lundi 15 septembre 2008

BD - Le regard décalé et rieur de Titeuf

Zep a retrouvé toute la verve de ses débuts. Son héros Titeuf est à la recherche du « sens de la vie ».


Même Amélie Nothomb est loin, très loin derrière. A chaque rentrée littéraire c'est la même histoire. Face aux « gros tirages » des stars de l'édition française, il y a les « énormes tirages » des best sellers de la bande dessinée. Quand ce n'est pas Astérix, c'est Titeuf qui remet les pendules à l'heure. Cette année, le copain préféré de tous les écoliers se penche sur le « Sens de la vie », titre de son 12e recueil de gags. En exercice dans lequel Zep est indéniablement un maître. 

Le sens de la vie, c'est le père de Titeuf qui l'a perdu. Victime des délocalisations il se retrouve au chômage et plonge en pleine dépression. Une drôle de maladie selon Titeuf : « Il est tout le temps fatigué. Il reste assis sans bouger pendant des heures ». Mais ce que remarque surtout Titeuf c'est « son haleine qui sent le pourri... Mais c'est à cause des effets secondaire de ses médicaments ». L'avantage d'avoir un papa dépressif, en cas de mauvaise note, c'est qu'il signe votre devoir sans même remarquer l'infamant 2/10. Une dépression cela guette tout le monde. Zep n'occulte pas ce fait de société. Il parvient simplement à le détourner grâce au regard de Titeuf. 

Un enfant qui a l'art de voir le détail qui tue. Un enfant qui grandit voyant, avec angoisse, approcher l'adolescence. La puberté, cet état horrible qui se traduit par des boutons sur le nez, avoir de la moustache, des poils et un gros zizi. Et les rapports avec les filles changent. Il faut les embrasser, faire des bisous avec la langue, mélanger sa salive... 

Titeuf n'est pas encore prêt, pour preuve il trouve cela dégoûtant. A noter dans cette thématique, un joli hommage de Titeuf (page 10) à Bidouille et Violette de Bernard Hislaire, les deux premiers héros du journal de Spirou qui se sont embrassés (sur la bouche) dans les pages de cet hebdo très prude. C'était dans les années 80. La société a beaucoup évolué depuis. Titeuf a surfé sur la vague, accélérant certainement le mouvement.

« Titeuf, le sens de la vie » (tome 12) de Zep. Editions Glénat. 9,40 euros.

dimanche 14 septembre 2008

Roman - Deux femmes unies

Ce roman passant au crible les relations entre mère et fille se déroule dans le milieu de la mode qui ne laisse pourtant que peu de place aux sentiments.


Quels liens unissent une mère à sa fille ? Des liens si forts qu'ils résistent aux années, aux mariages et grossesses. Eliette Abécassis, en 170 pages écrites avec les tripes, tente de trouver des réponses dans ce miracle de la maternité. Mais ce sont avant tout des sentiments qu'elle met en lumière, souvent contradictoires, ambivalents, jamais simples. Nathalie est la fille de Sonia. Sonia qui est à la tête d'un empire. Elle a révolutionné la mode à ses débuts. A fait prospéré son entreprise. Nathalie est naturellement en train de prendre la relève.

La romancière, pour faire passer les doutes et déchirement des deux femmes, les plonge dans un milieu artistique et culturel aisé. Même si ce n'est pas évident, Eliette Abécassis étant parfois très dure pour cette activité plus économique que créative. « La mode, écrit-elle. Le milieu le plus superficiel qui soit, le plus frivole, le plus aléatoire, le plus léger. La mode, le lieu sans signification. Passer des heures à discuter d'une longueur, d'un bouton, d'un pli ; quelle importance ? Chercher, traquer la beauté, mais pourquoi ? Pour quelle obscure raison poursuivre le règne de l'apparence ? »

Tristes mannequins « squelettiques »

La description de ce milieu parasite parfois le fond du roman. Sonia, rousse, fantasque, entreprenante, fière d'être Juive et Française, parfois imbue de son succès, mène la vie dure à sa file. Nathalie est longtemps restée la technocrate. Certes, comme sa mère, elle a participé à des défilés, les mettant même en scène, mais sa véritable efficacité a toujours été dans les alcôves financières.

