mercredi 29 septembre 2021

BD - Poésie postale des "Lettres perdues" de Jim Bishop


On oublie parfois combien la bande dessinée est adaptée aux récits poétiques. Lettres perdues de Jim Bishop est un long poème surréaliste sur l’enfance. Iode, jeune adolescent, vit seul en bord de mer. Il attend une lettre de sa mère. 

Mais comme tous les jours, le facteur (un poisson clown), n’a rien pour lui. Iode, persuadé que la lettre s’est égarée, va aller tenter de la retrouver à la Poste. Ce périple, étonnant, nous raconte aussi le futur de la planète. Les Humains ayant pollué les mers, les poissons ont été obligés de muter pour vivre sur la terre. Il y est aussi question de policières infiltrée dans la mafia locale, dirigée, littéralement, par une pieuvre.

« Lettres perdues », Glénat, 22 €

Netflix - Horreur, une série avec des chatons !


Défenseurs des animaux, ne vous risquez pas à jeter un œil sur la dernière mini-série horrifique mise en ligne par Netflix. Dans Brand new cherry flavor, vous pourrez voir la naissance de quelques chatons. Le miracle de la vie ? Non, une sorte d’enfantement dans la douleur de boules de poils synonymes de malheur et de drames à venir.

Mais avant que ces chatons horrifiques n’entrent en scène, on fait la connaissance de Lisa Nova, le personnage principal de cette histoire tirée d’un roman de Todd Grimson et adaptée par Nick Antosca et Lenore Zion. Dans les années 90, cette apprentie cinéaste arrive à Hollywood avec dans ses valises les bobines de son court-métrage tourné en noir et blanc. Le petit film d’horreur a tapé dans l’œil de Lou Burke (Eric Lange), célèbre producteur. Lou est dans une mauvaise passe. Il n’a pas produit le moindre succès depuis quelques années. Il flaire dans cette histoire une opportunité d’exploser le box-office. Lisa signe un contrat avec lui. Mais qui finalement s’avère un piège pour la jeune fille. Le filou récupère les droits du film et demande à un de ses protégés de le réaliser. 

Lisa, désespérée et très énervée décide de se venger. Vengeance qui prend forme quand elle croise la route de Boro (Catherine Keener), une sorcière qui va deviner dans Lisa un potentiel magique insoupçonné. C’est à ce moment que les chatons font leur apparition. Chatons qui sortent de la bouche de Lisa et servent de monnaie d’échange dans la vengeance mise en place par Boro.

Cette simple mise en bouche plante le décor d’une série qui flirte avec l’ambiance des films de David Lynch. Mais les créateurs ont fait le choix de ne pas occulter les parties résolument gore et de pimenter le tout avec quelques scènes de sexe soft. Bref, Brand new cherry flavour va vous surprendre de bout en bout, à l’opposé de tout formatage vu et revu dans des productions plus ternes et consensuelles qui prolifèrent sur les plateformes de streaming par abonnement. 

mardi 28 septembre 2021

Roman - L’Ouest violent du "Gangstern" de Robert Pico

« Gangstern comme on dit… Western ! »… Du saloon aux casinos, l’éditeur Carcassonnais Jean-Marc Savary publie le nouveau roman de Robert Pico dans une Amérique racontée par ses gangsters. Une foisonnante fresque cinématographique, par un auteur tiraillé des deux côtés de l’Atlantique.  Robert Pico fait parler la poudre. 

Écrivain, musicien, compositeur pour Delon, Régine, Bourvil et bien d’autres…, l’écrivain originaire de Montauban sort un vingtième livre qui ne vous laissera pas de marbre. Dans la Dépêche, l’auteur explique que « cette biographie historique, qui tient de la fresque cinématographique, raconte les diableries du gangster Kenny Braco (1880-1938) personnage Américain haut en couleur, né d’un viol, en Louisiane, abandonné par sa mère et adopté par un couple qui, de Louisiane, s’est fixé au Nouveau-Mexique, à Santa Fe. »

 En 58 ans, il a connu et vécu la Révolution mexicaine, la Prohibition et la guerre des gangs dans les régions du Rio Grande.

