dimanche 14 juin 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Versions latrines

A l'heure où le latin est sur le point de disparaître corps et biens de l'enseignement au collège, ce petit livre signé du trio Bruno Fern, Typhaine Garnier et Christian Prigent préfigure peut-être ce que les Français comprendront des dernières locutions latines citées en exemple par quelques vieux érudits.

En réalité, ce trio de lettrés s'est amusé à détourner les célèbres pages roses des vieux dictionnaires Larousse. Des « Craductions » qui « transposent davantage les sonorités que les significations des formules latines. » En pratique, In extremis devient « Inès est très sexy », Carpe diem « Dieu est muet » et l'irrésistible «Habemus papam « L'abbé est ému : le voilà papa ! »
Un peu comme les contrepèteries, les craductions sont souvent lestes, comme si le sexe appréciait cette langue ancienne. Desiderata devient « Désirs défaillants », Mea culpa « Urètre bouché » ou Hic et nunc « Bois et nique ». Terminons avec le très limite (mais tout à fait plausible) Manu militari transformé en « pompe ton ami à la main ».
« Pages rosses, craductions », Les impressions nouvelles, 9 euros

samedi 13 juin 2015

BD - "Réincarnations", un thriller scientifique


« Réincarnations » a des airs de thriller fantastique mais cette BD de Corbeyran et Horne cache en fait une intéressante réflexions sur la recherche scientifique. Avant de détailler sa théorie sur le développement de l'intelligence humaine, Corbeyran en grand pro de la narration présente son personnage principal. Une jeune femme, Jasira, fraîchement diplômée en épistémologie. De longues études pour quels débouchés ? 
Elle n'a pas le temps de se poser la question qu'une élégante chasseuse de tête vient lui proposer un emploi en or : 50 000 euros par mois pour faire des recherches au sein de la fondation d'un milliardaire extravagant, Clifford Kendall. Mais elle doit quitter Paris (et son petit ami) pour s'installer sur une petite île anglaise. 
Le côté humain prend pas mal de place. Mais rapidement le suspense prend le pas. Un grimoire est convoité par plusieurs collectionneurs, Jasira quitte son petit ami, Kendall la charme avec sa théorie. Et comme toujours avec Corbeyran, le lecteur a envie d'en savoir un peu plus et attend avec impatience le second tome prévu en septembre prochain...

« Réincarnations », (tome 1), Delcourt, 14,50 €


vendredi 12 juin 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Manuel Valls, papa à la mi-temps


Faute avouée à moitié pardonnée. Manuel Valls fait son grand mea culpa : jamais il n'aurait dû prendre ses enfants dans le Falcon gouvernemental samedi soir pour rejoindre Berlin et assister à la finale de la Ligue des champions. Mais comment cet incorruptible de la République, si exigeant quand il s'agit d'éthique et d'exemplarité, a-t-il pu commettre une bourde pareille ?
L'explication est peut-être à trouver dans son statut de père de famille recomposée. Ses enfants (dont on ne sait quasiment rien) sont issus de son premier mariage, avant de refaire sa vie avec la violoniste Anne Gravoin.
Le week-end dernier (1), comme des milliers de papas à mi-temps, Manuel Valls avait la garde de deux de ses garçons. « Papa, qu'est-ce qu'on fait samedi ? », demande le plus jeune. « Je dois aller à Poitiers au congrès du PS puis à Berlin, le soir. Vous allez rester avec Anne. Vous irez l'écouter en concert », explique le père trop occupé. « Oh non, se lamente l'aîné, encore de la musique classique... A choisir je préfère encore Merkel à Berlin... »
Manuel Valls, gêné, obligé d'avouer : « En fait ce n'est pas Merkel que je vais rencontrer à Berlin mais Michel Platini. Et après la réunion, je suis... hum... obligé de rester pour la finale du Barca. » Les deux gamins se mettent à sauter partout, surexcités : « On veut venir ! Allez papa, soit sympa. Pour une fois... » Et là j'imagine parfaitement la cuirasse du papa d'un week-end se craqueler : « OK, vous venez, même si je sens que ça va me coûter cher... »
1 250 euros par enfant exactement. Et quelques points de popularité en moins.
(1) La situation et le dialogue qui suivent sont imaginaires.

