lundi 12 janvier 2009

Thriller - Dantec survitaminé

Deux braqueurs en cavale, aux pouvoirs extraordinaires, sont les héros de ce roman de Maurice G. Dantec, de retour à ses premières amours.


Auteur détesté par certains, vénéré par d'autres, Maurice G. Dantec laisse rarement insensible. Ses rares apparitions publiques sont souvent folkloriques car l'homme n'a pas sa langue dans la poche. Sous des airs de chanteur rock, limite gothique, il aime provoquer les tièdes ou autres politiquement corrects en citant la bible et quantité de théories kabbalistes. Dans ses romans, c'est un peu le même topo. Vous ne trouverez pas de belle envolée lyrique ou de fin optimiste. Ce sera obligatoirement dérangeant et speed. Son nouveau roman au titre étonnamment long (« Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute ») mais se révélant harmonieux et facile à retenir, joue dans la catégorie des textes courts et parfois très terre-à-terre, en opposition avec d'autres productions comme « Cosmos Incorporated », long et très cérébral.

Cap au Sud

Dès la première page on se retrouve dans le feu de l'action. Le braquage d'une poste. Le héros, et narrateur, rempli un sac de billets et prend la fuite dans la voiture conduite par sa compagne, Karen. Le dernier hold-up de la série. Avec le pactole accumulé en quelques mois, ils ont bien l'intention d'aller vivre heureux et tranquilles dans un pays d'Asie du Sud-Est. Maurice G. Dantec va nous raconter par le menu leur cavale à travers l'Europe puis l'Afrique, dans ce futur proche qui nous pend au bout du nez si on n'y prend garde.

Le couple s'est connu dans un centre de rétention. Ils y avaient été enfermés car porteurs d'un neurovirus, supposé dangereux par des autorités sanitaires frileuses. « On ne savait rien du neurovirus qui nous bouffait le cerveau, Karen et moi, mais comme tous les autres malades atteints du syndrome de Schiron-Aldiss, je suppose, on faisait de ces putains de rêves hyperintenses (...), des fois hyperlumineux, extatiques, où on revoit nos ancêtres et nos amis morts, et d'autres fois où c'est les ténèbres, la destruction, le feu, la douleur, la terreur... »

Baston à Abidjan

Armés de fausses cartes d'identités, ils traversent la France puis l'Espagne pour atterrir au Maroc. Là, ils auront affaire avec un flic véreux qui cherchera à leur mettre des bâtons dans les roues. Karen découvrira alors que le neurovirus donne des moyens de tuer tout à fait nouveaux et étonnants. Et de communiquer avec une sorte de « grand tout », chapeauté par un jazzman, Albert Ayler, dont le fantôme hante la station Mir en train de s'enfoncer dans l'atmosphère terrestre, au grand désespoir de l'équipage. L'auteur va en profiter pour placer quelques unes de ses tirades mystiques, sans pour autant négliger la partie action du roman, comme cette baston entre le narrateur et un dealer sur un quai du port d'Abidjan : « J'ai contre-attaqué avec un enchaînement thaïe-boxe de Shaolin, knee kick à la Bruce Lee, avec le talon, juste derrière le genou de sa jambe d'appui – ça lui fait un mal fou et ça l'a stoppé net -, enchaînement direct avec un leading side kick, en plein dans le thorax... » Et cela continue comme cela durant quelques pages.

S'il n'a pas l'ampleur de ses derniers textes, ce roman de Maurice G. Dantec reste un excellent amuse-gueule, comme une gorgée pour goûter à ce grand cru de la littérature française. Si vous avez aimé, rassurez-vous, ses autres titres sont copieux, flamboyants et dantesques. Dans tous les sens du terme.

« Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute », Maurice G. Dantec, Albin Michel, 16 € 

dimanche 11 janvier 2009

BD - L'art de flâner selon Taniguchi


Si dessins animés et mangas japonais sont souvent associés à une certaine violence et frénésie d'action, tous les auteurs ne mangent pas de ce pain. A l'opposé de cette tendance, Jirô Taniguchi propose des histoires de tous les jours, marquées par une certaine nostalgie. 

« Le promeneur », sur des scénarios de Masayuki Kusumi, entraîne le lecteur dans les pas qu'un quadragénaire redécouvrant sa ville au gré de ses promenades. Des marches forcées au début car il vient de se faire voler son vélo. Rapidement il prend beaucoup de plaisir dans ces pérégrinations, à toute heure de la journée et même de la nuit. Avec lui on s'extasie devant une vieille boutique, une rue en pente, un vendeur de soques (ces chaussures traditionnelles). 

