samedi 1 août 1998

BD - « La nuit des sorciers », 16e album des aventures de Johan et Pirlouit


L'univers de Peyo semble indémodable. Johan et Pirlouit sont de retour, toujours aussi poétiques et sympathiques. « La nuit des sorciers » débute dans une forêt inquiétante. Les deux compères rencontrent une vieille femme. Si Pirlouit, peureux, craignant particulièrement les sorcières et suspectant la vieille d'en être une, veut détourner son chemin, Johan, lui, n'écoute que son cœur et aide la personne âgée à porter sa charge de bois.


Pourtant, un sorcier malfaisant il y en a bien un dans les parages. Ubiquitas vient d'attaquer Maître Homnibus pour lui dérober son hochet d'argent. Il veut reconstituer le globe de puissance. Il lui manque le dé d'or en possession de Myriam, la belle sorcière, mère d'Amandine, joueuse fillette qui se lie d'amitié avec Pirlouit.

Une course poursuite s'engage entre le méchant aux pouvoirs presque sans limites et le groupe mené par Johan mais désarmé face aux enchantements. Heureusement les Schtroumpfs, en guest-stars, viendront prêter main forte aux héros.

« Johan et Pirlouit », tome 16, Le Lombard. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 1er août 1998) 

BD – Quand Juan Solo redécouvre sa famille


On ne lit pas un album de Juan Solo comme une BD ordinaire. Il y a un direct du droit dans chaque page. Mieux vaut donc prendre ses précautions. Au niveau du scénario de ce troisième album, « La chair et la gale », Jodorowsky dans une introduction majestueuse remet tout en cause. Juan est le garde du corps du fils du Premier ministre. Au passage, il devient l'amant de la femme de l'homme politique. Mais ce dernier surprend les amants et fait la révélation qui va changer toute la série. Juan est le fils de sa maîtresse, le Premier ministre son père. 

Homme de main sans scrupule, il a tué dans une précédente histoire sa propre sœur. Des révélations qui coûtent la vie au Premier ministre. Parricide et incestueux, Juan Solo et sa mère prennent la fuite. Finit le luxe, ils sombrent dans la misère, et le stupre.

Georges Bess se révèle de jour en jour comme un dessinateur réaliste d'exception. Son trait nerveux et racé donne une puissance incroyable à ce récit extrême. 

« Juan Solo », tome 3, Les Humanoïdes Associés. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 1er août 1998)

BD – Le docteur Monge se transforme en détective amateur


On peut être toubib et malgré tout bien profiter de la vie. Dans les premières pages de cet album se passant au début du XIXe siècle, le docteur Monge rentre chez lui passablement éméché. Ninette, sa bonne et par ailleurs jeune maîtresse le couche. Mais pas pour longtemps. Une urgence. La belle Eugénie va accoucher. 

Le père, Beau-Jean, se doute que l'enfant n'est pas de lui. Riche propriétaire, mais cocu... Premières tensions. Ensuite tout va s'enchaîner rapidement. 

Un fermier est retrouvé noyé dans sa mare, puis c'est le bedeau qui sonne une dernière fois les cloches, la corde bien accrochée à son cou. Le petit village a peur, les bourgeois veulent un coupable, le docteur Monge, souvent le premier sur les lieux commence à se faire une idée précise sur l'identité de ce dernier. Malbeau, le simplet, Adrien, le séducteur, où un fantôme surgit du passé.

Bardet, au scénario, marie parfaitement intrigue policière et histoire. Chabbert, Jeune dessinateur, signe son premier album. 

« Docteur Monge », tome 1, Glénat. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 1er août 1998)


BD – Plongez-vous dans « Les archives Goscinny »


René Goscinny a formé toute une génération d'humoristes quand il était à la tête de Pilote. Mais avant de se lancer dans cette aventure de directeur, il a dû subsister vaille que vaille en plaçant des scénarios.

Dans le journal de Tintin, de 1956 à 1961, il a tenté de rendre plus drôle un hebdomadaire qui subissait de plein fouet la concurrence du Spirou d'Yvan Delporte. Ce sont ces gags et histoires comiques, jamais reprises en albums, que les éditions Vents d'Ouest exhument de l'oubli dans ce premier gros volume des « Archives Goscinny ».

Avec Uderzo il lance Poussin et Poussif, un bébé infernal qui mène la vie dure à un gros dogue allemand pas méchant pour un sou.

Mais Goscinny deviendra vite le pompier de service pour dessinateur en manque d'inspiration. Il fournit des M. Tric à Bob de Moor et des Globul à Tibet. 

Ce sont tous ces récits complets que vous retrouverez dans cet album agrémenté d'une préface de Patrick Gaumer. 

« Les archives Goscinny – Le journal Tintin, 1956 - 1961 » Vents d'Ouest. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 1er août 1998)

samedi 25 juillet 1998

BD - Le futur apocalyptique de « La porte écarlate »


Même si la menace nucléaire a beaucoup perdu de sa force, le risque de destruction presque totale de la planète plane toujours sur nos têtes. « La porte écarlate », nouvelle série signée Olivier Ledroit, utilise au maximum ce scénario apocalyptique. 

Dans un futur assez proche, la Lune lest colonisée et déclare la guerre à la Terre. Quelques bombes plus tard, la planète mère est victorieuse mais à quel prix... La race humaine a disparu de la surface, seuls quelques privilégiés vivotent dans les entrailles de sinistres bunkers. Des siècles plus tard, l'ordinateur central ayant rendu l'âme, il faut remonter à la surface pour en trouver un autre. Le petit groupe de rescapés se trouve confronté a une faune de mutants dégénérés, la race humaine pure n'a pas survécu, plus du tout adaptée aux conditions, elle va disparaître.

