dimanche 9 juin 2013

BD - Epuration expéditive dans les mystères de la IVe République


Trois séries distinctes, un seul scénariste et un thème : les mystères de la république. Philippe Richelle (Les coulisses du Pouvoir, Secrets bancaires...) se lance dans ce projet sous-titré « Liberté, impunité, criminalité ». IIIe, IVe et Ve république passent au scanner du scénariste spécialiste en affaires troubles. Des ligues d'extrême-droite aux événements d'Algérie en passant par l'épuration d'après-guerre, il lève le voile sur des pratiques cachées d'un Etat trop souvent au-dessus de ses propres lois. 
Dans « Les résistants de septembre », dessiné par Buscaglia, le commissaire Coste, à Marseille, enquête sur la découverte d'un charnier dans une petite commune rurale du Lubéron. Plusieurs corps, appartenant à des résistants ou des collaborateurs, mélangés dans la mort. Coste, malgré les pressions de ses supérieurs, va tenter de comprendre comment des hommes et des femmes ont pu être massacrés, et par qui. Passionnant, très bien documenté et rapide, les seconds tomes des trois séries paraîtront en septembre.

« Les mystères de la République », Glénat, 13,90 €

samedi 8 juin 2013

BD - "Cutting Edge", l'avant-garde


Les meilleurs. Une compagnie financière aux moyens illimités décide de recruter les meilleurs éléments de différents spécialités pour leur confier des missions à haut risque.
Le premier tome de cette série écrite par Francesco Dimitri et dessinée par Mario Alberti débute par la présentation des membres du Cutting Edge. Il y a un mathématicien japonais, un playboy américain, une riche héritière italienne, une jeune photographe animalière et Mark, expert en psychologie sociale.
Cinq jeunes intrépides et complémentaires. Ils s'attendent à recevoir une mission à la hauteur de leur ambition. Perdu. Leviathan, leur nouvel employeur, les charge de retrouver un vieux jazzman disparu de la circulation. De Barcelone à la côte italienne ils vont remonter la piste et localiser le musicien. Il passe toutes ses nuits à tenter de composer la chanson d'amour parfaite.
Mais pourquoi Leviathan veut-il le retrouver ? Pour quel véritable motif ? Une contre enquête, très dangereuse, va sceller l'union du groupe.

« Cutting Edge » (tome 1), Delcourt, 13,95 €

Billet - Les grandes oreilles

Sacré pavé dans la mare que viennent de jeter le Guardian et le Washington Post jeudi. Depuis des années, les grands groupes d'Internet (Google, Facebook, Yahoo!) permettent à l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) et au FBI de piocher directement des informations dans leurs serveurs.

Un agent de la NSA confie à un journaliste un document (PowerPoint, cela ne s'invente pas...) qui explique aux agents comment entrer dans ces serveurs par une « porte cachée ». A la seule condition que le citoyen soit « raisonnablement » suspect et à l'étranger. Pratique aussi très répandue, l'écoute des conversations via Skype. Souvent gratuites, mais visiblement peu sécurisées...

 « Ils peuvent vraiment voir vos idées se former au fur et à mesure que vous les tapez » prétend l'agent repenti.

La version moderne de l'espionnage « grandes oreilles ». On écoute le maximum de personnes en espérant que dans le lot, quelqu'un se montre assez bête pour se vanter sur Facebook ou Google+ qu'il va faire exploser une bombe vendredi en huit...

Comme dans les romans de science-fiction les plus pessimistes, les écoutants dépasseront bientôt le nombre d'écoutés... On rejoint ainsi une réalité économique imparable. Selon un sondage paru hier dans le magazine « Les Enjeux », les sondés « confèrent au Web des effets positifs sur l’économie française (78%) et sur la création d’emplois (75%) ». Les « grandes oreilles d'internet » ont de beaux jours devant elles...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue en dernière page de l'Indépendant.

