Si Marchais n’a pas eu sa peau et ne l’a jamais fait taire, Bruno Le Maire a osé se rebeller lors du 3e débat de la primaire de la droite. Une remise en place sèche et nette qui n’est pas passée inaperçue. Finalement ce sont les audiences qui auront eu raison du marathonien de l’interview politique, de l’insubmersible journaliste Jean-Pierre Elkabbach. A 79 ans et après plus d’un demi-siècle de présence quasi continue à la radio ou la télévision, le champion de l’analyse de la Ve république n’officiera plus en direct le matin sur Europe 1 dès le mois prochain. Les mauvais résultats de la matinale nécessitent une réforme. Il est le premier à en faire les frais. Une mise au placard, pour beaucoup d’observateurs, d’un homme qui n’a pas su prendre la mesure du renouvellement politique de ces derniers mois. Mais attention, il n’a pas encore dit son dernier mot et restera à l’antenne chaque samedi et dimanche, à 8 h 20, toujours dans sa discipline favorite : l’interview politique. Régulièrement moqué par Nicolas Canteloup dans sa Revue de Presque pour la doudoune qu’il quittait rarement, Jean-Pierre Elkabbach n’appréciait pas les allusions de l’humoriste à propos de ses séjours réguliers dans un palace au Maroc. Il aura désormais encore plus de temps pour aller se ressourcer dans cette Afrique du Nord qu’il n’a jamais oubliée (il est né à Oran) et qui reste encore très présente dans son cœur.
L’image d’Olivier Legrais (@legraiso) sur Twitter est parfaite : samedi en meeting devant des milliers de supporters, Emmanuel Macron c’était « Lecanuet sous Guronsan® ». Explication pour les moins de 60 ans, Jean Lecanuet a inventé le terme « centrisme mou ». Exactement il l’a longtemps incarné tant ses positions oscillaient entre indécision et manque de panache. Macron en est le digne héritier, mais sous Guronsan®, produit essentiellement consommé par des bacheliers persuadés qu’il leur permettra de résister aux deux semaines de révisions intensives inversement proportionnelles à leur manque d’attention des huit mois précédents. Les images de la fin du meeting ont tourné en boucle sur tous les réseaux sociaux. « Il se prend pour Jésus ? », « c’est un télévangéliste ? », « mais qu’est-ce qu’il a pris ? » étaient les commentaires récurrents d’internautes interloqués. Les plus moqueurs ont ressorti des extraits de film comme « Braveheart » ou « Le loup de Wall Street » sous-entendant que Macron joue beaucoup moins bien que Mel Gibson ou DiCaprio. Les parodies ont proliféré, les railleries aussi sur sa voix criarde et son final vociféré. Prestation qui inspire au Stagiaire de BFMTV sur son compte Twitter parodique : « La femme de Macron lui demande de renoncer à la présidentielle tant que sa voix n’aura pas fini de muer. » Bref, si le candidat le plus centriste se révèle à ce point exalté, cette présidentielle promet.
