dimanche 14 novembre 2010

BD - Redécouvrir la vie de Milady, espionne complexe


Agnès Maupré, dessinatrice de bande dessinée, en lisant « Les trois mousquetaires » d'Alexandre Dumas, découvrait un roman complexe, bien loin de l'image de simple aventure de cape et d'épée. « La vie tragique de Milady m'a particulièrement captivée » explique-t-elle. L'espionne du méchant cardinal va l'obséder au point qu'elle prend vie sur des carnet de croquis puis devient le personnage principal du premier tome de cette nouvelle série. 

Milady, femme bafouée, tente de refaire sa vie en Angleterre. Elle y deviendra Mme de Winter. Rapidement veuve, par sa faute, elle paiera son erreur en devant élever un enfant qu'elle ne désirait pas. Finalement, le cardinal de Richelieu la sortira de son exil pour la transformer en redoutable espionne. Elle croisera D'Artagnan qui, tout en étant son ennemi, succombera à ses charmes. 

Un portrait de femme tout en nuances par une auteure complète, Agnès Maupré avouant son admiration pour Johann Sfar. Son dessin, esquissé, aérien, donne encore plus de force à cette femme forte en apparence, fragile intérieurement.

« Milady de Winter » (tome 1), Ankama éditions, 14,90 € 

samedi 13 novembre 2010

Classique - Alice aux Pays des merveilles

Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll fait partie des chefs-d'œuvre de l'imaginaire. Une histoire devenue universelle qui a nourri l'imagination de centaines d'artistes. 

Après les visions modernes de Tim Burton au cinéma, les éditions Omnibus rééditent la version illustrée par Arthur Rackham. Cet artiste anglais, mort en 1939, était un célèbre illustrateurs de livres pour enfants. Ses gravures et planches en couleurs permettent au lecteur de retrouver l'ambiance d'origine du récit de la jeune Alice passée de l'autre côté du miroir. 

Les dessins de Rackham que l'on retrouve dans « Le Noël de Monsieur Scrooge », un conte de Charles Dickens. (Omnibus, 17 € chaque volume) 

vendredi 12 novembre 2010

Roman jeunesse - Le royaume de Ga'Hoole


Pour accompagner la sortie du film, Pocket Jeunesse sort en un volume grand format les trois premières aventures des Gardiens de Ga'Hoole écrit par Kathryn Lasky. Une fantastique allégorie du Bien contre le Mal au royaume des hiboux et des chouettes. Entre la jeune chouette Soren et son frère Kludd, ce n'est pas le grand amour. Leur rivalité tourne au drame la nuit où Soren tombe du nid et se fait kidnapper. Enfermé dans un orphelinat, il désespère de retrouver un jour la liberté. Mais sa rencontre avec d'autres oisillons courageux va tout changer. Convaincus qu'une grave menace pèse sur les royaumes des chouettes, ils décident de s'évader et de partir en quête des légendaires Gardiens de Ga'Hoole, ces justiciers au coeur noble qui ont bercé leur enfance...

Si le film en 3D de Zack Snyder vous a plu, vous pourrez retrouver ce monde poétique dans les romans originaux. A l'inverse, après avoir lu ces histoires de volatiles, n'hésitez pas à aller voir le film, fidèle au récit original et particulièrement réussi au niveau des effets spéciaux. (Pocket Jeunesse, 16 €) 

jeudi 11 novembre 2010

Thriller - Maxime Chattam et le Mal dans "Léviatemps"

Maxime Chattam lance son héros, un écrivain, aux trousses d'un tueur. Pas pour faire justice, mais pour contempler et comprendre le Mal en action.


Quand on ouvre un thriller de Maxime Chattam, on n'est sûr que de deux choses : on ne sait jamais où l'auteur va nous entraîner, mais ce sera passionnant. « Léviatemps » n'échappe pas à la règle même s'il s'aventure sur des chemins moins habituels pour lui. Pour une fois il ne plante pas son intrigue dans notre époque contemporaine mais dans le Paris de 1900, en pleine exposition universelle. Cela donne une impression de roman feuilleton à la Eugène Sue, avec des considérations psychologiques poussées en prime.

Le héros, Guy de Timée, est écrivain. Il a rencontré le succès, s'est bien marié et a une petite fille. Mais un jour, en panne d'inspiration, torturé par une existence rangée et bourgeoise qu'il vit de plus en plus mal, il décide de tout abandonner. Il quitte le foyer, change d'identité et repart à zéro. Son ambition est d'écrire des romans policiers, comme Conan Doyle. Il va chercher l'inspiration dans les bas-fonds, fréquentant notamment les prostituées. Client régulier d'une maison close, le Boudoir de soi, il s'y installe à demeure dans les combles, devenant l'homme à tout faire et le confident des pensionnaires.