« Gangstern » de Robert Pico, Jean-Marc Savary éditeur, 23 €

 


DVD et bluray - « L’étreinte » de la cinquantaine


Pour son premier film, Ludovic Bergery a donné le rôle principal à une femme de 50 ans. Dans « L’étreinte » (Pyramide Vidéo), Margaux, interprétée par Emmanuelle Béart, vient de perdre son mari. Elle doit faire son deuil et commencer une nouvelle vie de veuve. Mais que veut dire « être veuve ? » Il y a la mort dans cette expression alors que cette femme, au contraire, découvre que rien n’est terminé. Elle décide de reprendre des études en littérature et fait face à une forte envie de ressentir de nouvelles émotions, d’aimer tout simplement. Un film sensible sur le deuil, l’absence et l’instinct de survie

Le DVD offre dans ses bonus un entretien avec l’actrice et le réalisateur et le court-métrage « L’accara rouge », premiers pas de Ludovic Bergery à la réalisation. 

BD - Fantômes roumains


Suite et fin de la première enquête d’Angel, héros imaginé par Christophe Bec dont les aventures sont dessinées par Claudio Montalbano

Ce journaliste roumain tente de découvrir qui vit dans un château abandonné de la petite bourgade de Bräncvastel, au cœur des Carpates. Fantôme ou mauvais plaisantin ? Entre Histoire, légendes, fantastique et triste vengeance, cet album pose les bases de ce qui pourrait être une série promise à un bel avenir. 

« Le sanctuaire des hérétiques » (tome 2/2), Soleil, 14,50 €

lundi 27 septembre 2021

Thriller - "Si j'étais toi", une dangereuse homonymie


Dans une petite ville de Californie, Kelly Molina découvre qu’une autre femme porte le même nom. Femme au foyer, s’ennuyant depuis que son fils unique Aaron est parti poursuivre ses études, elle se transforme en détective amateur. Elle finit par retrouver l’autre Kelly, une jeune femme de 20 ans, vivant seule avec son bébé de quelques mois. La première Kelly décide d’aider la seconde. Ce thriller d’Amber Garza, son premier roman, débute comme une sorte de roman social sur la vie d’une épouse (le mari passe la semaine au travail ne revenant que, parfois, le week-end) désœuvrée. On a droit aux brunchs, cours de yoga et manucures avec les copines. Mais cette réalité clinquante va se craqueler. La vieille Kelly n’est pas ce qu’elle affirme. La jeune non plus. 

« Si j’étais toi » d’Amber Garza, Lattès, 21,90 €

Cinéma - La douce petite musique d’une bande de faux durs

Presque truands, les personnages de Cette musique ne joue pour personne ont aussi un cœur tendre et un fond poétique.

Jeff (François Damiens) et sa « bande » de méchants : Bouli Lanners, JoeyStarr, Ramzy Bedia et Gustave Kervern. David Koskas pour Single Man Productions


Sur le port de Dunkerque, Jeff (François Damiens) fait ses petites affaires, pas toujours légales. Il a pris la succession de son père et a dans sa petite bande quatre gros durs au cœur tendre. Un peu bras cassés aussi. Bref, une belle brochette d’Humanité qui tente de survivre tant bien que mal. Cette musique ne joue pour personne de Samuel Benchetrit fonctionne un peu comme une série composée de plusieurs arcs. Au début, on découvre comment Jacky (Gustave Kervern), armé d’une hache, vient régler son compte au comptable de Jeff. Mais, ce dernier est mort et il est accueilli par sa veuve, Suzanne (Vanessa Paradis). Les milliers d’euros manquant dans la caisse ont servi à financer la pièce de théâtre où Suzanne interprète Simone de Beauvoir

Seconde intrigue, la boom de la fille de Jeff. Un peu boulotte, personne dans son lycée ne veut venir. Ce sont Poussin et Jésus (Bouli Lanners et JoeyStarr) qui vont aller persuader ces jeunes un peu trop sectaires. Enfin, on découvre que Jeff, participe à un atelier de poésie. Il tente de séduire une jolie caissière de supermarché avec ses poèmes. Totalement abscons, la belle y est insensible. Par contre, elle est irrésistiblement attirée par la gaucherie de Neptune (Ramzy Bédia), chargé de lui apporter les poèmes. Neptune est quasiment le demi-frère de Jeff à qui il sert de chauffeur et d’homme à tout faire. Dont porter des poèmes. Puis à les écrire. 