Livre - Double dose de fantasy dans « L'héritage des Rois Passeurs »

Deux mondes, deux héroïnes, une ribambelle de Dieux et quelques dragons : le cocktail de « L'héritage des Rois Passeurs » de Manon Fargetton est subtilement dosé.


Les amateurs de fantasy, toujours plus nombreux après les succès mondiaux du « Seigneur des Anneaux » puis de « Game of Thrones », peuvent depuis quelques années consommer français. Le genre, bien que marqué par l'inventivité des anglo-saxons, bénéficie de l'apport d'auteurs francophones de plus en plus talentueux. Manon Fargetton, après quelques romans pour la jeunesse, se lance dans le monde de la fantasy pour adultes. Une première incursion parfaitement maîtrisée, avec des personnages féminins forts et bon nombre d'inventions dans les mondes décrits. 
Ravenn est voltigeuse. Cette jeune sauvageonne fait partie d'une horde chargée de chasser le dragon dans les territoires du Sud. Souple et téméraire, c'est elle qui est chargée de donner le coup de grâce aux animaux de légende. Ses compagnons harcèlent la bête. Quand elle est coincée au sol, accaparé par les lances et flèches, Ravenn lui saute dessus, se glisse sous son ventre et l'éventre d'un coup d'un seul. Enora est comédienne. Exactement elle tente de percer dans ce milieu compliqué. Elle quitte Paris au guidon de sa puissante moto pour rejoindre la maison familiale en province. Elle va y fêter son anniversaire. Avec son frère jumeau.

Personnages secondaires prometteurs
Ce roman de Manon Fargetton bénéficie de deux préambules bien distincts. D'un côté notre réalité avec Enora, de l'autre le fantastique et la sauvagerie dans le sillage de Ravenn. Les deux jeunes femmes vont pourtant constater que leur destin est à un tournant. Ravenn va devoir retourner au chevet de sa mère, mourante. Enora va voir toute sa famille se faire massacrer par une bande d'hommes en noir armés d'énormes épées. Passé ces deux événements, le roman bascule dans l'exceptionnel. Ravenn, en réalité, est l'héritière du royaume. Sa mère sur le point de s'éteindre, c'est elle qui va devoir reprendre la charge. Mais ce n'est pas du goût de son père et de la caste des magiciens. Enora, paniquée, se met à creuser dans la pelouse du jardin familial. Et elle découvre un passage vers un autre monde, celui d'Ombre, où Ravenn va peut-être régner.
Loin de se contenter de ces deux personnages forts, l'auteur multiplie les personnages et les intrigues. On retrouve des dieux manipulant les humains, des magiciens ambitieux, des hommes fidèles et des femmes passionnées. Sans dévoiler la fin du roman, on se doute cependant que cette première histoire au cœur du royaume d'Ombre en appellera d'autres. On devrait y retrouver la peintre (et magicienne) Jana, maîtresse de Ravenn, cette jeune reine à la sexualité libre et débridée. On espère aussi recroiser le chemin du jeune Lïam, sauvageon à l'intelligence fine et sans limite. Quant aux dieux, comme ils sont immortels, on ne doute pas que Manon Fargetton les réutilisera dans ses prochaines histoires que l'on souhaite aussi inspirées, passionnantes et abouties que ce premier essai.

