vendredi 25 mars 2022

Roman - Cyril Massarotto : double rattrapage pas cher

Pour donner une seconde vie à ses titres, les éditions XO ont lancé une collection reprenant dans une version pratique et pas chère, quelques titres emblématiques. C’est ainsi que deux des romans de Cyril Massarotto, l’écrivain originaire des Pyrénées-Orientales, viennent d’être réédités chez Cléa en un seul volume. 

Retrouvez son premier roman, « Dieu est un pote à moi » datant de 2008 suivi du roman « Le petit mensonge de Dieu », suite indirecte parue en 2014. Une histoire truculente et romanesque dans laquelle le héros, âgé de 30 ans, amoureux d’Alice, a un copain peu commun : Dieu en personne.

« Dieu est un pote à moi »  de Cyril Massarotto, Cléa, 15,90 €  

Cinéma - “Viens je t’emmène”... loin


Certains réalisateurs français ont la particularité de former une école à eux seuls. Un style inimitable, un ton unique : Alain Guiraudie en une dizaine de films a trouvé sa voie. Mais la force de ces créateurs qui illustrent à merveille la fameuse « exception culturelle française », fait qu’ils parviennent en plus à se renouveler dans leur originalité. Viens je t’emmène est donc bien un film de Guiraudie, mais avec quelques nuances qui en font en plus une étrange comédie, entre réécriture du vaudeville et chronique de la vie provinciale en temps de guerre contre le terrorisme. 

Attentat et Vercingétorix

Un patchwork étonnant où l’on croise des hommes ou femmes souvent guidés par une seule idée ou leurs désirs les plus profonds. Médéric (Jean-Charles Clichet), personnage principal de cette histoire ayant pour cadre la ville très conventionnelle de Clermont-Ferrand, n’a d’yeux que pour Isadora (Noémie Nvovsky). Le premier est informaticien, la seconde prostituée. Ils ont 20 ans d’écart. Mais le jeune geek ne veut pas payer. Car il est amoureux d’Isadora. Il tente e la draguer et contre toute attente, cela marche. Mais une fois dans la chambre d’hôtel, le mari et proxénète débarque. Les bases d’un premier vaudeville déjà assez étrange sont posées. 

De retour chez lui, Médéric a pitié de Sélim (Iliès Kadri), un jeune SDF frigorifié devant sa porte. Il lui ouvre la porte, bien qu’il soit d’origine Maghrébine et que toutes les polices de la ville recherchent le dernier membre d’un commando qui a tué quatre personnes au pied de la statue de Vercingérotix. Sélim très attiré par Médéric et qui va tout faire pour lui plaire. Ce second arc amoureux dans le film va venir perturber le premier, déjà assez compliqué. Ensuite, tout va s’enchaîner entre violence cocardière, paranoïa et révélation sexuelle. Du pur Guiraudie qui sait si bien nous interroger sur notre société et ses apparences. 

Film français d’Alain Guiraudie avec Jean-Charles Clichet, Noémie Lvovsky, Iliès Kadri


jeudi 24 mars 2022

Cinéma - “Le temps des secrets”, fin d’enfance pour Pagnol

Léo Campion.  Photo Jean-Claude-Lother

La Provence de Marcel Pagnol a fait rêver tous les petits garçons de France. Il a raconté ses étés dans cette garrigue qui semble si proche de celle de nos régions méditerranéennes. Après l’adaptation des deux premiers volumes par Yves Robert dans les années 90, c’est Christophe Barratier (Les Choristes), qui s’attaque à la troisième partie, celle du Temps des secrets. La liaison avec les précédents films se fait avec la maison, exactement la même, conservée en état. On retrouve Marcel (Léo Campion), mais moins enthousiaste car son ami Lily doit travailler et son innocence d’enfant est en train de disparaître. Il va croiser la route de la belle Isabelle et découvrir avec de nouveaux yeux la vie des grands, son père (Guillaume de Tonquédec) ou l’Oncle Jules (François-Xavier Demaison). Une partie de l’intrigue se déroule aussi à Marseille, avec des quartiers entiers de la grande ville portuaire reconstitués en effets spéciaux. 

Un film qui devrait rappeler des souvenirs aux très nombreux lecteurs des romans d’origine. Une autobiographie qui a également été adaptée en bande dessinée aux éditions Bamboo supervisée par Nicolas Pagnol, petit-fils de l’écrivain et qui est également à la manœuvre pour le film. 

