vendredi 4 juillet 2008

Thriller - Terreur aux antipodes

Le nouveau thriller de Maxime Chattam se déroule dans deux lieux clos : l'observatoire du Pic du Midi et l'île de Fatu Hiva au Marquises.


Envie de vous faire une petite peur durant vos prochaines vacances ? Plongez dans le nouveau roman de Maxime Chattam. Mais attention, la petite peur pourrait rapidement se transformer en gros cauchemar tant cet expert de la littérature de l'effroi parvient à transformer la moindre scène en source de frissons. Cela commence comme un roman politique et scientifique. Dans un futur proche, la Commission européenne, beaucoup plus puissante et autonome qu'actuellement, découvre qu'un de ses membres détourne des fonds pour financer des recherches dans deux lieux situés aux antipodes l'un de l'autre : l'observatoire du Pic du Midi dans le Pyrénées et l'île de Fatu Hiva aux Marquises en Polynésie française.
Une équipe d'enquêteurs est formée, menée par un certain Gerland, secret et déterminé. Il s'adjoint l'aide de trois chercheurs, les trois héros qui feront découvrir au lecteur l'inimaginable. Emma DeVonck, "grande, brune, les cheveux si épais qu'ils formaient une toison indomptable tombant sur ses épaules", docteur en paléoanthropologie, son mari, Peter, biologiste et généticien et le frère d'Emma, Benjamin, sociologue en dynamique comportementale.

Deux lieux symboliques
Emma s'envole pour l'Océan Pacifique alors que les deux hommes rejoignent le Pic du Midi. Ces deux lieux, isolés, coupés du monde, vont être le théâtre de phénomènes aussi étranges qu'angoissants. Et l'auteur de planter le décor, insistant sur le côté extraordinaire. Le pic du Midi : "L'ouvrage de pierre s'accrochait sur le bord de la falaise, ses fenêtres et ses terrasses suspendues dominaient un gouffre béant sous le soleil aveuglant. On ne pouvait que ressentir une première impression mêlée d'effroi et d'admiration. Une promesse à la fois de vertige et de poésie." Toute aussi dramatique l'arrivée d'Emma au large de Fatu Hiva, en bateau, en pleine nuit. "La lune apparut pendant quelques minutes, entre deux rubans de nuages noirs. Elle souligna les milliers de creux que formait la mer devant eux et soudain, l'immense masse de Fatu Hiva déchira l'horizon jusque-là aveugle. L'île était tout sauf accueillante. Ses falaises dominées par des crêtes acérées la faisaient ressembler à une mâchoire sortie des flots. Une mâchoire monstrueuse vers laquelle ils fonçaient."

Terreur à l'état pur
Si sur le Pic du Midi les deux chercheurs sont isolés, ils ont cependant de la compagnie. Notamment d'autres scientifiques qui seraient employés à la vérification de prétendus brevets. Un huis clos tendu se met en place, avec une véritable enquête policière pour découvrir ce qui se trame exactement. Par contre, sur l'île, c'est la terreur à l'état pur. Emma, accompagnée du marin chargé de la conduire sur place, découvre un village désert, avec simplement des traces de sang dans la rue, de nombreuses douilles et des dizaines de chiens morts, comme déchiquetés par un fauve en furie. Et la nuit, barricadés dans une maison, ils sont attaqués : "On frappa encore, et encore, jusqu'à briser des lattes pour découvrir les planches de bois qui scellaient les fenêtre. Emma fut contente de ne pas distinguer la silhouette qui les agressait. A ce moment de la nuit, elle ne voulait rien voir, tout ce qu'elle espérait c'était que la chose parte. Qu'elle s'éloigne."
Il ne faut pas en dire plus, pour ne pas déflorer le suspense et les surprises, nombreuses tout au long de ce roman très rythmé. Sachez simplement que l'auteur a beaucoup étudié la mentalité des tueurs en série pour inventer cette intrigue terrifiante.

« La théorie Gaïa », Maxime Chattam, Albin Michel, 22 € 

jeudi 3 juillet 2008

BD - Bouncer et la veuve noire


Bouncer, le manchot, ne se destinait pas à une carrière à la Blueberry. Jodorowsky (scénario) et Boucq (dessin) pensaient plutôt à une série terminée en deux tomes. Simple, juste l'occasion de montrer l'Ouest américain dans toute son exagération. Le succès aidant, un second cycle a vu le jour, en trois albums. 

Et c'est aujourd'hui un troisième cycle qui débute. « La veuve noire » est une riche propriétaire qui semble vouloir faire le bien de la ville de Barro City. Ses ambitions sont tout autres. Bouncer lui est toujours dans son bar. De gardien il est devenu patron. Toujours aussi bon tireur, il n'hésite pas à jouer d ela gâchette. Pour relancer l'intérêt du lecteur, Jodorowsky a imaginé une nouvelle galerie de personnages. 

