lundi 10 octobre 2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Grignotez et payez-le

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Depuis la rentrée, mon épouse et moi, profitons des matins des week-ends pour rigoler. Le samedi, rires geeks avec « The Big Band Theory » sur NRJ 12 et le dimanche, rires en beauté avec « 2 Broke Girls » sur NT1. Deux chaînes de la TNT, en haute définition, qui en plus proposent ces séries en VO sous-titrée pour ceux qui le désirent. Seul inconvénient, la rafale d'épisodes (une bonne dizaine par matinée) est entrelardée de coupures publicitaires. Je remarque un spot vantant un produit qui contient de la mélatonine, la fameuse hormone miracle pour, en théorie, retrouver des cycles de sommeil réguliers.
Habitué aux sous-titres des séries, je lis inconsciemment le bandeau incrusté sous la pub. Surprise, il y est recommandé de varier son alimentation, de ne pas grignoter ni manger en dehors des repas... Une telle recommandation pour les bonbons ou les céréales du petit déjeuner, je comprends, mais de la mélatonine, des comprimés ? J'obtiens l'explication en fin de spot. Il y est précisé que le produit vanté est un complément alimentaire... Donc l'avertissement est obligatoire. Pas très nécessaire, mais obligatoire.
Pub suivante. On voit une petite fille avec son père regarder avec envie des viennoiseries. Elle parvient à convaincre le papa à entrer dans la boulangerie et il lui achète un gâteau bien gras et sucré. Tout ce qu'il ne faut pas faire pour ne pas grossir. Et cette fois pas de bandeau d'avertissement sur les nécessaires « 5 fruits et légumes par jour ». Normal, la publicité porte sur les avantages d'une... carte bancaire.

dimanche 9 octobre 2016

BD : Vie et mort d'Anna Politkovskaïa


Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa, journaliste dissidente russe, est abattue devant chez elle. Le jour même de l'anniversaire de Vladimir Poutine, son pire ennemi. La biographie dessinée de cette infatigable protectrice des Droits de l'Homme sort en France pour les dix ans de cette sinistre date. Écrit par Francesco Matteuzzi et dessiné par Elisabetta Benfatto, cet album en noir et blanc raconte les dernières années de la reporter, rendue célèbre après ses articles pour dénoncer les exactions de l'armée russe lors de la première guerre de Tchétchénie. Une femme pleine de doute, qui semblait savoir qu'un jour, elle rejoindrait ces témoins qui ont accepté de lui confier des informations. La BD est complétée par des témoignages et un entretien avec des journalistes italiens ayant connu personnellement Ana Politkovskaïa.
« Anna Politkovskaïa, journaliste dissidente », Steinkis, 16 €


samedi 8 octobre 2016

BD : Confidences d'une "Aspie"


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Ils sont des milliers a être autistes Asperger. Une forme légère de la maladie, souvent indétectable, notamment chez les femmes. Julie Dachez a longtemps vécu avec un mal-être permanent. La faute à ce syndrome Asperger qui la pousse à fuir la compagnie des gens, préférer les animaux et se passionner pour des sujets au point d'en oublier de manger. Quand elle découvre qu'elle est une "Aspie", sa vie change. Elle accepte son anormalité et décide de la faire reconnaître. La BD dessinée par Mademoiselle Caroline raconte cette prise de conscience et devrait permettre à certains Asperger de se reconnaître ou à leurs proches de modifier leur attitude.
"La différence invisible", Delcourt, 22,95 €

DE CHOSES ET D'AUTRES : La 2e fête du cinéma


fête de la vod,vodTout le monde veut avoir sa fête. Après la musique et le cinéma (sans oublier le livre, la première depuis des siècles avec la San Jordi), la vidéo à la demande (VOD) se lance dans le mouvement. Vingt ans plus tôt, on parlerait de fête des vidéo-clubs, mais numérisation oblige, ces derniers ont disparu corps et biens et les films arrivent chez vous directement grâce à votre connexion internet. La fête de la VOD consiste à bénéficier d'une promo sur tous les films jusqu'à dimanche (et depuis jeudi). Si d'ordinaire la location d'un titre récent coûte environ 4 euros, ce week-end, fête oblige, le prix est à n 50 %, soit 2 euros tout ronds.