Film français de Christophe Barratier avec Léo Campion, Guillaume De Tonquédec, Mélanie Doutey, François-Xavier Demaison



De choses et d’autres - Feu la grande démission

Si tout ce qui se passe aux USA arrive, avec un peu de décalage, en France, je commencerais à me faire du souci, si j’étais patron d’une entreprise. Durant le confinement, beaucoup d’employés ont découvert les vertus de la vie en famille, d’autres ont compris combien leur travail est inintéressant.

Résultat, une fois ces mesures restrictives levées et que l’économie a repris, les entreprises US ont été frappées par ce qu’on a appelé le « Big Quit », autrement dit la « Grande démission ». Des millions de départs, soit pour simplement profiter de la vie, soit pour trouver un boulot plus valorisant, car une des critiques récurrente aura été de « ne pas avoir été bien traités par leur employeur pendant la crise sanitaire. »

Normalement, si les délais étaient respectés, la grande démission à la française devrait débuter en ce moment. Problème, entre-temps un certain Poutine a décidé de donner un sacré coup de main aux patrons français. Vu la conjoncture issue de la guerre en Ukraine, je sens que les futurs démissionnaires vont revoir leur copie et passer à la broyeuse la lettre où ils disaient leurs quatre vérités à leur « manager ».

Et si la situation économique continue à se détériorer, avec inflation galopante et pénuries récurrentes, la grande démission va se transformer en grande purge dans les effectifs. Peu de démissionnaires, mais beaucoup de « démissionnés ». Pour une fois, on ne va pas copier, bêtement, une mode venue d’Amérique. Même si, finalement, on aurait vraiment préféré suivre le mouvement initié de l’autre côté de l’Atlantique.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mercredi 23 mars 2022

mercredi 23 mars 2022

Cinéma - L’Algérie des “frères blessés”

Fernand Iveton (Vincent Lacoste), Algérien avant tout. Les Films du Belier/Laurent Thurin-Nal

La guerre d’Algérie et ses horreurs. Un conflit atroce encore dans bien des mémoires, même si certains épisodes ont été plus oubliés que d’autres. Le parcours de Fernand Iveton est au centre de ce film militant de Hélier Cisterne. De nos frères blessés, adapté du roman de Joseph Andras (Actes Sud), raconte la détermination d’un jeune militant communiste, d’origine européenne, mais né à Alger et solidaire de la lutte pour l’indépendance. 

Pour atténuer la dureté du récit, le réalisateur l’humanise avec la rencontre et le coup de foudre pour Hélène (Vicky Krieps), mère célibataire polonaise réfugiée en France pour fuir le régime communiste. Des moments de joie, de bonheur, d’équilibre, qui ne durent pas. Une fois de retour à Alger, avec sa femme et son fils adoptif, Fernand Iveton, tout en travaillant comme ouvrier dans une usine, milite au parti communiste algérien et, rapidement, décide d’aider les insurgés. Malgré les craintes de son épouse, il décide de passer à l’action. Il place dans un local désaffecté de son entreprise une bombe qui doit exploser une fois le personnel parti. Mais l’engin est découvert et Fernand arrêté. 

Torture et justice expéditive

Le film se transforme, alors, en réquisitoire contre les mesures d’exception décrétées par l’État français à l’époque et appliquées avec zèle par la police, l’armée et la justice. Torturé, Fernand avoue. Traduit devant un tribunal militaire, il est condamné à mort après un simulacre de procès. Il a encore l’espoir d’être gracié, car il n’a pas de sang sur les mains. Mais le garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand, émet un avis négatif. Fernand sera guillotiné moins de trois mois plus tard. D’une rare efficacité dans sa construction, De nos frères blessés, plus que la dénonciation des exactions de l’État français de l’époque, est un vibrant plaidoyer contre la peine de mort.

Film franco-algérien de Hélier Cisterne avec Vincent Lacoste, Vicky Krieps, Jules Langlade




De choses et d’autres - Un loyer très cher payé

Se loger est de plus en plus compliqué en France. Quasiment impossible de signer un bail si on n’est pas en CDI. Et comme les prix des loyers ne cessent d’augmenter, le salaire n’est souvent plus suffisant pour entrer dans les critères demandés par les propriétaires (salaire trois fois supérieur au loyer et deux personnes garantes qui, elles aussi, gagnent suffisamment d’argent chaque mois).

