands studios des années 40. Et pour faire plus vrai encore, il fait intervenir des véritables personnages dans ses romans.

Après Gary Cooper, les frères Marx, Mae West et Howard Hugues, Toby

Peters est contacté par deux célébrités du moment : Bela Lugosi et William Faulkner. Le premier, trop marqué par son interprétation de Dracula, ne cachetonne plus que dans des séries B de vampires ou de médecins sadiques. Pourtant il reçoit des lettres de menaces. Un club d'adorateurs du vampirisme semble héberger ce frappadingue de la succion globulaire. Mais au même moment l'avocat de William Faulkner, célèbre écrivain qui est venu à Hollywood superviser l'adaptation de ses derniers succès, demande à Toby de disculper son client. Faulkner aurait assassiné l'agent des plus grandes vedettes de Los Angeles. Bien evidemment, pour Toby, privé éternellement fauché, ces deux affaires d'un coup sont une aubaine. Mais il aura quand même quelques difficultés à mener les deux enquêtes de front.


Blessures

Heureusement pour lui les deux énigmes vont petit à petit s'imbriquer l'une dans l'autre et devenir très complémentaires. Mais ce ne sera pas sans casse. Sa voiture y passe presque, son genou complètement, son dos finit en marmelade et sa tête devra faire face à une myriade de coups, par devant comme par derrière.

Deux tiers de roman policier, un tiers de documentaire sur les mœurs des studios hollywoodiens, "Dracula fait maigre" se lit à plusieurs niveaux, comme les enquêtes de Toby Peters.


"Dracula fait maigre", Stuart Kaminsky, 10/18


(Chronique parue initialement en août 2000 dans la page Livres de Centre Presse Aveyron)

samedi 29 janvier 2000

Biographie - Charles le Téméraire par Jean-Pierre Soisson

Le portrait historique par un homme politique en activité est à la mode. Alain Juppé, Jack Lang, Dominique Baudis et François Bayrou ont montré la voie. Jean-Pierre Soisson, ancien ministre et maire d'Auxerre apporte sa pierre à l'édifice en retraçant le règne de Charles le Téméraire.

Duc de Bourgogne il a longtemps été plus riche et puissant que le roi de France, Louis XI. En fait les deux hommes se connaissaient bien. Ils ont passé une longue partie de leur jeunesse ensemble, jeunes princes fougueux et avides de pouvoir. Une fois arrivé au sommet de l'Etat, leur amitié s'est vite transformée en une haine redoutable. Louis voulait reprendre une partie de cette Bourgogne qu'il considérait comme sienne. Charles a intrigué et manœuvré pour relier les deux parties de son territoire, la Bourgogne et les Flandres.

Variant les alliances (avec l'Angleterre puis les Allemands), Charles a lentement mais sûrement démantelé son bien. Sans descendant mâle, sa mort peu glorieuse durant le siège de Nancy, n'était que la suite logique de ses cuisantes défaites militaires face aux paysans suisses. Mais au-delà de cette triste fin, Jean-Pierre Soisson explique méthodiquement la politique menée par Charles, centralisatrice et étatique, prémices de ce qui se mettra en place en France au cours des siècles suivants.

"Charles le Téméraire", Jean-Pierre Soisson, Le Livre de Poche. (Livre paru en 1999) (Chronique publiée initialement le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - « Les années Spoutnik », souvenirs de Baru


Baru est de retour. Le Baru nostalgique et sensible de Quéquette Blues. Conteur hors pair, il entreprend dans "Les années Spoutnik" de retracer les querelles enfantines d'une petite ville ouvrière à la fin des années 50. Igor veut devenir le chef des petits des "Par-en-haut" Histoire de filer une bonne dérouillée aux "Par-en-bas". 

Mais ce statut de chef il doit le mériter.

Rien de tel qu'une partie de foot pour imposer sa stature. Igor en rêve toute la nuit. Il met un paquet de buts aux ennemis héréditaires et, porté en triomphe par ses camarades, déloge Jeannot qui joue trop perso. 

