samedi 29 octobre 2011

BD - Drax cauchemardesques dans le tome 2 de Medina


Elles sont rares les séries qui méritent d'être appréciées en priorité pour le talent du dessinateur. « Medina » en fait partie et c'est d'autant plus étonnant que le scénario est de Jean Dufaux. En fait l'histoire est elle aussi tout à fait remarquable, mais les dessins de Yacine Elghorri sont tellement époustouflants qu'on en oublie presque l'intrigue. Sur la terre, dans le futur, les Humains ne sont plus qu'une poignée.

 Réfugiés dans la ville de Medina, ils résistent de plus en plus difficilement aux assaut des Drax, des monstres arachnéens surgis de nulle part. Ces Drax aux pattes acérées sont l'attraction graphique de la série. Entre Alien et insectes de Starship Troopers, ils ont pourtant un côté humain qui les rendent presque sympathiques. Pour preuve, Boso 1, leur chef, est prêt à faire des concessions pour récupérer une humaine qui porte en elle sa progéniture. Hommes et Drax pourront-ils vivre en paix un jour ? C'est oublier que dans le duo il y a les... hommes !

« Medina » (tome 2), Le Lombard, 13,95 € 

vendredi 28 octobre 2011

BD - Une fillette inquiétante au centre du 3e tome du "Grand Mort"


Imaginée par Loisel (et Djian) et dessinée par Mallié, la série « Le Grand Mort » est un des succès de ces trois dernières années. Ce récit entre réalisme social et fantastique moyenâgeux a séduit des milliers de lecteurs. Après deux tomes se déroulant essentiellement dans le monde parallèle du Petit Peuple, cette troisième partie retrouve la civilisation et cette France en pleine crise économique. 

Alors que les épidémies font des milliers de morts et que le chômage progresse de façon exponentielle, Erwan est toujours à la recherche de Pauline. En compagnie de Gaëlle, une gentille rousse qui n'est pas insensible au charme de ce beau métis, ils recherchent la jeune fille qui elle aussi connaît l'existence du Petit Peuple. Pauline qui va retourner en Bretagne, dans la petite maison d'Erwann. Elle n'est plus seule. Blanche, sa fille, la suit comme son ombre. 

Une fillette mystérieuse, qui cache ses yeux derrière des lunettes de piscine. Blanche, l'élément fantastique qui malgré sa petite taille et sa poupée vous flanque une frousse de tous les diables. Un rebondissement qui rend la série encore plus prenante !

« Le Grand Mort » (tome 3), Vents d'Ouest, 13,50 € 

jeudi 27 octobre 2011

BD - "Alter Ego" de Renders et Lapière : la boucle est bouclée


Parfois, il est des prix véritablement mérités. Le Prix Saint Michel du meilleur scénario a été décerné le 7 octobre dernier à Pierre-Paul Renders et Denis Lapière pour leur série Alter Ego. Une récompense qui tombe très bien alors que viennent de sortir les deux dernières parties de cette série kaléidoscope. 

L'intrigue générale est vue à travers six personnages. Six hommes et femmes qui, volontairement ou à leurs dépens, se trouvent impliqués dans cette opération mondiale. Avec Jonas et Noah, le lecteur entre au cœur du système U Tech. Le premier est un médium. C'est lui qui localise les « alter ego » des personnalités. Des études viennent de démontrer que chaque humain est relié à un ou deux autres congénères. Si l'un d'eux meurt, les autres ne tarderont pas à faire de même. 

Noah est le fils du président des USA. Il découvre le programme car il en est le bénéficiaire. Il va donc tout faire pour rendre encore plus belle sa vie de privilégié. Ces albums lèvent les derniers voiles sur cette machine infernale qui ne semble pas servir qu'à faire le bien autour d'elle... Avant la découverte d'un 7e et ultime tome en 2012.

« Alter Ego » (tomes 5 et 6), Dupuis, 11,95 € 

mercredi 26 octobre 2011

BD - Pacco et Margaux Motin quittent les enfers dans "Very Bad Twinz"

Dans la nouvelle vague de dessinateurs et (surtout) dessinatrices issues des blog BD, Margaux Motin et Pacco ont décidé d'unir leurs talents pour signer une série désopilante, fantastique tout en étant dans l'air du temps. 

Aux enfers, deux démons, Gomar et Pacc, sont convoqués par Satan en personne. Ils vont devoir faire un séjour sur terre. Problème, au moment du transfert, Gomar, démon femelle, se retrouve dans le corps d'un homme et Pacc, démon mâle, s'incarne dans la plastique idéale d'une pin-up. Une situation qui plait à Gomar (qui en profite immédiatement pour uriner debout, faisant exprès de rater la lunette...) mais un peu moins à Pacc. 

Un premier tome jouissif, quel que soit son sexe, déjà série vedette du magazine Fluide G, émanation féministe du célèbre Fluide Glacial.

