Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
dimanche 17 décembre 2017
SCIENCE-FICTION : Derrière le Rempart, une certaine "Autorité"
Retour dans la Zone X. À sa frontière exactement. Jeff Vandermeer, écrivain américain de science-fiction avait prévenu le lecteur en publiant « Annihilation », premier tome de la trilogie du Rempart Sud. Dans Autorité, il reprend le récit peu de temps après la disparition de la douzième expédition dans cette Zone X, où rien n’est plus normal. Le Rempart Sud est une organisation secrète chargée de comprendre. Invasion extraterrestre, mutation, contamination ? Le mystère reste entier.
Dans « Autorité », on suit Control, nouveau chef du centre, chargé d’interroger la biologiste, seule rescapée. Control au passé compliqué qui va profiter de ce poste pour s’affranchir. De sa mère. De l’organisation. De la normalité. Un texte puissant et sans cesse étonnant.
➤ « Autorité », Jeff Vandermeer, Au Diable Vauvert, 23 €.
lundi 11 décembre 2017
BD : Guy Lefranc enquête sur l’Aubrac
Plus habitué à faire des reportages aux quatre coins de la planète, Guy Lefranc s’offre pour sa 28e aventure un périple dans la France rurale. En Aveyron exactement, au cœur de l’Aubrac entre Espalion et Saint-Geniez-d’Olt. A la base, c’est un simple fait divers crapuleux. Le massacre de trois personnes dans une forêt. A la hache. Mais les gendarmes locaux trouvent cela suspect car des impacts de balles sont retrouvés sur les corps. Le commissaire Renard, en vacances dans la région, alerte son ami journaliste qui descend immédiatement dans la région et remonte la piste. Espionnage, technologie nucléaire, savant fou : Corteggiani, le scénariste multiplie les fausses pistes et introduit, grande nouveauté, un personnage féminin qui pourrait faire de l’ombre à Jeanjean. Au dessin, Christophe Alves se fond dans le style de Jacques Martin et Bob de Moor.
➤ « Lefranc » (tome 28), Casterman, 11,50 €
mercredi 6 décembre 2017
Cinéma : "Les Gardiennes", femmes et piliers de la civilisation
LES GARDIENNES. Xavier Beauvois raconte la guerre 14-18 des femmes restées à l’arrière.
En pleine célébration du centenaire de la guerre 14-18, les films sur cette immense boucherie se multiplient. Après « Au revoir là- haut » de Dupontel, place aux « Gardiennes » de Xavier Beauvois. Point commun entre les deux films, il s’agit d’adaptations de romans et ce ne sont pas les combats qui sont au centre de l’histoire, mais leurs conséquences.
Quand des millions de Français ont rejoint le front, la fleur au fusil, à l’arrière seules les femmes et les anciens sont restés pour faire tourner les fermes et entreprises. Persuadés d’une victoire rapide, cette situation s’est compliquée quand les poilus se sont enlisés dans les tranchées. Le film raconte comment des femmes ont dû se retrousser les manches et faire le travail des absents. Dans cette grosse exploitation agricole avec culture de céréales et élevage de vaches laitières, il ne reste plus que deux femmes pour tout faire. Hortense (Nathalie Baye) et sa fille Solange (Laura Smet) labourent, sèment et récoltent. Un travail harassant qui est normalement effectué par le fils d’Hortense et le mari de Solange. Mais ils sont tous les deux mobilisés.
Alors la patronne se résout à embaucher. Mais plus un seul homme valide n’est disponible. Elle prend donc la jeune et serviable Francine (Iris Bry). Elle deviendra essentielle à la bonne conduite de la ferme. Orpheline, elle a l’impression de se découvrir une famille. D’autant que quand le fils revient pour une permission, ils tombent amoureux. Mais la guerre n’est pas terminée et les trois femmes vont encore rester longtemps seules à gérer la ferme.