Des défilés que Nathalie apprécient peu, encore moins les mannequins désincarnés qui marchent au pas sur les podiums : « A les regarder de près, aucune n'est vraiment belle, de celles qui représentent la beauté idéale. Traits anguleux, jambes maigres, silhouettes squelettiques, extrême maigreur, effrayante, angoissante, car elle signifie le contrôle, le jeûne, la privation. La beauté, l'insaisissable beauté, où est-elle ? Dans la femme maigre, androgyne, longiligne ou dans la femme opulente ? Qui le décide, et pourquoi ? »

Grossesse inversée

Aujourd'hui Nathalie voudrait reprendre l'affaire à son compte. C'est presque la guerre avec sa mère qui ne veut pas céder les rênes créatrices de la maison de couture. Le roman va reculer dans le temps, chaque chapitre verra les deux protagonistes rajeunir. On comprendra pourquoi Sonia est à la tête de son empire, comment Nathalie a gravi les échelons sans jamais pouvoir se débarrasser de l'influence de la femme qui l'a mise au monde.

Un long cheminement qui a donc commencé quand Sonia était enceinte. Et tout le dilemme de ce roman se retrouve dans ce passage, quand Nathalie s'interroge : « Ma mère, mon miroir. Mon souci de chaque instant. Je suis pleine de toi comme tu étais pleine de moi. » Une grossesse inversée, fil conducteur de ce roman qui, tout en se passant dans un milieu superficiel, n'en aborde pas moins une thématique de fond qui ne peut que concerner toutes les mères, filles, pères et fils de la planète, depuis que le monde est monde.

« Mère et fille, un roman », Eliette Abécassis, Albin Michel, 15,90 € 

samedi 13 septembre 2008

BD - Casse-tête pour Havank


Pour les amateurs de ligne claire et de BD franco-belge, la parution de cet album est une véritable révélation. L'éditeur explique qu'il a découvert aux Pays-Bas le chaînon manquant entre Tillieux (Gil Jourdan) et Franquin (Spirou et Gaston). Ce dessinateur hors-pair c'est Danier, Dan Jippes de son vrai nom. 

Cet album, paru pour la première fois en 1966 dans sa version originale, raconte les aventures de Havank, inspecteur de sécurité intérieure et justicier « défenseur de la veuve et de l'orphelin, mieux connu sous le nom de 'Ombre ». Sur une Côte d'Azur de pacotille, le policier a l'humour ravageur, la nonchalance contagieuse et la déduction infaillible. Il est sur la piste d'un document qui pourrait changer l'équilibre politique de l'Europe. Dans cette station balnéaire, il va croiser la route de quantité de personnages ayant l'air de gens normaux (auto-stoppeur, journaliste, pétanqueur...) mais qui se révèlent être des espions recherchant la même chose que lui. 

On reste en admiration devant la perfection des dessins, des courses poursuites en voiture, du dénouement final et du côté iconoclaste du héros qui fume le cigare, un béret sur la tête...

« Une aventure de Havank » (tome 1), Glénat, 9,40 € 

vendredi 12 septembre 2008

BD - Ducobu, enfin premier de la classe ?


Depuis une douzaine d'année, l'élève Ducobu est au rendez-vous de la rentrée scolaire. Pour la 14e fois, il redouble et se retrouve dans la même classe, voisin de la redoutable Noémie Gratin et Monsieur Latouche son instituteur en blouse grise. Il est toujours le cancre préféré de tous les écoliers et collégiens de France et de Belgique. Une série qui ne cesse de progresser côté ventes. 

