samedi 12 novembre 2022

De choses et d’autres - Éloge de la réunion

Je ne vais pas dire dans ce billet tout le bien que je pense de l’île de la Réunion, petit paradis sur terre perdu au milieu de l’Océan Indien. Malheureusement... Non, il sera plus prosaïquement question du phénomène de la réunionnite qui frapperait avec force de nombreuses sociétés.

Une étude américaine indique qu’un employé d’une grande entreprise assiste en moyenne à près de 18 réunions par semaine. Près d’un tiers de leur temps de travail. Et la grande majorité estime qu’elles ne servent à rien si ce n’est à faire chuter leur productivité.

En France aussi on aime se retrouver autour d’une table pour parler de tout et de rien. Hier personnellement, j’ai assisté à trois réunions dans la journée. Et en présentiel s’il vous plaît. Objectivement, une a été très efficace (même si elle débouche surtout sur une autre réunion à planifier pour clarifier les pistes et projets envisagés), deux autres auraient pu être pliées en 5 minutes, mais en ont duré 20 car la discussion s’est éternisée et a dévié sur des sujets annexes (pourquoi les Hollandais aiment le vélo, que faire quand on égare le corps d’un proche récemment décédé, qui a été enfant de chœur...).

L’étude américaine précise que 71 % des participants aux réunions en profitent pour mener d’autres tâches. Car trop souvent une réunion (ce n’est pas le cas au journal où tout le monde participe), c’est avant tout l’occasion pour celui qui organise de faire passer son message, de se mettre en avant et d’imposer son leadership aux équipes.

Et si on lui enlève ce petit pouvoir, c’est toute la justification de son salaire qui disparaît du jour au lendemain. Dans ce cas, le mieux serait de décider de lui supprimer l’organisation des réunions. Décision qui ne pourrait être prise... qu’en réunion.

Billet paru en dernière page de l’Indépendant le mardi 8 novembre 2022

vendredi 11 novembre 2022

BD - Sel et Schtroumpfs


Comment faire passer des messages politiques dans les BD pour les plus jeunes ? Les scénaristes des Schtroumpfs ont parfaitement assimilé le concept. 

Sous couvert d’aller chercher un peu de sel dans une mine secrète, les Schtroumpfs vont se retrouver à dénoncer le travail forcé des enfants ainsi que la libération des femmes puisque la Schtroumpfette va constater que porter le pantalon est plus pratique que la robe.

 Reste une jolie histoire d’entraide dessinée dans le style de Peyo par Miguel Diaz Vizoso.

« Les Schtroumpfs » (tome 40), Le Lombard, 11,50 €

De choses et d’autres - Du tweet au pouet

Si les voitures électriques et fusées construites par les techniciens d’Elon Musk sont relativement fiables, on ne peut pas en dire autant du réseau social Twitter acheté la semaine dernière par le milliardaire américain.

Du moment qu’il a signé le chèque de 44 milliards de dollars et fait son entrée dans le bâtiment de la société, en portant un lavabo (référence à un jeu de mots entre Think, penser et Sink, lavabo), c’est véritablement panique à bord. Un peu comme si la fusée qui devait coloniser la planète rouge se retrouvait à court de carburant à 10 kilomètres de la surface. La chute va être rude et les dégâts considérables.


Quelques heures après l’arrivée de Musk à Twitter, l’essentiel des cadres prend la porte et ce week-end la moitié des employés de base ont reçu un mail leur signifiant leur licenciement. Jamais rentable, Twitter ne vaut pas ce prix. Mais ce n’est qu’un jouet pour un provocateur aux ressources illimitées.

Et tel un sale gosse, une fois qu’il a bien fait savoir à tout le monde qu’il est le seul maître à bord, il casse le bel engin si prisé des influenceurs et journalistes pour sa réactivité en imposant un abonnement. Beaucoup vont payer. Mais la majorité ne va pas continuer.

Car force est de constater qu’il n’y a pas que du bon sur Twitter. Nombre de comptes complotistes, racistes ou extrémistes y déversent leur haine au quotidien.

Aujourd’hui, certains des abonnés de la première heure cherchent une solution de repli. Mastodon semble le mieux placé. Beaucoup de liberté, pas de surveillance centralisée. Et cette volonté de faire court et incisif. Sans trop se prendre au sérieux puisque sur Mastodon on ne publie pas un tweet mais un pouet.

Billet paru en dernière page de l’Indépendant le lundi 7 novembre 2022

jeudi 10 novembre 2022

BD - Guerre fratricide dans le 66e album des Tuniques Bleues

Si Lambil dessine toujours les Tuniques Bleues, ce 66e album est écrit par Kris. Il y est question de l’immigration irlandaise vers cette Amérique si prometteuse. Mais arrivés en pleine guerre civile, certains ont dû faire des choix. Nord ou Sud ? 