En fin de volume, Taniguchi explique son amour de la marche, de la promenade sans but : « J'ai le sentiment que, parmi les actions quotidiennes des humains, la marche est la plus naturelle. » Et une fois l'album terminé, vous ne pourrez vous empêcher de prendre un peu de temps pour redécouvrir, à pied, votre environnement...

« Le promeneur », Casterman, 15 € 

vendredi 9 janvier 2009

BD : Les auteurs de Largo Winch sortent la grosse artillerie


Comme nombre de séries lancées par Jean Van Hamme, Largo Winch remporte un important succès populaire. La BD dessinée par Philippe Francq devrait voir ses ventes encore progresser après le succès de l'adaptation ciné, toujours à l'affiche. « La voie et la vertu », 16e tome, est la seconde partie des aventures chinoises du milliardaire américain. 

Il est en fâcheuse posture. Obligé de dérober un manuscrit de Lao-tseu chez un riche industriel chinois, il est capturé sur le fait et emprisonné au Tibet, dans une cellule d'où il s'était déjà échappé quelques années auparavant. A Hong Kong, ses amis, Simon notamment, tentent de retrouver sa trace car de graves menaces pèsent sur le groupe W si son unique propriétaire ne réapparaît pas rapidement. 

Décors fouillés, action à toutes les cases, rebondissements : les auteurs sortent l'artillerie lourde pour une série qui ne semble pas sur le point de s'essouffler, même en ces temps de crise financière mondiale...

« Largo Winch » (tome 16), Dupuis, 10,40 € 

BD - Valentine est une râleuse congénitale


Si elle avait meilleur caractère, elle serait véritablement craquante cette Valentine imaginée par Anne Guillard. Un charme tout particulier qui s'explique (en fonction des goûts) par ses bourrelets, ses culottes trop petites, ses microbes ou son art de colporter des ragots. Une nana des années 2000, seule dans son appartement en désordre, cherchant du boulot et un amoureux. 

Cette BD d'un genre nouveau permet également à son auteur de faire une caricature virulente des magazines féminins, ses tests, ses conseils et ses publicités. Entre deux gags (la dominante de ce quatrième recueil est la facilité déconcertante de Valentine à attraper toutes les maladies contagieuses à 150 km à la ronde), vous pourrez lire l'interview de la « championne du monde de 400 m rage libre », découvrir les nouvelles tendances que sont les « Grippe party » ou le courrier des râleuses (Electra demande comment éviter de devoir, tous les matins, « faire la bise à tous mes collègues. Surtout les gros moches pas rasés »).

« Valentine » (tome 4), Vents d'Ouest, 9,40 € 

jeudi 8 janvier 2009

Chronique politique - Nicolas Ier, deuxième

Patrick Rambaud propose un second volet de sa chronique acide et caustique du "règne de Nicolas Ier".


Pamphlet sans concession, moquerie argumentée, méchanceté assumée : ces 175 pages habilement troussées par un Patrick Rambaud au sommet de sa raillerie remettent la présidence de Nicolas Sarkozy dans une perspective totalement différente de l'image véhiculée par les médias. Certes l'auteur ne le nomme jamais, mais on le reconnaît dans chacun des titres pompeux qu'il l'affuble toutes les trois pages. Florilège : « Notre Foudroyant Monarque, Notre Electrique Souverain, Notre Grandiose Leader, Notre Terrible Seigneur, Notre Roublarde Majesté... »

Patrick Rambaud reprend donc le récit du règne au début 2008. Avec l'arrivée d'un nouveau personnage principal qui va encore plus donner de relief à ce texte. Il fallait remplacer l'Impératrice disparue (Cécilia). Un rôle dévolu à la comtesse Bruni, « qui souriait en professionnelle comme une princesse de roman-photo italien », devenant rapidement "Madame". Cette romance semble avoir pour unique but de faire oublier les désillusions du peuple qui gronde de plus en plus.

L'empereur Nicolas Ier semble cependant réellement attiré par l'intrigante italienne. Pour preuve cette réflexion au lendemain de sa première rencontre : « Elle est pétée de thunes ! » C'est une des autres constances de ce pamphlet, quand il parle, "Notre Nervosité Intense" est d'une extrême vulgarité.