vendredi 7 juin 2013

Chronique : Auto punition par Castigo.fr, tueur de maman

En mai dernier paraît le premier tome de « Tueurs de mamans », une série écrite par Zidrou et dessinée par Ers et Borecki aux éditions Dupuis. Une bande de copines adolescentes ont pour point commun leur absence de père. Et des mères un peu trop intrusives à leur goût. Elles n'en peuvent plus d'être punies. La geek de la confrérie dégote un site internet particulier : il vend de la vengeance en ligne. « Ils vous tourmentent ? Nous les châtions ! » promet la page d'accueil de Castigo.fr. La suite de la BD devient dramatique : les jeunes achètent des « missions » qui une fois réalisées ou sur le point de l'être, se révèlent violentes, excessives.
Des auteurs de bande dessinée l'ont imaginé, de petits rigolos l'ont fait. On ne sait pas encore s'il ne s'agit que d'une opération promotionnelle ou l'œuvre de véritables fous, mais l'histoire mérite d'être racontée.

Fin mai, les éditions Dupuis ont publié un communiqué pour dénoncer la création par des plaisantins du site Castigo.fr. « Nous ne pouvons que vous exhorter à ne pas aller sur ce site ! Chaque visite encourage ce genre d’initiatives déplorables ! »
Curieux et téméraire, je désobéis et me trouve dans la position du punisseur. Oui, mais si j'ai affaire à  de vrais fous ? Vais-je prendre le risque ? Non. Je choisis l'auto-punition (parce que je le vaux bien). Aujourd'hui, un tueur de Castigo doit m'infliger une correction mémorable. Maintenant, j'ai les jetons.
Si demain il n'y a pas de chronique, c'est que la réalité a dépassé la fiction... 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

Polar - Anges déchus à la manœuvre avec John Connolly aux Presses de la Cité

Charlie Parker, le détective créé par John Connolly, trouve de nouveau des anges déchus sur son chemin. Du fantastique effrayant.


Le Maine, charmant état du nord est des USA, est célèbre pour ses forêts. De belles étendues, encore sauvages, regorgeant de gibier. Ces bois deviennent le lieu de toutes les peurs quand ils tombent entre les mains d'écrivains talentueux. C'est dans le Maine que Stephen King situe ses romans les plus horribles. C'est aussi dans le Maine que s'est retiré Charlie Parker, le détective privé imaginé par John Connolly. L'ancien flic, traumatisé par l'assassinat de sa femme et sa fille, vivote dans la ville de Portland. Il va rarement dans les bois. Pourtant dans ce thriller plus fantastique que policier, il va devoir affronter les créatures réfugiées dans ces lieux isolés.

L'avion et la fillette
Tout débute par la découverte d'un avion. L'épave d'un avion exactement. Un petit bimoteur en train d'être mangé par la végétation et absorbé par les marécages de la forêt impénétrable de Falls End, petite ville au bout de l'état du Maine, à quelques encablures du Canada. Deux chasseurs, Harlan et Paul, poursuivant un cerf blessé, s'égarent et tombent sur cet appareil dont la disparition n'a jamais été signalée. A l'intérieur, ils trouvent une grosse quantité d'argent et une liste énigmatique, Mais pas de cadavres. Ils constatent également que le siège passager était occupé par quelqu'un d'entravé. Les menottes ont cédé au moment du crash. L'homme, ou la femme, semble avoir pu s'enfuir. Surpris par la nuit, les deux chasseurs décident de passer la nuit à l'intérieur de la carlingue. Une nuit inoubliable pour les deux hommes. Ils sentent une présence et finissent par entrevoir une fillette. A moins que cela ne soit dans un rêve. « Une petite fille dont il ne voyait pas clairement le visage dansait dans les bois. Elle s'approchait du feu, plongeait le regard dans la fumée et les flammes, examinait les deux hommes, s'enhardissait et venait plus près, jusqu'à ce qu'elle tende la main et touche le visage de Harlan. Il émanait d'elle une odeur de pourriture. » Prenant leurs jambes à leur cou, ils rejoignent la civilisation et utilisent l'argent discrètement pour améliorer leur quotidien.

