vendredi 2 février 2007

BD - Retour à la planète berceau pour la série "Nova Genesis" de Chabbert et Boisserie


Dernier épisode pour la série Nova Genesis écrite par Pierre Boisserie et dessinée par Eric Chabbert. Will, de banal étudiant américain, est devenu pilote d'un vaisseau spatial extraterrestre. Le jeune homme, pourchassé par l'armée comprend enfin d'où il vient et quel est son rôle. 

Dans cette quatrième partie, Will et ses amis, Bob, son guide et Lolita, sa petite amie, débarquent sur Nova, la planète d'origine. Mais il ne trouvent qu'une vile déserte. Les « Purs », la caste dominante, semblent s'être évaporés. 

Une simple illusion d'optique, les Purs ne sont pas complètement détruits mais l'équilibre de Nova, lui, n'est plus qu'un lointain souvenir. La caste inférieure, les Alpha, s'est révoltée. Les ruines sont nombreuses sur la planète ravagée. Mais le retour de Will va permettre de résoudre le principal problème de la population de Nova : l'impossibilité de procréer pour prolonger une civilisation en train de s'éteindre. 

Une série de science-fiction qui, après des épisodes particulièrement mouvementés, laisse beaucoup de place aux explications, parfois hermétiques, préparation d'une chute originale. (Glénat, 12,50 €)

jeudi 1 février 2007

BD - La planète détraquée c'est le "Biotope" de Brüno et Appollo


Biotope est une planète entièrement recouverte de forêt. Une base peuplée de scientifiques permet d'étudier ce milieu vierge. Seule une navette mensuelle relie Biotope à la Terre. La dernière arrivée débarque trois policiers. 

Un meurtre a été commis dans la section recherche géologique. Le commissaire Toussaint est chargé de découvrir pourquoi un chercheur a tué un collègue (et par ailleurs amant) avant de se suicider. Trois policiers noirs qui rapidement ne se sentent pas à leur place dans cet univers clos et aliénant. L'éloignement et le manque de communication joue imperceptiblement sur l'équilibre psychique des chercheurs. 

De plus, la forêt, impénétrable, omniprésente, comme vivante et douée de raison, semble jouer un rôle actif dans les événements. Et quand la nouvelle navette arrive, tout bascule pour le commissaire Toussaint. 

Le scénario d’Appollo fait savamment monter le sentiment de paranoïa ambiant. Brüno, dessinateur très seventies, entre base moderne et nature vierge, plante le décor d’une série prometteuse. (Dargaud, 9,80 €)

mercredi 31 janvier 2007

BD - Copain encombrant


Jean-Claude Denis est un orfèvre des sentiments. Il parvient, en quelques cases, à planter une ambiance, une personnalité, un milieu. Nouvel exemple avec cet album qui s’affirme comme un des plus réussis de cette rentrée de janvier, correspondant au festival d’Angoulême qui a eu lieu ce week-end. Melvin est un jeune patron dynamique et actif. Anita, son assistante, est secrètement amoureuse du boss. Ce dernier, en raison de sa réussite, passe à la télé. 

Léo, un de ses anciens amis du lycée le reconnaît et le retrouve. Léo, un looser absolu, qui, après une séance d’hypnose, devient absent et dépendant, à la charge de Melvin. Une sorte de légume qui fait ce qu'on lui demande mais n'a plus aucune volonté propre. Un poids supplémentaire qui a le don de fortement énerver le jeune patron ambitieux. 

D'autant que ses affaires déclinent et que côté sexe, une jeune étudiante lui résiste. Bref il va devoir sérieusement se remettre en question. 

L'opposition entre le gagneur dynamique et le perdant tragique est savoureuse et révèle bien des surprises au final.

"Le sommeil de Léo", Futuropolis, 16 €

mardi 30 janvier 2007

Roman - Les lettres du prisonnier

Quand un de ses lecteurs, par ailleurs prisonnier, écrit à Michel Ragon, l’écrivain y trouve prétexte à se remémorer sa jeunesse.


Ecrivain prolixe, Michel Ragon a traversé la seconde partie du XXe siècle. Ses œuvres, souvent historiques, abordaient rarement le « je ». Dans ce court roman, il ose, racontant ses amours, ses passions, ses origines. Le prétexte ? Une lettre de lecteur. Un lecteur prisonnier qui parvient à l’intriguer en déclarant dans ses missives qu’il connaît la femme de l’écrivain, Christine. L’inconnu écrit « Christine et moi étions du même monde. Nés dans le même milieu privilégié, ayant poursuivi les mêmes études. Et nous nous sommes abandonnés aux mêmes dérives. Les miennes m’ont conduit à l’incarcération. Les siennes l’ont menée vers vous ». Quelles dérives s’interroge l’auteur, se demandant s’il n’a pas manqué une partie importante de la personnalité de la femme avec qui il a vécu dix ans. Interloqué, intrigué, il se décide à aborder le sujet avec son ancienne épouse. Qui est cet homme ? Par ces missives, il désirait en fait retrouver l’adresse de Christine. Cette dernière est-elle d’accord ? Réponse sans équivoque : « Qu’il crève ! ».

