mercredi 17 juin 2015

DVD - Les jeux dangereux de Grey et Anna

Après les livres et le film, savourez chez vous « Cinquante nuances de Grey » en DVD ou blu-ray.


Énorme carton de ce début d’année dans les salles, « Cinquante nuances de Grey » devrait rencontrer le même succès pour sa sortie en DVD et blu-ray. Étonnamment, ce sont certainement les mêmes personnes qui ont acheté les livres, vu le film plusieurs fois au cinéma qui vont se ruer sur le coffret blu-ray offrant deux heures de bonus et une version longue du film de Sam Taylor-Johnson. Inutile donc de résumer une nouvelle fois l’histoire un peu mince. Christian Grey (Jamie Dornan), jeune et célibataire, est sexy et riche. Ana Steele (Dakota Johnson), pauvre petite étudiante encore naïve (et vierge !) tombe amoureuse. Mais Grey a des tendances sado-maso. Ana va-t-elle accepter par amour de se faire fesser par son mâle dominant ? Et plus si affinité ? Présenté comme un chef-d’œuvre de perversion, le roman d’E. L. James est en réalité un bon compromis entre du porno soft et une romance classique.

Pour l’adaptation cinématographique, toute la difficulté consistait à ne pas trop en montrer sous peine de se retrouver avec une interdiction aux moins de 18 ans. Donc de littérature porno soft, les producteurs ont transformé l’idylle entre Grey et Ana en prise de tête (Elle : « Je l’aime mais c’est un monstre » Lui : « Je l’aime mais je ne veux pas lui faire du mal ») entrecoupée de quelques scènes érotiques. Deux heures d’hésitations un peu longues. Heureusement il reste quelques scènes sympathiques. La rencontre dans la quincaillerie et la liste d’achat du mystérieux Grey ou la discussion du contrat entre un Grey trop sûr de lui et une Ana dure en négociations. Sans oublier le tic d’Ana : se mordiller la lèvre. Si Grey n’aime pas, tout homme normalement constitué ne peut que craquer...

« Cinquante nuances de Grey », Universal, 15,99 euros le DVD, 19,99 euros le blu-ray.


mardi 16 juin 2015

BD - Les "Infiltrés" du Counterjihad


Première incursion d'Olivier Truc dans la bande dessinée. Le journaliste, correspondant pour le Monde dans les pays scandinaves, a remporté un beau succès avec ses deux romans policiers au pays des Lapons. Il quitte les plaines enneigées pour se plonger dans ce qui fait son quotidien de journaliste d'investigation : l'extrême-droite. Avec Sylvain Runberg, il écrit le scénario d'« Infiltrés », thriller futuriste se déroulant au Danemark. Un futur très proche. Quasi du présent. 
Après le massacre commis par Breivik en Norvège, un groupuscule danois veut faire aussi bien. Ils mitraillent une mosquée et se préparent à une action d'éclat. Les services de renseignements, dirigés par Suzanne Hennings, surveille ces nazillons de l'intérieur. Un agent est infiltré. Mais le temps presse, les politiques veulent des résultats et l'attentat se précise. 
Dessiné par Olivier Thomas, cet album est passionnant. Tant par l'idéologie décrite que les méthodes de la police. De plus, un dossier, rédigé par Olivier Truc, permet de mieux cerner la menace de ce qui a déjà pris le nom de « Counterjihad ».

« Infiltrés » (tome 1), Quadrants Soleil, 15,50 €

lundi 15 juin 2015

BD - Philipp Kradow, le privé de trop


Dans le clan des détectives privés calamiteux, Pétillon a placé la barre très haut avec Jack Palmer. Mo/CDM relève le challenge avec Philipp Kradow, caricature trash du Marlowe des séries noires de légende. Chapeau toujours enfoncé sur le crâne (on ne voit jamais ses yeux), imper crasseux et rouflaquettes vintage, Philipp parle comme un polar. Il est persuadé d'être le meilleur. Les faits le contredisent sans cesse. Il parvient cependant parfois à résoudre quelques énigmes, comme la disparition de Princesse Choupette, minuscule Chihuahua de sa riche et croulante propriétaire. 
Mo/CDM, né en Polynésie française, envoie son héros dans ces riantes îles. Chargé d'une mission par l'état américain, il doit s'assurer que les Français ne reprennent pas en cachette les essais nucléaires sur l'atoll de Mururoa. Il découvrira un incroyable scandale comme seule la politique française peut en fabriquer. Mais la meilleur histoire reste celle du portrait robot. Assez peu ressemblant, il permettra finalement à identifier un suspect et à le coffrer : Philipp himself... C'est totalement déjanté, parfois un peu bavard, iconoclaste et politiquement incorrect : du pur esprit Fluide Glacial.
« Philipp Kradow », Fluide Glacial, 14 €