Pourtant Zidrou, le scénariste, reste sur son gimmick du début. Ducobu, incapable de se souvenir des tables de multiplication (ou une récitation), est toujours à la recherche d'une astuce pour tricher. Soi en se préparant des antisèches, soit en copiant sur Noémie qui ne le supporte pas. Sous forme de gags et parfois d'histoires complètes, Godi met en image ce petit monde qu'il maîtrise parfaitement au bout de son crayon. Godi, on ne le dira jamais assez, qui a longtemps galéré dans les pages des hebdos pour jeunes. 

Il était sur le point de tout arrêter quand il a été sollicité pour dessiner Ducobu. Résultat, il est maintenant édité à plusieurs millions d'exemplaires et son héros est un des piliers du Journal de Mickey. Et Ducobu plait également aux gens sérieux puisque Fleurus vient de publier un très sérieux « Guide de Ducobu de l'école », très instructif et distrayant.

« L'élève Ducobu » (tome 14), Le Lombard, 9,25 €

« Le guide Ducobu de l'école », Fleurus, 17 € 

jeudi 11 septembre 2008

BD - L'homme qui est mort deux fois


Pas évident de jouer un double jeu. Ethan Ringler a des prédispositions puisqu'il est fils d'un riche Anglais et d'une indienne d'Amérique. Quand il revient à New York, il devient agent fédéral. Sa mission : infiltrer un gang de malfaiteurs. Le jeune métis va rapidement se retrouver avec de nombreux cas de conscience. Tout en obéissant à son chef direct au FBI, il doit rendre des comptes aux truands qui ne croient pas aux bonnes paroles. Seuls les actes comptent. Actes violents. 

Dans ce quatrième tome, Ethan est à un tournant de sa vie. Sa couverture est sur le point d'être découverte. Le patron du gang, sous les verrous, est menacé par un témoin ayant accepté de le charger. Il ne reste que peu de temps à ses hommes pour éliminer le bavard. Dans l'assaut de la maison occupée par les membres du FBI, chargés de surveiller le témoin, Ethan est en première ligne. Va-t-il devoir tuer ses collègues, voire son chef ?

Filippi, le scénariste, a poussé au maximum le héros dans ses retranchements. Il est tiraillé entre la loi et le désordre mais aussi entre deux femmes et ses origines. Le volet indien est d'ailleurs le plus intéressant dans cette histoire de quête d'identité. Mezzomo, au dessin, est exemplaire dans la reconstitution de l'Amérique de la fin du XIXe siècle.

« Ethan Ringler » (tome 4), Dupuis, 10,40 € 

mercredi 10 septembre 2008

BD - Le fantôme de Mimsy


Troisième et dernier tome du premier cycle des aventures de Double Gauche. Dustin, né avec deux mains gauches, découvre que cette seconde main a des pouvoirs extraordinaire. Si au début il changeait tout ce qu'elle touchait en bois, il est parvenu, à force de concentration, a transformer le bois en or. Résultat, Dustin est devenu Goldfinger, riche magnat à la fortune colossale et semblant sans fin. Il conquiert la ville de Sinistropolis. 

Mais en rencontrant Mimsy, la seule femme qui l'ait aidé quand il était un orphelin battu, il comprend que son pouvoir est vain. Il se jure de ne jamais plus utiliser les pouvoirs de sa main gauche et part à la recherche de Mimsy. Il l'avait déjà fait, quelques années auparavant. Une quête qui l'avait conduit à Paris, dans l'atelier de Rodin. La belle Américaine lui sert de modèle. Dustin achète un buste inachevé, tente de la séduire mais sans résultat. Déçu, c'est après cette expérience qu'il s'est abimé dans le luxe et la débauche.

Dans ce troisième volet, toujours dessiné par Formosa qui signe avec cette série son retour à la BD après quelques années d'absences, Corbeyran dévoile d'où vient le pouvoir de Dustin. Une révélation qui n'empêche pas le héros de douter de sa réelle « chance ».

« Double gauche » (tome 3), Dargaud, 13 € 

mardi 9 septembre 2008

BD - Énorme erreur


Racontée à la première personne, cette BD parue dans la collection Grand Angle de chez Bamboo est particulièrement noire. Le héros explique comment il a passé sa carrière professionnelle à côtoyer des monstres. 