« Very Bad Twinz » (tome 1), Fluide G, 12 € 

mardi 25 octobre 2011

BD - Blue Estate : les super truands selon Kalvachev chez Ankama

Les comics américain ce ne sont pas que des super héros. Il existe aussi toute une école qui prend racine dans le roman noir. « Blue Estate » est une idée originale de Victor Kalvachev. Une histoire de mafioso, de détective privé, de strip-teaseuse et de star du cinéma d'action. La star c'est Bruce Maddox, l'acteur vedette de la franchise « Traque mortelle ». Un dur, alignant les succès et les ennuis. 

Notamment quand sa femme, la belle Rachel, tente de savoir d'où viennent les milliers de dollars qu'il blanchit allègrement dans la production de ses navets. La mafia fait alors son entrée dans le casting, avec son cortège de cadavres et de kilos de poudre blanche. 

La violence généralisée est atténuée par l'humour permanent du récit. Ne pas se prendre au sérieux reste la meilleure façon de faire passer des idées...

« Blue Estate » (tome 1), Ankama, 13,90 € 

lundi 24 octobre 2011

BD - Liquidation totale pour Navïs et la série Sillage de Buchet et Morvan


Nävis, dernière humaine du convoi spatial Sillage, va enfin trouver à qui parler dans ce 14e tome de ses aventures intitulé « Liquidation totale ». La jeune héroïne imaginée par Morvan et dessinée par Buchet va devoir affronter un méchant aux armes acérées comme on peut le voir sur la couverture. 

Un tueur à gages qui collecte les cerveaux de ses victimes pour les conspirateurs tentant d'éliminer définitivement Nävis. Après un premier affrontement dans un vaisseau, le combat final se déroulera sur la planète ayant accueilli l'enfance de la petite terrienne. Une séquence au cours de laquelle Buchet donne à voir toute l'étendue de son talent dès qu'il s'agit d'action et de mouvement. 

Un album qui clôt un cycle de trois titres en annonçant un nouveau allant certainement dans une direction très différente.

« Sillage » (tome 14), Delcourt, 13,50 €

dimanche 23 octobre 2011

BD - Jolies guerrières au service de "Luminae"

Dessiner une héroïne est un don qui n'est pas donné à tout le monde. En son temps, Walthéry et sa pulpeuse Natacha a dominé la catégorie. Par la suite d'autres ont porté cet art si particulier au sommet. On se souvient de l'arrivée de Didier Cassegrain et voici aujourd'hui Bengal. On avait deviné les prédispositions de cet auteur, passé par le design des jeux vidéo, dans la glaçante série « Naja » écrite par Morvan. 

Le voici en solo sur une histoire entre fantastique et Moyen-Age, avec pas moins de six guerrières, filiformes et peu vêtues. Bref, chaque planche est un régal pour les yeux. Les guerrières ont pour mission de protéger Luminae. Cette sainte aux pouvoirs considérables est menacée par un mage-dragon au look hybride de chauve-souris carbonisée et fourmi anorexique. 

On croise aussi dans cette aventure des soldats idiots, de gentils hommes-chiens et de méchants gardiens des enfers. Et pour finir de vous rincer l'œil, en fin de volume, cinq auteurs différents (dont Vatine) proposent leur vision des guerrières de Bengal.

« Luminae » (tome 1), Ankama, 14,90 €  

samedi 22 octobre 2011

BD - Sept clones en mission

Sept, un chiffre magique emblème d'une collection originale permettant toutes les variations. Sous la direction de David Chauvel, plusieurs équipes travaillent sur la seconde saison d'une série ayant déjà marqué les esprits (Sept missionnaires, par exemple). Le troisième titre de la seconde saison raconte la mission de « Sept clones ». 

Un scénario de Louis illustré par Stéphane de Caneva. Si côté dessin, c'est un peu juste (notamment en comparaison des autres titres), côté histoire, Louis s'est lâché, délaissant les scénarios un peu basiques de Tessa pour un récit de SF entre paranoïa et apocalypse. Dans un futur proche, l'ensemble de l'Humanité va élire son président suprême. 

C'est la condition pour enfin rencontre les autres civilisations de l'espace, des êtres supérieurs qui pourront faire progresser vers plus de bonheur la population terrienne. Mais c'est sans compter sur le réveil de sept clones chargés de tuer le président élu. Cette histoire ressemble un peu à un long cauchemar, de ceux qui semblent trop réels pour ne pas avoir un fond de vérité...

« Sept clones », Delcourt, 14,95 €

vendredi 21 octobre 2011

BD - La parabole des rats dans « Hamelin », version André Houot


L'histoire du joueur de flute de Hamelin est très connue. Mais elle continue d'inspirer les artistes. Dernier exemple en date André Houot, dessinateur de BD et grand amateur de scènes médiévales. Son dessin précis et pointilleux fait merveille pour ces décors grouillants de détails. Les tronches des protagonistes sont également soignées, plus proches de la caricature que du réalisme classique. 