Tous plus réussis les un que les autres. De la prude institutrice avançant masquée à la fille du vieil indien alcolique, sauvée du viol par Bouncer en passant par un incroyable tueur, Axe-Head. Ce colosse a une hache enfoncée dans le crâne. L'enlever le tuerait. Et ses maux de tête lui déclenchent de redoutables accès de violence. 

Une histoire passionnante servie par un dessin de plus en plus abouti. Boucq est définitivement l'égal des plus grands.

« Bouncer » (tome 6), Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

mercredi 2 juillet 2008

BD - Le mystère de Baharia et le professeur Challenger


Le professeur Challenger, héros librement inspiré des romans de Conan Doyle, revient chez Casterman après avoir vécu une première aventure, « Le monde perdu de Maple White », en deux tomes chez un autre éditeur. Ventripotent, barbu, très poilu, imbu de sa personne, il a été la risée de la communauté scientifique quand il affirmé à Londres avoir découvert des dinosaures vivants. 

Cette fois, il se lance à la poursuite d'une civilisation cachée en Egypte. Exactement c'est l'égyptologue français Lempereur qui part en expédition. Challenger voudrait être de l'aventure, mais le chercheur français, prétentieux comme il se doit, refuse catégoriquement. Scénarisées par Laurence Tramaux, ces nouvelles aventures conduit le lecteur au pied des pyramides égyptiennes puis dans la vallée des rois, là où se trouve le passage, souterrain, permettant d'aller au-delà du Fleuve des morts. 

Patrick Deubelbeiss, le dessinateur, semble très à l'aise dans ces séries fleurant bon le feuilleton extravagant de la fin du 19e siècle. Son trait, entre réalisme et ligne claire expressive, est tout à fait adapté à ces rocambolesques péripéties exotiques.

« Les mondes perdus de Conan Doyle » (tome 1), Casterman, 11,50 € 

mardi 1 juillet 2008

BD - La fille de la toundra


Voilà une série qui est menée à 100 à l'heure par un scénariste qui n'a jamais caché sa passion pour le sport automobile. Daniel Pecqueur, après le succès de Golden City, s'est lancé dans cette « séquelle » retraçant une folle course à travers toute la planète. 

Dans ce quatrième tome, toujours dessiné par Henriet, le lecteur retrouve le jeune pilote Daytona en mauvaise posture. En pleine toundra, au coeur de la Sibérie, il est tombé dans une rivière glacée. Heureusement, une jeune autochtone le sauve et le soigne. Ce préambule n'est cependant pas le plus important de l'album. C'est du côté de Borano, détective privé, que l'action progresse le plus. 

Chargé par un milliardaire de retrouvé sa fille, otage d'écologistes extrémistes, il se rendra sur une île déserte des Aléoutiennes pour la délivrer. Action, coup de théâtre, le tout dans des situations extrêmes. Et pour maintenir le suspense à son maximum, Pecqueur relance l'intérêt de la course avec l'enlèvement, en Chine, de deux jeunes et jolies concurrentes. 

Ça va vite, c'est distrayant, tout en délivrant un message sur l'écologie et l'avenir de la planète. De la bonne ouvrage, exemplaire de la collection « Série B ».

« Golden Cup » (tome 4), Delcourt, 12,90 € 

lundi 30 juin 2008

BD - Adler, un électron libre, comme René Sterne


René Sterne, comme son héros Adler, a toujours privilégié sa liberté au succès ou au conformisme. Après quelques années dans les habits étriqués de professeur, il a changé de voie. A l'image de sa compagne, Chantal de Spiegeleer, il est devenu auteur de BD. Son héros, Adler, est un aviateur allemand qui a préféré déserté quand Hitler s'est révélé sous son vrai jour. Un déserteur aventurier et vagabond. Sterne, mort il y a deux ans à 54 ans, lui a consacré dix albums. Dans une édition intégrale de très belle facture, voici les cinq premières aventures d'Adler. Un dessin épuré, des scénarios très humains, l'occasion de redécouvrir ce grand auteur qui aurait du reprendre le dessin de Blake et Mortimer à la suite de Ted Benoît.

« Adler » (intégrale, tome 1), Le Lombard, 47 euros 

dimanche 29 juin 2008

BD - Triste futur décrit dans "SOS Bonheur"


Pour les 20 ans de la collection Aire Libre de chez Dupuis, la maison d'édition belge ressort quelques uns de ses fleurons. Après Cosey et avant Gibrat, voici l'intégrale de SOS Bonheur, récit d'anticipation de Van Hamme mis en images par Griffo qui signait sa première BD réaliste. Le scénariste, longtemps cadre dans une multinationale, a profité de son expérience pour imaginer une société déshumanisée ou l'Etat providence offre à tous son lot de bonheur. Bonheur officiel, bonheur programmé. En quelques courts chapitres puis un long récit, les auteurs expliquent que ce beau rêve peut se transformer en cauchemar absolu. A l'ère du tout numérique, ce récit vieux de 20 ans, est toujours d'actualité. 