Ces histoires sont reliées entre elles par la concurrence devenue de plus en plus ardue sur le port. Des petits jeunes assez violents. Mais Jeff, en plein trip poétique, préfère laisser couler. Si l’on ajoute au milieu un court-métrage avec Vincent Macaigne, le spectateur en a pour son argent. 

Au final, chacun sera plus ou moins touché par ces héros du quotidien. Les rieurs adoreront les dialogues entre Poussin et Jésus, sorte d’hommage aux films de gangsters. D’autres se fascineront pour le personnage de Suzanne, bègue qui retrouve une élocution parfaite quand elle interprète Simone de Beauvoir. Les plus jeunes riront des saillies de la fille de Jeff et de ses méchantes amies. Enfin, les plus romantiques ont l’embarras du choix entre l’idylle de la caissière et Neptune ou le coup de foudre de Jacky pour la veuve comédienne. Un film d’amours, au pluriel.

"Cette musique ne joue pour personne", film de Samuel Benchetrit avec François Damiens, Vanessa Paradis, Valeria Bruni Tedeschi



De choses et d’autres - Un influenceur + un influenceur = zéro

En tant que Boomer (ça y est, j’ai passé le cap des 60 piges), je ricane en découvrant l’audience calamiteuse d’une série télévisée portant sur le monde des influenceurs. Vous savez, ces jeunes qui revendiquent des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et qui feraient, désormais, la pluie et le beau temps dans l’opinion publique, selon eux.

NRJ12, la chaîne de la TNT qui s’illustre essentiellement par ses programmes de téléréalité, décide de se lancer, elle aussi, dans le feuilleton avec, tous les soirs à 18 h, un épisode de la série « Influences ». La vie au quotidien d’une agence d’influenceurs.

On est dans le cœur de cible du public visé, avec cependant cette nuance : la série entend raconter les coulisses de ce monde nouveau. Comment on fabrique une star ? Comment elle peut gagner des millions, sans avoir le moindre talent ? Comment une fausse histoire d’amour peut relancer deux carrières en berne ?

La chaîne n’a pas un gros budget, plusieurs rôles sont, donc, confiés à des… influenceurs. Et comme le scénario ne fait pas dans la délicatesse, l’ensemble semble étrangement plus factice que les émissions de téléréalité déjà très éloignées de la vie quotidienne.

Voilà comment le feuilleton, après de timides débuts à moins de 30 000 téléspectateurs (sur l’ensemble de la France), a signé lundi un record peu enviable. Seulement 3 000 personnes selon Médiamétrie pour regarder « Premier succès », l’épisode 6 qui portait très mal son nom. La fameuse part d’audience est donc de 0 % tout rond pour cause de chiffre inférieur à la marge d’erreur.

Comme quoi ces influenceurs ne sont finalement pas la panacée.

dimanche 26 septembre 2021

Cinéma - “Tout s’est bien passé” derniers mots d’une vie

Diminué après un AVC, un père demande à sa fille de l’aider à en finir. François Ozon signe un film fort en émotion.

Emmanuelle (Sophie Marceau), par amour, organise le suicide de son père (André Dussollier) en Suisse. Carole BETHUEL/Mandarin Production/Foz

Quand André (André Dussollier), cloué dans son lit d’hôpital après un AVC demande à sa fille de « l’aider à en finir », la vie d’Emmanuelle (Sophie Marceau) bascule dans une lutte incessante entre espoir et résignation. Ce film de François Ozon, tiré du roman Tout s’est bien passé d’Emmanuelle Bernstein, inspiré de sa propre expérience, raconte le cheminement de la famille face à l’idée de suicide, de mort. On a tous, à un moment de notre vie, après avoir passé le cap de la trentaine, pensé à la vieillesse. Jusqu’où on peut s’accrocher ?  

