jeudi 8 janvier 2015

Cinéma - L'amour sous les drapeaux avec "Queen and country" de John Boorman

John Boorman poursuit son autobiographie dans « Queen and country », film où il raconte sa période « soldat, appelé sous les drapeaux », amoureux transi d'une belle inconnue.


Malgré ses 80 ans, John Boorman a encore le regard pétillant du gamin curieux de tout. Après « Hope and Glory », tourné en 1987, film dans lequel il retraçait son enfance anglaise sous les bombardements nazis en pleine seconde guerre mondiale, il a reconstitué son appel sous les drapeaux. Bill Rohan (Callum Turner) a 18 ans et une soif de vivre incommensurable. Mais en 1952, l'Angleterre n'en a pas terminé avec le service militaire. Il est appelé pour deux ans, avec la crainte d'être envoyé en Corée participer à cette guerre, dommage collatéral de l'affrontement indirect entre Chine et Etats-Unis. A la caserne, il rencontre Percy (Caleb Landry), aussi extravagant et provocateur que Bill est calme et réservé. Ce duo va en baver lors des classes, l'occasion pour le réalisateur pour dénoncer la bêtise de l'esprit militaire. Bill et Percy, au lieu de partir pour l'extrême-orient, vont être affectés à la formation des jeunes recrues. Vu leurs aptitudes guerrières, ils sont affectés à des cours de... dactylographie.


Lors de rares sorties, ils tentent de séduire de belles inconnues. Pour une fois que leur uniforme leur est véritable utile. Bill pourrait tomber amoureux de l'espiègle Sophie (Aimee-Ffion Edwards) élève infirmière aux petits seins si charmants. Mais son tempérament romantique le pousse à suivre une distinguée inconnue, Ophelia (Tamsin Egerton) au regard plein de mystères.

Militaires ridicules
Si le film de John Boorman raconte cet amour impossible, il vaut surtout par la description de la vie à la caserne. Les militaires en prennent pour leur grade. Un supérieur psycho rigide complique la vie des deux jeunes hommes, suspectés même d'être des agents infiltrés des « rouges ». Percy accumule les bravades et devient un parfait tire-au-flanc en prenant des cours auprès du meilleur d'entre eux, le soldat Digby (Brian F. O'Byrne). Il s'est inventé une hernie très pratique : obligé de la maintenir en permanence avec sa main droite, il est dispensé de salut. De plus, il ne peut ni porter de poids, ni s'accroupir. Une vie de rêve. Entre comique et nostalgie, « Queen ans Country » dresse le portrait d'une jeunesse insouciante, où le sexe n'est pas encore omniprésent, qui se morfond en caserne mais ne manque pas de projet. Pour Bill, ce sera le cinéma. John Boorman boucle la boucle en se filmant en train de réaliser ses premiers petits films, dans le jardin familial. La suite, c'est une carrière immense, jalonnée de quelques chef-d'oeuvres (voir ci-contre).

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John Boorman, 50 ans de carrière

« Delivrance », « Excalibur », « Hope ans Glory »... John Boorman n'a pas énormémént tourné durant sa longue carrière, mais il a privilégié la qualité. Alternant les styles, il s'est imposé tant dans le thriller que la grade fresque historique ou la romance nostalgique.
« Queen and Country » est la suite directe de « Hope and Glory ». Bill, encore gamin, vivaitt sous les bombes en pleine guerre mondiale. Il était témoin de l'aventure de sa mère, du coup de foudre de sa sœur pour un soldat canadien. Dans le nouveau film, la sœur est de retour d'Amérique, célibataire mais maman. La mère de Bill, une fois son mari de retour au foyer la guerre terminée, a repris sa vie comme si de rien n'était. Mais tous les matins elle continue à saluer cet homme qui passe devant chez elle et qu'elle a follement aimé durant quelques mois.
Rien à voir avec les scènes hallucinantes de « Delivrance ». Choc au moment de sa sortie, la descente aux enfers de ces quatre américains pris en chasse par des fous furieux a provoqué nombre de cauchemars et certainement provoqué la désertion de certaines vallées reculées de France et de Navarre.
Encore plus majestueux, « Excalibur » mélange histoire et fantastique. L'épopée du roi Arthur et de son épée magique permet au réalisateur de grandioses scènes, renforcées par une musique tonitruante. Plus que du grand spectacle, une expérience mystique qui ouvre bien des portes à une nouvelle perception.
Par contre, « Zardoz », avec Sean Connery, ne restera pas dans les annales de la science-fiction. Mais un seul faux-pas en 50 ans, c'est un beau bilan.



