mardi 5 décembre 2017

BD - Batman saveur Marini



Les personnages des comics américains ont définitivement conquis le monde. Grâce aux films plus que les BD, mais Superman, Batman et autres Surfer d’argent sont devenus des références planétaires. Au point que les meilleurs des dessinateurs de la « franco-belge » se proposent désormais d’animer ces héros. 
Moebius en son temps et aujourd’hui c’est Enrico Marini qui se frotte à l’homme chauve-souris. Batman en couleurs directes, c’est rare et remarquable. D’autant que Marini a profondément humanisé le personnage et pris beaucoup de plaisir à dessiner les deux héroïnes féminines emblématiques de la série, la chipie Harley Quinn et la très sexy Catwoman. Bref, ce premier tome d’un diptyque plaira à tous, des inconditionnels du héros comme des amateurs de jolis dessins sans trop d’effets superflus.
➤ "Batman, The Dark Prince Charming » (tome 1), DC et Dargaud, 14,99 €

lundi 4 décembre 2017

De choses et d'autres - Tentations

Hier à la messe, le « Notre Père », la plus connue des prières, a été prononcée dans sa nouvelle version. Car l’église catholique, loin de rester figée dans un dogme rigide, s’adapte aux temps nouveaux.

Tous ceux qui sont passés par la case catéchisme s’en souviennent, le désormais obsolète « et ne nous soumets pas à la tentation » est remplacé par « et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Un peu de sémantique pour lever une interrogation. Car dans la version initiale, on peut comprendre que c’est Dieu en personne qui nous soumet à la tentation. Comme si la puissance divine incitait à commettre ces péchés. La nouvelle formule présente Dieu comme un protecteur. C’est lui qui va nous permettre de ne pas céder. A priori cette modification ne va pas changer la face de l’Église. Simplement de provoquer, au début, un certain flottement dans la prière car un texte répété chaque dimanche depuis des décennies vient naturellement aux lèvres. Force de l’habitude, même le curé risque de s’emmêler la langue lors de la célébration. Il y aura certainement un double langage avant que le « entrer en tentation » ne s’impose naturellement.

Le « Notre Père », avec le « Je vous salue Marie », reste la monnaie officielle pour se racheter de ses péchés. Après la confession, en fonction de la gravité des fautes, le curé nous impose un nombre variable de prières. Mais si on se trompe dans la formulation, faut-il les considérer comme nulles et non avenues ? Doit-on les reprendre du début pour que nos bourdes soient absoutes ? Et puis les péchés du passé sont-ils véritablement oubliés ? Dans le doute (qui risque quand même de nous conduire tout droit en enfer…), mieux vaut essayer de rester sur le droit chemin. Ça nous évitera bafouillages terrestres et cafouillages divins. 

Littérature - Une romancière abreuvée de réalité


Dans quelle mesure est-il possible de parler de la région sans tomber dans la caricature du roman de terroir ? Perpignan ou les Corbières comme décor d’une histoire d’amour brutale et compliquée, crédible ou farfelu ? Les sceptiques doivent d’urgence se plonger dans le second roman de Chelsea Cunningham. « Si Dieu est une femme, elle est romancière », se déroule entièrement à Perpignan avec quelques excusions sur la côte vermeille et à Lagrasse, dans les Corbières audoises. Décor local mais personnages universels. Zoé parle. Adam écoute. Zoé est une jeune femme un peu fantasque, allongée sur le canapé d’Adam, psy. Le classique jeu du chat et de la souris s’installe entre eux. Zoé, en racontant des bribes de sa vie inventée, tente de séduire Adam, incapable de rester dans son rôle neutre de thérapeute.

■ Faire semblant


Zoé invente car elle se persuade d’être une romancière ? Elle va puiser dans la vie d’Adam pour en faire une fiction crédible. Adam, au tournant de sa vie, va sombrer dans le piège. Ainsi, Zoé quitte le cabinet tout sourire «C’était bon, Adam était tout à elle, buvait ses paroles, ne la quittait pas des yeux, attendait ses visites avec impatience, se sentait encore libre mais était, sans nul doute pieds et poings liés. » Mais la romancière (la vraie, pas le personnage), née à Londres mais installée depuis de nombreuses années dans les PyrénéesOrientales qu’elle connaît à merveille, complique le jeu avec l’intervention de Bianca, la femme d’Adam. Paradoxalement c’est elle qui semble la plus « compliquée », la plus en mal d’émancipation. Femme au foyer, grande-bourgeoise, elle fait semblant depuis trop longtemps. Le soir, avec son époux, « elle se contentait de parler pour éviter que le silence ne s’installe pour de bon. » Lucide. Trop parfois. «Elle savait qu’Adam vivait avec elle parce qu’il n’avait pas, pour d’heure, d’autres idées. » « Si nous avons toutes et tous un talent particulier, Bianca avait trouvé le sien » : faire semblant.
Ce roman, ciselé et tranchant comme un bistouri, explore aussi les traumatismes de l’enfance. Adam, en manque d’amour de la part de sa mère, a longtemps vénéré la bonne de la maison. Jusqu’à ses 7 ans et cet événement tragique que, tout en étant psy, il ne parvient toujours pas à exorciser. 
➤ «Si Dieu est une femme, elle est romancière» de Chelsea Cunningham, Trabucaïre, 13 €