A l’arrivée, des frères devenaient des ennemis. Une histoire qui se termine souvent tragiquement comme dans ces longs combats où Blutch et Chesterfield vont tout faire pour les sauver. 

Un album qui sort un peu de l’esprit de la série, le ton grave l’emportant sur l’humour que Cauvin maniait à la perfection. 

« Les Tuniques bleues » (tome 66), Dupuis, 11,90 €

De choses et d’autres - Vite, un Goncourt !

Donc, au cas où vous avez loupé l’information qui a tourné en boucle jeudi sur toutes les radios et hier dans presque tous les journaux de France et de Navarre, une femme a remporté le prix Goncourt. Brigitte Giraud décroche le prix littéraire français le plus prestigieux pour son roman d’autofiction Vivre vite, paru aux éditions Flammarion.

Une récompense plus que méritée pour ce texte dont l’Indépendant avait fait la critique dimanche dernier dans sa page « Livres ». Le titre du roman est extrait de cette expression prêtée à Lou Reed, « Vivre vite, mourir jeune ». Une phrase présente dans le livre que le mari de Brigitte Giraud lisait la veille de sa mort.


En 1999, il s’est tué au guidon d’une moto japonaise, une Honda 900 CBR Fireblade, un engin surnommé par les motards européens « la moto de la mort ». Ce Goncourt est très rock. Comme la passion du mari de Brigitte Giraud, critique musical au Monde.

La romancière, dans un exercice de style brillant, tente de comprendre l’inexplicable : la fabrication d’un fait divers. Exactement l’enchaînement des circonstances qui font qu’en ce mois de juin 1999, dans une rue de Lyon, un homme meurt sur le bitume. Comprendre, 20 ans après les faits, pour enfin tourner la page. Elle se trouve nombre de raisons pour estimer que c’est sa faute, sa très grande faute, si son mari n’a jamais vécu dans la maison qu’ils venaient d’acheter trois jours auparavant. Mais estime aussi que si ce n’était pas à cause d’elle, d’autres événements extérieurs auraient conduit à la même fin inéluctable.

Un grand livre, sur la mort et surtout les mille raisons, bonnes ou mauvaises, futiles ou essentielles, que l’on se découvre pour continuer à vivre vite après un deuil.

Billet paru en dernière page de l’Indépendant le samedi 5 novembre 2022

mercredi 9 novembre 2022

BD - Indiana Mickey

Les personnages de Walt Disney redeviennent très modernes depuis que des dessinateurs renommés en animent de grandes aventures pour Glénat. 

Alexis Nesme pour la seconde fois s’amuse à plonger Mickey, Donald et Dingo dans une ambiance terrifiante. Partis à la recherche d’un explorateur, ils débarquent sur une île peuplée de créatures inquiétantes. Et pour trouver le trésor du crâne de diamant, ils devront affronter des pièges dignes d’Indiana Jones. 

D’une beauté graphique époustouflante, cette aventure a de plus bénéficié d’une prépublication dans le Nouveau Journal de Mickey.

« Terror-Island », Glénat - Disney, 15 €

De choses et d’autres - Un peu de covid pour finir l’année ?

Cela fait plusieurs mois que je ne vous ai pas parlé, dans cette chronique, de la pandémie de covid. Pourtant, la crise sanitaire est loin d’être terminée. Souvenez-vous, tout avait débuté en Chine. Un pays toujours obnubilé par sa politique zéro covid. En clair, dès qu’un cas est détecté, la réaction est démesurée, pour empêcher toute propagation.

Des millions de personnes confinées et des restrictions de liberté sans commune mesure avec notre propre confinement.

Cette semaine, une femme ayant le covid est passée par le parc d’attractions Disney de Shanghai. Résultat, les autorités ont bouclé la structure, avec à l’intérieur les 6 000 chanceux qui avaient acheté un billet pour profiter des animations mises en place pour Halloween.

J’imagine leur réaction. Dans un premier temps, ils sont contents. La journée d’amusement va se prolonger un peu plus longtemps que prévu. Et puis, l’inquiétude monte. Un vrai cauchemar. Car la police empêche quiconque de quitter les lieux. Combien de temps vont-ils devoir rester cloîtrés avec fantômes et autres monstres ? Et si la maladie était virulente ? Et si le virus avait muté, les transformant tous en zombies ?

Finalement, l’enfermement n’aura duré que 24 heures. Et il suffisait de faire un test et d’être négatif pour sortir libre.

Parfois, je rêve qu’une telle mésaventure arrive à un public que je ne tiens pas en haute estime. Genre les spectateurs d’une corrida, obligés de regarder l’agonie des animaux durant de longues heures, les supporters de l’OM ou du PSG, privés de ravitaillement en liquide mousseux, voire les députés de la majorité relative, contraints de voir l’opposition profiter du blocage pour faire adopter une motion de censure.

