Parfois, certains films manquent de consistance. On sort de la salle (ou du visionnage chez soi quand il s’agit d’un DVD) avec l’impression que si le sujet est fort, l’œuvre n’est pas parvenue à le transcender. L’antithèse absolue des réalisations du Russe Andrey Zvyagintsev. Avec «Leviathan », il avait déjà impressionné. Son « Faute d’amour » place la barre encore plus haut. Et c’est avec justesse que le Jury du dernier Festival de Cannes lui a décerné son prix.
Un couple se déchire. La femme veut plus de liberté, le mari vivre avec sa jeune maîtresse, enceinte. Au milieu Alyosha, 10 ans. Ses parents, pour repartir sur de nouvelles bases dans leurs vies personnelles, sont prêts à le confier à une institution ou à sa grand-mère. Le gamin, réservé, timide, disparaît.
Que lui est-il arrivé ? La question est lancinante tout au long des deux heures du long-métrage, filmé froidement, les moments de tension amplifiés par la musique de Evgeni Galperin. Un chef-d’œuvre comme les autres créations de Zvyagintsev réunies dans un coffret.
➤ « Faute d’amour », Pyramide, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray
La pollution comme un symbole. Une parabole pour expliquer comment la société iranienne, féminine essentiellement, étouffe de pratiques et d’habitudes issues d’un passé révolu. Alors que de plus en plus d’Iraniennes décident de se débarrasser du tchador au risque de finir en prison, le film de Behnam Behzadi reste sage sur ce point crucial.
Niloofar (Sahar Dolatshahi) ne le quitte jamais. Elle accepte cette contrainte. Par contre elle ne supporte plus d’être la seule dans la famille à devoir faire des sacrifices. Quand sa mère, malade, doit quitter la capitale trop polluée, son frère et sa sœur décident que c’est elle qui devra aller vivre avec elle dans le Nord. Pourtant, elle a un atelier de confection qui marche bien.
Sacrifier son travail sur l’autel de la famille ? Elle refuse. Le film, un peu trop bavard, explique sa radicale prise de conscience.
Clovis Cornillac, en acceptant de réaliser le troisième volet de la saga de Belle et Sébastien (déjà remake du feuilleton télévisé de l’ORTF) y a vu un avantage essentiel à ses yeux : il n’aurait pas à diriger un des acteurs principaux, lui en personne. Dommage, doit-on constater au final car de tous les éléments du casting, il est nettement en dessous de la moyenne. À moins que cela ne soit la faute à son personnage, si caricatural, notamment par sa calvitie, la plus ridicule de toute l’histoire du cinéma.
Si l’on oublie ce détail (qui plombe quand même un bon tiers du film), on retrouve dans cette comédie familiale tout ce qui a fait le succès des précédents. Des montagnes enneigées, encore plus spectaculaires filmées de haut par des drones qui semblent glisser sur les pentes éclatantes de blanc et la chienne Belle, encore plus craquante avec ses trois chiots, comme si elle avait voulu agrandir sa première famille constituée de Sébastien (Félix Bossuet) et César (Tchéky Karyo).
■ Dangereuse fugue
Sébastien est tout à la joie du mariage de Pierre et Angelina, ses parents adoptifs. Mais ces derniers ont pour projet de refaire leur vie ailleurs, quitter cette montagne si rude. Sébastien, lui, ne voit qu’une chose : il risque d’être séparé de sa chienne.
Une crainte qui se concrétise encore plus vite quand Joseph (Clovis Cornillac) arrive dans la ferme de César au volant d’un engin à chenille et affirme que l’énorme berger des Pyrénées lui appartient, qu’il la recherche depuis des années et qu’il veut la récupérer. Avec sa progéniture tant qu’il y est... Pour les protéger, Sébastien fugue et affronte le froid de ces Alpes si dangereuses.
Le film pourra faire rêver les plus jeunes, même s’ils doivent être circonspects face à ces salles de classes du siècle dernier. L’ensemble est émouvant et se termine avec, paradoxalement, une ouverture pour une suite exotique. Pourtant ce 3e volet est vendu comme « Le dernier chapitre ».