dimanche 3 décembre 2017

Récit - "Paco" raconté par son fils Emile Ramis

Paco a exercé beaucoup de métiers en Espagne puis en France. Son fils Emile Ramis retrace l’existence de ce Républicain de la première heure qui a été, à tour de rôle, épicier, jardinier, capitaine, condamné à mort, ouvrier agricole puis au final représentant de commerce. Ce jeune idéaliste, engagé auprès des Républicains, a été longtemps prisonnier de la police franquiste. 

C’est depuis cette prison qu’il a remarqué sa future femme qui vivait en face. Mariés, ils ont eu un fils, Émile, qui raconte et met surtout en valeur dans ce livre l’émotion et l’admiration qu’il a pour son père disparu. Un récit permettant de revivre par procuration les heures noires de l’Espagne sous le joug de Franco.

➤ "Paco (1917-1989)", Émile Ramis, éditions Chapitre.com, 19 €

BD - Courir et sauter pour l’Histoire


Les scénaristes Kris et Bertrand Galic ont utilisé une anecdote peu connue de la Guerre d’Espagne pour raconter l’histoire de sept athlètes. Alors que l’Allemagne nazie compte faire triompher son idéologie aux jeux olympiques de 1936, les républicains du monde entier organisent à Barcelone leur propre compétition. Mais à la veille de l’ouverture des Olimpiadas Populares, Franco déclenche son offensive. Les sportifs abandonnent la compétition et se lancent dans la bataille. 

L’Espagnol David Morancho raconte l’épopée de sept athlètes, utilisant leurs compétences sportives pour combattre les fascistes. Le lanceur de poids aux grenades, le marathonien aux messages et le perchiste pour surmonter les remparts.

➤ « Sept athlètes », Delcourt, 15,50 € 

Thriller - Maître exigeant dans "Mentor" de Lee Matthew Goldberg


Il faut se méfier des professeurs trop exigeants. Ils cachent parfois derrière un goût prononcé de la perfection, des psychoses autrement plus graves. William Lansing, professeur de littérature, la cinquantaine, est très content de découvrir qu’un de ses élèves, Kyle Broder est devenu un éditeur influent de New York. Il lui confie alors son roman, un pavé qu’il peaufine depuis dix ans. Mais ce texte, débordant de sadisme, de cruauté et d’abomination est impubliable. Kyle refuse de l’éditer. Le vieux professeur placide va se transformer en être malfaisant.
Ce thriller de Lee Matthew Goldberg est remarquable d’érudition. A travers des réflexions sur les œuvres de Camus ou de Proust, le professeur se dévoile lentement, plongeant le lecteur dans l’angoisse et la peur la plus totale. Quand à Kyle, c’est un enfer qui débute pour lui et son entourage.
➤ «Mentor» de Lee Matthew Goldberg, Hugo Thriller, 19,95 €

samedi 2 décembre 2017

DVD : l'amour éternel en colle

« Deux heures de colle ! » Qui n’a jamais entendu cette phrase durant sa scolarité ? Des retenues interminables...

Au sens propre pour Benjamin (Arthur Mazet) qui découvre que ces deux heures se répètent éternellement. Ce film d’Alexandre Castagnetti lorgne vers deux films cultes : « Un jour sans fin » et Breakfast Club ». Tourné dans un lycée désaffecté, il offre une jolie palette à l’acteur principal, entouré de jeunes talents et épaulé par Thomas VDB en pion taré. Le côté fantastique est rapidement gommé pour laisser la place à plus d’humanité. Sans oublier une rafale de gags.
Et si vous hésitez encore à acheter ce DVD, sachez que Sonia Rolland, dans un petit rôle d’infirmière sexy, y exhibe ses seins !
➤ « La colle », Universal, 14,99 €

vendredi 1 décembre 2017

BD : Bilal revient sur fond de bug numérique mondial



Enki Bilal, après quelques excursions dans le cinéma ou l’art pur, revient à son média de prédilection : la bande dessinée. Les nombreux admirateurs de la trilogie Nikopol apprécieront ces 88 pages sur un avenir proche qui forcément nous parle. Car on pourrait tout à fait se retrouver, dans une trentaine d’années dans ce bug numérique mondial. En 2041, à 23 h 61, internet est mort. Tout ce qui fonctionne grâce au numérique disjoncte. Panique au plus haut niveau, mort et pillages chez les anonymes. Un homme semble avoir toutes les réponses car colonisé par un insecte extraterrestre, un bug. Kameron Obb arrive de Mars et se retrouve au centre de l’intrique. Captivant, pessimiste et prémonitoire : du grand Bilal tant du point de vue dessin que thématique.
➤ « Bug » (tome 1), Casterman, 18 € Édition luxe, format plus grand et avec un ex-libris, 30 € 