Mais voilà, le jour du match rien ne se déroule comme Igor l'a imaginé. Tout se décidera dans les dernières minutes au cours d'un penalty d'anthologie. Avant le match de foot, l'auteur reconstitue une bataille rangée à la sortie de l'école digne de Louis Pergaud dans "La guerre des boutons". 

Ce petit bijou de nostalgie charmera tous les trentenaires qui dans leur enfance ont fait partie d'une "bande". 

« Les années Spoutnik », Casterman. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)


BD - « La Esméralda », l’autre vie de l’héroïne de Notre Dame


Le vieil adage « C'est dans les vieux pot qu'on fait les meilleures confitures » se vérifie une nouvelle fois avec le premier tome de "La Esméralda", série écrite par Achdé et mise en images par Jean-Marc Stalner. Cette Esméralda c'est bien évidemment celle de "Notre Dame de Paris" de Victor Hugo. Mais si le scénariste s'est inspiré des personnages et de l'époque, l'histoire diffère grandement. 

Esméralda fascine les foules avec ses tours de magie. Par contre Gringoire, jeune acteur méconnu, manque de se faire lyncher. II échappe à l'émeute mais pas aux forces de l'ordre. Aussitôt arrêté aussitôt jugé : la mort. Dans les mains du bourreau il ne doit son salut qu'à un petit coup pouce du destin. Le voici en fuite, dans les bas-fonds de Paris. Mais Esméralda veille...

Durant dix années Stalner était la signature commune de deux frères très productifs. Jean-Marc signe un premier album en solo moins réaliste que ses précédentes créations. Un style très personnel, plein de mouvement et de sacrées gueules. 

« La Esméralda » (tome 1), Glénat. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - Le réseau Bombyce et le film rare


Rois de la cambriole, Eustache et Mouche réussissent à percer le coffre d'un riche bourgeois honorablement connu. Mais le butin est très maigre. Une simple bobine de film. Mais quel film ! Violence et perversion y atteignent des sommets. Voilà une bonne occasion pour les deux compères qui forment le réseau Bombyce (du nom d'un papillon de nuit) de faire chanter le monstre. Mais le terrain est miné et les hommes de main nombreux et prêts à tout pour récupérer leur bien. 

Eustache, le gamin des rues au passé trouble, devra prendre d'énormes risques pour sauver son amie, Zibeline, tombée dans les griffes de ses ennemis.

Ce premier album de la série scénarisée par Corbeyran permet de découvrir Cécil, dessinateur virtuose qui a du être miniaturiste dans une autre vie tant il apporte de soin au moindre détail. Si l'action se passe au début du siècle, il y a injecté quelques trouvailles qui fait de cette BD un petit bijou d'ambiance décalée. 

« Le réseau Bombyce » (tome 1), Les Humanoïdes Associés. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - Ludo recherche le dessinateur de Castar


Ludo, un gamin de dix ans, adore la bande dessinée. Et plus spécialement les aventures de l'inspecteur Castar, le super héros des éditions Gruber. Son père, policier, est chargé d'enquêter sur la disparition d'un dessinateur. Ludo a vite fait le rapprochement : le disparu n'est autre que M. Vincent, le créateur de Castar. Pas question que la série s'arrête, Ludo et son meilleur ami David se mettent en chasse. Ils retrouvent la trace du dessinateur mais déambuler au petit hasard dans divers quartiers de la grande ville n'est pas sans danger pour les deux gamins.

"Enquêtes et squelettes", troisième album de cette série signée Bailly, Mathy et Lapière, tout en étant destiné aux plus jeunes peut se lire à plusieurs niveaux. La critique de la pensée unique imposée par les multinationales constitue un fil rouge de l'histoire. A noter également un clin d'œil à une vache d'Olivier Douzou et des éditions du Rouergue qui trône en bonne place dans l'atelier de M. Vincent. 

« Ludo » (tome 3), Dupuis. (Chronique parue le 29 janvier 2000 dans Centre Presse Aveyron)