➤ « Belle et Sébastien 3 - Le dernier chapitre », comédie familiale de Clovis Cornillac (France, 1 h 30 avec Félix Bossuet, Tchéky Karyo, Clovis Cornillac.
Pari cinématographique ambitieux, « Mon garçon» de Christian Carion est déroutant et un peu décevant. Ce thriller avec Guillaume Canet est un peu longuet par moments et surtout brouillon. Mais ces petits défauts sont inhérents à l’expérience tentée par le metteur en scène et scénariste. Car « Mon garçon » est unique en son genre dans sa conception. Une véritable prise de risque pour le réalisateur et l’acteur principal.
L’idée est aussi simple que casse-gueule. Le scénario n’est pas connu de Guillaume Canet quand il arrive sur les lieux du tournage dans les Alpes enneigées. Cinq jours de prises de vue, quasiment en improvisation pour la vedette. Si les autres acteurs ont un scénario clair, pour amener ce père à la recherche de son enfant disparu là où l’histoire doit se dénouer, il n’est pas du tout sûr que cela fonctionne. C’est là que l’on trouve les longueurs et parfois le côté brouillon de l’ensemble. Pourtant dans l’ensemble, tout se tient. Séparé de sa femme Marie (Mélanie Laurent) depuis quelques années, Julien (Guillaume Canet) a pré- féré son travail à son rôle de père. Il revient en urgence en France quand il est prévenu que son fils, Mathys, a disparu. En classe verte, il a visiblement été enlevé en pleine nuit. La gendarmerie n’écarte aucune piste mais privilégie l’enlèvement à la fugue. Même si l’enfant ne s’entend pas avec le nouveau compagnon de sa maman (Olivier de Benoist). Guillaume Canet est filmé par une équipe réduite, comme s’il menait véritablement l’enquête. Il part sur une fausse piste puis trouve enfin un élément probant.
La fin du film se déroule en grande partie dans les forêts environnantes puis un bâ- timent abandonné très angoissant. Une fois le film visionné, n’hésitez pas à regarder le making of (tourné après, comme dit Christian Carion, une enquête qui revient sur les lieux du crime) qui donne toutes les clés de la réalisation. Recherche des décors, choix des techniciens, impondérables climatiques, scènes fortes pas prévues au scénario : on comprend l’incroyable gageure que représentait ce film.
Après coup, Guillaume Canet se confie sur ses hésitations. Mélanie Laurent revient sur sa performance et Christian Carion, sans rien regretter, laisse entendre qu’il n’est pas prêt de ré- cidiver.
➤ « Mon garçon », Diaphana, 16,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray
Dans deux jours, les amoureux de toute la France vont se bécoter en toute impunité. La Saint-Valentin, fête mercantile pour certains, est avant tout une occasion unique de célébrer l’amour. Et mine de rien, on a bien besoin en ce moment de quelques câlins. J’en ai déjà parlé ici, mais je profite de l’occasion pour une nouvelle fois saluer l’initiative de ma commune. Accrochés au mobilier municipal, de gros cœurs de couleur rouge distillent des messages, souvent de jolis extraits de poèmes, autour de l’amour. Certains sont installés vierges de toute inscription. Aux locaux de profiter de cet espace pour faire passer leurs messages. Quelques déclarations enflammées (désormais tout le monde sait que Poupette est follement aimée par Ramon), mais aussi des phrases plus passepartout.
Juste devant chez moi, un anonyme plein de bonnes intentions a repris ce classique « Je t’aimais, je t’aime, et je t’aimerai ». Simple mais incompréhensible quand on conjugue le premier verbe à l’infinitif, « Je t’aimer » ? Je raconte l’anecdote à une amie et me moque ouvertement de cet amoureux cancre en orthographe. Mais cette dernière ne retient que la beauté du message. « C’est un vers célèbre d’un poème connu. Du Baudelaire je crois ». Et de se plonger dans son smartphone pour vérifier si sa culture générale est toujours aussi bonne. Et là, c’est le drame... Elle éclate de rire en avouant, honteuse de sa méprise : « Non, c’est pas du Baudelaire... C’est le titre d’une chanson de Francis Cabrel »
Reste à savoir ce qui est le plus grave : commettre une faute d’accord ou confondre un des maîtres de la poésie française avec un chanteur de variété à accent ? Dans les deux cas, personnellement, ça me fait bien rigoler. Et puis on parle toujours d’amour non ?