La deuxième femme

L’inconnu prétend dans ses écrits que Michel Ragon s’est inspiré de Christine pour créer plusieurs de ses héroïnes. L’auteur, sans à priori, va tenter de se laisser convaincre par ces affirmations. Mais en recherchant dans sa mémoire, rapidement, ce n’est pas Christine qui s’impose, mais Louise, serveuse dans un bistrot, gouailleuse, désinvolte, libre. Louise qui lui permet de découvrir la vie, la vraie, dans la grande ville : « Venu avec ma mère veuve d’une campagne encore endormie dans son passé agricole, finalement douce à vivre, dans une grande ville industrielle, bruyante, remuante, je n’avais eu d’autre désir que de me cacher dans un trou de souris. » Louise est là pour le déniaiser, lui donner confiance. Louise qu’il retrouve des années plus tard à Paris. Le prisonnier continue ses parallèles entre Christine et les héroïnes, Michel Ragon est de plus en plus persuadé que ses personnages féminins tiennent beaucoup de la fougueuse Louise. Un cours magistral sur les sources d’inspiration des romanciers, leurs muses, conscientes ou inconscientes.

« Le prisonnier », Michel Ragon, Albin Michel, 12,50 €

lundi 29 janvier 2007

BD - Beautés vénéneuses


En 1958, le Congo n’en plus pour longtemps à être belge. Les activistes africains veulent le pouvoir. Les fonctionnaires belges font comme si de rien n’était. Enfin pas tous. Jean, policier dans une petite ville, est tombé sous le charme du pays. Et de ses femmes. 

Il y a perdu son épouse, repartie vers la capitale avec les enfants. De plus, Jean doit enquêter sur le meurtre d’un Africain, retrouvé écrasé sur une piste. 

Ce roman graphique, réaliste et historique, permet une nouvelle fois au duo Warnauts et Raives de dessiner ces tropiques qu’ils aiment tant. Des planches en couleur où l’on retrouve toute la magie sulfureuse de la région.

« Fleurs d’ébène », Casterman, 13,75 euros.

dimanche 28 janvier 2007

BD - Combattants amoureux


Dans le cahier spécial à la fin de cet album, reprenant des croquis et gouaches de préparation, les auteurs expliquent que cette BD est née d'un coup de cœur, celui qu'ils éprouvent pour cette terre d'entre les deux caps, sur la côte d'Opale. « La lumière y est parfois belle à couper le souffle » expliquent-ils. Mais c'est également sur ce sable que des hommes sont morts dans les années 40. Les Allemands avaient placé des blockhaus pour protéger la côte et bombarder l'Angleterre. 

Des dizaines d'années plus tard, Erwin revient en France en compagnie de sa jeune nièce. Le jeune soldat allemand est devenu un vieil homme encore hagard des atrocités commises par son camp. Dans cette région il a rencontré une jeune Française. On devine que ce pèlerinage est directement lié à cette histoire d'amour qui a résisté aux bombardements. 

Après l'Inde, Jean-François et Maryse Charles explorent les années 40. Réalisé en couleurs directes lumineuses, certaines planches de cet album sont de véritables tableaux. C'est évident, cette région est remarquablement belle. (Casterman, 11,95 €)

samedi 27 janvier 2007

BD - Clonage naturel


Les amateurs de science-fiction alliant philosophie et métaphysique vont adorer cette série écrite par Hugues Fléchard et mise en images par Stéphane Douay. 

Dans un immense Vaisseau-monde, des milliers de personnes vivent en vénérant le Grand Prêtre. Descendant direct du premier humain, il a cloné l'ensemble de la population. Mais dans cette humanité en réduction, certains prônent le dogme de la procréation. Des déviants, selon la religion intransigeante, affirmant que seul le Grand Prêtre peut donner la vie. Silenzio, le héros, est régulateur. Il a pour mission de débusquer les procréateurs. 

Mais en se lançant sur la piste de l'un d'entre eux, il découvre que le vaisseau est en train de se modifier et que le temps de la religion dominante est peut-être en train de s'achever. Le Vaisseau-mère a visiblement décidé de bouleverser la vie de ses habitants. 

Parabole sur l'évolution de l'humanité, cette bande dessinée est ambitieuse et surprenante, parfois hermétique, mais la fin est pleine de promesse. (Dupuis, 13 €)

vendredi 26 janvier 2007

BD - Le petit prof


Martin Vidberg, jeune professeur des écoles, est également passionné de bande dessinée. Il a concilié son activité professionnelle avec sa passion en entreprenant le récit d'une année scolaire sous forme de planches dessinées. Martin n'a pas encore de poste fixe. 

Il est remplaçant, prêt à aller dans les écoles quand un professeur est absent. En début d'année, après quelques jours passés sans affectation, il est envoyé dans une classe durant quelques semaines. Un premier remplacement court. Puis plus rien. On lui propose un poste dans un institut de redressement pour enfants violents mais il décline la proposition. 

Quelques semaines plus tard, il n'a plus le choix, sa hiérarchie lui impose ce poste. Il se retrouve face à six élèves, en échec scolaire complet. 