André, 85 ans, a déjà eu plusieurs ennuis de santé. Mais cet AVC semble beaucoup plus grave. Quand il se réveille, il a le côté droit paralysé. Les risques de récidives sont importants. Emmanuelle et sa sœur Pascale (Géraldine Pailhas) se relaient à son chevet. Contre toute attente, son état s’améliore un peu. Il quitte le service de neurochirurgie où il a demandé à sa fille de l’aider à mourir pour un hôpital plus humain. Il fait des progrès, mais, à chaque visite d’Emmanuelle, il relance la discussion sur le sujet, lui demande si elle s’est renseignée, comment faire, quand, où ?

Par des touches subtiles et des flash-back distillés à bon escient, on comprend qu’entre Emmanuelle et son père cela n’a jamais été le grand amour. Il était méchant avec elle. Elle le détestait. Elle avoue à un moment, « c’était un mauvais père, mais j’aurais adoré l’avoir comme ami. » Et telle une petite fille qu’elle est un peu restée, elle se renseigne à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et contacte une structure en Suisse pour la dernière étape. Avec une réalité crue, Tout s’est bien passé raconte dans les détails les modalités de ce suicide assisté dans un pays qui le tolère. En France, c’est encore un sujet tabou. Voire dangereux : les personnes n’ayant pas agi pour empêcher un suicide risquent la prison pour non-assistance à personne en danger. 

Le sujet, grave et morbide, ne manque pas d’émotion, mais n’en fait pas trop. François Ozon est parvenu à mettre un soupçon de drôlerie ou d’humour dans ces scènes essentiellement tournées dans des chambres d’hôpital. Enfin, il faut saluer la performance de tous les comédiens, les deux principaux évidemment, Sophie Marceau prouvant que c’est une grande actrice, André Dussollier capable de toutes les transformations, sans oublier Géraldine Pailhas, parfaite sœur à l’écoute et Grégory Gadebois dans le costume d’un énigmatique personnage surnommé par les sœurs « Grosse merde » et qui traîne près de la chambre d’André.

“Tout s’est bien passé”, film de François Ozon avec Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas

 



Cinéma - “After Love”, étrange vaudeville post mortem


Entre Calais et Douvres, un homme mène deux vies. Une femme officielle en Angleterre, une maîtresse en France. Ahmed, originaire du Pakistan, cloisonne ses deux vies. Un secret préservé jusqu’au bout. Un soir, il rentre d’une soirée avec son épouse Fahima (Joanna Scallan) et meurt d’un coup d’un seul, une fois installé dans son fauteuil. La veuve, totalement déboussolée, trie les affaires et découvre, dans le portefeuille de son mari, la carte d’identité d’une certaine Geneviève, Française vivant à Calais. La lecture des messages sur le téléphone ne laisse aucun doute sur leur relation. Veuve et cocue. 

After Love, premier film d’Aleem Khan a parfois des airs de vaudeville qui n’ose pas dire son nom. Car, Fahima va se rendre à Calais pour dire la vérité à Geneviève (Nathalie Richard) : elle est la femme d’Ahmed, il est mort. Mais sur le pas de la porte, Fahima est paralysée et Geneviève la prend pour une nouvelle femme de ménage. Fahima va découvrir le second foyer de son mari cachotier. Ainsi que l’existence de Salomon, un adolescent. 

Rapidement, le film prend une dimension humaine très forte avec une multitude de thématiques : le pardon, la jalousie, la renaissance. C’est parfois un peu lent, mais la performance des deux actrices rattrape ces petits trous d’air.

"After love", film d’Aleem Khan avec Joanna Scanlan, Nathalie Richard, Nasser Memarzia