Méchant Collectionneur
Des années plus tard, sur son lit de mort, Harlan raconte cette histoire à ses enfants devenus adultes. Il leur demande de contacter le détective Charlie Parker pour enquêter sur l'avion. Reste à savoir pourquoi. L'auteur ne dévoile pas immédiatement le lien entre l'avion et le héros. Ce sera le fruit d'un enquête parsemée de cadavres.
La liste, des noms connus et moins célèbres, semble être au centre de toutes les convoitises. Charlie Parker retrouve de vieilles connaissances, les anges déchus. Ces créatures maléfiques œuvrent dans la coulisse pour faire triompher le Mal. Mais elles doivent se méfier du camp du Bien. Parker sera un allié précieux, cependant plus timoré que le bras armé des bons : un tueur en série d'un rare sadisme, le Collectionneur fumeur invétéré répandant sans son sillage une forte odeur de nicotine.
Logiquement, l'explication finale se déroule dans les bois, près de l'avion et de la fillette. Un roman fantastique transpirant la peur à chaque page. Pas sûr qu'il favorise le tourisme dans l'Etat du Maine...
Michel LITOUT

« La colère des anges », John Connolly, Presses de la Cité, 22 €

jeudi 6 juin 2013

Billet - Bienvenue sur Vine

Twitter dégaine l'arme ultime pour conquérir les jeunes. Vine. L'application qui permet de réaliser des vidéos de six secondes diffusées en boucle sur son profil. Vine existe depuis quelques mois, mais était réservée aux utilisateurs d'iPhone.
Depuis lundi, la version androïd compatible avec tous les autres smartphones est enfin accessible. Le principe est très simple. Sur votre écran, vous saisissez la scène que vous allez tourner dans un format carré (cf les photos Instagram). Pour lancer l'enregistrement maintenez le doigt appuyé sur l'image. Enlevez-le, tout s'arrête. Cette technique permet de multiplier les plans très courts et rend les six secondes encore plus rythmées. Un peu comme un Gif ou du stop motion (film d'animation en image par image). Carrément addictif.
Je me suis fait la main sur les fleurs du balcon, puis notre ménagerie (deux chiens trois chats, en train de roupiller, faciles à cadrer)
Puis sur mon bureau, je me suis amusé à filmer un cendrier baladeur. Loin de Ray Harryhausen, mais l'affaire est pliée en 20 secondes chrono...
Depuis son lancement, les jeunes en particulier, exploitent Vine. Le site vpeeker.com propose de façon aléatoire et permanente de visionner des clips publiés sur Twitter. Les deux tiers présentent des autoportraits d'ados.
Une radiographie parfaite des problèmes d'acné, de voix en train de muer et d'appareils dentaires de la jeunesse américaine actuelle. De possesseurs de chatons aussi, sans conteste les vraies stars du net...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant.


BD - Chasse aux dragons avec Nicodemus Red de Crisse et Maba


Nouvelle série pour Crisse. Et nouvelle maison d'édition. Il lance une collection, Fantasy Factory, chez Ankama et le premier titre est dessiné par Maba, un graphiste qui signe son premier album. Dans un pays imaginaire, un homme protège les plus démunis.
Nicodémus Red, justicier de la nuit, pourchasse les méchants. Il va cependant devoir abandonner quelques temps les faubourgs de la capitale pour les terres du Nord. Il a été désigné comme champion de la ville dans la grande chasse aux dragons lancée par le gouvernement. 
Nicodemus est accompagné d'un Indien et et de son fidèle majordome. Ils rejoignent les Montagnes d'Hillrude en sous-marin. Ils sont en compétition avec le sanguinaire Baron Noir et la diabolique Comtesse des Glaces. Sur place, le jeune héros pourra profiter des connaissances d'une indigène, la belle et très impétueuse Hilda Olafsen. Elle ne sera pas de trop pour affronter les cracheurs de feu.
Dessin en couleurs directes lumineux, scénario avec une juste dose d'humour : premier essai, première réussite.