Martin raconte au jour le jour ses doutes, ses échecs et ses joies avec une grande franchise. Le dessin, étonnant au premier abord, les personnages ayant des formes de pommes de terre, s'efface rapidement au profit de ces tranches de vies captivantes. (Delcourt, 11,50 €)

jeudi 25 janvier 2007

BD - A la recherche du trésor de la reine de Saba


Du fog de Londres aux paysages arides de l'Afrique, le second tome du « Méridien des brumes » dessiné par Parras et écrit par Juszezak entraîne le lecteur dans une folle poursuite parsemée de cadavres. L'équarrisseur, tueur en série sévissant dans le Londres du début du siècle, a été mis hors d'état de nuire. 

Mais les héros de cette série, une charmante aliéniste et le chasseur de grands fauves John Coleridge, s'aperçoivent que le meurtrier n'était que l'arme d'une machination plus vaste. Au centre de cette intrigue mettant en scène traîtres, sociétés secrètes et sauvages, se trouve la recherche du trésor de la reine de Saba. L'intrigue, pleine de rebondissements et de surprises, permet à Parras d'illustrer cette période historique où la tradition le dispute aux innovations technologiques. 

La course poursuite en ballons dirigeables est exemplaire. Le final, dans le temple caché de la reine de Saba, est digne des meilleurs Indiana Jones. Une série plaisante et distrayante qui mérite le détour. (Dargaud, 13 €)

mercredi 24 janvier 2007

Littérature et pop - Libertines romancés

En romançant l'histoire du groupe de rock anglais les Libertines, David Brun-Lambert raconte surtout une amitié destructrice entre deux artistes dans "Boys in the band".



Carl raconte, Peter est le héros. Carl et Peter ont fondé un groupe de rock, anglais, novateur, extrême et devenu culte en quelques mois. Première oeuvre de fiction de David Brun-Lambert, journaliste musical, ce « Boys in the band » est la version romancée de la courte mais passionnante existence du groupe anglais des Libertines. Carl c'est Carl Barât, Peter c'est Pete Doherty. A la fin des années 90, ces deux jeunes Anglais se rencontrent presque par hasard et se découvrent une passion commune pour le rock. Carl, le narrateur, commence son récit par la description de son enfance, pas spécialement gaie. Son père le frappe, sa mère, ayant régulièrement abandonné son foyer, est très absente.

Alors qu'il est en vadrouille dans le pays, il rencontre Peter. Grand adolescent au visage d'ange, il est réfractaire à toute autorité, lunatique mais extrêmement doué. C'est Peter qui écrit les chansons, mais Carl y donne les dernières améliorations, la touche finale qui transforme une poésie sans concession en texte universel. Un duo fusionnel, se lançant à corps perdu dans cette aventure de la scène rock. Talent et originalité ne suffisent pas au début. Donc c'est galère sur galère. Les hôtels pouilleux, les clubs miteux, les cachets en nature (une grosse quantité de bières...): la vache enragée absolue. Dans leur projet fou, ils entraînent deux autres musiciens et un agent. A force de donner concert sur concert ils finissent par se faire remarquer par un haut responsable d'un label rock qui décide de leur faire confiance. La fulgurante ascension du groupe vient de débuter.

Passion dévorante

Concerts houleux, single impassable à la radio mais qui grimpe dans les charts par le bouche à oreille, premiers scandales et découverte du groupe par la presse spécialisée : la mayonnaise prend avec son lot de dégâts colatéraux. Carl mord dans le succès avec plaisir, Peter en profite pour sombrer dans la drogue. La jalousie vient également perturber l'entente dans le duo. Peter devient la coqueluche du public, Carl vit mal cette mise sur la touche. Les querelles pourrissent la vie du groupe, ils en viennent souvent aux mains. La réconciliation intervient toujours sur scène : « Malgré la fréquence de nos engueulades et la violence entre nous, ou peut-être grâce à ça, l'intensité de ce que nous dégagions sur scène se trouvait décuplée. Je crois même qu'elle n'avait jamais atteint ce degré d'agressivité et de sexualité. Elle était à la fois compliquée, ambiguë, destructrice. En concert, j'étais parfois traversé par une décharge d'adrénaline comme je n'en ai jamais connu par la suite. »

Ego surdimensionné

Des concerts événements mais de plus en plus rare. Peter, rongé par le crack, est souvent incapable de monter sur scène. Carl décide de l'exclure du groupe tant qu'il ne se soigne pas. Le début de la fin. David Brun-Lambert a peut-être dramatisé une simple brouille d'égo surdimentionné. Mais on lui pardonne car tout en mettant Carl sur le devant de la scène, la vedette reste Peter, écorché vif, véritable poète incompris à l'immense talent trop souvent gâché. A la fin du roman, les deux copains se séparent, le groupe meurt. Dans la vraie vie, ils continuent à créer, chacun de leur côté. Carl discrètement, Peter en faisant la une des tabloïds anglais. Pour sa liaison avec Kate Moss et ses problèmes chroniques de drogue. Il a fait de la prison, mais reste pour la jeunesse anglaise une icône romantique.

« Boys in the band », David Brun-Lambert, Denoël, 15 €