Pratiquement toutes les plates-formes participent car l'initiative vient du syndicat professionnel de ces nouveaux acteurs de la distribution des œuvres cinématographiques. Si l'on compare les prix, on peut avec la même somme, voir un film au cinéma ou quatre, installé dans son canapé, clope au bec, verre de vin à la main et pieds sur la table basse. L'écran est forcément plus petit chez soi mais on dispose de la touche pause en plus.
Le gros avantage aussi de la VOD c'est la diversité. Là où le plus gros des multiplexes vous offre une vingtaine de salles, une plate-forme propose plusieurs milliers de titres à la location. Alors ce week-end, si vous avez la chance de pouvoir "cocooner", profitez-en pour regarder ces films délaissés lors de leur sortie en salle comme "Saint-Amour" (avec Poelvoorde et Depardieu), "Le goût des merveilles" (avec Virginie Efira) ou le délirant mais parfaitement incompris "Zoolander 2" avec Ben Stiller et Penelope Cruz. Bons films !

vendredi 7 octobre 2016

DVD : Mystification anti-capitaliste avec "Merci patron"

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François Ruffin a beaucoup de talent. D'acteur, de metteur en scène, de scénariste. Mais surtout de militant, pour un monde plus juste où travailler signifie encore quelque chose. Ce Picard, impliqué dans les luttes ouvrières depuis des décennies, a trouvé sa voie en lançant "Fakir", "Le journal fâché avec tout le monde. Ou presque". Un brûlot contre les dérives du capitalisme, les délocalisation, le chômage de masse, l'abrutissement des ouvriers.


Dans le cadre de ses activités de journaliste, il s'intéresse au cas Bernard Arnault, Pdg du groupe LVMH. Arrivé en sauveur de l'industrie textile, il a finalement tué toute production industrielle en France. Exemple à Poix-du-Nord où étaient fabriqués les costumes Kenzo. Après la délocalisation en Pologne, tout le monde est licencié. Serge et Jocelyne Klur sont dans la panade. Leur maison va bientôt être saisie. Quand François Ruffin les rencontre, il leur propose de devenir actionnaire de LVMH et de prendre la parole lors de l'assemblée générale. Mais rien ne se passe comme prévu. Les petits actionnaires sont cantonnés dans une salle, loin du grand manitou. Ce fiasco est raconté dans les 20 premières minutes du film, conçu comme un reportage. La suite est beaucoup plus originale. François Ruffin va profiter du cas particulier des Klur pour infiltrer le groupe LVMH.
Comme des espions
A base de caméras cachées, d'enregistrements téléphoniques et de rendez-vous avec la garde rapprochée de Bernard Arnault, Ruffin non seulement améliore la situation économique des Klur, leur trouve un emploi (exactement il pousse Carrefour, propriété de Bernard Arnault à embaucher, en CDD puis en CDI Serge pour calmer les "gens de Fakir"), mais surtout dévoile les pratiques peu orthodoxes du grand groupe capitaliste. La vedette du film, en dehors de Ruffin qui endosse le rôle de Jérémie, le fils des Klur, c'est Moutarde, pseudo d'un ancien commissaire, devenu responsable de la sécurité de LVMH. Une machination qui a une morale, étonnant dans notre monde de plus en plus inhumain. C'est aussi tout le charme de ce film improbable aux 500 000 entrées. Dans sa version DVD, produite par Fakir, les bonus sont généreux, comme Ruffin et sa bande. Quelques scènes coupées, un entretien avec le réalisateur qui revient longuement sur la genèse du projet et une réjouissante fin de repas, avec l'ensemble des protagonistes du film, où il raconte sa transformation en Jérémie, le faux fils Klur et ses rapports de plus en plus étroits avec Moutarde. Un film dans le film qui est également repris dans un livret compris dans le lot, sans oublier les deux affiches du film par les dessinateurs Soulcié et Lardon.
"Merci Patron", Fakir, 20 euros.

jeudi 6 octobre 2016

Cinéma : "Le ciel attendra", réquisitoire contre Daech, virus pour la jeunesse

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Marie-Castille Mention-Schaar, réalisatrice du film « Le ciel attendra », signe une œuvre essentielle pour comprendre comment les islamistes de Daech embrigadent les jeunes Françaises.