mercredi 7 janvier 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Passage en sixième

Saperlipopette, ces f... d'angliches viennent de nous dépasser ! Toujours aussi déloyaux (les amateurs de rugby comprendront), ils ont fait appel aux trafiquants de drogue et aux prostituées pour devenir la 5e puissance économique mondiale, rang que la France occupait jusqu'alors. Selon les chiffres de la commission européenne, le produit intérieur brut britannique pour l'année 2014 sera supérieur de plus de 4 % à celui de la France. Les « rosbifs » devant les « froggies » ce n'était pas arrivé depuis le début des années 1970. Les économistes sérieux justifient cette reprise anglaise par la croissance, l'inflation et le taux de change de la livre sterling face à l'euro. 
Les pinailleurs de mon genre relèvent surtout que la Grande-Bretagne a intégré dans ses calculs les revenus supposés du trafic de drogue et de la prostitution. Un tabou que la France n'a pas (encore ?) voulu franchir. Loin d'être anecdotique, cela représente près de 8,5 milliards de livres, soit 0,5 % du total. On attend une réaction indignée la FNDH (Fédération nationale des dealers de hall) regrettant que la France, dans sa grande diversité, « ne prenne pas en compte l'importante contribution de ses membres à l'enrichissement du pays ». 
L'année prochaine, pour rabattre le caquet à la « perfide Albion », la France devrait non seulement intégrer drogue et prostitution, mais également tous les comptes bancaires cachés en Suisse, le travail au noir et les reventes d'objets « tombés du camion ». Même en minimisant le tout, on reprend la cinquième place aux Anglais, voire la 4e aux Japonais.    

Livre - Héros de BD en chair et en os

De qui Hergé s'est-il inspiré pour imaginer le professeur Tournesol ? les Dalton ont-ils existé ? Jugurtha a-t-il survécu aux prisons romaines ? Toutes les réponses dans ce livre érudit de Philippe Mouret.

La bande dessinée puise dans l'Histoire pour enrichir les trames de ses récits. Nombre d'auteurs ont totalement réinventé la vie de célébrités. F'Murrr a dressé le portrait d'une Jeanne d'Arc à mille lieues de la fameuse pucelle. Ou du moins de l'Histoire officielle. On croise Jules César dans les séries à succès que sont Astérix ou Alix. Une même base historique, deux personnages assez différents. 
A côté de ces exemples, il existe une foule de héros de BD qui sont directement inspirés de personnages moins connus du grand public. Philippe Mouret dans ce livre qui se lit comme une encyclopédie a tenté de démystifier certaines figures moins célèbres. L'auteur, journaliste à Midi Libre, amoureux de Sète, lui-même scénariste à ses heures, assure depuis quelques années la rubrique BD dans le quotidien de Montpellier. Sa connaissance exhaustive du 9e art associée à une curiosité insatiable lui permet de nous apprendre quantité d'anecdotes. Sur les héros de BD, mais également sur les hommes et femmes qui ont servi d'exemple.
Le professeur Tournesol, personnage de l'univers de Tintin, est l'exemple parfait. Il apparaît dans « Le Trésor de Rackham le rouge » en 1944. Un inventeur farfelu qui propose à Tintin de tester son bathyscaphe révolutionnaire en forme de requin. Loin d'être une pure invention, Tournesol est directement inspiré d'Auguste Piccard, un Suisse, concepteur d'un sous-marin révolutionnaire et passionné par l'aviation. Après avoir tutoyé les sommets (16201 mètres accroché à un ballon), il bat de nouveaux records, de profondeur cette fois. Son petit-fils, Bertrand, assure la relève : il a parcouru 6000 kilomètres d'une traite aux commandes de Solar Impulse, un avion solaire.