 

Beaucoup, dans ces conditions, n’hésitent pas à falsifier leurs bulletins de paye, s’augmentant de quelques centaines d’euros après un trucage rudimentaire. Pourtant, les procédures judiciaires contre les falsificateurs de documents destinés à obtenir un logement ne sont pas très nombreuses. La plupart du temps, cela permet de décrocher le Graal et comme le locataire est honnête, le propriétaire ne se rend même pas compte de l’entourloupe.

À Paris, par exemple, pour espérer louer une chambre de bonne, vous devez obligatoirement tripler vos revenus officiels pour avoir juste la chance de faire partie des 50 dossiers retenus et dont l’agence étudiera, un peu plus longuement, les données.

Et puis, d’autres fois, le locataire est malhonnête jusqu’au bout. Il truque les papiers et ne paye pas. Mais, à l’arrivée, cela peut coûter très cher comme à cet habitant de Vannes condamné à quatre mois de prison ferme et à 2 500 € d’indemnisation. Il est vrai qu’il avait poussé le bouchon un peu loin, ne se présentant pas, à deux reprises, aux convocations des juges.

À la troisième, ils ont été particulièrement sévères, lui offrant ce pour quoi il a été puni : un toit, nourri logé qui plus est, pour quatre mois et sans débourser le moindre centime.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le 10 mars 2022

mardi 22 mars 2022

Série télé - Toni Colette cache « Son vrai visage » sur Netflix


Pour survivre dans notre société, mieux vaut parfois porter des masques. Un faux visage, une autre identité, pour simplement exister loin d’un passé encombrant. La série Son vrai visage de Charlotte Stoudt d’après un roman de Karin Slaughter, actuellement sur Netflix, exploite à fond ce principe en dévoilant, épisode après épisode, le passé d’une mère de famille tout ce qu’il y a de normale. A priori…

Avant de plonger dans le passé de Laura Oliver (Toni Colette), on découvre le quotidien peu intéressant de sa fille, Andy (Bella Heathcote). La trentaine, célibataire, elle travaille de nuit au standard de police secours de la petite ville de Belle Isle en Georgie. Elle vit toujours chez sa mère qui est rééducatrice pour des vétérans de l’armée américaine blessés au combat. Quand elles sont prises dans une fusillade dans un restaurant, Laura fait tout pour protéger sa fille, tuant l’agresseur d’un coup de couteau. Devenue célèbre, une véritable héroïne, Laura panique et demande à sa fille de partir le plus loin possible dans une voiture cachée et avec 500 000 dollars en cash. Andy va obéir dans un premier temps puis se poser bien de questions et finalement faire demi-tour et demander des explications à cette mère qui semble avoir de lourds secrets. 

Les huit épisodes, très rythmés, passent par de nombreux retour en arrière, quand Laura avait 18 ans (Jessicca Barden), était une pianiste célèbre tombée sous la coupe d’un homme malfaisant. Le meilleur reste la relation compliquée entre mère et fille, comme si une séparation était impossible entre ces deux femmes fusionnelles.

 


De choses et d’autres - Du papier au QR code

Ce lundi matin, au courrier, ma nouvelle carte électorale. Premier étonnement : pourquoi une carte toute neuve alors que la précédente n’a quasiment pas servi ? En fait, le document officiel est désormais orné d’un splendide QR code.

J’imagine immédiatement la gamberge de tous les complotistes et autres « anti-tout » qui voient dans ces idéogrammes numériques une façon aisée de nous fliquer, de fouiller dans notre vie privée. Les plus alarmistes vont y détecter les prémices du vote électronique et donc, forcément, selon leur paranoïa absolue, au trucage des élections. La réalité est moins effrayante. Le QR Code est destiné à accéder aisément au site internet elections.interieur.gouv.fr qui donne des indications au détenteur de la carte électorale.

Assez étonnamment, les deux premières fonctionnalités sont de « vérifier votre situation électorale et trouver votre bureau de vote. » A priori, si j’ai cette nouvelle carte, c’est que je suis inscrit. Ou alors, il y a vraiment un gros bug…

Quant à mon bureau de vote, son adresse est inscrite en clair sur la carte… Autre incongruité : le QR code permet de s’inscrire en ligne sur les listes électorales. Mais si on a un QR code, c’est qu’on est déjà inscrit. L’administration française m’étonnera toujours.