Vidée de son sang

Une nuit, il est réveillé en sursaut par les cris de Faustine. Elle vient de découvrir sa collègue et meilleure amie, Milaine, morte dans la rue, devant le Boudoir. Lèvres retroussées, yeux révulsés, sa mort semble avoir été horrible : « Elle transpirait du sang. Par tous les pores de la peau, elle avait exsudé son précieux liquide comme si elle avait été plongée dans un bain de vapeur acide. » La police, en arrivant sur le lieux de ce qui semble bien être un meurtre, ne semble pas très motivée. Une enquête bâclée et classée avant même d'avoir débuté. Faustine et Guy sont persuadés, eux, que ce crime est l'œuvre d'un redoutable tueur et ils apprennent, par une indiscrétion de la police, que Milaine n'est pas la première. Faustine, pour venger son amie, Guy pour comprendre la mentalité du tueur, vont se lancer à ses trousses, aidé par un jeune policier qui fut l'amant de Milaine.

Le Mal personnifié

Cette enquête policière en temps réel va donner de la matière littéraire à Guy. Pour lui c'est une aubaine. Traquer le tueur c'est la meilleure étude de personnage possible, « Guy voulait contempler l'esprit du monstre. Il voulait plonger dans l'âme du Mal. » Et d'expliquer, enthousiaste, à ses deux camarades d'enquête « nous avons une opportunité d'approcher la nature criminelle dans ce qu'elle a de plus pur ! Nous pourrions contempler l'essence même du crime ! Car c'est ce qu'est cet homme, la répétition de ses actes abominables nous le prouve ! Le cerner, c'est un peu comme d'étudier Caïn en personne ! C'est toucher du doigt l'origine du crime ! »

Ce roman donne l'occasion à Maxime Chattam de promener le lecteur dans les différents lieux qui font l'originalité du Paris du début du XXe siècle, des Halles à la morgue en passant par l'exposition universelle et ses « sauvages » en exhibition ou le Cénacle des Séraphins, un club ésotérique. Un voyage dans le temps et la folie. Celle des hommes toujours avides de sensations fortes, au point d'en perdre la raison.

« Léviatemps », Maxime Chattam, Albin Michel, 22 € 

mercredi 10 novembre 2010

BD - Complot et uchronie pour Nico, nouvelle héroïne de Duval et Berthet


Philippe Berthet est abonné aux héroïnes aussi belles que dangereuses. Il a délaissé les aventures de Poison Ivy pour lancer Nico dans le grand bain de la BD de série B. C'est d'ailleurs Fred Duval, un des piliers de la collection chez Delcourt, qui signe les scénarios. L'action se déroule au début des années 60. Un passé légèrement différent, Kennedy est bien président, mais Staline est toujours vivant et Fidel Castro un simple espion du KGB. 

Il croisera la route de Nico, espionne de la CIA qui devra déjouer un complot fomenté par Ike Eisenhower, ancien général américain désirant déclencher le feu atomique. Cette BD pleine de trouvailles et de clins d'œil est divertissante, avec suspense, rebondissements et coup de théâtre final.

 Sans oublier un soupçon d'érotisme, Nico n'hésitant pas à dévoiler sa plastique parfaite.

« Nico » (tome 2), Dargaud, 13,50 € 

mardi 9 novembre 2010

BD - Ethan Fargo, looser désespéré face aux horreurs d'un snuff-movie


Ethan Fargo n'a rien du héros fier et sans reproche. Il broie du noir depuis la mort de sa femme et de ses enfants. Presque alcoolique, il martyrise des balles de golf au bord de l'océan et tente d'oublier son malheur en regardant des comédies musicales. 

Mais un soir, à la place de « La mélodie du bonheur », il visionne sur sa télé un snuff-movie, ces réalisations clandestines qui mettent en scène la mort d'une victime innocente. Ethan va alors être entraîné dans une histoire de vengeance dans une république bananière, une mission suicide idéale pour calmer son envie d'autodestruction. 

Ce thriller sombre et désabusé écrit par Philippe Nihoul est mis en images par Xavier Lemmens, au trait aussi coupant que les machettes du bourreau officiant dans le snuff.

« Snuff » (tome 1), Delcourt, 13,50 € 

lundi 8 novembre 2010

BD - Les amours insolentes de couples en symbiose

Un homme, une femme. C'est tout simple et pourtant cela fait marcher le monde depuis des millénaires. Tonino Benacquista a imaginé « 17 variations sur le couple » illustrées par Loustal. 

Ce ne sont pas véritablement des bandes dessinées, Loustal illustrant chaque histoire (en texte off) d'une douzaine de dessins. Un macho, une aveugle, des libertins, un motard, une archéologue, une barmaid, un sexologue... Tous ces portraits sont touchants, vrais. Leurs histoires peu banales, mais plausibles. 