■ Trois femmes, trois parcours
Trois femmes sont au centre de ce film réalisé par un homme, mais coécrit avec sa femme, Marie-Julie Maille, également monteuse et actrice. La plus vieille, gardienne des traditions, n’a qu’un but : que tout redevienne comme avant. Sa fille, dont le mari est prisonnier, incarne ces femmes qui, face à l’adversité, s’affirment et prennent de l’assurance. C’est elle qui va moderniser l’exploitation, abandonnant les bœufs pour des tracteurs. Une moderne qui s’ignore. La troisième, Iris, est celle qui va le plus s’affirmer. Naïve, confiante, elle devra pourtant assumer ses choix, se moquant du « qu’en dira-t-on » pour s’épanouir. Le film est ancré dans cette terre de France, parfois féconde, trop souvent boueuse. Réalisation classique, naturaliste, exceptées deux scènes remarquables : le rêve d’un Poilu lors de sa permission, tuant des ennemis sans visages et le ballet de deux mains amoureuses sur les pierres millénaires d’un dolmen. Le tout sur la musique de Michel Legrand.
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Xavier Beauvois dans le texte
Sur la différence entre comédien et acteur : « Le comédien c’est celui qui a fait des études qui a pris des cours de théâtre et qui va se branler la tête à la cantine pour savoir comment il va jouer son personnage. Tandis que l’acteur c’est quelqu’un qui va être le personnage. Moi quand j’ai affaire à un comédien il dégage, je ne veux que des acteurs. Un mec comme Depardieu il va toucher les couilles du photographe de plateau mais dès qu’on dit « Moteur », il va être son personnage. C’est pour ça que je ne vais jamais au théâtre. »
Sur l’adaptation des romans au cinéma. « Si j’ai lu un livre, je ne vais pas voir l’adaptation. Chacun de nous devient metteur en scène en lisant un roman. On va imaginer une fille qui n’aura rien à voir avec celle proposée par le cinéaste. Forcément quand vous allez voir le film vous êtes confronté avec quelqu’un qui a un autre fantasme qui ne va pas forcément vous plaire. En général, on est déçu. »
Le roman qu’il aimerait adapter : « Les mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar. L’intelligence des Romains c’est que quand ils envahissaient un pays, un type du pays pouvait devenir empereur. Hadrien était Espagnol. Ils amenaient du progrès les Romains, ils étaient beaucoup plus malins que ces crétins de Français en Algérie. »
Sur la lenteur de ses films : « Faut pas compter sur moi pour mettre la caméra à l’épaule et faire semblant de la branler pour faire jeune. Ça non, ça va pas le faire. Je ne supporte pas. Le pire pour moi c’est Jason Bourne. Le mec il est à Berlin, on cligne des yeux il est à Rome puis Istambul. Insupportable. »
Tourner avec sa fille de 5 ans : « Elle me disait ‘Oui chef, oui patron’, elle se foutait clairement de ma gueule. »
➤ « Les Gardiennes », drame, de Xavier Beauvois (France, 2 h 14) avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry
mardi 5 décembre 2017
BD : Batman saveur Marini
Les personnages des comics américains ont définitivement conquis le monde. Grâce aux films plus que les BD, mais Superman, Batman et autres Surfer d’argent sont devenus des références planétaires. Au point que les meilleurs des dessinateurs de la « franco-belge » se proposent désormais d’animer ces héros. Moebius en son temps et aujourd’hui c’est Enrico Marini qui se frotte à l’homme chauve-souris. Batman en couleurs directes, c’est rare et remarquable. D’autant que Marini a profondément humanisé le personnage et pris beaucoup de plaisir à dessiner les deux héroïnes féminines emblématiques de la série, la chipie Harley Quinn et la très sexy Catwoman. Bref, ce premier tome d’un diptyque plaira à tous, des inconditionnels du héros comme des amateurs de jolis dessins sans trop d’effets superflus.
➤ "Batman, The Dark Prince Charming » (tome 1), DC et Dargaud, 14,99 €
lundi 4 décembre 2017
Littérature : Une romancière abreuvée de réalité
Dans quelle mesure est-il possible de parler de la région sans tomber dans la caricature du roman de terroir ? Perpignan ou les Corbières comme décor d’une histoire d’amour brutale et compliquée, crédible ou farfelu ? Les sceptiques doivent d’urgence se plonger dans le second roman de Chelsea Cunningham. « Si Dieu est une femme, elle est romancière », se déroule entièrement à Perpignan avec quelques excusions sur la côte vermeille et à Lagrasse, dans les Corbières audoises. Décor local mais personnages universels. Zoé parle. Adam écoute. Zoé est une jeune femme un peu fantasque, allongée sur le canapé d’Adam, psy. Le classique jeu du chat et de la souris s’installe entre eux. Zoé, en racontant des bribes de sa vie inventée, tente de séduire Adam, incapable de rester dans son rôle neutre de thérapeute.