BD - Dans "La vie de tous les jours", Papa dessine


La grande aventure ne se trouve pas toujours loin du quotidien. Mickaël Roux, dessinateur de BD, le prouve dans ce recueil de gags le mettant en scène, lui et sa petite famille. Il travaille à la maison, sa femme a un emploi dans une crèche et leur vie a radicalement changée après leur premier enfant, Léon, gamin facétieux admiratif de son papa et machine à questions. « La vie de tous les jours » aurait pu être une simple resucée de Boule et Bill, le chien en moins. 


Mais ces gags ne sont pas uniquement destinés aux enfants. Bien au contraire, derrière un dessin simple et très lisible, l'auteur place des idées parfois borderline. Il n'hésite pas à se montrer en train de jubiler quand Léon, après deux mois de vacances, retourne enfin à l'école. L'épouse semble une jeune femme très libre. Notamment quand le jeune Léon découvre son nouveau téléphone portable vibrant.  
Mais ne sait pas comment faire pour décrocher. Logique, le vibromasseur n'est pas encore raccordé à la 4G. 
Le premier tome paru en janvier dernier est déjà suivi du second, dans la même veine, avec en plus l'arrivée d'un heureux événement. Mais est-ce véritablement raisonnable d'agrandir la famille ?

« La vie de tous les jours », Bamboo, 10,60 €


dimanche 14 juin 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Versions latrines

A l'heure où le latin est sur le point de disparaître corps et biens de l'enseignement au collège, ce petit livre signé du trio Bruno Fern, Typhaine Garnier et Christian Prigent préfigure peut-être ce que les Français comprendront des dernières locutions latines citées en exemple par quelques vieux érudits.

En réalité, ce trio de lettrés s'est amusé à détourner les célèbres pages roses des vieux dictionnaires Larousse. Des « Craductions » qui « transposent davantage les sonorités que les significations des formules latines. » En pratique, In extremis devient « Inès est très sexy », Carpe diem « Dieu est muet » et l'irrésistible «Habemus papam « L'abbé est ému : le voilà papa ! »
Un peu comme les contrepèteries, les craductions sont souvent lestes, comme si le sexe appréciait cette langue ancienne. Desiderata devient « Désirs défaillants », Mea culpa « Urètre bouché » ou Hic et nunc « Bois et nique ». Terminons avec le très limite (mais tout à fait plausible) Manu militari transformé en « pompe ton ami à la main ».
« Pages rosses, craductions », Les impressions nouvelles, 9 euros

samedi 13 juin 2015

BD - "Réincarnations", un thriller scientifique


« Réincarnations » a des airs de thriller fantastique mais cette BD de Corbeyran et Horne cache en fait une intéressante réflexions sur la recherche scientifique. Avant de détailler sa théorie sur le développement de l'intelligence humaine, Corbeyran en grand pro de la narration présente son personnage principal. Une jeune femme, Jasira, fraîchement diplômée en épistémologie. De longues études pour quels débouchés ? 
Elle n'a pas le temps de se poser la question qu'une élégante chasseuse de tête vient lui proposer un emploi en or : 50 000 euros par mois pour faire des recherches au sein de la fondation d'un milliardaire extravagant, Clifford Kendall. Mais elle doit quitter Paris (et son petit ami) pour s'installer sur une petite île anglaise. 
Le côté humain prend pas mal de place. Mais rapidement le suspense prend le pas. Un grimoire est convoité par plusieurs collectionneurs, Jasira quitte son petit ami, Kendall la charme avec sa théorie. Et comme toujours avec Corbeyran, le lecteur a envie d'en savoir un peu plus et attend avec impatience le second tome prévu en septembre prochain...