Billet paru en dernière page de l’Indépendant le vendredi 4 novembre 2022

mardi 8 novembre 2022

BD - Paris est magique


Le Paris des Merveilles est une série de romans signés Pierre Pevel. Un monde de fantasy, où le monde magique d’Ambremer communique avec le Paris du début du XXe siècle. 

Etienne Willem s’est approprié ce monde pour en signer une adaptation BD parfaite. Ceux qui connaissent déjà cet univers retrouvent Louis Griffont, un mage luttant contrer les forces maléfiques. 

Ce premier tome est une sorte de mise en situation, l’occasion de présenter les protagonistes, une belle et mystérieuse cambrioleuse et une très méchante entité démoniaque.

« Le Paris des Merveilles » (tome I), Bamboo Drakoo, 14,90 €

De choses et d’autres - Députés fantômes

Pas très sérieux, ce qui se passe, en ce moment, à l’Assemblée nationale. Les députes discutent du projet de budget 2023. Beaucoup d’argent à la clé, mais un investissement minimum de la part des élus de la majorité gouvernementale, se transformant, en cette période d’Halloween, en fantômes de la démocratie.


Durant la nuit de vendredi à samedi dernier, les débats autour du budget de la mission outre-mer ont pris un tour assez fantastique. Dans un premier temps, les élus de gauche (majoritaires dans les DOM-TOM), annoncent qu’ils ne voteront pas ce budget, jugé insuffisant. Mais au fil des débats, ils s’aperçoivent que si le ministre est bien présent pour défendre son texte, les élus de Renaissance ont déserté l’hémicycle. Conséquence, de nombreux amendements sont déposés, tous adoptés par une large majorité des présents.

De 300 millions, la somme totale est passée à 380 millions. Une belle rallonge, votée pour, entre autre exemple, fournir « 30 millions d’euros pour l’aide alimentaire à destination des foyers ultramarins », « renforcer le parc des Ehpad » ou, de façon plus anecdotique, « créer une allocation de 45 000 €, afin d’accueillir des apprentis au service militaire adapté en 2023 ». Résultat final : le budget est voté sans coup férir.

En réalité, les élus macronistes n’ont pas participé au débat, car ils savent parfaitement que le 49.3 sera utilisé par la Première ministre. Et que les amendements seront tous effacés. Voilà comment on douche les espoirs de nos compatriotes d’outre-mer, mais surtout, qu’on montre, avec une rare morgue, que les débats parlementaires ne servent absolument à rien, quand, la majorité des députés se transforment en véritables ectoplasmes.

Billet paru en dernière page de l’Indépendant le jeudi 3 novembre 2022

lundi 7 novembre 2022

Roman d'espionnage - Les « Paysages trompeurs » des nouveaux barbouzes


Le second titre de la toute nouvelle collection Espionnage des éditions Gallimard résonne étrangement. Les espions qui traversent ce récit de Marc Dugain semblent tous un peu en bout de course. L’un des personnages a cette réflexion : « On fait un drôle de métier, à contre-courant de notre époque, qui est celle de l’exhibitionnisme, où chacun veut exister dans le regard des autres. Nous, vivants ou morts, on est des ombres, on fait le boulot et on disparaît ensuite sans bruit, sans reconnaissance. »  Trois d’entre eux vont décider de quitter les rangs, devenir indépendants, retrouver leur libre arbitre, exister. 

Le premier à abandonner ses illusions se nomme Ben. Tireur d’élite d’un commando des forces spéciales françaises, il bascule en pleine opération en Afrique. Il couvre ses camarades qui vont délivrer des otages des mains de terroristes. Mais quand il découvre le visage fin et délicat d’une jeune femme dans la lunette de son fusil, il décide de ne pas tirer pour l’éliminer. Cela coûtera la vie aux otages et à tous ses amis. Seul survivant avec une sacrée culpabilité sur les épaules. 

Dans sa cavale il sera rejoint par un producteur de films documentaires (sa couverture) et sa maîtresse, ancienne du Mossad. Ils vont tenter de dérober une centaine de millions à des narcos en passe de les blanchir en Iran. Ce roman d’espionnage alterne moments d’action (l’attaque en Afrique, le vol du pactole des trafiquants de drogue) et des explications plus spirituelles sur les motivations de ces hommes et femmes qui mettent leur vie entre parenthèses, en danger permanent, pour des causes qui souvent les dépassent. 

Et comme c’est Marc Dugain qui est à la manœuvre, en plus d’un réalisme à toute épreuve, le style fait plus penser à une étude savante entre philosophie et analyse de la société qu’à un simple roman de gare avec un fond d’espionnage. De la grande littérature, mais en prise directe avec l’actualité. 

« Paysages trompeurs » de Marc Dugain, Gallimard, 19 €