Bruxelles dans les années 50. Une chanteuse de cabaret, en rentrant tard chez elle, est abattue d’une balle dans le cœur. A la lecture du fait divers, Robert Sax, garagiste, est bouleversé. Il y a quelques années, sa jeune épouse a été assassinée de la même façon. Il délaisse l’atelier pour se lancer dans une enquête mouvementée où le trafic de drogue, déjà, conditionne les guerres entre gangs. Ce polar, plein de nostalgie, tel un bon Simenon, nous balade d’une piste à l’autre. Rodolphe est au scénario, Alloing au dessin. Ce dernier, dans une ligne claire élégante, est un vieux routier de la BD. Il a nombre d’albums Bayard à son acti comme Marion Duval ou les Moineaux. ➤ « Robert Sax » (tome 2), Delcourt, 14,50 €
Il se présente comme un « faiseur de chanson ». Pas compositeur, ni parolier. Encore moins interprète. Jean-Jacques Goldman est un simple « faiseur de chanson ». Mais le meilleur. Depuis des années. Devenu vedette un peu par hasard, il a longtemps été considéré comme un simple voire vulgaire « chanteur à midinettes ». Fred Hidalgo, créateur du mensuel spécialisé « Paroles et musique », avoue ne pas avoir immédiatement accroché aux premiers tubes. « On était plus Balavoine, voix grave » explique-t-il. Mais quand la grande presse se déchaîne contre ce chanteur dont leur fille, adolescente, leur rabâche les oreilles, il se décide à lui consacrer un dossier. « Je découvre un personnage intéressant et cultivé » se souvient celui qui va finalement devenir ami avec le chanteur et entreprendre une longue correspondance de 30 ans entre réflexions professionnelles sur le milieu et choses de la vie quotidienne. C’est cette matière qu’il a utilisée pour écrire de longs passages de son « Jean-Jacques Goldman confidentiel » paru le mois dernier. « Nous avons fait un vrai travail journalistique, avec longue interview, témoignages de proches et analyses des chansons. » Résultat Jean-Jacques Goldman apprécie et sera toujours fidèle à Fred Hidalgo et ses aventures de presse (création de Chorus après la fin de Paroles et Musiques). Au point qu’en 2005, lors d’une longue interview à Marseille, le chanteur qui n’est plus remonté sur scène depuis fin 2002 et n’a pas sorti de nouvel album glisse à Fred sa décision d’arrêter sa carrière. Définitivement. Un « J’arrête » qui a beaucoup fait parler à l’époque. ■ Cap vers Londres Seule concession, « JJG » continue les Enfoirés, donnant de son temps à l’organisation du spectacle au point que parfois il dort carrément dans la salle lors des répétitions. Mais même ça c’est trop. Touché par la polémique de l’an dernier sur la nouvelle chanson des Enfoirés (presse et réseaux sociaux l’accusent d’être réactionnaire), il abandonne l’œuvre chère à Coluche. Fred Hidalgo revient longuement sur cet épisode dans le livre. Par contre il n’y a pas la décision de Goldman de quitter Marseille pour aller habiter à Londres. Encore une fois le journaliste défend la star. Pas d’exil fiscal selon lui, c’est une idée ridicule, simplement « il veut que ses trois filles soient bilingues, il désire s’éloigner des Enfoirés en 2017 et surtout vivre dans un pays où il peut se balader en tout anonymat. » Continuer cette nouvelle vie qu’il s’est choisie en 2002, de père disponible et présent, d’époux attentionné. D’homme normal en résumé. Loin de la gloire et de la célébrité qu’il n’a jamais désirée. ➤ Fred Hidalgo a également publié « La mémoire qui chante », livre sur une cinquantaine de chanteurs francophones qui comptent (dont Cali ou Jordi Barre) en vente sur son site sicavouschante.over-blog.com
--------------- Une chanson par titre de chapitre