■ Faire semblant
Zoé invente car elle se persuade d’être une romancière ? Elle va puiser dans la vie d’Adam pour en faire une fiction crédible. Adam, au tournant de sa vie, va sombrer dans le piège. Ainsi, Zoé quitte le cabinet tout sourire «C’était bon, Adam était tout à elle, buvait ses paroles, ne la quittait pas des yeux, attendait ses visites avec impatience, se sentait encore libre mais était, sans nul doute pieds et poings liés. » Mais la romancière (la vraie, pas le personnage), née à Londres mais installée depuis de nombreuses années dans les PyrénéesOrientales qu’elle connaît à merveille, complique le jeu avec l’intervention de Bianca, la femme d’Adam. Paradoxalement c’est elle qui semble la plus « compliquée », la plus en mal d’émancipation. Femme au foyer, grande-bourgeoise, elle fait semblant depuis trop longtemps. Le soir, avec son époux, « elle se contentait de parler pour éviter que le silence ne s’installe pour de bon. » Lucide. Trop parfois. «Elle savait qu’Adam vivait avec elle parce qu’il n’avait pas, pour d’heure, d’autres idées. » « Si nous avons toutes et tous un talent particulier, Bianca avait trouvé le sien » : faire semblant.
Ce roman, ciselé et tranchant comme un bistouri, explore aussi les traumatismes de l’enfance. Adam, en manque d’amour de la part de sa mère, a longtemps vénéré la bonne de la maison. Jusqu’à ses 7 ans et cet événement tragique que, tout en étant psy, il ne parvient toujours pas à exorciser.
➤ «Si Dieu est une femme, elle est romancière» de Chelsea Cunningham, Trabucaïre, 13 €
dimanche 3 décembre 2017
Thriller : Maître exigeant
Il faut se méfier des professeurs trop exigeants. Ils cachent parfois derrière un goût prononcé de la perfection, des psychoses autrement plus graves. William Lansing, professeur de littérature, la cinquantaine, est très content de découvrir qu’un de ses élèves, Kyle Broder est devenu un éditeur influent de New York. Il lui confie alors son roman, un pavé qu’il peaufine depuis dix ans. Mais ce texte, débordant de sadisme, de cruauté et d’abomination est impubliable. Kyle refuse de l’éditer. Le vieux professeur placide va se transformer en être malfaisant.
Ce thriller de Lee Matthew Goldberg est remarquable d’érudition. A travers des réflexions sur les œuvres de Camus ou de Proust, le professeur se dévoile lentement, plongeant le lecteur dans l’angoisse et la peur la plus totale. Quand à Kyle, c’est un enfer qui débute pour lui et son entourage.
➤ «Mentor» de Lee Matthew Goldberg, Hugo Thriller, 19,95 €
samedi 2 décembre 2017
DVD : l'amour éternel en colle
« Deux heures de colle ! » Qui n’a jamais entendu cette phrase durant sa scolarité ? Des retenues interminables...
Au sens propre pour Benjamin (Arthur Mazet) qui découvre que ces deux heures se répètent éternellement. Ce film d’Alexandre Castagnetti lorgne vers deux films cultes : « Un jour sans fin » et Breakfast Club ». Tourné dans un lycée désaffecté, il offre une jolie palette à l’acteur principal, entouré de jeunes talents et épaulé par Thomas VDB en pion taré. Le côté fantastique est rapidement gommé pour laisser la place à plus d’humanité. Sans oublier une rafale de gags.
Et si vous hésitez encore à acheter ce DVD, sachez que Sonia Rolland, dans un petit rôle d’infirmière sexy, y exhibe ses seins !
➤ « La colle », Universal, 14,99 €
Au sens propre pour Benjamin (Arthur Mazet) qui découvre que ces deux heures se répètent éternellement. Ce film d’Alexandre Castagnetti lorgne vers deux films cultes : « Un jour sans fin » et Breakfast Club ». Tourné dans un lycée désaffecté, il offre une jolie palette à l’acteur principal, entouré de jeunes talents et épaulé par Thomas VDB en pion taré. Le côté fantastique est rapidement gommé pour laisser la place à plus d’humanité. Sans oublier une rafale de gags.