La palme à celle du jeune braqueur, remis sur le droit chemin par sa femme qui lui fait croire, durant toute son incarcération, qu'elle a eu un enfant de lui. Chaque dessin de Loustal, il y en a plus de 200, pourrait se transformer en tableau dans un salon décoré avec goût.

« Les amours insolentes », Casterman, 20 € 

samedi 6 novembre 2010

BD - Bobo de Deliège, prisonnier du temps


Les éditions Dupuis poursuivent leur politique de réédition des meilleures séries des années 60 à 90. A côté des classiques (Johan et Pirlouit, Natacha, Tif et Tondu...) certaines BD ont le mérite de mettre en lumière des héros et des auteurs qui n'ont jamais connu le succès malgré des atouts indéniables. Et pour la première fois, M. Archive a puisé dans le vivier des mini-récits. 

Bobo, créé par Rosy et dessiné par Deliège, est un modèle de longévité. Il a commencé ses premières tentatives d'évasion début 60 pour ne finalement raccrocher sa pelle (et sa pierre) à la fin des années 90. Ce gros recueil cartonné petit format reprend les 10 premiers mini-récits de Bobo parus au centre de Spirou entre 1961 et 1962. En noir et blanc, simple en raison du format réduit, ce sont des condensés d'absurde.


Bobo, à l'époque, n'est pas simplement sympathique. Cela semble un véritable truand qui n'a qu'une obsession, se faire la belle. Des évasions qui tourneront toujours court, en raison de circonstances toutes plus farfelues les unes que les autres. C'est un vrai plaisir de redécouvrir ce personnage. Paul Deliège, le dessinateur, a signé plus de 80 mini récits avant de pouvoir lui permettre d'évoluer dans les véritables pages de Spirou. Gags, récits complets, histoires à suivre : Bobo aura tout testé... sauf la liberté.

Remettre les mini récits au goût du jour est une spécialité du site Bdoubliées qui commercialise certaines pépites sous forme numérique et même parfois en papier. Il ne reste plus qu'aux éditions Dupuis à ressortir en intégrale ce qui aura été la plus belle création de Deliège, les Krostons, modèles de méchanceté dans une BD franco-belge un peu trop gentille à l'époque.

« Bobo, 10 mini récits », Dupuis, 19 € 

vendredi 5 novembre 2010

BD - L'apprentissage de Desberg sur Tif et Tondu


La réédition de l'intégrale des aventures de Tif et Tondu, en plus de nous faire redécouvrir l'élégance du trait de Will, donne l'occasion au lecteur plus jeune de lire les premiers scénarios de Desberg. Avant d'être l'auteur à succès du Scorpion ou de IRS, Desberg a été à bonne école. 

Quelques récits complets dans Spirou et il est remarqué par Maurice Tillieux qui désire passer la main sur sa série vedette. Ce 8e recueil de l'intégrale reprend trois aventures parues au milieu des années 70. « Aventure Birmane » est signée de Tillieux seul mais les deux suivantes, « Le gouffre interdit » et « Les passe-montagnes » marquent une écriture à deux. 

Dès les premières pages, Desberg impose sa marque. Il ajoute une dose de suspense supplémentaire et n'hésitera pas à introduire un peu de fantastique plus tard. Certes, les histoires ont pris un petit coup de vieux, mais cela se laisse lire et les régulières apparitions de belles blondes filiformes dessinées par Will suffisent à elles seules à sauver ces récits du passé.

« Tif et Tondu, l'intégrale » (tome 8), Dupuis, 19 € 

jeudi 4 novembre 2010

BD - Cubitus, un chien universel


Il est des reprises compliquées. Un héros de bande dessinée, avant d'être universel, est la propriété de son créateur, sa chose. On y retrouve beaucoup de sa mentalité, de sa conception de la vie. Cubitus en est l'exemple type. Rares étaient ceux qui pensaient que ce gros chien au caractère bien trempé pouvait se passer de Dupa. 

Pourtant il est toujours là et force est de constater que Rodrigue (dessin) et Aucaigne (scénario) ont réussi à faire le lien. Cubitus, son maître Sémaphore et son ennemi le chat Sénéchal forment toujours ce triangle désopilant où chacun, à tour de rôle, ridiculise l'autre et rit de leurs déboires. Une série moins animalière qu'il n'y paraît car le chat, comme le chien, ont parfois des attitudes et des réactions plus humaines que les tristes bipèdes errant dans ces gags. 

C'est déjà le 6e recueil des « nouvelles aventures » et l'album se termine par une histoire complète parodiant King Kong, comme savait si bien le faire Dupa dont le talent n'aura jamais été reconnu à sa juste valeur.

« Les nouvelles aventures de Cubitus » (tome 6), Le Lombard, 9,95 €