Le pavé de 560 pages de Fred Hidalgo sur Jean-Jacques Goldman est construit autour de chapitres qui ont tous pour titre le nom d’une chanson. Même le titre est inspiré d’une composition, « Confidentiel » dans l’album « Non homologué » paru en 1985. De « A nos actes manqués » à « Une autre histoire », ce sont les 30 années de relation professionnelle et d’amitié que l’ancien journaliste raconte. Toujours à la première personne, de façon très subjective. « Il faut que je m’implique, je suis incapable de faire autrement » explique Fred Hidalgo, sommité dans le monde de la chanson française. Ça tombe bien, Jean-Jacques Goldman, avare de confidences, n’a pas voulu collaborer directement à la rédaction du livre. Tout en faisant une entière confiance à l’auteur qui a puisé dans la longue et ininterrompue correspondance (sans oublier les interviews officielles) pour décrypter les grandes étapes de sa carrière. Notamment quand il annonce son intention de ne plus faire de scène. Ni de sortir d’album. De se donner une seconde chance d’élever les enfants de sa seconde épouse. Modeste et normal, telle est l’image de Jean-Jacques Goldman qui ressort de cette biographie lumineuse. ● Jean-Jacques Goldman confidentiel » de Fred Hidalgo, l’Archipel, 23 €
Nouvelle série pour Richard D. Nolane, le scénariste qui monte. Comme souvent, il mélange science-fiction et histoire, le tout sur fond guerre et d’action militaire. Quelques années avant le début de la première guerre mondiale, un astéroïde s’écrase en Sibérie. En réalité ce serait un vaisseau spatial venu de Mars selon le Professeur Challenger, le personnage principal du Monde perdu de H. G. Wells. Scepticisme des savants. En 1916, alors que le conflit s’enlise dans les tranchées de Verdun, une énorme déflagration anéantit le fort de Danrit. Une coup des Allemands ? Non, l’émergence d’un engin d’acier enfoui au plus profond de la terre. Il se positionne dans le no man’s land et reste intact malgré le pilonnage de l’artillerie des deux camps. Sur des dessins de Vladetic, Nolane vient d’imaginer l’entrée d’un troisième belligérant : les Martiens. Français et Allemands vont devoir s’allier pour tenter de survivre. Original et spectaculaire. ➤ « La grande guerre des mondes » (tome 1), Soleil, 14,50 €
Thomas Wolfe (à ne pas confondre avec Tom Wolfe) fait partie de la fameuse génération perdue des écrivains américains. Avec Scott Fitzgerald ou Ernest Hemingway, il a profondément marqué les lettres des USA malgré une carrière éclair. « Genius », film de Michael Grandage raconte son ascension, dans le giron des éditions Scribner et plus particulièrement de son éditeur Max Perkins. Wolfe (Jude Law) dépose le manuscrit de son roman sur le bureau de Perkins (Colin Firth), persuadé que ce dernier, comme tous ses confrères, refuseront de le publier. Mais Perkins devine derrière cette prose un style magnifique. Il suffit simplement de le simplifier, de l’élaguer un peu. Il propose à Wolfe de retravailler le texte en sa compagnie. L’écrivain, pourtant très imbu de sa personne, accepte et après des mois de travail intensif « L’ange exilé » est un immense succès. Le second roman, encore plus long dans sa version originale, bénéficie lui aussi des coupes suggérées par l’éditeur. Si le film semble un poil austère, il est surtout édifiant sur le travail de l’ombre des éditeurs. Perkins, passionné par son travail, va presque se transformer en père de substitution pour un Thomas Wolfe de plus en plus excentrique, comme sa relation tumultueuse avec Aline Bernstein (Nicole Kidman), sa maî-tresse. ➤ « Genius », Studiocanal, 19,99 €
Si Tintin avait eu un fils, ce serait Scott Leblanc. Le jeune journaliste français, bête comme ses pieds, devient le héros d’une série d’aventures aussi ridicules que rocambolesques. Ce reporter, spécialisé dans les ragots des célébrités et la vie des animaux, a déjà parcouru le monde dans les trois premiers albums écrits par Philippe Gelluck et dessinés par Devig. Après la Polynésie, les USA et l’Indochine, Scott se rend en Belgique pour interviewer le roi des Belges. L’action se déroulant dans les années 60 en pleine guerre froide, c’est le jeune Baudouin qui a les honneurs de la presse. Un roi convoité également par des comploteurs nazis. Ils l’enlèvent et le remplacent par un sosie pour permettre le retour au pouvoir de l’abominable Degrelle. Totalement farfelu, ce récit a pourtant un fond de réalisme. Mais le meilleur reste le total décalage entre l’importance de l’enjeu et la bêtise crasse du prétendu héros. Réjouissant. ➤ « Les aventures de Scott Leblanc » (tome 4), Casterman, 12 €