Des Dalton... à Dominique de Villepin
Philippe Mouret s'intéresse aussi à des héros parfois tombés dans l'oubli. Jugurtha, sous le pinceau de Hermann puis de Franz, a longtemps été un des personnages principaux du journal de Tintin. Les scénarios de Jean-Luc Vernal l'ont envoyé aux quatre coins de la planète, de l'Asie à l'Afrique en passant par les îles britanniques. En réalité, Jugurtha, roi de Numidie, a tenté de défier Rome. En vain. Capturé, humilié, il est jeté en prison et y meurt, six jours plus tard, étranglé. Si les deux premiers albums racontent la véritable histoire, la suite (à partir de « La nuit des scorpions ») est comme une revanche imaginée par le scénariste. Jugurtha s'évade juste avant son exécution, fuit Rome et tente de se faire oublier loin, très loin de l'empire. Cela a donné une superbe série, entre aventure et philosophie, avec parfois des soupçons de fantastique. En la comparant à Thorgal, Philippe Mouret permet aussi de remettre à sa juste place des histoires de qualité mais passées de mode.
Parmi les autres exemples du bouquin, un gros volet sur Lucky Luke. Si le cowboy qui tire plus vite que son ombre est totalement inventé, il n'en est pas de même pour les Dalton, Calamity Jane ou Billy the Kid. Leurs véritables vies sont retracées, sans fard, par le journaliste de Midi Libre.
Enfin ne manquez pas le chapitre sur Dominique de Villepin. Car oui, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac a lui aussi servi d'inspiration à des auteurs de BD... Comme le fait remarquer Philippe Mouret dans la courte présentation de l'ouvrage : « Aujourd'hui plus que jamais, le réel enrichit et nourrit l'imaginaire. »

« La véritable histoire des héros de BD », Philippe Mouret, Le Papillon Rouge éditeur, 20,50 euros


mardi 6 janvier 2015

BD - Glissements d'univers dans RASL de Jeff Smith

Après des années et des années à dessiner les aventures de Bone (succès planétaire oblige), Jeff Smith a osé changer radicalement de style et d'univers. Dans RASL, il adopte un dessin beaucoup plus réaliste, moins rond et gentil. Et surtout il entre de plain-pied dans la science-fiction en développant son récit autour de la découverte d'une machine permettant de surfer sur les univers parallèles. 
RASL, le héros, voleur d'œuvres d'art, passe d'un monde à un autre. Il peut ainsi multiplier les toiles de grands maîtres sans être suspecté d'être un faussaire. Surtout, il a récupéré les carnets secrets de Tesla, l'inventeur de la combinaison permettant de glisser d'un monde à un autre. Des carnets convoités par une agence gouvernementale lancée à sa poursuite. Sur 200 pages, soit 7 chapitres de la trilogie complète, on en apprend un peu plus sur la gloire puis la fin misérable de Tesla, sur les relations entre RASL et son meilleur ami, chercheur lui aussi. Comment il a séduit sa femme et tenté d'empêcher une catastrophe mondiale. C'est dense, intelligent, avec de véritables morceaux de fantastique et un suspense en permanence relancé. A ne pas manquer.

« RASL » (tome 2), Delcourt, 17,95 €


BD - La vraie vie d'Agatha Christie

Romancière la plus lue au monde, Agatha Christie s'est lancée dans l'écriture à la suite d'un pari avec sa sœur. La jeune Anglaise ne rencontre pas immédiatement le succès. Au contraire, elle mettra des années avant de terminer ce premier roman et oser s'attaquer au suivant. Une longue maturation qui lui permet de sortir en 1920 « La mystérieuse affaire de Styles », première apparition d'Hercule Poirot, le détective belge qui aime faire travailler ses petites cellules grises. Le succès est phénoménal, sa vie change. Dans cette biographie de 130 pages, les auteurs s'intéressent essentiellement à la femme, délaissant un peu la romancière. 
Anne Martinetti et Guillaume Lebeau, les scénaristes, racontent son amour pour son père, ses premiers voyages avec sa mère, ses envies d'émancipation et son coup de foudre pour un beau pilote de l'armée anglaise. Une histoire d'amour qui finira mal. Trompée, elle disparaît durant 11 jours en 1926. Elle revient, divorce et poursuit sa création littéraire, multipliant les chef-d'œuvre comme « Dix petits nègres » ou « Le crime de l'Orient-Express ». Alexandre Franc, le dessinateur, propose une version très ligne claire de la vie d'Agatha, avec un Hercule Poirot très stylisé, compagnon de solitude de la grande romancière.

« Agatha », Marabout, 17,90 €


DE CHOSES ET D'AUTRES - Cherchez le message caché

Image d'Épinal, image subliminale : on ne voit pas forcément tout ce que les illustrateurs mettent dans leurs créations. Des passionnés se sont par exemple amusés à décortiquer tous les dessins animés de Disney. Et nombre de bonus cachés ont été révélés par les meilleurs observateurs.