Itinéraires de jeunes filles influençables. Alors que la menace de Daech à l'intérieur de nos frontières est toujours aussi importante, "Le ciel attendra" est un film à montrer à tous les jeunes Français. Sans exception. Marie-Castille Mention-Schaar a monté ce film dans l'urgence. Car le mal est profond dans notre société. Aidée d'Emilie Frèche au scénario, elle a imaginé le parcours de deux jeunes filles, embrigadées dans les rangs de Daech. Une œuvre de fiction entièrement inspirée de parcours réels. Sonia (Noémie Merlant) et Mélanie (Naomi Amarger) n'ont absolument rien en commun. La première a un père d'origine maghrébine. L'islam elle en a beaucoup parlé avec son grand-père quand elle était enfant. La seconde est élève en seconde S, brillante, investie dans une association humanitaire, musicienne dans l'âme (le violoncelle). Le film raconte leur quotidien. La première, on le devine, est déjà complètement radicalisée. Dans cette famille mixte et ouverte, elle refuse en bloc ce mode de vie occidental. Elle prie dans les toilettes, refuse de sortir si elle n'est pas couverte de la tête aux pieds.
  • Prince pas charmant
Surtout elle a communiqué par internet et messagerie avec des activistes qui voulaient l'utiliser pour faire un attentat en France. Mineure, elle échappe à la prison, placée sous la surveillance stricte de ses parents (Sandrine Bonnaire et Zinedine Soualem). La première héroïne illustre la phase de déradicalisation. La seconde incarne celle de la victime tombant dans les griffes des islamistes. Pourtant rien ne la prédispose, à part une adolescence compliquée entre deux parents séparés dont une mère (Clotilde Courau), simple coiffeuse pas armée intellectuellement pour comprendre les interrogations de sa fille un peu trop idéaliste. Tout se passe par internet au début. Sur son profil Facebook elle devient amie avec un "prince", qui sous couvert de vouloir le bien de l'Humanité, dénonce les Grands de ce monde. Puis la persuade de véracité de la théorie du complot. Une fois sensibilisée à ces problématiques, il joue de son charme. Elle tombe amoureuse et perd toute raison. En secret, elle va se convertir et croire au paradis promis par son prince. Pour cela elle devra le rejoindre, là-bas, en Syrie. La construction du film est implacable. Avec ces deux cas particuliers, la réalisatrice balaie tout le prisme du problème. Avec Mélanie elle raconte comment une jeune fille trop influençable peut se métamorphoser, souvent sans signe apparent. De l'autre côté, on voit le long travail de déradicalisation de Sonia. Elle a failli commettre l'irréparable et n'a pas encore coupé toutes les entraves dans son esprit, mais l'espoir est là. Une famille à l'écoute, l'aide de spécialiste comme Dounia Bouzar (lire ci-dessous) et finalement la sortie du tunnel est possible. C'est ce message optimiste qui fait aussi que ce film est essentiel en cette époque très trouble.

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 Une dose de réalité
Film de fiction, « Le ciel attendra » ressemble parfois à un documentaire. Marie-Castille Mention-Schaar est une réalisatrice du réel. Déjà dans « Les héritiers », elle faisait intervenir un véritable rescapé des camps de la mort. Cette fois c'est Dounia Bouzar qui apporte une dose de réalité. Cette anthropologue de formation, femme de terrain engagée contre le radicalisme islamiste a publié plusieurs livres sur le sujet. Elle a fondé le Centre de prévention, de déradicalisation et de suivi individuel avec lequel elle accompagne des familles de jeunes tombés sous l'emprise djihadiste. Sa parole apaisée, compréhensive, pleine d'empathie tant pour les jeunes radicalisés que les parents déboussolés prouve qu'il existe une solution. Elle donne surtout une autre image de l'islam, beaucoup plus tolérant et attaché à la liberté individuelle. Avant d'écrire le scénario, la réalisatrice a suivi Dounia Bouzar dans plusieurs de ces rencontres avec des familles. Elles ont servi de base pour de nombreux dialogues. Et quand le moment est arrivé de tourner ces scènes, la présence de la véritable Dounia s'est imposée. Elle est une lumière rassurante dans ce film sombre sur les dérives de l'adolescence aux prises avec des « recruteurs » capables de tout pour endoctriner, brimer et rendre dociles des jeunes filles livrées comme de la chair fraîche aux « combattants » de l'État islamique. Des pratiques racontées dans plusieurs livres par Dounia Bouzar dont le dernier, « La vie après Daech », paru l'an dernier aux éditions de l'Atelier.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Vade retro satanas !