« SOS Bonheur » (intégrale), Dupuis, 32,50 euros

samedi 28 juin 2008

BD - Amour captif


Un homme, une femme. Ils sont voisins. Tous les deux divorcés, avec enfants à charge. Le matin, le père conduit sa voisine à l'école. Il se trouve que c'est l'institutrice de sa fille. Elle lui plaît. Il n'ose pas lui dire. Jusqu'au jour où ils arrivent en retard. Dans la classe, un homme cagoulé, ceinturé d'explosifs, a pris en otage cette classe de maternelle d'une banlieue chic. L'homme et la femme, otages eux aussi, vont passer 48 heures ensemble. 48 heures de peur et de passion. 

Cette nouvelle de Jean-Philippe Djian (qui reparaît en même temps chez Folio), est adaptée par Jean-Philippe Peyraud. D'un faits divers encore dans les mémoires, ils font une superbe histoire d'amour.

« Mise en bouche », Futuropolis, 19 euros 

vendredi 27 juin 2008

BD - Pico Bogue se raconte dans "La vie et moi"


Méfiez-vous des petits rouquins, ils sont souvent très insolents. C'est le cas de Pico Bogue, petit garçon imaginé par Dominique Roques et Alexis Dormal. Les deux auteurs, qui sont mère et fils, cela ne s'invente pas, ont un peu réinventé l'univers du Petit Nicoles, l'impertinence en plus. Pica est donc l'aîné de la famille. Avant l'arrivée de sa petite sœur Ana Ana, il était « fils unique. » et d'expliquer à un copain de classe « Tu sais ce que ça veut dire, fils unique ? Que mes parents m'adoraient comme un dieu ! » 

Pourtant il l'aime quand même cette petite sœur, parfois un naïve, toujours gentille comme quand elle lui offre des abricots secs, par exemple. Pico Bogue, pose des questions, mais a souvent réponse à tout. Quelle que soit la situation où, à priori, sa mère ou son père ont raison, il veut avoir le dernier mot. Et c'est tout le charme de cette série de gags car Pico, malgré sa petite taille et ses mots d'enfants, tient des raisonnements que de grand philosophes ne renieraient pas. 

Un décalage étonnant au début, séduisant ensuite, hilarant parfois. Un nouveau héros qui bénéficie d'un dessin très fluide : Alexis Dormal, après avoir étudié la réalisation au cinéma et à la télévision en Belgique, est passé par l'école Emile Cohl de Lyon.

« Pico Bogue », (tome 1), Dargaud, 10,40 € 

mercredi 25 juin 2008

BD - Loups sibériens

Aux âges de pierre, en pleine Sibérie, Touna nait la nuit où son père est tué par une meute de loups affamés. Touna petite fille maudite, abandonnée par sa mère en pleine forêt et recueillie par une louve encore couverte du sang du père de la fillette. De nos jours, Mara est une jeune chercheuse membre d'une expédition à la recherche d'enfants-loups découverts dans des tribus isolées en pleine Sibérie. 

Ce récit fantastique se déroulant à deux époques différentes nous donne l'occasion de découvrir un dessinateur italien virtuose. Encore un, pourrait-on se dire tant l'émergence de talents a été importante, notamment chez les Humanoïdes Associés. Mario Milano a fait son apprentissage aux éditions Bonelli. Il a aujourd'hui un trait réaliste entre ceux de Milo Manara et de Griffo. 

L'histoire, mêlant science-fiction et fantastique, est issue de l'imagination de Patrick Galliano qui s'est déjà illustré avec Lothario Grimm et L' appel des dieux. Une série innovante et prometteuse.

« Touna Mara », Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

mardi 24 juin 2008

BD - Duel en 60 pages


Richard Guérineau, dessinateur réaliste au trait nerveux et aux cadrages très cinématographiques, a connu le succès avec le Chant des Stryges scénarisé par Corbeyran. Il a voulu, le temps d'un album, s'échapper de cette ambiance contemporaine et fantastique pour signer un album de 60 pages dans un genre qu'il affectionne depuis sa jeunesse : le western. Il s'est associé à Henri Meunier pour raconter cette histoire de duel dans une petite ville de l'Ouest américain. 

Le shérif Jude Stanton est respecté. Le calme est revenu à Westwood City. Mais parfois un pistollero arrive en ville et refuse de se plier à l'exigence du shérif de déposer ses armes dans son bureau. Cela se règle alors au colt. Un matin, un jeune homme débarque en ville, deux cadavres sur son second cheval. Deux hors-la-loi, recherchés « mort ou vif ». Il s'installe à l'hôtel, sans rendre ses armes. 

Le shérif va lui réclamer ses colts et découvre qu'il a le même nom qu'un tueur abattu quelques mois plus tôt. Qui est ce fantôme énigmatique, si sûr de lui ? Ce duel sera-t-il celui de trop ? 

Un bijou graphique que l'on peut également apprécier dans une édition luxe en noir et blanc.

« Après la nuit », Delcourt, 13,95 € (20 € en noir et blanc)