Depuis quelques mois, comme beaucoup de Français, je me suis abonné à Netflix. Ma consommation télévisuelle a radicalement changé. Terminées les chaînes, les coupures pub et surtout les rendez-vous à heures fixes. On passe du statut de « zappeur » à celui de programmateur.
Au début, je me contentais de l’ordi ou de la tablette pour regarder les sé- ries. Depuis l’achat d’une télévision connectée à internet, c’est directement sur le grand écran haute définition que je savoure à haute dose les nouveautés de la plateforme.
Mais une anecdote découverte récemment m’a un peu refroidi. Netflix a fait savoir que ses services techniques, inquiets pour sa santé, ont contacté un client. Car le service vidéo sait exactement qui regarde quoi et à quel moment. Une spécialité de ces mastodontes mondiaux. Facebook espionne nos statuts, Google mémorise et analyse nos recherches, Netflix connaît en direct live le succès de ses centaines de séries. En constatant que cet abonné venait de regarder quasiment non stop en moins d’une semaine les 188 épisodes de «The Office », Netflix a réagi en lui envoyant un mail pour lui demander si ça allait.
Réponse courtoise de l’intéressé. Il profitait d’une semaine de vacances et comme il se sentait un peu déprimé, il est resté au fond de son canapé à se refaire l’intégralité de sa série préférée. Paradoxe de ces nouvelles technologies. On a le sentiment d’être plus libre, plus autonome. Mais ce n’est qu’une impression. Tout en restant chez vous, sans le moindre contact avec l’extérieur, à l’abri des regards, vous risquez de tout dévoiler au monde entier. Un commentaire Facebook, une recherche Google, quelques heures devant Netflix, pire que si vous vous mettiez tout nu place de la Concorde à Paris.
« Mon mari n’est pas un geek ». La déclaration sort de la bouche d’Isabelle Balkany, femme de Patrick, maire Les Républicains de Levallois-Perret, bombardé une nouvelle fois par les feux des projecteurs des réseaux sociaux. En cause une photo de la police municipale postée sur son compte Instagram. Pas les agents qui assurent la circulation à la sortie des écoles, non, ceux qui se prennent pour Rambo et posent, sourcils froncés, tenue de camouflage, arme à la main. Loin de rassurer, cette force de sécurité municipale angoisse plutôt.
Mais pourquoi Patrick Balkany utilise-t-il ce cliché vraiment trop cliché pour louer ses policiers ? Justement, car il n’est pas un geek. A la base, selon sa femme, il reçoit cette photo des agents pour les vœux du service. Il veut la renvoyer en message privé à un ami. Son doigt ripe et voilà le tirage sur son compte public avec en bénéficiaires ses abonnés (et plus grâce au buzz).
Les commentaires ne furent pas tendres : certains comparent la police municipale à une «milice », d’autres, plus méchants, décrivent les agents comme « les hommes de main du Parrain. »
Loin de moi l’idée de vouloir faire un mauvais procès au maire, laissons-lui le bénéfice du doute. Qui n’a pas un jour commis une erreur en postant une photo sur un réseau social ou en envoyant un mail ? La photo honteuse de fin de soirée trop arrosée qui se retrouve sur son mur Facebook et qui, comme par hasard, remporte le plus de « like » de toutes nos dernières publications.
Ou le mail incendiaire contre un collègue ou un parent, destiné normalement à un confident et qui se retrouve par inadvertance (ou manque d’expérience), dans une boucle où, pas de chance, se trouve justement la personne qu’on vient d’assassiner par écrit. Indulgence pour ces « non-geeks ». Sauf Balkany.
