Jean Van Hamme s'en donne à cœur joie dans cette histoire entre rebondissement convenu et véritable surprise. De la BD d'aventure sans prétention. Ni morale, ce qui est plus rare de nos jours...
« Wayne Shelton » (tome 10), Dargaud, 11,55 €
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
On connaissait le régime Mayo qui, comme son nom ne l'indique pas, nous faisait gober des œufs durs ad nauseam. Voilà aujourd'hui le régime « nettoyage du côlon ». Impossible de passer à côté de ces nouvelles pilules tant les publicités sont omniprésentes sur tous les sites s'adressant un tant soit peu aux femmes. Et l'argument publicitaire de préciser que « chaque être vivant a au moins un parasite qui vit sur ou en lui et les humains en ont bien plus. La nourriture et l'eau sont les plus fréquentes sources d'organismes envahisseurs. » Donc pour maigrir il suffit « d'éliminer les parasites vocraces qui vivent en vous. »
Enfin, d'abord il faut identifier ce que sont des parasites « vocraces ». Je n'ai pas trouvé le mot dans le dictionnaire. Un anglicisme ? Une faute de frappe ? J'aurais bien tenté de le demander à mes parasites, mais ils boudent depuis que je leur ai annoncé mon intention de « décoller les plaques mucoïdes de la paroi du côlon », toujours grâce à ces pilules miracles...
Ces publicités pourraient faire rire si elles ne profitaient pas de la crédulité de certaines personnes en situation de détresse. A ces dernières je n'aurai qu'un conseil : lisez, tout en bas du site web, les recommandations écrites en tout petit. Elles précisent que pour obtenir des résultats optimums, vous devez « augmenter votre activité physique et réduire votre consommation calorique. » Voilà bien les seules paroles sensées à retenir à propos de ce « nettoyeur de côlon ».
(chronique parue en dernière page de l'Indépendant du Midi en janvier 2012)
Ils sont cocus, mais pas forcément contents les deux héros de « Mufle » d'Eric Neuhoff et « Le seigneur de la route » de Jean-Pierre Gattégno.
La Mercedes de l'amant
Un jour, rentrant plus tôt que prévu, Pierre découvre, dans son salon, les habits de l'amant de sa femme. Ne voulant pas les surprendre dans le lit conjugal, il s'enfuit. Tout en emportant portefeuille, Iphone et clé de voiture du rival. C'est une puissante berline allemande. Comme envouté, Pierre va se glisser derrière le volant et se lancer dans un road-movie très mouvementé.Découvrant le plaisir de la vitesse, il fonce sur les autoroutes françaises, à plus de 200 km/h, il double en klaxonnant à tue-tête ces tortues se trainant à 130. Il dort sur les aires de service, paie avec les cartes bleues de l'amant et usurpe même son identité lors d'un contrôle de police. Au bout de plusieurs jours de cavale, Pierre s'étonne de la non réaction de l'industriel. Quittant l'autoroute, il reprend pied dans la réalité et frise la panique. Le policier qui l'a contrôlé a été tué d'une balle dans la tête et les corps de sa femme et de l'amant ont été retrouvés dans l'appartement de Pierre.Recherché, il va se réfugier dans ce monde impersonnel de l'autoroute. « De nouveau un paysage connu et rassurant. L'interminable ruban gris dont les bords se rejoignaient à l'horizon. » Les affaires de Pierre se compliquent quand il est kidnappé par des apprentis braqueurs, qu'il prend conscience qu'il est aussi recherché par des tueurs russes et qu'il tombe amoureux de Muriel, la femme de son malheureux rival.Jean-Pierre Gattégno laisse alors libre cours à son imagination, ne lésinant pas sur les coups de théâtre ni les incongruités comme cette analyse d'un hold-up, transformé... en plan de dissertation.
Elle se croit invincible mais en fait, elle se tire de tous les mauvais pas grâce à son chien, Hydromel. Ce brave toutou est en réalité un redoutable bull-guerrier. En cas de danger, il se transforme. Un être hybride conçu à l'époque par les chasseurs de dragons pour les aider dans leur combat contre les créatures volantes.
Hydromel est resté fidèle à sa jeune maîtresse. Mais ce n'est pas le cas de tous les bull-guerriers. Plusieurs d'entre eux se sont révoltés. Une meute écume le pays, semant la terreur, se nourrissant des rares humains osant l'affronter. Zarla va croiser son chemin. Et Hydromel ne pourra rien pour elle. C'est le grand-père de l'héroïne, Lotfrig, qui devra intervenir.