De toute manière, en parcourant le manuel expliquant à quoi sert ce document officiel, on découvre au chapitre « Une carte électorale : pour quoi faire ? » cette précision qui remet bien des choses à leur place : « Toutefois, la présentation de la carte électorale n’est pas une obligation pour voter ». Au moins, comme ça, toutes les inquiétudes sont levées : la carte électorale, avec ou sans QR code, ne sert visiblement à rien le jour du vote.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 22 mars 2022

lundi 21 mars 2022

Cinéma - Deux Adam pour sauver le monde


Film de science-fiction au budget conséquent et au casting de prestige, The Adam Project, produit et diffusé directement sur Netflix, prouve que la plateforme sait parfois mettre en avant originalité et qualité. 

Réalisé par Shawn Levy et avec Ryan Gosling en tête d’affiche, cette histoire de voyage dans le temps débute par une bizarrerie qui devrait heurter les experts des paradoxes temporels. Normalement, il est impossible à un être humain d’avoir des interactions directes avec lui-même dans le passé au risque de provoquer des catastrophes irréparables et modifier radicalement le futur, son futur. 

Un père et ses deux fils

Dans ce film, Adam Reed (Ryan Gosling), pilote de chasse et voyageur dans le temps venu de 2050, va directement se poser chez lui pour s’auto demander de l’aide. En 2050, Adam veut retrouver sa femme, disparue en 2018. Mais quand il vole un vaisseau temporel et tente de s’échapper, il est pris en chasse par les méchants et finalement stoppe son périple en 2022. Blessé, il va avoir besoin de sa version adolescente pour réparer le vaisseau. C’est la grande trouvaille du scénario, celle que la science normalement nous interdit d’exploiter : faire dialoguer une même personne mais à deux âges différents. 

Adam adulte trouve Adam enfant beaucoup trop mou et intello. Adam enfant trouve Adam adulte complètement idiot, mais drôlement musclé. La première partie est savoureuse et Ryan Gosling s’en donne à cœur joie face à un très jeune comédien qui ne se laisse pas démonter. Ensuite, une fois les bases posées, place à l’action. Les effets spéciaux sont à la hauteur de cet ambitieux film. Combats aériens ou bagarre avec sabres lasers au sol, les amateurs de ce type de cinéma auront leur dose. 

Le film prend une nouvelle dimension quand les deux Adam, pour sauver le futur de la terre, se rendent ensemble en 2018. Leur mission : contacter leur père (Mark Ruffalo) pour le dissuader de mettre au point le voyage temporel.  Un passage qui permet aux scénaristes américains de mettre en valeur cette famille toujours sacrée dans les films grand public. Encore plus quand le père peut se retrouver face à sa descendance à deux âges différents et surtout lui dire avant qu’il ne soit trop tard combien il l’aime. Mark Ruffalo apporte une émotion salutaire dans un film d’action bourré de gags aux dialogues enlevés. 

 


De choses et d’autres - La guerre des bêtes

La rivalité entre chiens et chats vient carrément de terminer aux assises des Bouches-du-Rhône. Tout débute en 2018 par un fait divers peu commun.

Un homme se rend à la gendarmerie en avouant qu’il vient d’abattre son voisin. La cause de ce différend ; une histoire de chien et de chat. Le chat du meurtrier s’aventure dans le jardin du futur mort. Là, le félin tombe nez à nez avec le chien qui le mord. Peu de temps après, le chat meurt de ses blessures. Dans la foulée, le propriétaire du minou prend son fusil, va chez le voisin et tire.

Il a expliqué avoir l’intention de tuer le chien. Finalement c’est sur le maître qu’il a déchargé son arme. Il vient d’être condamné à 12 ans de prison.

Cette histoire de la vraie vie doit sembler hallucinante aux millions d’internautes qui passent leur temps à partager des vidéos de gentils chiens et d’adorables félins. La rivalité entre ces deux animaux de compagnie n’est pourtant pas une invention digne des fake news. Mais si l’on en croit les images les plus partagées sur le net, c’est l’entente parfaite, la paix permanente, voire de l’amour absolu. Qui n’a pas souri devant un chaton espiègle (et inconscient) jouant avec la queue d’un gros chien placide.

Mais pour une vidéo vue des millions de fois, il y a 25 bébés chats qui ont fini croqué d’un seul coup de dent sans avoir les honneurs de Facebook.

Enfin, puisqu’on parle de chien du Sud de la France, Douglas, le militant à quatre pattes qui a voté à la primaire des Républicains, a officiellement annoncé ne pas vouloir faire partie du futur gouvernement de Valérie Pécresse. Après Teddy Riner ou Leïla Slimani, cela en fait un de plus qui semble insensible aux arguments de la candidate de droite.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le lundi 21 mars 2022