Maintenant que les promotions sur le Nutella ne seront jamais plus aussi intéressantes (Intermarché abandonne les rabais de 70%), les accros au sucre et au chocolat devront trouver des alternatives. Car mine de rien, elle coûte un bras, cette pâte à tartiner si populaire chez les jeunes (et moins jeunes). Le Nutella est une belle succes story, un peu à la Coca-Cola. Une marque devenue planétaire, avec une recette longtemps gardée secrète. Gras, on se doute que ça l’est. Mais c’est en été qu’on le visualise. Quand le mercure menace d’exploser le thermomètre (chose très fréquente sous nos latitudes), le mélange perd son unicité. Et une sorte de flaque d’huile fait son apparition en haut du pot. La fameuse huile de palme utilisée en quantité abondante à une époque et qui a causé pas mal de problèmes à la maison-mère. Pour obtenir une matière première moins chère, les producteurs ont entrepris de planter des millions de palmiers sur des zones anciennement boisées. Conséquence, certains primates ont perdu leur habitat naturel et sont menacés de disparition. Nutella a beaucoup bataillé pour expliquer que son huile était éthique.
On croit la polémique oubliée quand des bagarres engendrées par d’indécentes promos provoquent à nouveau une mauvaise publicité au produit. Comme une sorte de malédiction. A croire que quelque part, un sorcier a marabouté le Nutella. Comme ces légendes urbaines qui prétendent que cette pâte à tartiner donne des boutons. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je soupçonne une astuce de parents qui cherchent à réduire la consommation d’un ado qui commence à être en surpoids. Car le Nutella, sur un bout de pain c’est bon. À la petite cuillère, ça devient une tuerie. Au propre comme au figuré.
Le titre « Jusqu’à la garde » du film de Xavier Legrand peut être compris dans plusieurs sens. La garde cela peut être celle de l’enfant de ce couple qui se déchire. Ou la garde de l’épée ou d’un poignard dans une vision plus violente de l’histoire. Car plus les relations entre le père et la mère s’enveniment, plus cette violence conjugale dramatiquement meurtrière en France (une femme tuée par son conjoint tous les deux jours), prend le dessus sur toute raison.
La première partie est procédurale. Une juge reçoit en audience dans son bureau Myriam (Léa Drucker) et Antoine Besson (Denis Ménochet). Ils sont flanqués de leurs deux avocates. Si les problèmes de pension sont résolus, il faut trancher pour ce qui est de la garde du plus jeune (l’aînée va avoir 18 ans). La mère refuse que Julien (Thomas Gioria), 12 ans, ait le moindre contact avec son père. Ce dernier réclame simplement un weekend sur deux. Il a changé de travail et de lieu de domicile pour se rapprocher de sa femme, retournée vivre chez ses parents avec les enfants. Pour se protéger dit-elle. Car elle redoute des réactions violentes d’Antoine. Des craintes confirmées par Julien dans une lettre lue en préambule par la juge. Des mots glaçants de sous-entendus.
La suite du film se déroule une fois le jugement rendu. Le père a eu gain de cause. Il vient chercher son fils et immédiatement une atmosphère de tension, d’angoisse, s’instaure. On devine que l’enfant rejette en bloc son père. Il est plus conciliant avec ses grands-parents paternels, mais sent bien qu’il n’est qu’un pion dans le jeu du mari obnubilé par la reconquête de sa femme. Xavier Legrand, dont c’est le premier long-métrage, a déjà abordé ce sujet dans un court-métrage. Tout le film est tenu par la composition de Denis Ménochet (lire ci-dessous), force de la nature, pouvant passer pour un nounours ou une masse de muscles tendus et prêts à tout.
Léa Drucker, femme fragile, terrorisée, fait pourtant face. Jamais le réalisateur ne la montre en victime consentante. Au contraire elle fait tout pour tourner la page, gommer ce passé de menaces. Au point de sacrifier la figure paternelle de ses enfants. Mais entre un père aimant et un mari violent, le choix est vite fait.