Dessinateur judiciaire, il a « crobardé » les pires tueurs de ces 20 dernières années. Un job comme un autre jusqu'au jour où sa fille, Caroline, est violée dans un train de banlieue. Quelques semaines plus tard, elle se suicide par pendaison. Le dessinateur troque son crayon pour un pistolet et abat un premier criminel qui vient juste d'être libéré. Le premier d'une liste qui s'annonce sans fin. 

Premier album de Trolley au dessin aidé par deux scénaristes très expérimentés : Erroc et Dimberton.

« Le dessinateur » (tome 1), Bamboo, 12,901 € 

lundi 8 septembre 2008

BD - Petite vengeance


Mauvais temps pour Ben Koch. Dans le New York de 1939, un homme habillé en rouge est à ses trousses. Il vient d'Espagne. Il aurait connu Ben durant la guerre, quand il faisait partie des brigades internationales parties au secours des Républicains acculés par les Franquistes. L'homme en rouge descend dans une pension dont le propriétaire, Red, était un ami de Ben. 

Par son intermédiaire, les deux auteurs, Cava (scénario) et Segui (dessin), retracent le premier séjour de Ben, son engagement dans le parti communiste clandestin et comment il s'est embarqué vers l'Europe. De grands chapitres pour un récit infernal avec au final un fantastique coup de théâtre.

« Les serpents aveugles », Dargaud, 15 €

dimanche 7 septembre 2008

BD - Minuscules vies racontées par Gibrat et Durieux


Philippe a 53 ans. Ce père de famille reçoit un vélo tout terrain pour son anniversaire. Et un coup de fil de sa boite. Il est viré. Victime de la mondialisation et des pratiques peu orthodoxes de son patron. Rapidement il se retrouve à la rue sans indemnité ni chômage. Il va sombrer dans la dépression et l'alcoolisme. 

Mais avec l'aide d'un ami toubib, il va trouver l'occasion de rebondir. Pour une fois il ne sera pas du côté des gens honnêtes... 

Gibrat a signé un scénario sensible et ancré dans la triste réalité de notre pays. Il l'a confié à Durieux qui, avec simplicité et élégance, fait vivre ces personnages attachants dans lesquels on peut si facilement se reconnaître.

« Les gens honnêtes » (tome 1), Dupuis, 14 € (Il existe une édition limitée avec un cahier graphique supplémentaire en fin de volume à 18 €) 

samedi 6 septembre 2008

BD - La fille d'Alain Bignon sur la route du bonheur

Traverser l'Amérique du Sud en vélo, profitant du périple pour rencontrer des auteurs de BD locaux. Ce pari fou, c'est Pauline Bignon qui l'a relevé. Cette jeune étudiante est la fille d'Alain Bignon, dessinateur trop tôt disparu. En plus de raconter son périple, elle a sollicité des dessinateurs européens, ayant connu son père, et les auteurs américains sur ce thème simple mais pas évident à illustrer : « Dessine-moi le bonheur ». 

L'ensemble de cette démarche se retrouve dans cet album souple de 48 pages avec un générique francophone prestigieux, de Juillard à Lepage en passant par Léo et Cabanes. 

Sans vouloir classer ces histoires courtes de quatre pages, celle de Lepage, notamment le passage sur la naissance de son premier enfant, respire effectivement le bonheur. Emmanuel Lepage qui signe également la couverture. 

La version de Léo et Rodolphe (qui ressuscitent au passage le personnage de Trent) plus classique n'en reste pas très humaine. Côté américain, c'est une véritable découverte qui est proposée aux lecteurs. Celle de Pablo de Santis (scénario) et Juan Saenz Valiente (dessin) émerge nettement du lot. L'histoire d'un romancier en panne d'inspiration, qui finalement rencontre le succès en achetant « la plume des histoires tristes ». Il sombre dans la dépression et la solitude, mais avoue au final qu'il « n'y a pas de plus grand bonheur que d'écrire des histoires tristes ».

« Dessine-moi le bonheur », Dargaud, 10,40 €