Ce gros album de plus de 60 pages plante le décor d'une histoire en deux parties. Il faudra encore attendre quelques mois pour connaître le sort des rescapés, cherchant leur salut dans la conquête des étoiles. 

« La porte écarlate » tome 1, Soleil. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 25 juillet 1998) 

BD - Bec-en-fer de retour à Paris

Jean-Louis Pesch, malgré des décennies au-dessus de sa table à dessin, ne se lasse pas de la BD. Pour le plus grand plaisir de ses lecteurs qui s'étalent aujourd'hui sur de nombreuses générations. Il a popularisé au-delà de toutes les espérances les aventures de Sylvain et Sylvette mais s'est gardé un petit jardin secret avec les chevauchées satiriques de Bec-en-fer.

Cette série à l'esprit plus adulte se passe dans un Moyen Age peuplé de volatiles endimanchés. Bec-en-fer d'habitude sévit dans le comté du Maine, région qui a vu naître Jean-Louis Pesch et qui lui est restée chère malgré son exil volontaire en Rouergue. Dans ce récent album, il monte à Paris, l'occasion pour l'auteur de faire revivre cette capitale française, grouillante d'activités et à l'architecture préservée. Notre-Dame, à la façade parfaitement reproduite, est en couverture de cet album. 

« Bec-en-fer » Dargaud. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 25 juillet 1998) 

BD - L’improbable amitié entre Angèle et René


Après « Copains comme cochons » et le « Porc de l'angoisse », voilà « Cochon qui s'en dédit», troisième opus des aventures d'Angèle et René, héros créés par Curd Ridel. Si Angèle a tout pour que les jeunes lectrices se reconnaissent dans cette petite fille espiègle, par contre elles ne doivent pas être nombreuses à posséder comme animal de compagnie un cochon rose.

Le couple infernal ne cesse pas de faire des bêtises et à aligner des «exploits internationaux ». Ainsi

René, tel un bon toutou à son maître, sait rapporter le pain de la boulangerie. Mais il ne se déplace qu'en taxi et la note est salée (comme le petit du même nom...)

Les parents, malgré une patience qui semble à toute épreuve, craquent régulièrement. C'est d’ailleurs là que se trouve l'essentiel du ressort comique de la série, Curd Ridel s'affirmant comme un exceptionnel peintre du quotidien. 

« Angèle et René » tome 3, Le Lombard. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le samedi 25 juillet 1998) 

samedi 18 juillet 1998

BD – Percevan affronte un redoutable « Maître des étoiles »


Le  fantastique et le merveilleux bercent le monde de Percevan. Le dixième titre de la série de Léturgie (scénario) et Luguy (dessin), « Le maître des étoiles », débute par un terrible orage. Percevan, toujours accompagné de son fidèle Kervin, trouve refuge dans une maison perchée au sommet d'un pic difficile d'accès. 

Recueillis par Maître Hubert, un astronome réputé, ils ne tarderont pas à s'acquitter de leur dette. Le savant est enlevé et nos deux compères partent à sa recherche. Un périple qui les conduira sur les bords de la Méditerranée, obligés d’affronter un redoutable Maître des étoiles. Mais ils auront également la joie de retrouver la belle Saadia, devenue épouse involontaire d'un sultan tyrannique.

Cette série a acquis une sérieuse renommée parmi le public adolescent mais en prenant son temps. Rien de révolutionnaire dans le dessin, histoires solidement charpentées, le succès de Percevan tient essentiellement à la psychologie des personnages. Héros, mais humains avant tout. 

« Percevan » tome 10, Dargaud. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998) 


BD – Les colères homériques de « Bitchy Bitch »

Roberta Gregory en a gros sur la patate. Passionnée de bande dessinée, cette Américaine ne supportait plus l'esprit macho du milieu. Spécialiste de Crumb, elle trouvait ses histoires par trop masculines. Les femmes, aux fesses rebondies et souvent castratrices n'étaient que caricature. Qu'à cela ne tienne, Roberta Gregory a lancé son comics et place ses histoires dans divers journaux. 

Midge McCracken, alias Bitchy Bitch, venait de naître. Une teigne absolue, brimée par sa mère dans son enfance et totalement asociale. Solitaire, antipathique et mauvaise langue, ses aventures au travail atteignent des summums de méchanceté. Sa victime préférée : Sylvia, collègue de bureau, occupant une position hiérarchique légèrement supérieure et membre d'une secte new-age prônant l'amour du prochain. Une philosophie qui va à l'encontre de la seule raison de vivre de Bitchy : la haine des autres.

« Bitchy Bitch » Bethy. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998)


BD – Souvenirs de « Strapontin, chauffeur de taxi »


Goscinny n'est pas l'homme d'une seule série. Certes Astérix a marqué des générations mais il ne faut pas oublier Lucky Luke ou Iznogoud. Et avant de signer ces best-sellers, il a écrit une quantité incroyable de scénarios qui restent à redécouvrir. 

Parmi ses œuvres de jeunesse, Le Lombard exhume Strapontin chauffeur de taxi dans la collection « Les classiques du rire ». Au dessin on retrouve Berck, qui a connu la gloire quelques années plus tard avec Sammy (scénario Cauvin) chez Dupuis. Si en 1958 Strapontin ne vit que des gags de 2 à 3 planches, il se lance dès 1959 dans des histoires de 30 pages lui permettant de promener son vieux taxi (le modèle date des années 30) aux quatre coins de la planète.

Ce trio va égayer les pages du journal de Tintin durant près de dix ans. La loufoquerie était l'arme maîtresse de Goscinny qui n'hésitait pas à en faire beaucoup (avec réussite) dans l'extravagance. 

« Les classiques du rire – Strapontin, chauffeur de taxi », Le Lombard. (Album paru en 1998. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 18 juillet 1998)