« Réincarnations », (tome 1), Delcourt, 14,50 €


vendredi 12 juin 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Manuel Valls, papa à la mi-temps


Faute avouée à moitié pardonnée. Manuel Valls fait son grand mea culpa : jamais il n'aurait dû prendre ses enfants dans le Falcon gouvernemental samedi soir pour rejoindre Berlin et assister à la finale de la Ligue des champions. Mais comment cet incorruptible de la République, si exigeant quand il s'agit d'éthique et d'exemplarité, a-t-il pu commettre une bourde pareille ?
L'explication est peut-être à trouver dans son statut de père de famille recomposée. Ses enfants (dont on ne sait quasiment rien) sont issus de son premier mariage, avant de refaire sa vie avec la violoniste Anne Gravoin.
Le week-end dernier (1), comme des milliers de papas à mi-temps, Manuel Valls avait la garde de deux de ses garçons. « Papa, qu'est-ce qu'on fait samedi ? », demande le plus jeune. « Je dois aller à Poitiers au congrès du PS puis à Berlin, le soir. Vous allez rester avec Anne. Vous irez l'écouter en concert », explique le père trop occupé. « Oh non, se lamente l'aîné, encore de la musique classique... A choisir je préfère encore Merkel à Berlin... »
Manuel Valls, gêné, obligé d'avouer : « En fait ce n'est pas Merkel que je vais rencontrer à Berlin mais Michel Platini. Et après la réunion, je suis... hum... obligé de rester pour la finale du Barca. » Les deux gamins se mettent à sauter partout, surexcités : « On veut venir ! Allez papa, soit sympa. Pour une fois... » Et là j'imagine parfaitement la cuirasse du papa d'un week-end se craqueler : « OK, vous venez, même si je sens que ça va me coûter cher... »
1 250 euros par enfant exactement. Et quelques points de popularité en moins.
(1) La situation et le dialogue qui suivent sont imaginaires.

Livre - Double dose de fantasy dans « L'héritage des Rois Passeurs »

Deux mondes, deux héroïnes, une ribambelle de Dieux et quelques dragons : le cocktail de « L'héritage des Rois Passeurs » de Manon Fargetton est subtilement dosé.


Les amateurs de fantasy, toujours plus nombreux après les succès mondiaux du « Seigneur des Anneaux » puis de « Game of Thrones », peuvent depuis quelques années consommer français. Le genre, bien que marqué par l'inventivité des anglo-saxons, bénéficie de l'apport d'auteurs francophones de plus en plus talentueux. Manon Fargetton, après quelques romans pour la jeunesse, se lance dans le monde de la fantasy pour adultes. Une première incursion parfaitement maîtrisée, avec des personnages féminins forts et bon nombre d'inventions dans les mondes décrits. 
Ravenn est voltigeuse. Cette jeune sauvageonne fait partie d'une horde chargée de chasser le dragon dans les territoires du Sud. Souple et téméraire, c'est elle qui est chargée de donner le coup de grâce aux animaux de légende. Ses compagnons harcèlent la bête. Quand elle est coincée au sol, accaparé par les lances et flèches, Ravenn lui saute dessus, se glisse sous son ventre et l'éventre d'un coup d'un seul. Enora est comédienne. Exactement elle tente de percer dans ce milieu compliqué. Elle quitte Paris au guidon de sa puissante moto pour rejoindre la maison familiale en province. Elle va y fêter son anniversaire. Avec son frère jumeau.

