vendredi 7 mai 2021

Premier roman - Judith Da Costa Rosa écrit sur une adolescence pas si douce

25 ans, toujours étudiante à Paris et déjà dans le grand bain de l’édition. Judith Da Costa Rosa publie « Les douces » chez Grasset, roman sur l’adolescence se déroulant en grande partie dans une ville fictive nommée Illes mais qui emprunte beaucoup à Céret dans les Pyrénées-Orientales, la ville de son enfance et adolescence, « aux platanes centenaires et rue pavées d’eau courante ». En 400 pages, elle raconte avec talent et originalité l’histoire d’une bande de trois jeunes filles et d’un garçon qui expérimentent différentes « façons de devenir adulte. »  

Photo Grasset JF Paga
Pour écrire avec justesse sur l’adolescence, le mieux est de l’avoir à peine quittée. Judith Da Costa Rosa a 25 ans. Cette Cérétane, étudiante à Paris, a envoyé le manuscrit de son premier roman à plusieurs maisons d’édition quand elle avait 23 ans. Deux années plus tard (une année pour affiner le texte avec une éditrice, une autre de perdue à cause de la crise sanitaire), Les douces, roman publié aux prestigieuses éditions Grasset, est dans toutes les librairies de France, de Navarre et du Pays catalan.

Dans ce récit choral, la jeune autrice raconte comment quatre adolescents « expérimentent plusieurs façons de passer à l’âge adulte ». 
Le lecteur est rapidement conquis par les personnalités composant cette petite bande de doux rêveurs. Trois filles, Dolores, Bianca et Zineb et un garçon, Hannibal. C’est ce dernier qui est à l’origine du titre du roman, car il écrit à ses trois amies en les désignant sous le terme générique de « Mes douces ». 

Un cadavre et des questions 

Qui dit premier roman dit autobiographie romancée. Judith Da Costa Rosa n’échappe pas à la règle puisqu’elle reconnaît qu’il y a un peu d’elle dans chacun des caractères. Ses bons comme ses mauvais côtés. Mais loin de raconter platement ses petits souvenirs d’enfance, la jeune fille au parcours scolaire brillant (prépa lettres au lycée Louis le Grand, école du Louvre et master professionnel de scénario), plaque cette histoire d’amours et d’amitiés sur une intrigue policière qui tient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.
Dans un grand mas à l’écart d’Illès (ville inspirée très librement de Céret où Judith a passé toute son enfance et son adolescence), des ouvriers creusent le sol pour construire une piscine. La pelleteuse exhume un corps. Ce serait celui d’Hannibal, jeune garçon disparu huit ans auparavant, le soir du bal de fin d’année de son école.

Cette nouvelle, redoutée, percute de plein fouet le quotidien de Dolores, Bianca et Zineb. Elles ont quitté Illès et vivent toutes les trois à Paris. Dolores est toujours étudiante en lettres classiques. Bianca a arrêté la médecine pour se reconvertir en influenceuse sur les réseaux sociaux. Son compte Instagram a des millions d’abonnés. Zineb, qui se rêvait réalisatrice de films, est finalement simple caissière dans un petit cinéma de quartier parisien.

Le roman alterne le quotidien de ces trois jeunes femmes, lancées dans le grand bain de la vie adulte avec plus ou moins de réussite avec les scènes au cours desquelles on découvre comment le groupe s’est formé, à Illès, dans l’atelier d’Auguste Meyer, un peintre et sculpteur assez renommé qui donnait des cours d’initiation aux écoliers. Auguste, grand ami de la mère de Dolores, à la santé chancelante apporte cette touche artistique au roman qui a pour cadre Céret, ville culturelle par excellence : « Le soleil brillait assez fort pour former un peu d’ombre sous les branches des gigantesques platanes et la campagne ingrate, rase et jaune, les collines étouffantes, le ciel en forme de cloche, tout ce qu’auguste Meyer avait peint toute sa vie durant, continuait à palpiter, à vivre, à pousser, à mourir. Rien ne changeait rien. »
Un jeune gendarme est chargé de l’enquête et va interroger à tour de rôle les trois anciennes amies d’Hannibal, redescendues au Pays Catalan pour les obsèques de leur camarade. Même si on se demande tout le temps qui a tué Hannibal et pourquoi, ce n’est pas le plus important du roman. Car Judith Da Costa Rosa, sur cette trame de littérature de genre (le roman policier), place ses pions de romancière tout court.

Dédicaces à Torcatis en juin 

On est sous le charme de ses descriptions de la vie des trois filles. « Dolores est celle qui me ressemble le plus, admet la jeune Cérétane, même si physiquement je me suis inspiré de ma grande sœur. Je peux parfois être taiseuse et froide… Bianca, l’instagrammeuse, est submergé par les autres. Elle veut aider tous le monde et s’y perd. » Quant à Zineb, elle a le côté passionné de cinéma de Judith qui aimerait tant, en plus d’une carrière littéraire, écrire des scénarios de films ou de séries.

Reste Hannibal, le garçon de la bande, celui dont la personnalité est la plus complexe, la plus énigmatique. Il fait le serment lors d’une scène sublime sous un figuier, de toujours être présent pour défendre ses trois amies. Tel un héros de légende, c’est pour Judith la « métaphore de l’adolescence ».
En dernière année de master de scénario, « la seule branche académique où on apprend à construire des récits », Judith Da Costa Rosa travaille déjà sur un second roman. Recherchant la difficulté, c’est un récit d’initiation d’une petite fille, à la première personne. Et ensuite elle envisage d’écrire un roman d’horreur car elle aime la littérature de genre et notamment les récits de Stephen King.

Mais pour l’heure elle se consacre à la promotion de son premier roman et sera sans doute dans le département des Pyrénées-Orientales pour des séances de dédicaces : à la librairie Torcatis à Perpignan et si possible à la librairie de Céret, comme un retour au pays natal pour cette jeune femme devenue Parisienne, pleine de projets, mais qui vient presque chaque mois retrouver la quiétude de la maison familiale, et entendre le doux bruit de l’eau qui s’écoule dans le canal d’arrosage. 

« Les Douces » de Judith Da Costa Rosa, Grasset, 20,90 € 

Le pays de son enfance 


Si le premier roman de Judith Da Costa Rosa se déroule en grande partie en Pays catalan c’est tout simplement car il était « plus facile de décrire un lieu que je connaissais. » Mais ce n’est pas une hagiographie et se permet quelques passages piquants comme ces réflexions de Dolores quand, depuis Perpignan, elle rejoint le Vallespir en voiture : « Combien de ronds-points pouvait-il y avoir dans ce pays ? Des centaines et des centaines, agrémentés de pelouses jaunes, de pots de pétunias, d’oliviers, de fontaines hideuses, de sculptures en briques. Et puis des platanes, des panneaux publicitaires fades, des lotissements en crépi couleur peau de bébé, des zones industrielles dans lesquelles on pouvait encore trouver des enseignes qui avaient dû faire faillite partout ailleurs dans le monde sinon ici, où les gens achetaient les mêmes choses toute leur vie durant. »

Pourtant elle l’adore ce Pays catalan. Ses parents se sont installés à Céret à sa naissance. Elle est allée à l’école bilingue à Céret et a fait son secondaire à Perpignan. Étudiante à Paris, elle revient très régulièrement à Céret pour profiter de la maison de son enfance, celle qui sert de cadre à une partie du roman. Derrière le jardin coule un canal d’arrosage, dans la ville les platanes protègent les buveurs en terrasse du France et les rues pavées sont parcourues de filets d’eau venus des collines entourant la ville.

Et si comme elle l’espère Judith Da Costa Rosa devient scénariste de séries, elle rêve d’incorporer à un de ses projets une scène montrant des Catalans chantant l’Estaca, une chanson qu’elle adore. 


Holopherne, le rap avant la littérature  


Avant d’écrire, Judith Da Costa Rosa a chanté. Sous le pseudonyme d’Holopherne (nom d’un général décapité par Judith dans Le livre de Judith…), elle a signé plusieurs chansons de rap et enregistré un clip.

Quelques années plus tard, elle avoue avoir « aimé écrire, moins interpréter ». Par contre cette passionnée de cinéma a très apprécié cette première expérience avec la réalisation car « c’est toujours magique d’avoir tout en tête et de le voir fait. »

BD - Anarchisme pour rire


La série des Spectaculaires de Hautière et Poitevin est un bel hommage aux feuilletons du début du XXe siècle. Une jeune fille intrépide, Pétronille, aidée d’amis courageux mais surtout gaffeurs, résout des énigmes.


Cette fois elle va tenter de démasquer le Pitre, un anarchiste qui veut ponctionner les bas de laine des bourgeois.

C’est frais, plein de gags et de rebondissements, dans un Paris d’antan, de la foire du Trône au Sacré-Cœur en pleine construction.

« Les Spectaculaires » (tome 5), Rue de Sèvres, 14 €

jeudi 6 mai 2021

BD - Résurrection de Ric Hochet


Le journaliste détective imaginé par Tibet et Duchâteau a repris du service sous la plume de Zidrou et Van Liemt. Une reprise qui frise la perfection. On retrouve un Ric Hochet plus humain, mais avec quantité de clins d’œil à la série d’origine.

Surtout, Zidrou situe les nouvelles aventures de Ric Hochet dans les années 70, se permettant ainsi quelques parallèles avec l’actualité d’aujourd’hui. Nadine, la petite amie de Ric, veut faire bouger les lignes.

Quant au héros de cette 5e aventure, le commissaire Diop, Sénégalais en formation, il va devoir déployer beaucoup de sang-froid pour affronter le racisme ambiant de l’époque. 

« Ric Hochet » (tome 5), Le Lombard, 12,45 €

mercredi 5 mai 2021

De choses et d'autres - C’est où le Sud ?

Les analystes politiques ont fait leur semaine avec les soubresauts, errances, trahisons et ralliements des élus de droite face aux alliances dans la région PACA. Dernière péripétie en date, Christian Estrosi, maire de Nice, quitte Les Républicains. Mais, il y aura fort à parier qu’il soutiendra, quand même, Renaud Muselier, qui a conservé le soutien de ce parti, tout en passant un accord avec La République En Marche qui finalement relance la candidature de Sophie Cluzel.

Tous les étudiants à Sciences-Po devraient aller faire un stage en PACA, pour tâter de la complexité de cette politique qui rend parfois fou.

Mais, le véritable enseignement de ce quasi-drame familial, c’est de constater combien le changement de nom de région n’est pas encore passé dans les mœurs. Si les différents élus en cause n’oublient jamais de parler de la région Sud, les observateurs de tout le reste de la France continuent de parler de cette fameuse région PACA pour Provence Alpes Côte d’Azur.

Pourtant, la fusion des régions n’avait pas touché PACA. Pourquoi décider de changer de nom ? Pour nous, passer sous bannière Occitanie était obligatoire puisqu’on était la fusion de deux régions défuntes. Et, dans l’ensemble, l’Occitanie a réussi son examen de passage médiatique. Même si plus personne ne rajoute en suivant les pourtant très officiels « Pyrénées Méditerranée », à part les élus… de la Région.

Par contre, le Sud, de Marseille à Nice, reste et restera, j’en ai bien peur, définitivement la région PACA, symbole d’une certaine idée de la politique, pas forcément la plus authentique et désintéressée.


mardi 4 mai 2021

Aude et Pyrénées-Orientales - Paroles de restaurateurs en temps de crise sanitaire

Lui-même ancien restaurateur, Marc Binet a rencontré de nombreux restaurateurs de la région pour entendre leur ressenti au cours de la crise sanitaire. Alors que l’ouverture des restaurants se profile, retour sur 12 mois d’une crise dans un copieux livre de plus de 400 pages.

La restauration est certainement le secteur économique qui a le plus souffert de la crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19. Des mois de fermeture souvent difficiles à comprendre pour des professionnels passionnés.

Marc Binet, ancien restaurateur (il a exercé à Chamonix et au Grau du Roi), devenu conseil dans cette branche qu’il connaît parfaitement, s’est lancé dans la rédaction d’un copieux ouvrage racontant «Les restaurateurs et leurs collaborateurs à l’épreuve de la crise». Il a voulu donner la parole à ces hommes et femmes, contraints à l’inactivité. Au total, il aura recueilli les témoignages de plus de 20 professionnels, beaucoup originaires de la région, comme les chefs étoilés Gilles Goujon ou Pascal Borell du Fanal, Pierre-Louis Marin de l'Auberge du Cellier à Montner ou Louis Privat, créateurs des Grands Buffets de Narbonne

"L'angoisse domine dans la profession" 

«Les sentiments des restaurateurs sont assez différents, reconnaît Marc Binet, mais tout le monde a d’abord ressenti de la frustration. On leur interdit de faire leur métier du jour au lendemain. Beaucoup ont ressenti incompréhension et colère. Aujourd’hui, l’angoisse domine encore dans le milieu car cette crise a un impact terrifiant sur le personnel d’un secteur qui emploie un million de personnes.» 

Entre les témoignages, Marc Binet a abordé tous les aspects de la crise, des conséquences sur les fournisseurs au boum de la vente à emporter. Cette grande crise aura des répercussions durables car selon des estimations, «de 100 000 à 130 000 personnes ont décidé de quitter le métier.» 
Pourtant, Marc Binet est encore confiant dans l’avenir. Pour lui, «il y a de l’espoir car ce sont des gens solides. Les "vrais", ceux qui s’investissent avec passion et qui savent gérer leur entreprise, devraient s’en sortir.» D’autant que le fameux bout du tunnel est en vue. Le gouvernement a décidé de la réouverture des établissements, uniquement en terrasse, à partir du 19 mai. Même si nombre d'établissements ont déjà fait le choix de passer cette étape, attendant l'autorisation de recevoir la clientèle en salle à partir du 9 juin. 


Pour ceux qui seront au rendez-vous, Marc Binet pense qu'il y aura un même engouement du public, comme lors de la fin du premier confinement. Il est moins certain de la durée de cette embellie car on ne sait pas exactement quel sera l'état des finances des consommateurs.

Autre crainte du spécialiste du secteur de la restauration, les défaillances qui mécaniquement vont déprécier le marché. Et quand les aides seront terminées, il faudra rembourser les PGE (prêts garantis par l'état). Certains risquent de chercher à faire des économies en rognant sur la qualité ce qui forcément déteindra sur tous les restaurants, même les plus vertueux.  

"Les restaurateurs et leurs collaborateurs à l'épreuve de la crise" de Marc Binet, éditions du Puits Fleuri, 24 €.

lundi 3 mai 2021

De choses et d'autres - Matilda, une fillette de sept ans fait revivre la légende d'Excalibur

Tout amateur de légende celte connaît l’histoire d’Excalibur, l’épée qui a donné le pouvoir au roi Arthur. Popularisée en France grâce à la série humoristique Kaamelott, la légende d’Excalibur vient de connaître un rebondissement pour le moins original.

La semaine dernière, une petite fille âgée de 7 ans et prénommée Matilda a retrouvé l’épée royale exactement là où le récit l’avait laissée. Arthur, mortellement blessé, décide de faire jeter l’épée dans un lac enchanté. Une main, celle de la Dame du Lac, sort de l’eau pour attraper l’arme magique. Depuis, Excalibur a disparu de la circulation. Jusqu’à cette promenade au bord du lac décidée par la famille de Matilda.

Malgré le froid, elle veut aller se tremper les pieds dans l’eau. S’éloigne un peu du bord et remarque un objet déposé sur le fond. Et là, comme dans un nouvel épisode de la légende arthurienne, elle plonge la main dans l’eau et en ressort avec une immense épée de 4 pieds, soit un peu plus de 1 m 20.

En mai 2021, Excalibur a refait surface !

Mais le père de Matilda est le premier à afficher son scepticisme et croit qu’il ne s’agit que d’un accessoire de cinéma.

Si cette histoire pouvait être vraie, on aurait enfin une nouvelle héritière digne du trône d’Angleterre. Une fillette de 7 ans qui prend la place d’une mamie de 95 ans, voilà ce qu’il faut au Royaume-Uni pour réveiller ce pays endormi. 

 

De choses et d’autres - Vacances presque gratuites

Durant cette longue, très longue crise sanitaire, nombre de jeunes sont montés au créneau pour protester : on leur a volé plus d’une année de leur vie (et parmi les meilleures) juste pour protéger les plus vieux. Pourtant, ces jeunes si prompts à crier à l’injustice ont quantité d’avantages que les plus de 25 ou 30 ans n’ont pas.

Par exemple, savez-vous que tous les Français âgés de 18 à 25 ans ont droit à une allocation pour partir en vacances. 200 euros versés (sous condition de ressources quand même), uniquement pour aller se la couler douce à ne rien faire.

Nommé « Départ 18:25 », ce programme est une initiative de l’Agence nationale pour les chèques vacances. 200 euros pour payer le trajet, l’hébergement ou les extras, en France et à l’étranger. Et au cinéma, pourquoi ils ont droit à un tarif réduit automatique ? ça frise la discrimination. Autre avantage réservé aux plus jeunes, les réductions en train. La SNCF a annoncé hier mettre en vente cinq millions de billets pas chers (39 euros). Et vraiment pas chers pour les moins de 12 ans puisqu’ils ne paieront que 8 euros quel que soit le trajet.

Moi, qui ne peut pas encore prétendre à une carte Vermeil, je dois débourser au minimum 200 euros pour un aller-retour  Perpignan-Paris.

Je passe enfin sur les vacances scolaires rallongées de ces deux dernières années…

 Et ils osent encore se plaindre les petits jeunes ?  Alors que franchement, parfois je les envie. 

 

dimanche 2 mai 2021

De choses et d’autres - Comment parler vrai aux jeunes ? 

Bien qu’élu majoritairement par des plus de 60 ans, Emmanuel Macron est le plus jeune président de la République jamais en poste en France. L’ensemble des commentateurs de la vie politique française ont totalement oublié cette nouveauté : le président est plus jeune (parfois beaucoup plus jeune) que ceux qui sont supposés analyser ses faits et gestes. Comment des « experts » depuis un demi siècle peuvent comprendre le logiciel d’un président plus jeune que leurs petits-enfants.

Logique donc que la participation du jeune Manu au jeu de McFly et Carlito, au mieux, leur passe au-dessus de la tête, au pire, les énerve car ils n’y comprennent rien. Qu’ils se rassurent, bon nombre de Français aussi sont hermétiques à ces émissions, mélange de fausse irrévérence et de placements produits plus ou moins déguisés.

La seule chose qui compte dans ces productions audiovisuelles, c’est le nombre de vues et de like. Exactement comme un soir d’élection : tout ce qu’il faut c’est avoir des voix, beaucoup de voix, plus que l’adversaire pour l’emporter à la fin du décompte. Ainsi, faire des promesses que l’on sait pertinemment qu’on ne pourra jamais tenir n’est pas plus honteux que de faire semblant d’avoir de l’humour et de la répartie alors que tout est écrit, scénarisé et codifié au millimètre près.

Comme dans la téléréalité, rien n’est authentique dans ces émissions. La preuve : les animateurs se sont senti obligés de préciser que « tout est vrai, tout est spontané ».

Certains jeunes le croiront peut-être, d’autres, espérons-le, seront un peu plus critiques. 

 

De choses et d’autres - Un robot au chômage

Si Philip K. Dick a écrit une nouvelle intitulée « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », dans la vraie vie, les robots craignent-ils de se retrouver au chômage ou mis à la retraite anticipée ? Vous me direz, on ne connaît pas l’âge de retraite des robots. Ont-ils même le droit de cesser le travail pour ne plus rien faire ? Leur seule limite n’est-elle pas la fameuse obsolescence programmée ?

À moins que ce ne soit tout simplement la pression des administrés qui mette des robots au chômage. L’écrivain américain aurait sans doute fait un roman cocasse et perturbant de cette information datant de la semaine dernière.

La police de New York a décidé de retirer du service actif son chien-robot de la firme Boston Dynamics. Présenté l’an dernier, il a été utilisé à quelques reprises pour faire des patrouilles en ville ou aller dans un bâtiment où se déroulait une prise d’otages. Mais le toutou de fer et d’acier, loin d’attirer la sympathie des enfants et des habitants, avait la fâcheuse tendance à stresser tout le monde. Sans doute car il est impossible de lire ses émotions et donc d’anticiper ses actions. N’est pas R2D2 ou Wall.E (gentils robots de films familiaux américains) qui veut.

Dans le cas de Spot (c’est le nom du modèle de ce chien-robot de Boston Dynamics coûtant quand même plus de 74 000 dollars), il donnait un peu trop l’impression d’être un Robocop à quatre pattes. Sans la moindre once d’humanité dans ses circuits intégrés.

Reste à lui trouver une reconversion. Pourquoi ne pas le placer dans la famille Biden ? C’est de tradition pour un président récemment élu de prendre un nouveau chien. Pas sûr cependant que les services secrets soient d’accord. Un chien ça ne se pirate pas, un robot si. 

samedi 1 mai 2021

Roman - « Les évanescents », d'une vie rêvée à une vie sans rêve

Disparaître. Arrêter d’être au centre de la société, en marge, invisible. Le premier roman de Damien Ribeiro, installé à Perpignan après une enfance du côté ouest des Pyrénées au Pays basque a pour héros un homme qui, du jour au lendemain, décide de ne plus jouer le jeu du paraître. Il fait partie de ces hommes et femmes, « Les évanescents » (titre du roman paru dans la collection La Brune des éditions du Rouergue), qui se contentent d’une non-vie.  Un texte fort, qui oblige le lecteur à se questionner sur sa propre propension à devenir invisible, à se lancer dans une introspection sur ses choix de vie. Attention, on ne sort pas indemne de cette lecture.  

Rencontrer Damien Ribeiro après avoir lu son roman Les évanescents, plonge l’interlocuteur dans un abîme d’interrogations. On a encore l’image du personnage principal en tête : un homme insignifiant, ayant décidé du jour au lendemain de se créer une non-vie faite de routine, sans la moindre passion. Pas même un soupçon d’émotion. C’est raconté avec une telle précision chirurgicale qu’on pense que l’auteur, forcément, raconte en partie son vécu. Perdu.

On se retrouve en face d’un homme très grand, élégant, souriant, dont la réussite professionnelle (lire ci-contre) est à l’opposé de l’emploi obscur de rédacteur d’arrêtés municipaux décrochée, par piston, par Michaël Dos Reis. Finalement, ce roman est tout sauf une autofiction. Tout juste trouve-t-on dans la première partie quelques références communes à la jeunesse commune entre Damien et Mickaël. Le premier a tenté de mettre sur papier cette contre-vie qui aurait pu être la sienne.

Le désir d’écrire, Damien Ribeiro l’a toujours eu au fond de lui. Il se lançait régulièrement dans l’écriture de romans. Sans jamais dépasser les trois pages. Mais pour Les évanescents, il a poussé le curseur très loin. L’idée est venue de la très courte nouvelle de Tchekhov, l’homme à l’étui. Un professeur se recroquevillait de plus en plus derrière des protections jusqu’à se sentir si bien dans ce dernier étui, son cercueil. Michaël Dos Reis, après un périple dans le sud de la France à taguer les wagons avec deux copains, décide du jour au lendemain, sur une plage de Cannes, de tout arrêter. Il plonge, nage un peu, refait surface et dès lors, « tout ce qui comptait pour l’heure était de flotter sur le dos en me laissant porter par le sel. La Méditerranée me lavait de cette peinture qui empêchait mon corps de respirer […] et qui ne m’offrait que la marginalité ou la folie pour horizon. » Après ce passage, le roman prend une ampleur, une force, une plénitude étonnante pour une première œuvre. 

Se contenter de vivre une « histoire simple, sans passion » 

 

On se met dans les pas de cet homme de plus en plus évanescent. Il se met en couple avec Corinne, une femme « pour qui la perspective de la solitude est inenvisageable. » Parfait car lui a besoin « d’une histoire simple, sans passion, offrant le confort moelleux des tapis d’algues. » Grâce à l’entregent du père de sa compagne, il obtient un poste d’obscur fonctionnaire municipal. Son bureau, sans fenêtre, petit, est le nouveau cercueil de l’homme à l’étui. 

Photo Olivier Got/L'Indépendant
Ce texte, que Damien Ribeiro a envoyé à plusieurs éditeurs à la fin de l’été 2019, sur l’insistance de son épouse (lui voulait simplement le mettre gratuitement sur internet), a trouvé preneur au bout de 15 jours. Une sorte de consécration qui a poussé le jeune romancier à se lancer dans son second roman. Une promesse de publication finalement pas tenue. Le second roman achevé, Damien Ribeiro contacte de nouvelles maisons d’édition. L’éditrice de la Brune du Rouergue se montre intéressée. Damien lui parle alors des Évanescents, lui envoie une version légèrement remaniée et très vite la décision de sortir ce texte en priorité est actée.

Après avoir lu ce roman, on ne peut s’empêcher (en plus de la fameuse introspection inévitable), de regarder d’un autre œil ses connaissances. Qui parmi les collègues, amis ou même parents font partie de ces évanescents, adeptes de la transparence ?

Au contraire, qui après une enfance insipide, a décidé, comme Charles D., ami de Michaël, de jouer des coudes pour s’imposer ? Charles D. semble grotesque dans son rôle de vendeur de fenêtres. Un passage finalement hilarant.

Car ce roman, tout en cultivant une certaine noirceur, est aussi bourré de scènes où l’auteur, avec une acuité remarquable, ose raconter sans fard la comédie de la vie. Et souvent, pour s’en sortir, mieux vaut en rire que de chercher à réduire encore et encore son étui.


« Les évanescents » de Damien Ribeiro, La Brune éditions du Rouergue, 16,50 € 

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S’imaginer une contre-vie 
 

Un premier roman est souvent autobiographique. Dans Les évanescents, Damien Ribeiro a mis un peu de son vécu. Essentiellement dans la première partie se déroulant au Pays basque. La passion du graf, elle rythmait véritablement sa vie quand il avait 16 ans. Mais la suite, à l’opposé, est la tentative de se créer une « contre-vie ». Une réalité parallèle à son véritable parcours qui n’a rien de celui de Mickaël Dos Reis.

Si la vie de Damien Ribeiro a effectivement basculé d’un coup d’un seul à l’entrée de l’âge adulte, c’est au contraire pour vivre pleinement cette histoire d’amour qui l’a saisi après une rencontre en soirée. Elle est prof de français en pays catalan. Il décide de la rejoindre quittant ses parents avec un simple sac à dos. Une passion qui lui donne l’envie de terminer ses études et de réussir professionnellement. Mais sans renier ses passions. Il avait arrêté le graf mais continuait à composer et produire dans le milieu du rap.  « Tout en étant manœuvre pour payer mes études, j’ai obtenu deux masters en droit. Rapidement j’ai trouvé du travail à la Maison des vignerons de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Puis, il y a 11 ans, j’ai décroché le poste de directeur de la Maison des artisans à Perpignan ».

Une réussite professionnelle à l’opposé de la dérive nihiliste du héros du roman. Mais il est vrai que Damien Ribeiro a un atout dans sa vie, une femme qu’il aime par-dessus tout et à qui il a dédié le roman. Sa première lectrice, celle qui l’a encouragé à envoyer le manuscrit à différentes maisons d’édition. Sa muse.

Du graffiti au Street Art  

En se lançant dans l’écriture de son roman, Damien Ribeiro avait l’envie de raconter ses années graffiti et mettre en valeur le milieu du rap qu’il a longtemps côtoyé. On retrouve le premier thème dans le début du texte, quand le héros, encore adolescent, tague son pseudo sur les murs d’un bâtiment en ruines. Ce country club, réservé à l’élite de la côte basque, a longtemps été un lieu interdit aux pauvres. Même les classes moyennes ne pouvaient s’approcher de ce club sélect. Mais l’opération, essentiellement immobilière, a capoté et le Country, à l’abandon, est devenu le terrain de jeu de tous les toxicomanes du BAB (Bayonne, Anglet, Biarritz) et des ados qui y trouvaient des murs vierges à marquer de leurs empreintes. « Sur l’ancien mur du training, nous avions exécuté une fresque où nos noms de guerre se mariaient dans un mélange d’orange et de bleus. »

Cette passion, Damien Ribeiro, des années plus tard, ne la renie pas. Au contraire, il essaie encore et toujours de comprendre ce qui le motivait. Il a définitivement écarté la volonté esthétique. Objectivement, leurs créations étaient moyennes. Juste de la typographie et des couleurs. La mode du graffiti est cyclique. Aujourd’hui on parle plus noblement de Street Art. Mais le fond est le même.

À un moment donné, des jeunes veulent simplement monter qu’ils existent. Et pour cela, rien de plus simple que de laisser une trace sur les murs. Aujourd’hui Damien Ribeiro ne touche plus aux bombes de peinture, mais sur un mur en ruine, peut-être, il reste une trace de son passage, un fragment d’adolescence que personne ne pourra lui enlever.