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Denis Ménochet : Un acteur physique pour un rôle tout en tension
Impossible de ne pas frémir face à la stature de Denis Ménochet, l’interprète du mari de Léa Drucker. Une véritable performance pour cet acteur de plus en plus utilisé depuis sa participation remarquée à « Inglourious Basterds » de Quentin Tarentino. Il a tourné dans des séries, françaises et étrangères, nombre de films, mais toujours dans des petits rôles. Jamais encore il n’a eu l’occasion de porter un long-métrage. Les épaules, pas de problème, il les a. Sa carrure est impressionnante. Mais cet homme massif, dans tous les sens du terme dans le cas du personnage d’Antoine Besson, devait également montrer des fêlures. Car quand une situation dégénère entre un homme et une femme, il y a plus qu’une simple jalousie maladive ou une envie de « posséder » son épouse à la base du problème.
Dans la scène d’ouverture, face à la juge, il semble plus stable et équilibré que son épouse, celle qui a déserté le domicile conjugal. Il fait des concessions, n’a pas d’exigences exorbitantes. Juste de profiter de son fils un week-end sur deux. Sa barbe lui donne même un petit côté nounours à la Grégory Gadebois. Mais un simple regard lui permet de faire passer cette violence sourde qu’il retient en lui. Une colère accumulée qui déborde. Parfois par des pleurs. Mais aussi par une déconnexion de la réalité, jusqu’à l’inacceptable. Denis Ménochet réussit l’exploit de rendre presque sympathique un salaud de la pire espèce. Ou du moins de faire comprendre son attitude au spectateur.
➤ « Jusqu’à la Garde », thriller de Xavier Legrand (France, 1 h 33) avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux.
Il est toujours intéressant de tenter de comprendre le mode de fonctionnement des jeunes. Même si ce n’est pas une science exacte. Car des jeunes, il y en des centaines de types. Julien Dufresne Lamy, dans son roman, tente de décrypter le clan des « Indifférents ». Ils se sont eux-mêmes trouvé ce surnom. A la base ils sont trois, Théo, Daisy et Léonard, deux garçons et une fille. Tous issus de la grande bourgeoisie du bassin d’Arcachon. Lycéens, ils sont dans leur monde, plein de dérision, de m’en foutisme et de provocation. Indifférents aux modes. Indifférents à l’ordre. Indifférents aux normes.
L’histoire débute quand Justine arrive dans la région. Elle va intégrer le trio, le rééquilibrant. Sa mère vient d’être embauchée comme comptable personnelle du père de Théo, Paul Castillon. Un emploi s’accompagnant de l’hébergement dans la grande villa familiale. Justine a d’abord l’impression de faire partie du clan Castillon, encore plus quand elle intègre les Indifférents et que Théo lui déclare sa flamme.
■ Présent tragique
On apprécie dans ce roman la description sans pincettes de ces jeunes. Justine, mal dans sa peau, trouve ses frères de mélancolie. Et elle ne comprend pas les autres élèves du lycée, les filles notamment, «Elles sont belles et répugnantes. Elles ont des sourcils qui ressemblent à de la ponctuation. Des yeux de biches faméliques et une peau de neige. Elles m’approchent en s’esclaffant. Des compliments sur mes cheveux emmêlés et mon vieux bracelet en macramé. Elles me disent que je suis vintage et que j’ai l’air de m’y connaître. Je réponds merci sans savoir si je dois me sentir humiliée. » Justine s’intègre grâce aux Indifférents. Et se retrouve exclue, à cause d’eux. La force romanesque de cette histoire est dans sa construction et son suspens. Julien Dufresne Lamy ne se contente pas des errements des adolescents. Par des chapitres courts, il annonce le drame. L’arrivée de Justine, les parties de surf, les jeux nocturnes, c’était il y a longtemps. Aujourd’hui ce que Justine raconte c’est autre chose. C’est la mort qui va frapper le groupe. Car un des Indifférents va mourir.
Le suspense est total, permanent et la révélation finale vous bouleversera. Un très grand roman, ample et précis, à l’écriture fluide et aux personnages d’une rare vérité.
➤ « Les Indifférents » de Julien Dufresne Lamy, Belfond, 19 €