Personnages secondaires prometteurs
Ce roman de Manon Fargetton bénéficie de deux préambules bien distincts. D'un côté notre réalité avec Enora, de l'autre le fantastique et la sauvagerie dans le sillage de Ravenn. Les deux jeunes femmes vont pourtant constater que leur destin est à un tournant. Ravenn va devoir retourner au chevet de sa mère, mourante. Enora va voir toute sa famille se faire massacrer par une bande d'hommes en noir armés d'énormes épées. Passé ces deux événements, le roman bascule dans l'exceptionnel. Ravenn, en réalité, est l'héritière du royaume. Sa mère sur le point de s'éteindre, c'est elle qui va devoir reprendre la charge. Mais ce n'est pas du goût de son père et de la caste des magiciens. Enora, paniquée, se met à creuser dans la pelouse du jardin familial. Et elle découvre un passage vers un autre monde, celui d'Ombre, où Ravenn va peut-être régner.
Loin de se contenter de ces deux personnages forts, l'auteur multiplie les personnages et les intrigues. On retrouve des dieux manipulant les humains, des magiciens ambitieux, des hommes fidèles et des femmes passionnées. Sans dévoiler la fin du roman, on se doute cependant que cette première histoire au cœur du royaume d'Ombre en appellera d'autres. On devrait y retrouver la peintre (et magicienne) Jana, maîtresse de Ravenn, cette jeune reine à la sexualité libre et débridée. On espère aussi recroiser le chemin du jeune Lïam, sauvageon à l'intelligence fine et sans limite. Quant aux dieux, comme ils sont immortels, on ne doute pas que Manon Fargetton les réutilisera dans ses prochaines histoires que l'on souhaite aussi inspirées, passionnantes et abouties que ce premier essai.

« L'héritage des Rois Passeurs », Manon Fargetton, Bragelonne, 20 €


Livre et humour - Laurent Baffie à l'Académie

Le plus redoutable sniper de la télévision, celui qui a inventé le rôle, rolls des chroniqueurs aux réparties sanglantes, devenu auteur de théâtre à succès et philosophe es calembours, pourrait briguer une place à l'Académie française 2.0. Il produirait des étincelles aux réunions du dictionnaire. Mais comme Laurent Baffie sait pertinemment qu'il ne bénéficiera jamais de ce privilège (l'humour n'a jamais constitué un critère de sélection), il a concocté son propre dictionnaire. Un mot, une définition, un éclat de rire. Une recette simple et efficace. Un dessin rajouté à l'ensemble donne une occasion supplémentaire de se fendre la poire. Voilà donc pour les décoincés des zygomatiques, les jouisseurs de l'absurde et les déconneurs de l'extrême « Le dictionnaire illustré de Laurent Baffie » (éditions Kero et Jungle). Chaunu, dessinateur de presse, notamment pour Ouest France, propose sa version de définitions fleuries. Parfois simples illustrations des trouvailles de Baffie comme « Tchador : prison portative », il peaufine son trait à l'occasion, tel ce délectable et explicite « String : divise les fesses, multiplie les regards ». Mon préféré reste ce gentil et naïf « Zébu : aveu d'alcoolique. »

« Le dictionnaire illustrée de Laurent Baffie », Jungle, 13,95 €


jeudi 11 juin 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Quand les figurants se prennent pour des stars

Pour quelques secondes de figuration dans un film, même si c'est le pire des navets, certains parents sont capables de tout. Démonstration fin mai sur le bassin d'Arcachon pour le casting de « Camping 3 ».

Les producteurs cherchent des familles pour apparaître sur la plage. L'annonce de la sélection ne devait pas dépasser les limites de la commune de La Teste. Mais les réseaux sociaux compliquent l'affaire. A 10 heures, 1 000 personnes se bousculent devant l'entrée d'une petite salle. A 14 heures, ils sont plus de 3 000 à faire le pied de grue (phot Sud Ouest), parfois avec des enfants en bas âge, pour tenter de décrocher ces quelques secondes de gloire. Totalement débordés, les organisateurs du casting préfèrent abandonner l'affaire et annoncent clore le casting à 15 heures. Et de « Camping », on se transporte dans « Mad Max », certains prenant très mal la décision. Cris, bousculade, mouvement de foule : les gendarmes et la police municipale sont appelés en renfort pour contenir le mécontentement. Tout ça pour au final provoquer une brouille définitive au sein de la famille élue.
Dans 15 ans, Michel et Jacqueline repasseront une 50e fois l'extrait de Camping 3 où Kevin, 5 ans au moment du tournage, trébuche dans le sable derrière Patrick (Franck Dubosc) Chirac. Kevin, déjà traumatisé par son prénom, ne pardonnera jamais à ses parents cette énième humiliation devant sa nouvelle petite amie. Depuis il vit loin d'eux, dans sa voiture, préférant le camping sauvage aux films idiots sources de tous ses malheurs.