Régulièrement, d'autres personnages font des apparitions fugitives. Qui a remarqué la présence de Dumbo (sous la forme d'une peluche) dans le film "Lilo et Stitch" ou que Nemo le petit poisson, nage au milieu des saumons dans "Frères des ours". Autre spécialité des animateurs Disney, placer la tête de Mickey un peu partout. Simplifiée au maximum, elle n'est plus qu'un gros cercle surmonté de deux plus petits pour les oreilles. Mickey prend donc l'apparence de bulles de savon dans Blanche-Neige ou de melons sur l'étal d'un primeur dans Lilo et Stitch.
Loin d'être nouvelle, cette pratique d'insérer un symbole caché dans une illustration plus grande est très ancienne, on en a retrouvé dans les vitraux de certaines abbayes. Une constante à travers les âges et les civilisations.
Comme si l'esprit humain était incapable de se contenter de choses simples. La porte ouverte à tous les amateurs de complot dotés d'un peu d'imagination. À l'instar des billets de 1 dollar US, illustrés par la prétendue pyramide des illuminatis.
Quant à cette chronique, n'étant pas illustrée, si elle cache quelque chose, c'est un mot particulier ou une suite de mots (en rouge sur le blog). Un jeu de piste, une contrainte, qui débute aujourd'hui et se prolongera demain avec un nouveau mot. Ainsi, au fil des parutions, les lecteurs attentifs et fidèles pourront lire une chronique cachée dans les chroniques...

DVD - "Mister Babadook", peurs australiennes


Les films d'horreur les plus efficaces ne sont pas ceux qui proposent quantité d'effets spéciaux. La peur, avant d'être montrée, doit être ressentie. Jennifer Kent, la réalisatrice de « Mister Babadook » a parfaitement intégré cette donnée pour son premier film. 
Des décors minimalistes (une vieille maison) et deux acteurs impliquées (la mère Essie Davis et son fils Noah Wiseman) suffisent pour vous filer une frousse mémorable. Depuis la mort de son mari dans un accident de la route, Amelia élève seule son fils Samuel. Ce dernier, comme beaucoup de petits garçons de 7 ans, est persuadé que des monstres colonisent ses placards et vivent sous son lit. Elle doit développer des trésors d'ingéniosité pour le rassurer. Jusqu'à ce qu'elle lise l'histoire de Mister Babadook, un monstre qui vient frapper à la porte de la maison la nuit venue. Réel ou imaginaire ? Le cauchemar peut commencer.
Une variation brillante et virtuose sur les névroses, la folie et l'imaginaire. Récompensé à juste titre en 2014 au festival du film fantastique de Gérardmer.

« Mister Babadook », Wild Side Vidéo, 19,99 euros DVD, 24,99 euros blu-ray 


DE CHOSES ET D'AUTRES - Vrais et faux défauts

Séduire une femme (ou un homme, tout dépend du sexe et de l'orientation sexuelle), est certainement le plus grand défi que l'on puisse se lancer. Grâce à internet, les agences matrimoniales se sont dématérialisées pour se transformer en sites de rencontres. Terminée la cour galante, place au rentre-dedans.

Et surtout vive les arrangements avec la vérité. Tout est une question de plus ou de moins. Plus grand, moins vieux, plus riche, moins gros... Quelques ajustements sur les curseurs et on passe d'insignifiant à intéressant. Problème, l'étape de la rencontre en tête-à-tête ruine tous ces beaux mensonges. Les petits malins de « Settle for love » ont eu l'idée de créer un site de rencontres où les membres ne sont pas obligés de tricher pour se présenter.
Votre profil se compose de deux colonnes : vos qualités et vos défauts. Souvent, cette seconde catégorie constitue la dominante de votre personnalité. Quelques exemples. Il s'affirme très patient, mais n'aime pas les chiens. Il adore les ours, mais passe son temps à jouer aux jeux vidéo. Les créateurs du site affirment que certaines personnes verront dans ces inconvénients de réelles qualités. Le fameux « qui se ressemble s'assemble ».
Attention cependant, certains défauts sont réellement rédhibitoires. « Je pue des pieds » reste un répulsif total et définitif dans toute relation amoureuse normale. A l'opposé, mesdames, vous n'obtiendrez aucune réponse à votre annonce si vous avouez « ne pas supporter les hommes qui laissent systématiquement les lunettes des WC relevées. » Arrêtez de vous bercer d'illusion, cet oiseau rare n'existe pas...

dimanche 4 janvier 2015

Cinéma - La triste élite britannique du "Riot Club"

Ils sont riches et intelligents. Ils sont surtout prétentieux et odieux... La jeunesse britannique est passée à la moulinette dans « The Riot Club », film de la Danoise Lone Scherfig.