Dans ce 4e album de la série imaginée par Janssens et dessiné par Guilhem (originaire de l'Aveyron comme son frère, Christophe Bec), Zarla s'efface un peu. Ce sont les bull-guerriers qui ont la vedette, notamment Hydromel.
« Zarla » (tome 4), Dupuis, 10,45 €
C'est le genre de bande dessinée qui vous fait regretter vos 10 ans, quand vous étiez plein d'imagination, qu'un rien vous permettait de vous amuser des heures. Les gamins de Mickaël Roux sont trois. Max, Théo et Léon sont en vacances, se retrouvent tous les jours au bord de la mer, prêts à affronter les monstres marins et le grand large. Le trio s'imagine en pirates. Un chapeau bricolé, des bandanas, un carton pour le navire, un foulard faisant office de grand voile : les voilà voguant à l'aventure.
Un voyage immobile mais très rafraîchissant. Le chaton se transforme en grand requin blanc, une poule (et des tubes de gouache) fera office de perroquet et le trésor sera caché dans le bac à sable. Chacun joue son rôle avec sérieux, du capitaine au simple matelot, sauf quand vient l'heure du goûter...
Les gags sont inventifs et poétiques. Oui, en refermant cet album on a envie nous aussi de transformer nos objets du quotidien. Plus qu'un bol d'air, cette BD est une inépuisable réserve d'oxygène pur.
« Jeu de gamins » (tome 1), Bamboo, 10,40 €
Daniel Pecqueur multiplie les séries depuis quelques années. Cet ancien pilote de course a mis du temps à s'imposer. Il a rencontré le succès avec Golden City et depuis il a toute latitude pour développer les différents mondes issus de son imagination. « Yiya » est le nom de son héroïne. Cette adolescente vit sur un bateau en compagnie de Rogo, le marin qui l'a recueillie alors qu'elle allait mourir de froid sur un quai.
Nous sommes en 2020 et pour survivre, Rogo accepte de conduire un mystérieux Chinois en mer, en pleine tempête. Rogo va disparaître au cours d'une plongée et Yiya va tout faire pour le retrouver. Gajic, le dessinateur, offre deux facettes de son talent dans cet album. L'histoire est très réaliste dans un premier temps, puis, quand Yiya plonge à son tour, le décor change totalement. Prisonnière d'un labyrinthe souterrain, elle va rencontrer d'inquiétantes créatures et devra se lancer à la recherche d'un trésor. Deux mondes très contrastés donnant tout son sel à ce premier tome.
« Yiya » (tome 1), Delcourt, 13,50 €
Une reconstitution d'un habitat africain typique, avec 400 déracinés pour interpréter leur propre rôle, derrière ces grilles les faisant passer pour des animaux en cage. Laurent Galandon, sur cette base historique, suit les traces de Diamanka, la dernière Amazone du Dahomey. Cette redoutable guerrière n'a plus de roi à défendre, mais elle a toujours sa fierté. Exhibée, moquée, elle découvre le monde sans pitié des Blancs.
C'est la maladie qui va lui permettre de quitter cet enfer. Un médecin est appelé à son chevet car elle a une bronchite. Cet érudit va être séduit par cette femme hors du commun. Il va la soigner avec un médicament allemand tout nouveau sur le marché.
Dessiné par Stéfano Casini, cet album est instructif à plus d'un titre.
« La Vénus du Dahomey » (tome 1), Dargaud, 13,90 €
Pour une boulette, c'est une boulette ! Un vent de panique a dû souffler ce matin dans les locaux de laredoute.fr, le site de vente en ligne. Sur la page vantant un tee-shirt garçon rose portant l'inscription « Keep the move & enjoy the holydays » une photo a fait scandale.
Des enfants + un homme nu : la photo s'est répandue sur Twitter et les autres réseaux sociaux à une vitesse folle. Coté réactions, il y en avait pour tous les goûts. Les offusqués, les rigolards, les parodieurs (avec Sarkozy dans le rôle des enfants) et même ceux qui étaient du côté de l'homme nu : « Moi je pense au mec à poil, qui se promène tranquille sur sa plage nudiste préférée et qu'a rien demandé à personne. » La photo compromettante a été retirée du site vers 14 heures, quelques minutes après que la société se soit officiellement excusée sur son compte Twitter. « La Redoute vous présente ses excuses pour la photographie publiée sur son site et fait le nécessaire pour la supprimer. »
Le mot de la fin revient à ce tweet de Didier Botella, totalement imaginaire, mais qui ne doit pas être si loin de la vérité : « On m'informe qu'au Q.G. des 3 Suisses, c'est champagne pour tous à la cantine ce midi. »
(Chronique parue à la dernière page de l'Indépendant en janvier 2012)
Auteur majeur de la BD américaine, Craig Thompson n'avait rien publié depuis le sublime « Blankets » Sept années de silence ? Non, un laps de temps nécessaire pour finaliser son nouveau roman dessiné, Habibi. Près de 700 pages en noir et blanc publiées dans la collection « Ecritures » de Casterman qui fête en 2012 ses 10 ans d'existence. Thompson revisite les contes orientaux dans ce long voyage onirique.