épilepsie, surnaturel, religion, croyancePetit rappel pour les lecteurs qui ne suivent pas : nous sommes le jeudi 6 octobre 2016. Pas 1016 mais bien 2016. Au XXIe siècle. Ce préambule car un sondage réalisé pour la Fondation française pour la recherche sur l'épilepsie (FFRE) et rendu public en début de semaine révèle que 9 % des Français sont persuadés que l'épilepsie est d'origine… surnaturelle. Sachant que nous sommes 66 millions d'habitants, cela fait quand même près de 6 millions de mes compatriotes qui pensent que les 600 000 épileptiques que compte le pays sont possédés par le démon. 6 millions de personnes en retard d'un millénaire. Par chance, ils ne sont pas à la tête du clergé puisque cela se transformerait en bûchers, seule solution trouvée à l'époque pour "soulager" les prétendus possédés.
En pleine semaine des prix Nobel, ce sondage nous apprend que certaines croyances sont encore fortement ancrées dans l'imaginaire collectif. Je crains qu'il n'y ait pas que l'épilepsie comme maladie mal connue. Le sida, virus longtemps énigmatique, a été présenté, alternativement, comme créé par Dieu pour éliminer les déviants (la communauté homosexuelle) ou le Diable (pressé de retrouver ses disciples). À moins que cela ne soit la CIA, le KGB ou le Mossad. Quand on ne comprend pas, toutes les inventions même les plus délirantes sont bonnes à prendre.
À toutes fins utiles, précisons que les "bipolaires" ne sont pas des aimants humains alternant positif et négatif et qu'un "dépressif" n'est pas tributaire de la météo, des dépressions et autres anticyclones.

mercredi 5 octobre 2016

BD : Le fabuleux roman de Joséphine Baker

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Elle avait deux amours, son pays et Paris. Cette chanson a mondialement fait connaître Josephine Baker. La petite noire américaine, après des débuts difficiles dans le Sud des États-Unis, débarque en France en 1925. Danseuse de moins de 20 ans, elle fait sensation en apparaissant à moitié nue dans la Revue nègre. Le public parisien tombe amoureux de cette espiègle Vénus noire, cette dernière adopte ce pays où elle devient une reine de la nuit. José-Louis Bocquet et Catel racontent sur plus de 500 pages cette vie extraordinaire. Des brimades de sa jeunesse aux combats des dernières années, Josephine Baker semble avoir eu mille vies. Des hauts, des bas, des passions et des folies. Elle a connu les plus grands, inspirés les meilleurs et aimé sans limite. Reste trois films, des disques mais surtout une tribu, les 12 enfants qu'elle adopté et qui portent encore sa mémoire à travers le monde.
"Joséphine Baker", Casterman, 26,95 €