jeudi 30 novembre 2017

Cinéma - Le stand-up pour réussir sa vie


Tous les chemins mènent au stand-up. Et souvent, le stand-up mène au cinéma. Parcours classique donc pour Nawell Madani, révélée au Jamel Comedy Club et devenue depuis une abonnée des théâtres complets. L’envie de faire un film, elle la porte depuis toujours. Comme une évidence.
Mais avant d’atteindre le graal, comme le personnage qu’elle interprète dans «C’est tout pour moi », la route est longue, semée d’embûches, de faux amis et, parfois, de mentor. « Mon histoire est universelle » tient-elle à préciser lors d’une rencontre au Méga Castillet de Perpignan, juste avant une avant-première dans une salle pleine à craquer.
Son histoire adaptée, modifiée, édulcorée parfois, c’est celle de Lila, jeune Belge d’origine maghrébine qui rêve de devenir danseuse. Mais le père, taximan, refuse cette voie. Alors elle s’entête, s’imagine en haut de l’affiche, rêve de Paris et de ses lumières. Elle part à l’aventure, dans sa voiture, faisant croire au paternel qu’elle a été admise dans une grande école de commerce. Mais tout en étant douée, la compétition est rude. Surtout les mauvaises rencontres nombreuses. Et elle tombe sur un escroc lui aussi très doué dans sa partie. Résultat, le rêve se transforme en cauchemar et Lila se retrouve en prison.
Le film prend alors une certaine gravité. Entre ces quatre murs, la jeune danseuse va devoir se forger une nouvelle personnalité. Et se découvrir des talents dans l’improvisation pour mettre en boîte ses codétenues quand la tension monte trop. Elle participe aussi à un atelier avec un metteur en scène réputé (François Berléand) et décide de tout faire pour devenir vedette de stand-up.
Il y a beaucoup de vrai dans le film. Si l’épisode de la prison semble inventé (même si Nawell laisse toujours un peu planer un doute), la partie concurrence entre humoristes semble directement tirée de son expérience du Jamel Comedy club. Et l’esprit régnant dans ce milieu ne semble pas des plus sympa, entre machisme et vol de blagues. Mais la force première du film reste la relation entre la fille et son père. Une thématique qui résonne encore plus fort dans son milieu d’origine. Comment faire comprendre à son père que l’on n’est pas fait pour ce qu’il nous destine ? Comment renouer le dialogue après un reniement ?
Cette épreuve, Nawell Madani l’a véritablement vécue. Et la fin du film est directement inspirée de sa propre expérience, comme pour rejouer et graver à jamais ce déclic qui lui a permis de retrouver sa famille, se faire accepter dans son métier et aussi retrouver une sérénité. Depuis elle est rayonnante, a réalisé son premier film malgré les difficultés financières, l’a présenté à des milliers de spectateurs en avant-première et espère que cela va marcher. Même l’incorrigible pessimiste (qui va de pair avec le perfectionnisme) avoue que « ce film a tout à prouver. Il faut qu’il fasse écho et qu’on en parle autour de soi. »
➤ « C’est tout pour moi », comédie dramatique de Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin (France et Belgique, 1 h 43) avec Nawell Madani, François Berléand.

De choses et d'autres - Quatre jours d'hiver

Non, je ne vais pas vous parler de la vague de froid qui vient de s’abattre sur la région. Vous en avez sans doute assez qu’on vous bassine sur votre ressenti dès que vous mettez le nez dehors. L’hiver dont il est question ici est celui de « Game of Thrones » (allergiques aux dragons, nains et manigances politiques, passez votre chemin). Pour les autres, sachez que des chanceux sont en plein trip « marathon » dans un cinéma de Londres. L’intégralité de la série y est diffusée en continu depuis lundi soir à 19 heures. Cela représente un total de quatre jours nonstop, avec quelques pauses toilettes et repas, à base de pizzas.

Pas évident de supporter ces 67 épisodes d’affilée, mais les fans se sont pourtant bousculés et la salle a rapidement affiché complet. A l’heure où j’écris ces lignes, en théorie, les centaines de spectateurs sont plongées dans le 4e épisode de la cinquième saison : « Le gouvernement de Daenerys reste sous la menace des Fils de la Harpie. Ceux-ci organisent un guet-apens contre un groupe d’Immaculés. » Et si vous lisez ces lignes ce matin vers 8 heures en dégustant votre café, les fans de GOT entrevoient la fin de la saga, et vont entamer le premier épisode de la saison 7 où dans le Conflans (pas le Conflent des Pyrénées-Orientales...), « la Fraternité sans Bannière s’installe dans la vieille ferme ».

Reste à savoir si l’on peut décliner le concept en France. Parce que rester enfermé durant 6 jours (18 saisons, 85 épisodes de 90 minutes) avec Mimi Mathy en Joséphine ange gardien ou immergé dans le quartier du Mistral de Plus Belle la vie durant deux mois (3 415 épisodes de 25 minutes), même les plus Marseillais d’entre les Marseillais ne supporteraient plus le moindre « bonne mère ! »