« Narcisse and Co »

Vient enfin le mariage, discret, mais savamment caché pour en faire un événement de première importance. La Carlamania est décortiquée par un Patrick Rambaud sceptique sur cette trop belle histoire d'amour. Elle de gauche, lui de droite. Ils vont s'influencer, devenant meilleurs... Que nenni, pour l'auteur ce n'est qu'une double opération de communication : « On eût dit que Madame et Lui avaient signé un pacte et monté une société qu'on aurait pu nommer la Narcisse and Co. Ils s'aimaient beaucoup, mais d'abord eux-mêmes, et se célébraient l'un l'autre. Sa Majesté vantait à la moindre occasion la beauté extrême et l'étincelante intelligence de Madame, et Madame expliquait au monde entier les vertus et le brillant de Notre Prince Charmant, si travailleur, si tendre, si rapide."

Une année qui ne fut pas de tout repos pour "Notre Vorace Souverain". En France la situation se dégrade. Difficile de tenter de se glorifier quand le prix de l'essence explose, les usines ferment et les taxis manifestent. Il tente de se refaire à l'international. Une bonne propagande le présente comme le sauveur du monde. Mais selon Patrick Rambaud, "Notre Sautillant Monarque" semble plutôt être la risée des dirigeants des autres nations.

Cette deuxième chronique s'achève en octobre, alors que la crise mondiale de la finance éclatait, en raison des agissements « des milieux d'affaire que choyait Notre Majesté ». « Comment Notre Hardi Monarque allait-il empêcher la dérive puis le naufrage ? » En excellent feuilletoniste, Patrick Rambaud annonce un troisième épisode que l'on espère aussi croustillant et politiquement incorrect.

« Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier », Patrick Rambaud, Grasset, 13,50 €

mercredi 7 janvier 2009

BD - Capricorne rêve en cage


Si certains dessinateurs ont la fâcheuse tendance de se reposer sur leurs lauriers et de ne plus quitter un style dès que le succès est au rendez-vous, d'autres ne peuvent s'empêcher de s'imposer des contraintes pour tenter d'améliorer leur créativité. 

Le maître absolu de ce style de travail est Andréas. Le créateur de Rork a tout tenté en matière de narration et de mise en page. Enfin presque car à chaque album, il trouve une nouveauté à expérimenter. Le 13e tome de la série Capricorne ne déroge pas à la règle. Chaque planche est découpée en un damier de 20 carrés égaux séparés dans d'épais filets noirs. Le héros a ainsi l'impression de se retrouver derrière les grilles d'une cage. 

Cet exercice de style sur l'enfermement revisite la série fantastique. L'intrigue n'avance guère, mais le résultat, virtuose et beau, se laisse admirer.

"Capricorne" (tome 13), Le Lombard, 10,40 euros 

mardi 6 janvier 2009

BD - Fin de parcours dans les étoiles pour Lanfeust


Huit albums en huit ans : avec une remarquable régularité, Arleston (scénario) et Tarquin (dessin) ont mené à bien le second cycle des aventures de Lanfeust. 

L'intrépide héros a découvert la planète Merrion et son tyran local, le Prince Delhuu. Il a également fait une éclipse dans le temps, retrouvant sa belle fiancée, Cixi, mère d'un certain Glin, son fils, déjà adulte. Dans ce dernier opus, la petite bande (Hébus le troll et Swiip, l'extraterrestre) décide de rejoindre la planète principale. A court d'argent, ils se font embaucher sur vaisseau de croisière de luxe. Une première partie truffée de gags où Arleston s'en donne à cœur joie. 

La fin de l'album est plus sérieuse, avec un final en apothéose. Mais que les mordus se rassurent, un 3e cycle est en préparation.

"Lanfeust des étoiles" (tome 8), Soleil, 12,90 euros

lundi 5 janvier 2009

BD - Les aventures de Sillage en version courtes


La série Sillage de Jean-David Morvan et Philippe Buchet continue son bonhomme de chemin dans l'espace intersidéral. La jeune Nävis, dernière représentante de l'espèce humaine, en plus de ses grandes aventures, est l'héroïne de récits courts réalisés par différents auteurs qui peuvent ainsi donner leur vision de cet univers de science-fiction. 

Le sixième recueil nous donne l'occasion de retrouver avec grand plaisir la signature de Marc Wasterlain, créateur du Dr Poche et de Jeannette Pointu. Il illustre une transe de Nävis dans laquelle elle découvre qu'il existe un après la mort. 