« Nicodemus Red » (tome 1), Ankama, 13,90 €

mercredi 5 juin 2013

Billet - Tête à tête avec Najat

Porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem jongle parfaitement avec les réseaux sociaux et les nouveaux moyens de communication. L'atout charme de l'équipe Ayrault n'hésite pas à prendre des risques et innover.
Chaque mercredi elle livre un compte-rendu du conseil des ministres devant les mêmes journalistes accrédités. Trop banal pour cette twitteuse de la première heure. Depuis un an elle organise en plus des porte-parolats décentralisés. Sur le site gouvernement.fr elle explique le « principe de ces rencontres de proximité : une réunion publique ouverte aux habitants. » Elles permettent de « revenir sur l'action du gouvernement et de répondre en direct aux questions ».
Après l'Ardèche, le Lot ou La Réunion, elle s'attaque demain à 19 heures à cette région de France moins concrète mais beaucoup plus vaste : le numérique. Au placard les salles de fêtes surannées ou salons d'honneur rococo de la préfecture, Najat reste dans son bureau, face à l'écran et sa webcam. Cinq internautes ont été sélectionnés pour poser des questions en direct sur le portail du gouvernement.
Interactivité oblige, le citoyen lambda aura également la possibilité d'intervenir sur Twitter en apostrophant @najatvb et en utilisant le hashtag #PPnum. Les questions seront choisies en direct lors de la vidéoconférence.
Gadget ou véritable démocratie ouverte ? Personne n'a encore la réponse, mais le passage par la case numérique semble inévitable. Reste à trouver le mode d'emploi de cette boîte à outils... 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant. 

Roman - Flavia de Luce, mini détective en poche chez 10/18

Flavia de Luce, intrépide fillette anglaise, joue aux détectives amateurs dans ce roman policier signé Alan Bradley. Fillette âgée de 11 ans, Flavia de Luce a un caractère bien trempé. Un peu à l'image d'une Fifi Brindacier que rien n'impressionne, elle n'a pas sa langue dans sa poche et sa formidable intelligence lui permet de se sortir de bien des situations délicates. 
Pourtant, ce que Flavia va vivre en ce début d'été 1950 est beaucoup plus traumatisant que ses bêtises habituelles. En pleine nuit, elle surprend son père en train de se disputer dans son bureau avec un inconnu, un géant roux. 
Quelques heures plus tard, au petit matin, alors qu'elle se rend au jardin cueillir des herbes pour ses potions, Flavia tombe sur l'inconnu agonisant, visiblement empoisonné. Une passionnante enquête pour la détective amateur... (10/18, 7,50 €)

mardi 4 juin 2013

Billet - Taratata, tais-toi

France Télévisions veut faire des économies. Solution retenue : supprimer les émissions dont les audiences sont en berne. Exit « Les mots de minuit » et Taratata. Indifférence totale pour la première, lever de boucliers pour la seconde. Mobilisation éclair sur le net. Une page Facebook et surtout une pétition numérique sur change.org. En quatre jours, déjà 99 000 signatures. Plus que de téléspectateurs diront les mauvaises langues. Car l'émission de Nagui ne fait pas l'unanimité.
Quelques courageux osent émettre des réserves. Comme Juliette, la talentueuse chanteuse toulousaine. Sur son compte Twitter elle avoue son « problème existentiel : vais-je défendre la survie d'une émission qui a toujours refusé de m'inviter depuis 1995 ? »

Son seul passage, c'était à ses débuts, en tant que « révélation ». « Depuis malgré quelques disques d'or et beaucoup de concerts, mon attachée de presse a toujours essuyé des refus. Pas assez en anglais, je suppose... »
Pour beaucoup, le manque d'audience de Taratata est dû à son horaire tardif. Pour quelques uns, c'est aussi une programmation très « branchouille » qui condamne le show. Enfin, comme le remarque ce très caustique twittos : « Je suis vraiment ravi que ma redevance serve à payer les croquettes du chien de Michel Drucker. »

Et du côté de TF1 ils ont tout compris. Ils annoncent « 5 heures de direct pour fêter l'anniversaire de Johnny Hallyday » le 15 juin. D'ici là, Nagui aura peut-être signé sur la Une et paradera à la présentation...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant.