mardi 2 mars 2021

Sur Arte, séries en versions (very) originales


Arte continue son travail de redécouverte des séries sur sa plateforme, toujours gratuite et sans pub. Une aubaine pour les amateurs de bonnes histoires. Notamment en ce moment dans la collection « Back to the Originals ». Si les USA s’imposent partout dans le monde, c’est souvent en réutilisant des concepts déjà développés ailleurs. Les producteurs US ne font qu’acheter des droits et les mettre à leur sauce américano-ricaine. Alors plutôt que de déguster un succédané, profitez des séries en versions (very) originales. 

Si vous avez aimé House of cards avec Kevin Spacey et Robin Wright, tentez la première version, l’anglaise, datant de 1990 avec Ian Richardson et Susannah Harker dans les deux principaux rôles. Vous y découvrirez toutes les manigances politiques envisageables de l’autre côté de la Manche. 

Politique aussi dans The Killing. A la base une série danoise suivant le travail acharné d’une enquêtrice bornée, Sarah Lund (Sofie Grabol). Elle est sur les traces du tueur d’une jeune fille. Un politique, candidat à la maire de Copenhague, fait partie des suspects. La première saison, un peu longue avec ses 20 épisodes d’une heure, est un modèle du genre dans l’exploitation des fausses pistes. La version américaine, beaucoup plus formelle, ne fait pas le poids face à l’âpreté de l’originale. 

Toujours sur Arte, plongez dans le monde totalement paranoïaque d’Hatufin, série israélienne sur le retour d’un soldat longtemps prisonnier d’un groupe terroriste. Sa version américaine, renommée Homeland, a passionné les foules avec la performance de Claire Danes dans le rôle de l’agent de la CIA doutant de tout et de tout le monde.

Enfin ne passez pas à côté de cette pépite d’humour et d’inventivité qu’est Maniac d’Espen P.A. Lervaag. Création danoise sur les délires du pensionnaire d’un asile psychiatrique, elle permet à l’acteur principal d’endosser quantité de rôles tous plus étonnants (et caricaturaux) les uns que les autres. La version US est portée par Jonah Hill et Emma Stone et joue plus sur le côté cauchemardesque de l’intrigue.

De choses et d’autres - Le job de l’impossible

Trouver un boulot de nos jours n’est pas toujours facile. Pourtant certaines sociétés recrutent à tour de bras et ne demandent pas le moindre diplôme pour postuler. La difficulté consiste simplement à aller au bout du parcours d’embauche. Jugez sur pièce.

Une boîte qui fait dans le coaching détaille les étapes avant de recevoir le « Welcome aboard ! » Il n’est même pas nécessaire de déposer son CV, la première étape consiste simplement à répondre à un questionnaire de 7 à 8 minutes puis d’enregistrer une vidéo de 3 minutes maximum.

Ensuite vous recevez un premier appel de 15 minutes suivi de deux entretiens (culture et technique) d’une heure. Après, gros morceau avec un « entretien final : call en visio de 3 heures avec notre CEO pour retracer ton parcours. » C’est déjà énorme, mais en plus, les recruteurs exigent que le postulant organise trois entretiens en visio avec d’anciens managers. Mieux vaut éviter le petit chef ignare que vous avec envoyé se faire f… en démissionnant avec pertes et fracas.

Alors qui va aller au bout de ce « process de recrutement » ? Pas grand monde, juste les plus avides ou désespérés.

Sur le net quelques voix dénoncent ces méthodes excessives. D’autres sont plus alarmistes et critiquent des pratiques dignes des pires sectes. Avec raison car les sociétés de coaching ont déjà été épinglées à plusieurs reprises par la Miviludes, l’organisme chargé de surveiller les dérives sectaires.

Car un chômeur, même pauvre, est un pigeon comme un autre pour ces nouveaux requins du marché du travail.

 

lundi 1 mars 2021

Série télé - Capitani, enquête au Luxembourg


Si le Luxembourg est essentiellement connu en France en raison de ses banques aux pratiques parfois peu transparentes, cela reste une principauté assez grande pour avoir une campagne et des villages reculés. C’est dans ce cadre que se déroule cette série qui prend le nom du personnage principal, l’inspecteur de police Capitani interprété par Luc Schiltz. 

Dans le nord du pays, le corps d’une jeune fille est retrouvé au pied d’une falaise. Jenni se serait suicidée. Capitani, venu pour une tout autre raison dans la région, prend en charge l’enquête et va remuer quantité de secrets plombant l’ambiance dans cette riante petite ville de province. 

La série, diffusée sur Netflix depuis la mi-février, bénéficie d’une réalisation punchy renforcée par des épisodes courts ne dépassant jamais la demi-heure. Bref, de quoi proposer quantité de rebondissements au cours des 12 épisodes.

De choses et d’autres - Éloge de la procrastination 

Hier soir, à l’heure du couvre-feu, une bonne partie de la France a suivi le nouvel épisode de la série à succès du moment : « Jean Castex vs la pandémie ». Le Premier ministre, toujours aussi raide et docte (beaucoup trouvent qu’il ressemble à Gargamel, le « méchant » des Schtroumpfs), a joué la franchise en reconnaissant que la situation se détériore et qu’il faut tout mettre en place pour « retarder le confinement ». Et là, on comprend qu’en fait, c’est mort. Le confinement semble déjà acté. La seule inconnue réside dans sa date de mise en œuvre. Jean Castex veut le retarder.

Comme si en procrastinant un peu, on repoussait ce mauvais moment à passer sans comprendre que les jours perdus ne seront jamais rattrapés. Le début de la campagne de vaccination était l’exemple parfait de cette procrastination érigée en méthode de gouvernement. Mais qu’on se rassure, le gouvernement agit. Ou plus exactement place 20 départements sous surveillance renforcée. Des mesures de reconfinement localisé pourront être prises. Dans une semaine. Peut-être.

En procrastinant sans cesse, la France est de plus ne plus en retard par rapport à ses voisins. Le virus, lui, ne remet pas au lendemain ses ravages, notamment à Nice. Mais là aussi, face à l’urgence, les autorités décident de reconfiner… à partir de samedi. À l’opposé, si le président Macron annonce qu’il va faire une allocution début mars, oubliez la procrastination et foncez illico dans une grande surface pour reconstituer les stocks de papier toilette. 

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le vendredi 26 février)

 

 

vendredi 19 février 2021

Chanson française - Charles Trenet est mort le 19 février 2001 : 20 ans d’absence et de silence

Après une carrière de plus d’un demi-siècle, celui que la presse avait surnommé le « fou chantant », quittait définitivement la lumière des projecteurs. Charles Trenet est mort le 19 février 2001. Il y a 20 ans. 20 ans de silence mais pas d’oubli car le chanteur au parcours tumultueux entre Aude et Pyrénées-Orientales est toujours présent dans les têtes. Ses plus belles chansons comme Douce France, La Mer ou Y’a d’la joie sont immortelles.

Charles Trenet sur scène, quasiment en transe. L’image du fou chantant dans toute sa splendeur. Photo L'Indépendant/Jover.

Que reste-t-il de la joie communicative distillée durant des années par Charles Trenet ? Que reste-t-il de sa faconde, son enthousiasme, sa simplicité ? Alors que l’on célèbre les 20 ans de sa disparition, le 19 février 2001 à 88 ans, le merveilleux « fou chantant », auteur-compositeur de tant de chansons ayant marqué le XXe siècle, Trenet parle-t-il encore aux jeunes générations ? Pas assez serait-on tenté de répondre, tant l’époque, encore plus depuis la crise sanitaire, manque de légèreté et d’insouciance.

Mais aurait-il le droit de chanter en cette période de suspicion généralisée en matière de mœurs ? Charles Trenet, durant très longtemps, refuse d’évoquer son homosexualité en public. Il est pourtant obligé de l’admettre en juillet 1963 quand Richard, un de ses employés prétend, devant les gendarmes, qu’il est chargé de rabattre de très jeunes hommes dans la villa d’Aix-en-Provence de la vedette. Après une interpellation spectaculaire à la terrasse d’un café, Charles Trenet passe un mois en prison avant un procès où il est condamné à un an de prison avec sursis et 10 000 francs d’amende. Peine cassée en appel, Richard admet qu’il a tout inventé pour se venger de son mentor.

Charles Trenet sera définitivement blanchi après mai 1981. La loi, dans ces sixties très pudibondes, fixait la majorité sexuelle à 21 ans dans le cas de relation homosexuelle. Le chanteur populaire mettra de longues années pour revenir sur le devant de la scène. D’autant que les yéyés lui font de l’ombre. Assagi, il mènera sa carrière entre galas en province et émissions de variétés grand public. 

La joie pour philosophie 

Né à Narbonne en 1913, le jeune Charles aura une enfance agitée. Ses parents divorcent. Il passera quelques mois en Allemagne avec sa mère qui a refait sa vie, en pension à Béziers et chez son père à Perpignan, ville où ce dernier a repris une étude de notaire. Perpignan qui verra l’éclosion de l’artiste Trenet. Un jeune homme touche-à-tout, successivement poète, comédien, peintre ou romancier. Il a le spectacle dans le sang et le découvre avec une célébrité catalane de l’époque : Albert Bausil.

Ce poète iconoclaste, dont toute la vie était une représentation perpétuelle, est le premier à avoir décelé l’immense talent de ce jeune homme intrépide. Ils s’amuseront à faire les 400 coups à Perpignan, jusqu’au 14 juillet 1930 à Vernet-les-Bains. Les deux larrons, la nuit, se déguisent en fantômes et hantent les couloirs du grand hôtel et de la cité thermale. Nus sous des draps blancs. Un simple chahut pour eux, une orgie homosexuelle selon les rumeurs. 

Enthousiasme communicatif  

Trenet décide de quitter ce milieu trop étroit et tente sa chance à Paris. Il deviendra un chanteur de génie, mêlant pour la première fois rythmes jazzy, swing et textes en français. Sur scène, son énergie, sa présence, sa douce folie, font merveille. La légende Trenet est en marche. Il y aura des hauts et de bas, mais l’artiste gardera une place à part dans le cœur des Français jusqu’à son décès, il y a 20 ans. Et aujourd’hui il est toujours dans le coup, Thomas Dutronc vient même de proposer une reprise de « La mer » en anglais.

Un documentaire et des livres  

Loin d’être tombé dans l’oubli, Charles Trenet continue à faire parler. Ce vendredi soir, France 3 consacre son prime time au Fou chantant avec le documentaire « Charles Trenet, l’enchanteur ». Durant près de deux heures, Philippe Kohly raconte le parcours artistique exceptionnel de cet artiste majeur du XXe siècle. Des images d’archives pour comprendre l’engouement de la jeunesse pour ce chanteur sautillant, surnommé lui aussi avant la seconde guerre mondiale, l’idole des jeunes.

Trenet à la télévision mais également dans les librairies. Cette semaine sort aux éditions Kennes « Trenet hors-chant » de Jacques Pessis, biographie « pour innocenter le chanteur » accusé de collaboration et de pédophilie.

Ce côté controversé de Trenet qui a éclaté en 1963 avec son emprisonnement durant un mois et son procès retentissant, est aussi au centre du livre « Le prix de la joie » d’Olivier Charneux paru l’an dernier chez Séguier. Dans ce récit, l’auteur prend le parti de faire parler Trenet. C’est donc des considérations personnelles fictives mais hautement plausibles qui éclairent cette affaire Trenet qui a excité les foyers français avides de « scandale » touchant aux mœurs. 

lundi 15 février 2021

De choses et d’autres - La journée type d’un hypocondriaque

Quand il se réveille, très tôt le matin, l’hypocondriaque de base  se questionne sur ses rêves. Quelle signification donner à ce cauchemar dans lequel il se trouvait à l’intérieur d’une seringue gigantesque ? Est-ce lié à son désir de se faire vacciner le plus vite possible contre le à la Covid (il n’a pas encore tranché sur le genre de cette abomination).

En vain. Il se connecte une nouvelle fois sur le site calculant son rang dans la vaccination en France. Rien n’a changé. Il ne devrait recevoir sa première dose qu’entre le 20 juillet et le 29 novembre.

En croquant dans son croissant du matin, notre hypocondriaque savoure le goût de beurre. Pourtant il se méfie des graisses. Faudrait pas qu’il devienne obèse et augmente les risques de faire une forme grave de la maladie. Le beurre demi-sel permet juste la satisfaction d’avoir toujours le goût.

Il apprécie de la même façon l’odeur du premier café. Un bon point, mais pas tout à fait rassurant. Il parait que le variant anglais n’altère pas le goût et l’odorat.

Alors il enfile un nouveau masque (le 412e depuis le début de la pandémie) et se rend à un centre de test sans rendez-vous. Il se fait de nouveau triturer l’intérieur du nez. Il saigne un peu. Normal, c’est son 88e test en trois mois.

Sur le chemin du retour, il s’arrête dans une pharmacie et se renseigne sur les autotests. «Toujours pas disponibles en France» lui répond, encore et toujours la pharmacienne qui ne prend plus de pincettes pour rembarrer l’importun qui revient à la charge tous les deux jours. Alors l’hypocondriaque rentre chez lui et tente d’en acheter par correspondance aux USA.

Sa mauvaise maîtrise de l’anglais le dissuade de donner le numéro de sa carte bleue. Car l’hypocondriaque se méfie des virus physiques mais aussi des virus informatiques.

Le soir, après avoir avalé une soupette à base de légumes bio et un cocktail de vitamines «pour renforcer son immunité », il se couche seul dans son grand lit et plonge au pays des songes. Et se réveille rapidement en plein cauchemar.

Pas de seringue en vue cette fois. Juste un immense écouvillon sur lequel il s’empale douloureusement : il n’aurait jamais dû lire cet article sur le test anal pratiqué en Chine. 


dimanche 14 février 2021

De choses et d’autres - Apprenez, vous êtes surveillé !

Le monde d’après, à user des nouvelles technologies à tout propos, me plaît de moins en moins. Après la sidération des premiers mois, la pandémie a servi de prétexte pour lever un certain nombre de garde-fous dans notre société de plus en plus déshumanisée. Prenez l’enseignement en visio par exemple.

En France, un prof doit s’adresser à quelques élèves qu’il devine sous forme de vignettes sur son petit écran. Élèves qui en profitent pour faire autre chose; certains ont même eu l’idée géniale de placer devant la webcam de leur ordinateur un portrait d’eux en pleine concentration. Une petite entourloupe totalement impossible à Singapour. Là-bas, les écoles ont investi dans des intelligences artificielles.

Directement reliées à la leçon en cours, elles analysent toutes les secondes les muscles faciaux des élèves. Et savent s’ils sont réceptifs, ironiques ou totalement absents, la tête ailleurs. C’est comme si dans les classes physiques, devant chaque élève se trouvait un pion le scrutant les yeux dans les yeux pour déterminer s’il suit bien les explications prodiguées.

Car contrairement au prof de base, dramatiquement humain et dans l’impossibilité d’effectuer deux tâches en même temps (sauf s’il s’agit d’une femme, respect…), l’intelligence artificielle peut se démultiplier à l’infini. Une classe de 29 ne l’effraie pas. Même avec 50 chahuteurs elle accomplit son job à condition de disposer d’assez de mémoire.

Quant aux élèves, plus moyen désormais de grimacer ou de tirer la langue au prof dès qu’il leur tourne le dos. Ne leur reste que la solution de la cyberattaque pour rendre l’intelligence artificielle complètement folle. Plus ardue, mais  parfaite comme exercice de travail pratique en cours d’informatique. 


samedi 13 février 2021

Roman - Dans "Babylift", Marie Bardet adopte une cause

Longtemps journaliste, en télévision puis en presse magazine, Marie Bardet, narbonnaise depuis une dizaine d'années, a refoulé ses envies d’écriture au long cours. Une rencontre va lui faire changer d’optique. Celle qui se revendique désormais romancière, sort son second ouvrage. « Babylift », paru fin janvier aux éditions Emmanuelle Collas, aborde le scandale des orphelins vietnamiens rapatriés à la fin de la guerre et adoptés. Certains sont devenus des petits Français. Des déracinés avant tout.

Désirant s’immerger dans un pays qu’elle ne connaissait pas pour apporter plus de sensations et vécu à son roman, Marie Bardet a passé un mois à sillonner le Vietnam à moto et en train. En février et mars 2020, alors que l’épidémie de Covid-19 était à son maximum en Chine, pays frontalier, elle quitte Narbonne et s’envole pour un périple dans un pays sous surveillance où l’opacité la plus totale règne sur l’histoire du Babylift.

Au centre de son second roman cette opération lancée par les USA pour exfiltrer les enfants de couples mixtes (GI américains et civiles vietnamiennes) menacés par l’avancée de la rébellion communiste. « Je voulais faire le procès du Babylift, explique-t-elle, dénoncer cette utilisation d’enfants dans une politique impérialiste. » La romancière, qui reconnaît être de gauche, « gauchiste, même », a voulu raconter la guerre du Vietnam sous un autre angle, très différent de celui des Américains.

Un texte politique revendiqué qu’elle a voulu « accessible à tout le monde ». Pour ce faire, elle a épuré son style : « J’ai pris la résolution de toucher un très large public. Un récit linéaire, fluide, avec du suspense, comme un thriller. » Mais sans rien céder à son désir premier : « dénoncer comment la politique utilise des enfants pour arriver à ses fins. »


Contrairement à son premier roman, A la droite du père, écrit sans plan, presque à l’instinct, la jeune femme y déversant une partie de son enfance malheureuse (« J’en avais gros sur la patate… »), Babylift est beaucoup plus structuré, abouti. Elle va retrouver ses réflexes de journaliste passionnée par les affaires judiciaires pour mettre en scène un procès.

Sean, un des orphelins vietnamiens, adopté en France, est accusé de meurtre. Enfant d’un GI noir et d’une jeune vietnamienne, la couleur de sa peau le transforme en coupable tout trouvé dans cette région rurale dans les années 90. Sean est doublement accusé. Car en plus d’être accusé d’avoir tué une camarade, il aurait mis enceinte sa propre sœur jumelle, May. Cette partie du roman, notamment le procès, permet à Marie Bardet de croquer le portrait d’un jeune avocat commis d’office plein de ressource et surtout déterminé à faire toute la vérité sur une enquête un peu trop vite expédiée. « Je suis un peu de cet avocat », reconnaît la romancière. Notamment dans sa volonté d’aider les plus démunis et d’adopter une cause à défendre. En l’occurrence celle de ces enfants du Sud adoptés par des familles du Nord. 
Un roman en deux parties, la seconde consacrée à la quête de la mère par May, devenue elle aussi maman. Et comme elle se déroule exclusivement en Asie, Marie Bardet s’est mise en quête d’un financement pour aller sur place s’imprégner de l’ambiance. Après deux refus (du Centre national du Livre puis de la Fondation Stendhal), c’est Occitanie Livre & Lecture, émanation de la Région, qui lui accorde une bourse. Avec un ami qui lui sert de chauffeur de moto, elle va aller à la rencontre des habitants de ce pays. Tout en sachant qu’elle n’obtiendra aucune information sur l’opération Babylift. Le temps a effacé les mémoires. Et de toute manière cette période est devenue taboue. 

Le voyage prend un tour inattendu alors que de plus en plus bruissent des rumeurs de pandémie. « Avant de partir, j’ai acheté 5 masques chirurgicaux dans une pharmacie de Narbonne » se souvient-elle. Sur place tout le monde en porte déjà un. Elle ne modifiera pas son trajet, évitant simplement le grand marché chinois de la capitale.

Au retour, début mars, elle découvre stupéfaite qu’en France, le port du masque est déconseillé. Consciente de son efficacité après un mois sur les routes du Vietnam, elle va pourtant le remiser dans son sac à Paris. À l’époque, le porter était stigmatisant… Retour dans l’Aude et quelques jours plus tard elle tombe malade. « J’ai sans doute attrapé le Covid-19 dans le train. » Elle devra être brièvement hospitalisée. 
Aujourd’hui, le voyage, la maladie et même Babylift, très bien accueilli par les libraires, sont derrière elle. Marie Bardet, qui « ne se voit plus d’arrêter d’écrire », est plongée dans son 3e roman, la vie de Marguerite, une « femme extraordinaire », brûlée sur un bûcher pour des écrits considérés comme hérétiques. Réhabiliter une « féministe avant l’heure », telle est la nouvelle cause adoptée par cette infatigable romancière de la justice. 

Le procès de l'adoption internationale 

« L’adoption internationale est entachée de beaucoup d’irrégularités, s’insurge Marie Bardet. Il faudrait complètement rebooter le système » explique la romancière qui retrouve là son côté engagé. A la base elle voulait simplement dénoncer l’opération Babylift qui permettait à l’Amérique de transformer une défaite au Vietnam en victoire puisqu’elle sauvait les orphelins issus des relations entre soldats US et femmes vietnamiennes.

Mais en creusant le sujet, elle a découvert que déjà, les Français, après la défaite de Dien Bien Phu, avaient évacué 5 000 enfants. Des orphelins, selon la version officielle, placés dans des familles françaises. Mais com-me toutes les archives ont été volontairement perdues ou détruites, impossible d’affirmer que ces enfants n’ont pas été arrachés à leurs familles. Marie Bardet dénonce notamment la « corruption des intermédiaires ». Elle assimile presque ces adoptions internationales à une traite humaine car de grosses sommes sont en jeu.

Dans l’idéal, il faudrait prendre le problème à l’envers. Ne pas considérer en priorité le désir d’enfants d’Occidentaux mais se mettre au service d’enfants en mal de famille. Elle place le problème, d’une façon plus générale, dans le cadre du déséquilibre entre Nord et Sud.

Le roman : du fait divers à la recherche de la mère  

Le second roman de Marie Bardet est dense et foisonnant, écrit volontairement dans une langue plus fluide, pour être abordable par le plus large public. Le prologue raconte l’accident du Galaxy C-5A de l’US Air Force en avril 1975 près de Saïgon.

Cet avion cargo, qui d’ordinaire amène dans ses soutes les bombes et munitions déversées sur les Viêt-cong, emporte cette fois les premiers orphelins de l’opération Babylift. Quelques minutes après son décollage, il se crache dans une rizière. La suite se déroule 15 ans plus tard, dans une campagne qui ressemble fort à la Haute-vallée de l’Aude.

Deux vieilles filles, un peu grenouilles de bénitier, ont adopté deux des rescapés du crash. Des jumeaux. Sean et May. Ils dénotent dans cette France rurale des années 90. La couleur de leur peau interpelle car les jumeaux sont issus des amours entre un GI américain afro-américian et une jeune vietnamienne. Jumeaux fusionnels comme constaté à leur arrivée chez leurs nouvelles mamans : « Le garçon prête l’oreille au babillage de la fillette et, peu à peu, ravale ses hoquets. Apaisé, il se tourne et rencontre cette attente phénoménale qui porte deux iris à leur plus vive incandescence. »

Sean accusé d’avoir tué une de ses camarades de classe. va être jugé aux assises. Un procès raconté avec minutie et un sens du suspense et du coup de théâtre digne des meilleurs thrillers. 

Ensuite, le lecteur est entraîné dans la quête de May sur les routes poussiéreuses du Vietnam. La jeune femme cherche désespérément à retrouver une trace de sa mère biologique. A comprendre, surtout, pourquoi elle a été abandonnée et expédiée à des milliers de kilomètres de son pays d’origine sans espoir de retour.

« Babylift » de Marie Bardet, Éditions Emmanuelle Collas, 17 €

vendredi 12 février 2021

De choses et d’autres - À quels 13 % appartenez-vous ?

Je vais de nouveau recevoir quelques lettres anonymes et menaçantes (écrites en caractères bâtons tremblotants) car je vais aborder et être critique sur un thème qui semble sacré pour ces scribouillards indignés.

Un sondage, réalisé par L’Express, nous apprend qu’en cas de candidature à l’élection présidentielle, Éric Zemmour obtiendrait 13 % des suffrages au premier tour. Ils sont exactement 4 % à répondre « oui, certainement » et 9 % « oui, probablement ». 13 %, pour les démocrates et progressistes, cela semble énorme.

Chez ses partisans, c’est l’euphorie et certains voient déjà l’éditorialiste au second tour flanquer une déculottée au jeune Macron.

Certes, mais il ne faut pas oublier qu’il y aura quand même un obstacle de taille à surmonter : persuader les 74 % de Français, selon cette même enquête, qui affirment que « non », ils ne voteront pas pour Éric Zemmour. Dont 60 % qui affirment « non, certainement pas ». Voilà qui est plus rassurant pour l’avenir de notre démocratie.

Par contre, si on lit le sondage jusqu’au bout, on relativise tout ce pataquès autour du nouveau héraut de la droite extrême en découvrant qu’il y a un autre 13 % de très significatif dans les résultats. Ce sont les 13 % de sondés qui avouent ne pas savoir qui est Éric Zemmour.

13 % de Français qui ne lisent jamais les journaux, ne regardent pas la télévision et n’écoutent pas la radio.

13 % de bienheureux qui, s’ils lisent ces lignes, se demandent de qui je peux bien parler présentement. 


jeudi 11 février 2021

De choses et d’autres - Petits mensonges du passé

Les chiffres sont implacables. Si les cas de Covid-19 quotidiens sont toujours largement au-dessus des 5 000, limite qui permettrait la réouverture des cinémas, les gastros, elles, sont en chute libre. Comme la grippe, elles ont quasiment disparu du PIF (pas le magazine de BD qui lui est bien de retour dans les kiosques, mais le Paysage infectieux français).

Or, la disparition de cette maladie est un véritable drame pour les petits menteurs du quotidien.

Qui n’a pas, au moins une fois dans sa vie, prétendu être frappé par une gastro foudroyante pour zapper une journée d’école et le contrôle de maths tant redouté, une réunion inintéressante au boulot ou, pire, un repas dominical chez les beaux-parents.

Elle était bien pratique cette gastro dans la panoplie des arrangements avec la vérité pour s’affranchir de relations sociales pénibles. Mais aujourd’hui, si vous prétendez souffrir d’une gastro, vous êtes immédiatement démasqué. Hou, le menteur ! Il n’y a plus de gastro qui traîne. Ni chez vous, ni ailleurs.

On ne dit pas merci aux lavages des mains dans ce cas précis.

Entre la grippe bloquée par nos masques et la gastro imaginaire qui nous fait défaut en cas d’alibi, cela provoque un trou non négligeable dans les revenus des médecins de ville. Certains cabinets affirment qu’ils ont perdu jusqu’à 30 % de leur activité habituelle.

Donc, menteur ou pas, on est tous d’accord pour espérer au plus vite la fin de cette fichue pandémie qui nous perturbe, même dans nos plus mauvaises habitudes.