Souvenez-vous. Dehors la pluie menace. La télévision devient votre meilleure alliée. Sur le petit écran vous suivez les aventures de vaillants héros ou de personnages attachants. Et comme le marketing n’est pas une invention du XXIe siècle, pour Noël, vous réclamez des jouets qui vous permettront de recréer ces histoires passionnantes. Vous voilà Zorro, épée, cape, chapeau et masque noirs. Ou alors, dans les vignes, vous vous mettez en quête des cailloux avec lesquels, grâce à la fronde du beau Thierry, vous décanillerez quelques méchants branchages. La Ford Gran Torino de Starsky et Hutch est de loin la préférée de toutes vos petites voitures. Vous, les filles (celles du moins qui ne préfèrent pas les héros ci-dessus), assumez votre faible pour la peluche de Pollux ou de Belle, le chien des Pyrénées de Sébastien. Retrouvez tous ces héros devenus joujoux en vous plongeant dans le livre richement illustré de Christophe Mourthé. Il liste « Mes jouets de quand j’étais petit... », ceux des années 60 et 70. Une grosse bouffée de nostalgie pour tous ceux qui se rappellent les plus beaux jours de leur enfance. ➤ « Mes jouets de quand j’étais petit... », Hugo, 16,95 €
Joli conte que ce « Chasseur et la Reine des Glaces », film du réalisateur français Cedric NicolasTroyan avec en vedette Emily Blunt, Chris Hemsworth, Charlize Theron et Jessica Chastain. Sorte de prolongement de l’histoire de Blanche Neige, il met en vedette Freya, future Reine des Glaces et sœur de la redoutable Ravenna. Freya (Emily Blunt), contrairement à sa sœur, dure, méchante et impitoyable, s’adoucit quand elle tombe amoureuse d’un beau jeune homme. Elle a une petite fille, mais le père, tue le nourrisson. Freya découvre alors son pouvoir glacial, s’exile dans le Nord et forme des guerriers impitoyables.
Parmi eux, Eric, le Chasseur, et Sara, experte en maniement des arcs. Ils forment un couple de guerriers impitoyables. Ils s’épaulent dans les batailles et se découvrent une attirance mutuelle. Mais dans le royaume de Freya, l’amour est banni. Les tourtereaux tentent de s’échapper, la vengeance de la Reine sera implacable. Cependant, comme dans tout conte, l’histoire n’est pas terminée. Le Chasseur, quelques années plus tard est réquisitionné par Blanche Neige (devenue reine à la place de l’infâme Ravenna) pour retrouver le miroir magique. Il sera accompagné par deux nains interprétés par Rob Brydon et Nick Frost. Un duo de comiques transformant le film d’aventure en comédie totalement loufoque. Un excellent moment, pour petits et grands, avec effets spéciaux réussis. Le DVD et le blu-ray offrent en plus de la version cinéma, le montage long, quelques scènes coupées, un bêtisier réjouissant (Charlize Théron sait sourire, c’est rassurant) et un making of très complet. ➤ « Le Chasseur et la Reine des Neiges », Universal Vidéo, 17,05 € le DVD et 20,05 € le blu-ray
La politique du clic sur internet (en résumé, plus les gens cliquent sur un article, plus les revenus publicitaires augmentent) pousse certains médias, pourtant des plus respectables, à multiplier les titres racoleurs et infos improbables. Compilés au quotidien sur le site « Ajustetitre », ils sont désormais repris dans un petit livre, parfait reflet de notre étrange époque. On apprend ainsi sur le site d’un grand quotidien du Sud-Ouest (on ne le dénoncera pas ici) que « La Nasa lance un concours de caca dans l’espace ». Les références scatologiques ou sexuelles sont omniprésentes comme « Au Japon, en pleine opé- ration, le pet d’une patiente provoque un incendie » ou « Le visage couvert de caca, il tente de se mutiler avec un gobelet dans sa cellule ». Sans compter la ribambelle de « Ivre virgule », star des intitulés accrocheurs. Un dans le lot, « Ivre, il rampe dans le faux plafond et tombe dans les toilettes des filles ». Certaines manchettes de faits divers, allez savoir pourquoi, nous font plus sourire que d’autres. Dans le genre « Les maîtres-nageurs se blessent en tombant de leur chaise. » Reste enfin le poétique, tendance surréaliste : « Cette chèvre anxieuse ne se calme qu’avec son costume de poussin géant ». Gare cependant à la grippe aviaire doublée d’une tremblante du mouton. ➤ « Le tout va bien », Le Tripode, 8 €