Et si vous hésitez encore à acheter ce DVD, sachez que Sonia Rolland, dans un petit rôle d’infirmière sexy, y exhibe ses seins !
➤ « La colle », Universal, 14,99 €
vendredi 1 décembre 2017
BD : Bilal revient sur fond de bug numérique mondial
Enki Bilal, après quelques excursions dans le cinéma ou l’art pur, revient à son média de prédilection : la bande dessinée. Les nombreux admirateurs de la trilogie Nikopol apprécieront ces 88 pages sur un avenir proche qui forcément nous parle. Car on pourrait tout à fait se retrouver, dans une trentaine d’années dans ce bug numérique mondial. En 2041, à 23 h 61, internet est mort. Tout ce qui fonctionne grâce au numérique disjoncte. Panique au plus haut niveau, mort et pillages chez les anonymes. Un homme semble avoir toutes les réponses car colonisé par un insecte extraterrestre, un bug. Kameron Obb arrive de Mars et se retrouve au centre de l’intrique. Captivant, pessimiste et prémonitoire : du grand Bilal tant du point de vue dessin que thématique.
➤ « Bug » (tome 1), Casterman, 18 € Édition luxe, format plus grand et avec un ex-libris, 30 €
jeudi 30 novembre 2017
Cinéma : Le stand-up pour réussir sa vie
Tous les chemins mènent au stand-up. Et souvent, le stand-up mène au cinéma. Parcours classique donc pour Nawell Madani, révélée au Jamel Comedy Club et devenue depuis une abonnée des théâtres complets. L’envie de faire un film, elle la porte depuis toujours. Comme une évidence.
Mais avant d’atteindre le graal, comme le personnage qu’elle interprète dans «C’est tout pour moi », la route est longue, semée d’embûches, de faux amis et, parfois, de mentor. « Mon histoire est universelle » tient-elle à préciser lors d’une rencontre au Méga Castillet de Perpignan, juste avant une avant-première dans une salle pleine à craquer.
Son histoire adaptée, modifiée, édulcorée parfois, c’est celle de Lila, jeune Belge d’origine maghrébine qui rêve de devenir danseuse. Mais le père, taximan, refuse cette voie. Alors elle s’entête, s’imagine en haut de l’affiche, rêve de Paris et de ses lumières.
Elle part à l’aventure, dans sa voiture, faisant croire au paternel qu’elle a été admise dans une grande école de commerce. Mais tout en étant douée, la compétition est rude. Surtout les mauvaises rencontres nombreuses. Et elle tombe sur un escroc lui aussi très doué dans sa partie. Résultat, le rêve se transforme en cauchemar et Lila se retrouve en prison.
Le film prend alors une certaine gravité. Entre ces quatre murs, la jeune danseuse va devoir se forger une nouvelle personnalité. Et se découvrir des talents dans l’improvisation pour mettre en boîte ses codétenues quand la tension monte trop. Elle participe aussi à un atelier avec un metteur en scène réputé (François Berléand) et décide de tout faire pour devenir vedette de stand-up.
Il y a beaucoup de vrai dans le film. Si l’épisode de la prison semble inventé (même si Nawell laisse toujours un peu planer un doute), la partie concurrence entre humoristes semble directement tirée de son expérience du Jamel Comedy club. Et l’esprit régnant dans ce milieu ne semble pas des plus sympa, entre machisme et vol de blagues. Mais la force première du film reste la relation entre la fille et son père. Une thématique qui résonne encore plus fort dans son milieu d’origine. Comment faire comprendre à son père que l’on n’est pas fait pour ce qu’il nous destine ? Comment renouer le dialogue après un reniement ?
Cette épreuve, Nawell Madani l’a véritablement vécue. Et la fin du film est directement inspirée de sa propre expérience, comme pour rejouer et graver à jamais ce déclic qui lui a permis de retrouver sa famille, se faire accepter dans son métier et aussi retrouver une sérénité. Depuis elle est rayonnante, a réalisé son premier film malgré les difficultés financières, l’a présenté à des milliers de spectateurs en avant-première et espère que cela va marcher. Même l’incorrigible pessimiste (qui va de pair avec le perfectionnisme) avoue que « ce film a tout à prouver. Il faut qu’il fasse écho et qu’on en parle autour de soi. »
➤ « C’est tout pour moi », comédie dramatique de Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin (France et Belgique, 1 h 43) avec Nawell Madani, François Berléand.
mercredi 29 novembre 2017
"La Villa" de Robert Guédiguian : Quel héritage ou trace laisse-t-on ?