DE CHOSES ET D'AUTRES : La course des courses

courses,caisses,supermarchésLe journal "Aujourd'hui en France" consacre un grand article sur le test grandeur nature que réalise Carrefour dans un de ses magasins du Val-de-Marne. Les clients volontaires peuvent télécharger une application sur leur smartphone permettant de ne plus faire la queue aux caisses. La belle invention que voilà. Car parmi les désagréments de la vie quotidienne, attendre trop longtemps à une caisse de supermarché fait certainement partie du Top 3. Tout le monde a déjà vécu la scène. On scrute les longueurs de file, on hésite un peu avant de se décider pour une caisse, sans aucune certitude. Et dès que quelqu'un d'autre s'est mis derrière vous, empêchant toute modification du choix, le client devant a un problème. Code barre inconnu, flacon qui fuit et qu'il faut aller remplacer ou paiement avec une multitude de bons cadeaux dont il faut signer tous les exemplaires. Sans oublier la demande de facture... Le journal, pour illustrer l'article, propose une infographie présentant "Quelques astuces pour choisir la bonne caisse".
J'ai un peu tiqué sur "Repérez une caissière qui paraît expérimentée et qui parle peu... » Par expérience, je sais que l'un est souvent incompatible avec l'autre. Certaines caissières qui ont quelques années de boîte derrière elles sont effectivement très efficaces. Mais comme elles connaissent la majorité des clients, elles sont régulièrement sollicitées pour un brin de conversation. Mais faut-il s'en plaindre ? Que représentent dix minutes de perdues face à un peu d'humanité dans notre monde automatisé et aseptisé ?

mardi 4 octobre 2016

Rentrée littéraire : Envoûtante histoire d'amour sous la plume de Serge Joncour

À Paris, l'amour peut frapper partout, à tout moment. Dans 'Repose-toi sur moi' Serge Joncour raconte l'histoire de Ludovic et Aurore.

Provincial, ancien joueur de rugby, Ludovic en impose. Racée et raffinée, Aurore est une créatrice qui a réussi. Ils vivent à Paris. A la même adresse. Un immeuble symbole de cette différence de milieu qui normalement devrait inexorablement les éloigner l'un de l'autre. Aurore, mariée, mère de deux adorables enfants, a emménagé dans un immense appartement rénové avec vue sur la cour arborée. Un luxe dans la capitale. Ludovic occupe un studio dans le bâtiment du fond, vétuste, mal isolé. Lui aussi a vue sur la cour, les arbres et l'appartement d'Aurore. Serge Joncour, avec une patience infinie, plante le décor et modèle le caractère de ses deux personnages principaux. Il y en a pour tous les goûts. Aurore, créatrice d'une ligne de vêtements, est une de ces executive woman symbole de la réussite de la France. Mariée à un Américain gravitant dans la finance, elle devrait être pleinement épanouie. Mais sa société, après de belles années prospères, rencontre quelques difficultés. Son associé et ami semble jouer un double jeu. Cela la tracasse au plus haut point. Et surtout, le soir, quand elle rentre chez elle, deux corbeaux la narguent. Ils ont pris possession de la cour et des arbres, chassant les gentilles tourterelles. Ludovic la voit paniquer dans le noir.
Aide mutuelle
La peur, Ludovic connaît. Ce trentenaire, originaire des Pyrénées, a laissé la ferme de ses parents à sa jeune sœur pour tenter sa chance à Paris. Pas par ambition. Juste pour oublier sa femme, son seul amour, emportée par un cancer. Sa carrure, sa sérénité et son calme lui permettent de faire un métier difficile. Il est chargé d'aller réclamer une ultime fois, avant poursuites judiciaires, des dettes auprès de débiteurs indélicats. Entre compassion et intimidation, il utilise toute son énergie. Le soir, il tente de tout oublier dans ce studio impersonnel. Et remarque Aurore. Pour elle, pour cette femme qu'il voit vivre dans son grand appartement, il va tuer les deux corbeaux. Et lui offrir une plume des victimes. Choc de culture, de civilisations, de sensibilités dans cette histoire d'amour peu banale. Un romancier quelconque aurait transformé cette idylle en un roman sirupeux, profitant des passages au "pays" pour décrire cette campagne si belle et des scènes susceptibles d'être racontées avec luxe de détails comme la beauté des tissus chamarrés.... Mais Serge Joncour aime le réalisme. L'exploitation agricole est en pleine mutation, les pesticides tuent toute vie. L'entreprise d'Aurore est un nid de crabes, la patronne doit sans cesse se battre contre ses fournisseurs, français et asiatiques. En les faisant s'aimer, l'auteur transpose un peu de leur monde dans celui de l'autre. Ils peuvent ainsi s'aider et dire à tour de rôle cette phrase qui résume le roman et toute vie à deux épanouie : "Repose-toi sur moi".
"Repose-toi sur moi" de Serge Joncour, Flammarion, 21 €