Tébo propose un voyage comique alors qu'Aude Picault se penche sur le désir de maternité de Nävis, à peine adolescente.

"Les Chroniques de Sillage" (tome 6), Delcourt, 12,90 euros 

dimanche 4 janvier 2009

Roman - Inépuisable île au trésor

Pierre Pelot propose une version modernisée et futuriste du mythique roman d'aventures de Stevenson.

Rares sont les romans ayant obtenu une telle renommée. « L'île au trésor » de Robert Louis Stevenson est devenu l'exemple même du roman d'aventures. Dans sa trame, ses personnages, ses décors : tout frise la perfection, le parfait enchaînement. Qui n'a pas rêvé en découvrant ce texte être à la place du jeune Jim quand le grand souffle de l'aventure le fait partir vers des horizons inconnus ? Un roman qui passionne les lecteurs depuis des décennies mais également les auteurs. Pour preuve cette version modernisée signée de Pierre Pelot.

Il n'a pas pas changé le titre, se contentant de transposer cette histoire de pirates dans un futur proche. Un futur peu reluisant. Jim vit chez sa tante, Sally-Sea et le compagnon de cette dernière, Trelawey. Ils ont une auberge sur une île des Caraïbes. Une île ayant considérablement diminué de surface depuis la « Grande surprise ». Un terme assez poétique pour désigner la brusque montée de eaux des océans, annoncée par les scientifiques, mais pas si vite... Pierre Pelot joue sciemment le mélange des genres dans ce récit fidèle à l'original mais avec un soupçon d'écologie et d'anticipation.

Silver et les guérilleros

Tout commence pour Jim quand le capitaine Billy Bones débarque à la taverne. Un soir d'ouragan, alors que le vent détruit tout sur son passage, l'homme apparaît sur le chemin boueux : « L'espace d'une seconde on découvrit son visage aux traits marqués ruisselants, noueux, ses yeux agrandis presque anormalement globuleux, sa bouche ouverte sur un cri stupéfait qui découvrait ses dents, ses incisives, si fortement écartées qu'on aurait pu penser qu'il lui en manquait une sur deux. » Il ne s'en doute pas encore, mais l'aventure vient de faire une entrée remarquée dans la vie de Jim. Il devient le confident de Bones, apprend l'existence d'une carte au trésor de la bouche même de l'homme qui ne cesse de l'interroger sur sa tante et sa soeur jumelle, la mère de Jim.

Ensuite ce sera le départ et l'arrivée de nombreux protagonistes, de Silver à Flint au doc Calvino en passant par des guérilleros boliviens, petit grain de sel de Pierre Pelot. L'auteur français, ayant à son actif une multitude de romans, de la SF au polar en passant par le western a visiblement pris beaucoup de plaisir à revisiter ce classique. Le lecteur aussi...

« L'île au trésor », Pierre Pelot, Calmann-Lévy, 18 € 

samedi 3 janvier 2009

BD - Mauvais temps avec Prométhée de Bec


Christophe Bec, dessinateur originaire de l'Aveyron, est devenu en une dizaine d'années une valeur sûre de la BD fantastique et de science-fiction. 

Ses dessins hyper-réalistes alliés à une mise en page et un découpage très cinématographiques lui ont permis de toucher un public jeune et branché. Il a quitté les Humanoïdes Associés pour se recentrer sur la maison qui l'a fait débuter : Soleil. En plus de la réédition d'anciennes séries mises en stand-by (« Pandemonium » ou « Le temps des loups »), il revient à la SF avec le premier tome de « Prométhée ». 

Une ouverture prometteuse, avec une multitudes de personnages et de situations exceptionnelles qui ont le don de passionner le lecteur. Le 21 septembre 2019, à 13 h 13, toutes les horloges et montres de la planète s'arrêtent durant trois heures. Un premier signe inquiétant avant la disparition de la navette Atlantis en plein décollage puis la chute de centaines d'avions. Toujours à 13 h 13... 

Une action contemporaine que Christophe Bec met en parallèle avec l'histoire de Prométhée. Parfaitement maîtrisé, palpitant, cet album devrait passionner de nombreux lecteurs ayant déjà apprécié « Zéro absolu » ou « Sanctuaire ».

« Prométhée » (tome 1), Soleil, 12,90 €