LA VILLA. Robert Guédiguian retrouve sa bande et les calanques de Marseille pour un film émouvant.
Un concentré de sentiments et d’émotions fortes. Le nouveau film de Robert Guédiguian est une réussite, signe que le réalisateur marseillais est devenu une référence incontournable du 7e art français. Une évidence en sortant de la projection de ce film simple dans sa facture mais aux ressorts multiples et allant crescendo dans les remises en cause intellectuelles des protagonistes. Impression confirmée quand Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, deux fidèles de la bande, admettent que c’est son meilleur film, celui où, âge et expérience aidants, il casse la carapace et se confie le plus.
Entièrement tourné dans une calanque préservée près de Marseille, « La villa » débute par l’accident du père. Un AVC qui le laisse tel un lé- gume dans son lit, maintenu en vie par les appareils mais avec des dommages cérébraux irrémédiables. L’occasion pour ses enfants de se réunir dans cette villa qu’il compte leur léguer. Armand (Gérard Meylan) vit toujours sur place, repreneur du restaurant populaire monté par son père. Joseph (Jean-Pierre Darroussin), professeur à la retraite, arrive en compagnie de sa très jeune fiancée (Anais Demoustiers). Quant à Angèle (Ariane Ascaride), elle revient dans cette calanque après des années d’absence. Cette célèbre actrice de théâtre a voulu gommer de sa mémoire ce père et ce lieu après un drame.
■ Réunion de famille
Sur cette thématique de la réunion de famille, Robert Guédiguian va essentiellement parler de transmission, d’héritage, d’éducation. De l’idéal du père il ne reste plus grandchose. Juste ce petit restaurant et surtout celle villa et son balcon en arrondi qui surplombe la baie, vue paradisiaque qui fait bien des envieux parmi les nouvelles fortunes. Il est aussi beaucoup question de mort dans « La villa ». Physique comme ce couple de retraités qui se donne la mort, main dans la main, serein, persuadé que le monde n’est plus pour eux. Intellectuelle aussi pour le personnage de Jean-Pierre Darroussin, reniant son passé installé pour retourner à la source, dans cette calanque inspirante pour le livre qu’il a toujours rêvé d’écrire.
Mais il ne faut pas forcément tenter de tout comprendre dans le film, l’analyser. La meilleure façon de profiter de cet univers, c’est encore de se laisser couler dedans. Et de se laisser entraîner par le tourbillon d’émotions. Alors on comprend pourquoi on est sur terre et on garde longtemps en tête le prénom nom de cet enfant qui va, avec ses trois frères et sœurs, donner toute son humanité à ce très grand film.
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Robert Guédiguian, sur la genèse du projet : « On est parti sur une histoire autour du constat que notre monde est en train de disparaître mais qu’on essaie à garder ce qu’il a de bon. Pendant qu’on écrivait, il y a eu le Bataclan. On a été, comme la terre entière, secoué par cette tragédie. Et je me suis dit qu’il est impossible de faire un film sans parler du problème des réfugiés. La question des attentats m’a renvoyé à se qui se passe aujourd’hui dans le monde d’une façon générale. »
Ariane Ascaride, sur le métier de comédienne : « Moi je cherche à retrouver l’aisance totale que j’avais sur une scène quand j’étais enfant. J’étais d’une liberté inimaginable. Le théâtre français est un théâtre bourgeois et ma représentation n’est pas celle de la bourgeoisie, que je le veuille ou non. Et encore j’ai fait des progrès parce que ça fait longtemps que je vis à Paris. C’est un métier très cruel. Moi j’appelle ça l’endurance du coureur de fond. Un truc très solitaire. » Sur le film : « C’était comme un studio à ciel ouvert. On habitait tous dans la calanque donc le soir on mangeait tous ensemble. C’est le seul film où je me suis levée le matin en pyjama et où je suis passée de ma maison en pyjama à la loge sans m’habiller puisque j’allais mettre mon costume. » Sur Robert Guédiguian et le théâtre « il l’a fait une fois mais c’était très mauvais. ça l’emmerde les répétitions, il n’aime pas ça. Il préfère le cinéma, ça va beaucoup plus vite. »
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➤ « La villa » de Robert Guédiguian (France, 1 h 47) avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan.