Une jeune femme voit son mari assassiné par des voleurs. Elle parvient à s'échapper et trouver refuge sur une épave de bateau échoué en plein désert. Elle rencontre dans ce lieu improbable, un enfant, Habibi. Ensemble, ils vont tenter de se protéger de la violence des hommes. Et il n'existe rien de mieux que de se raconter des histoires pour oublier un quotidien trop rude.
On est subjugué par les dessins de Craig Thompson. Il s'est totalement imprégné de la grâce de la calligraphie orientale et des paysages désertiques. On baigne dans cette magie intemporelle issue en droite ligne des contes des mille et une nuits. Une œuvre majeure, notamment en ces temps troublés d'intolérance et de suspicion.
« Habibi », Casterman, 24,95 €
Une explosion atomique dans les profondeurs de l'Océan Pacifique a ravagé la côte Ouest des USA. Dans ce chaos, l'Humanité tente de survivre.
Après le huis-clos au plus profond des abysses (« Starfish » paru en 2010 au Fleuve Noir), Peter Watts prolonge sa saga de science-fiction au grand air. Son héroïne, Lenie Clarke a survécu. Après l'explosion et le tsunami qui en a résulté, elle s'est tapi au fond de l'océan. Technicienne chargée d'entretenir ces nouvelles centrales électriques utilisant l'énergie géothermique, elle a a été « améliorée » pour résister aux grandes pressions et respirer sous l'eau. C'est à pied qu'elle rejoint la cote américaine. Et ce qu'elle découvre ne ressemble plus au monde qu'elle a connu avant. « Le fond était entièrement recouvert de cadavres. Qui semblaient eux aussi couvrir plusieurs générations. Certains se réduisaient à des agglomérats symétriques d'algues. » Des millions de morts, des pans entiers du pays disparu : l'Amérique peine à se redresser.
Camps de réfugiés
Mais dans ce futur proche, des repères restent. Les rares parties côtières épargnées sont toujours longées par un mur infranchissable. Un mur édifié pour empêcher aux réfugiés venus de toutes parts de pénétrer dans cet Eldorado rêvé. Lenie Clarke, en sortant de l'eau, telle une divinité antique, devient un sujet de conversation, puis d'admiration pour les milliers de réfugiés survivant au bord de l'eau. Parqués, mais pas abandonnés. Des machines les nourrissent au quotidien. Un magma de protéines, coupé avec de puissants médicaments pour abolir toute velléité de rébellion. Un homme, tout en se méfiant de Clarke, va lancer un vaste mouvement de grève de la faim. Cela permet aux réfugiés de libérer leur conscience, de retrouver cette volonté d'avancer, de conquérir le pays.
Le Maelström prend le pouvoir
Ce monde apocalyptique, où le clivage entre nantis et moins-que-rien est de plus en plus grand, est surveillé par des drones-robots pilotés par des techniciens bien au chaud dans leurs maisons high-tech. Le roman nous fait découvrir les interrogations d'une de ces surveillantes toute puissante : Sou-Hon. Elle tente de contacter Lenie Clarke alors qu'au même moment des incendies ravagent des régions entières et que le Maelström, l'immense réseau informatique ayant succédé à internet, voit se développer des intelligences artificielles de plus en plus autonomes.
Peter Watts, écrivain canadien, est biologiste marin de formation. Avec ce roman, il quitte son domaine de prédilection pour la terre ferme. Mais ses spéculations sur des thèmes d'actualité (gestion des réfugiés, maîtrise de l'information, nouveaux dangers bactériologiques) cachent un thème plus universel : l'exploration de la psychologie humaine. Il nous avait épaté dans « Starfish », tous les personnages étant des « déviants » (serial-killers, violeurs...). Cette fois, ils sont plus dans la norme, mais tous potentiellement sujets à de graves psychoses. Le constat n'est pas très optimiste. Mais en prendre conscience permettra peut-être d'éviter quelques catastrophes planétaires.
« Rifteurs », Peter Watts, Fleuve Noir, 24 €