Oxford. La prestigieuse université anglaise est le passage obligé pour l'élite britannique. Depuis des siècles, les meilleurs y bénéficient d'un enseignement de qualité pour les préparer à occuper les plus grandes responsabilités. Une culture de l'excellence qui a cependant ses inconvénients, ses dérives. « The Riot Club », film de la Danoise Lone Scherfig inspiré d'une pièce à succès de l'Anglaise Laura Wade qui en assure l'adaptation, décrit le fonctionnement d'un Club étudiant très extrême. Le Riot Club n'a rien à voir avec l'émeute, traduction littérale du mot. C'est en fait un club libertin en l'honneur de Lord Riot, un noble aux idées très larges en matière de sexe, étudiant à Oxford et trucidé par un mari cocufié. A chaque rentrée de premières années, le club doit recruter de nouveaux membres. Mais il ne doit jamais en compter plus de dix. Des hommes, bien évidemment.


Les premières images du film (après la courte scène de la mort de Lord Riot), présente les arrivées de Miles (Sam Claflin) et Allistair (Max Irons). Ce dernier va être choisi par les autres membres. Même s'il n'a pas tout à fait le profil type. Côté richesse et intelligence pas de problème, mais c'est surtout au niveau de l'humanité que le bât blesse. Il en a trop. Beaucoup trop. Allistair tombe même amoureux d'une autre étudiante. Il accepte cependant de passer les épreuves. Une sorte de bizutage extrême.

Repas de tous les excès
Déjà à ce niveau, les membres du Riot Club sont très antipathiques. D'une prétention absolue, ils se moquent des conventions, estiment que tout leur est du, qu'un chèque permet de tout obtenir. Mais c'est peu de choses à côté du repas officiel au cours duquel les membres du club vont désigner le président.
Pour plus de discrétion, ils choisissent une auberge du Pays de Galles, chez les bouseux... Ils louent une grande salle et débutent leur orgie de plaisirs. Des tonnes de nourriture, pour manger à s'en faire éclater la panse (on n'est pas loin de la Grande Bouffe), des litres d'alcool pour faire descendre le tout, une prostituée pour satisfaire les besoins des uns et des autres et surtout la volonté d'humilier le personnel et de saccager le mobilier.
Dans ce lieu clos, comme à l'abri de toute raison, ils se déchaînent. Miles est le plus violent, le plus jusqu'au boutiste. Allistair, lui, craque, préfère quitter le navire avant qu'il ne soit trop tard. Mais il est toujours trop tard quand on est membre du Riot club...

Ce n'est pas un hasard si le scénario et la mise en scène sont l'œuvre de deux femmes. Il fallait un regard féminin pour montrer toute l'horreur de la situation de mâles arrogants. Ils sont jeunes, beaux, riches et intelligents. Mais ils se ressemblent : tous pourris. Quand l'élite se délite, un pays court à sa perte. Enfin, c'est ce que l'on pourrait croire. En réalité, la fin est encore plus noire que le repas. Miles ne sera finalement pas inquiété. Au contraire, ses frasques lui ouvrent des portes car comme lui fait remarquer un ancien du club, occupant un poste prestigieux : « Les gens comme nous ne font pas d'erreur »...

samedi 3 janvier 2015

BD - Autobio inversée de Maliki à Souillon


Maliki est une héroïne de bande dessinée qui a débuté sur internet. Des strips, puis des histoires courtes. De plus en plus de vues et finalement la reprise en albums chez Ankama. Maliki, mignonne, espiègle, les cheveux roses, les oreilles pointues, est mangaka. Elle dessine ses propres histoires. Sauf que rapidement on a découvert que ce n'était qu'une couverture pour un certain Souillon, homme et français. Pour la première fois le jeune auteur signe un album sous son véritable nom. 
Ce n'est pas un hasard s'il décide de raconter sa période étudiant en arts plastiques. Mais encore une fois, il inverse cette autobiographie en donnant son rôle à Mali, une Maliki beaucoup plus trash que l'originale. En permanence avec de gros écouteurs sur la tête, elle ne supporte plus les cours théoriques. Alors elle boit (beaucoup), se fait draguer (toujours) et finit ses nuits seule dans de terribles angoisses, terrées au fond de son petit appartement. Elle a deux amis, un garçon qui est amoureux d'elle et une fille, qui elle aussi est amoureuse d'elle... Finalement, elle préfère coucher avec son prof de « Photocopie », adepte de champignons hallucinogènes. Une BD étonnante, entre introspection, satire sociale et critique sociétale.

« Hello Fucktopia », Ankama, 14,90 €