Par moment, on se croirait dans une BD de Bourgeon, notamment quand la belle Eva intervient. Cette jolie damoiselle, tyrannisée par son père, est amoureuse d'un galant. Mais cette union est mal vue et ils devront fuir pour s'aimer. Rattrapée, elle est promise au bûcher quand arrive, pour la seconde fois, le magicien ayant délivré la ville de Hamelin de ses hordes de rats. 

Je vous conseille vivement de lire cette BD armé d'une loupe tant les détails sont nombreux dans ces cases chargées. Un auteur classique qui ne s'économise pas, contrairement à certains artistes qui semblent apprécier un dessin épuré ayant surtout l'avantage d'être vite réalisé...

« Hamelin », Glénat, 13,50 € 

jeudi 20 octobre 2011

Thriller - La vérité du diable dans "Cornes" de Joe Hill chez Lattès

Après une soirée arrosée, Ig se réveille avec deux cornes sur le front. Un roman diabolique de Joe Hill sur les démons de l'Amérique profonde.


Il n'est jamais bon de boire trop. Ig Perrish, le héros narrateur de ce roman de Joe Hill ne peut qu'approuver. Après une beuverie sans fin, il se réveille au petit matin avec un mal de crâne carabiné. Un passage par la salle de bain lui confirme ce qu'il pensait : il a une mauvaise tête. Et deux cornes dur le front ! « En elles-même, elles n'avaient rien d'imposant, ces cornes : longues comme le doigt, épaisses à la base, elles s'affinaient en se recourbant vers le haut. Elles étaient recouvertes d'une peau blafarde, sa peau, sauf tout au bout, où les pointes étaient d'un vilain rouge enflammé, comme si elles s'apprétaient à transpercer la chair. » Non, Ig ne rêve pas, en une nuit, il semble être devenu un démon.

Sous des airs innocents...

Paniqué, il sort de chez lui et va errer dans cette petite ville de l'Amérique profonde où se déroule l'action. Il connaît à peu près tout le monde. Et lui aussi est bien connu. Surtout depuis l'an dernier, quand sa petite amie, Merrin, a été retrouvée violée et assassinée près d'une ancienne fonderie. Tout accusait Ig. Mais il a réussit à prouver son innocence. Sauf que pour la majorité de la population locale, il reste cet « enfoiré de violeur ».

Tentant de cacher ses cornes, il va rencontrer quelques connaissances et constater que ses nouveaux attributs ne gênent personne. Au contraire, les gens, à son contact, ne peuvent s'empêcher de dire la vérité, de dévoiler les secrets les plus enfouis au fond d'eux. Du curé érotomane à la mère ayant envie d'abandonner son enfant, il va découvrir son nouveau pouvoir. Cette partie pourrait être très amusante si ce n'étaient les torrents de boue qui sortent des bouches de ces hommes et femmes semblant si normaux. Ainsi ce réceptionniste à la permanence du député républicain, « un gros type aux cheveux en brosse », il explique à Ig qu'une « fois par mois, je m'accorde une journée de décompression et je reste chez moi. C'est bon pour ma santé mentale. Je mets les dessous de ma mère et je me fais une bonne branlette. Pour une vieille sur le retour elle a des trucs vraiment coquins. » « Cornes » de Joe Hill est un roman extrême, qui dévoile les pires travers de cette Amérique trop puritaine pour être équilibrée.

Dieu ? Un scribouillard !

Mais ce récit, loin de n'être qu'une série d'horreurs, est un texte beaucoup plus sensible et intelligent. La première partie ressemble à du Stephen King, les suivantes s'approchent de l'univers de John Irving. Pour tenter de comprendre ce qui lui arrive, Ig va se remémorer son histoire d'amour avec Merrin jusqu'au gouffre que constitue son assassinat. Une histoire d'amour entre gamins, belle et lumineuse. On en apprend plus sur les amis de cette époque bénie, Lee, le timide, toujours là pour réconforter son pote, Terry, le frère attentif et protecteur.

Alors pourquoi tout a basculé cet été-là ? Ig va entrevoir la vérité grâce à son nouveau don, certains racontant ce qu'ils avaient juré ne jamais dire. Ig endosse alors son costume de diable avec un plaisir réel. Cela donne un final violent et sans pitié, atténué par une fin sans espoir mais apaisée. Et alors que sa vengeance se met en place, Ig se permet quelques réflexions bien senties sur la religion en général comme cette comparaison prenant une double signification sous la plume de Joe Hill, fils d'écrivain célèbre : « Dieu n'est plus pour moi qu'un écrivain de gare, qui construit ses histoires sur des intrigues nulles et sadiques. » « Quant au diable, il est en premier lieu un critique littéraire qui fustige publiquement et à bon droit ce scribouillard sans talent. » Pour la petite histoire, Joe Hill est le fils de... Stephen King.

« Cornes » de Joe Hill, Lattès, 22 €