Un concentré de sentiments et d’émotions fortes. Le nouveau film de Robert Guédiguian est une réussite, signe que le réalisateur marseillais est devenu une référence incontournable du 7e art français. Une évidence en sortant de la projection de ce film simple dans sa facture mais aux ressorts multiples et allant crescendo dans les remises en cause intellectuelles des protagonistes. Impression confirmée quand Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, deux fidèles de la bande, admettent que c’est son meilleur film, celui où, âge et expérience aidants, il casse la carapace et se confie le plus.
Entièrement tourné dans une calanque préservée près de Marseille, « La villa » débute par l’accident du père. Un AVC qui le laisse tel un lé- gume dans son lit, maintenu en vie par les appareils mais avec des dommages cérébraux irrémédiables. L’occasion pour ses enfants de se réunir dans cette villa qu’il compte leur léguer. Armand (Gérard Meylan) vit toujours sur place, repreneur du restaurant populaire monté par son père. Joseph (Jean-Pierre Darroussin), professeur à la retraite, arrive en compagnie de sa très jeune fiancée (Anais Demoustiers). Quant à Angèle (Ariane Ascaride), elle revient dans cette calanque après des années d’absence. Cette célèbre actrice de théâtre a voulu gommer de sa mémoire ce père et ce lieu après un drame.
■ Réunion de famille
Sur cette thématique de la réunion de famille, Robert Guédiguian va essentiellement parler de transmission, d’héritage, d’éducation. De l’idéal du père il ne reste plus grandchose. Juste ce petit restaurant et surtout celle villa et son balcon en arrondi qui surplombe la baie, vue paradisiaque qui fait bien des envieux parmi les nouvelles fortunes. Il est aussi beaucoup question de mort dans « La villa ». Physique comme ce couple de retraités qui se donne la mort, main dans la main, serein, persuadé que le monde n’est plus pour eux. Intellectuelle aussi pour le personnage de Jean-Pierre Darroussin, reniant son passé installé pour retourner à la source, dans cette calanque inspirante pour le livre qu’il a toujours rêvé d’écrire.
Mais il ne faut pas forcément tenter de tout comprendre dans le film, l’analyser. La meilleure façon de profiter de cet univers, c’est encore de se laisser couler dedans. Et de se laisser entraîner par le tourbillon d’émotions. Alors on comprend pourquoi on est sur terre et on garde longtemps en tête le prénom nom de cet enfant qui va, avec ses trois frères et sœurs, donner toute son humanité à ce très grand film.
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Paroles du réalisateur et de son actrice
Robert Guédiguian, sur la genèse du projet : « On est parti sur une histoire autour du constat que notre monde est en train de disparaître mais qu’on essaie à garder ce qu’il a de bon. Pendant qu’on écrivait, il y a eu le Bataclan. On a été, comme la terre entière, secoué par cette tragédie. Et je me suis dit qu’il est impossible de faire un film sans parler du problème des réfugiés. La question des attentats m’a renvoyé à se qui se passe aujourd’hui dans le monde d’une façon générale. »
Ariane Ascaride, sur le métier de comédienne : « Moi je cherche à retrouver l’aisance totale que j’avais sur une scène quand j’étais enfant. J’étais d’une liberté inimaginable. Le théâtre français est un théâtre bourgeois et ma représentation n’est pas celle de la bourgeoisie, que je le veuille ou non. Et encore j’ai fait des progrès parce que ça fait longtemps que je vis à Paris. C’est un métier très cruel. Moi j’appelle ça l’endurance du coureur de fond. Un truc très solitaire. » Sur le film : « C’était comme un studio à ciel ouvert. On habitait tous dans la calanque donc le soir on mangeait tous ensemble. C’est le seul film où je me suis levée le matin en pyjama et où je suis passée de ma maison en pyjama à la loge sans m’habiller puisque j’allais mettre mon costume. » Sur Robert Guédiguian et le théâtre « il l’a fait une fois mais c’était très mauvais. ça l’emmerde les répétitions, il n’aime pas ça. Il préfère le cinéma, ça va beaucoup plus vite. »
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➤ « La villa » de Robert Guédiguian (France, 1 h 47) avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan.
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