« L'héritage des Rois Passeurs », Manon Fargetton, Bragelonne, 20 €


Livre et humour - Laurent Baffie à l'Académie

Le plus redoutable sniper de la télévision, celui qui a inventé le rôle, rolls des chroniqueurs aux réparties sanglantes, devenu auteur de théâtre à succès et philosophe es calembours, pourrait briguer une place à l'Académie française 2.0. Il produirait des étincelles aux réunions du dictionnaire. Mais comme Laurent Baffie sait pertinemment qu'il ne bénéficiera jamais de ce privilège (l'humour n'a jamais constitué un critère de sélection), il a concocté son propre dictionnaire. Un mot, une définition, un éclat de rire. Une recette simple et efficace. Un dessin rajouté à l'ensemble donne une occasion supplémentaire de se fendre la poire. Voilà donc pour les décoincés des zygomatiques, les jouisseurs de l'absurde et les déconneurs de l'extrême « Le dictionnaire illustré de Laurent Baffie » (éditions Kero et Jungle). Chaunu, dessinateur de presse, notamment pour Ouest France, propose sa version de définitions fleuries. Parfois simples illustrations des trouvailles de Baffie comme « Tchador : prison portative », il peaufine son trait à l'occasion, tel ce délectable et explicite « String : divise les fesses, multiplie les regards ». Mon préféré reste ce gentil et naïf « Zébu : aveu d'alcoolique. »

« Le dictionnaire illustrée de Laurent Baffie », Jungle, 13,95 €


jeudi 11 juin 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Quand les figurants se prennent pour des stars

Pour quelques secondes de figuration dans un film, même si c'est le pire des navets, certains parents sont capables de tout. Démonstration fin mai sur le bassin d'Arcachon pour le casting de « Camping 3 ».

Les producteurs cherchent des familles pour apparaître sur la plage. L'annonce de la sélection ne devait pas dépasser les limites de la commune de La Teste. Mais les réseaux sociaux compliquent l'affaire. A 10 heures, 1 000 personnes se bousculent devant l'entrée d'une petite salle. A 14 heures, ils sont plus de 3 000 à faire le pied de grue (phot Sud Ouest), parfois avec des enfants en bas âge, pour tenter de décrocher ces quelques secondes de gloire. Totalement débordés, les organisateurs du casting préfèrent abandonner l'affaire et annoncent clore le casting à 15 heures. Et de « Camping », on se transporte dans « Mad Max », certains prenant très mal la décision. Cris, bousculade, mouvement de foule : les gendarmes et la police municipale sont appelés en renfort pour contenir le mécontentement. Tout ça pour au final provoquer une brouille définitive au sein de la famille élue.
Dans 15 ans, Michel et Jacqueline repasseront une 50e fois l'extrait de Camping 3 où Kevin, 5 ans au moment du tournage, trébuche dans le sable derrière Patrick (Franck Dubosc) Chirac. Kevin, déjà traumatisé par son prénom, ne pardonnera jamais à ses parents cette énième humiliation devant sa nouvelle petite amie. Depuis il vit loin d'eux, dans sa voiture, préférant le camping sauvage aux films idiots sources de tous ses malheurs.

DVD - “Imitation Game”, risqué jeu de la guerre

Remarquable biopic d’Alan Turing (Benedict Cumberbatch), mathématicien incompris.

Les héros de guerre ne se trouvent pas toujours au front. Pour l’emporter, il faut également des hommes et des femmes œuvrant dans l’ombre. Il y a les espions. Les chercheurs aussi. Simples pions dans un immense mikado, ils jouent pourtant un rôle imminent. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands ont longtemps pris le dessus sur les alliés grâce à un système de communication plus efficace. 
Tous les ordres étaient cryptés selon un code, le fameux Enigma, d’autant plus compliqué qu’il changeait chaque jour. Les Anglais ont longtemps eu un coup en retard en raison de leur incapacité ç comprendre d’où venaient les attaques. Des centaines « d’oreilles » interceptaient les échanges radio, mais en pure perte, le tout n’étant qu’un charabia incompréhensible.
Un homme est cependant parvenu à casser Enigma : Alan Turing (Benedict Cumberbatch), mathématicien génial mais à la limite de l’autisme dans son rapport aux autres et surtout homosexuel, tare coupable de prison dans cette Angleterre encore très puritaine. Au lieu de tenter de comprendre le code, il a imaginé une machine qui pourrait tester les millions de combinaisons en un minimum de temps. Il a mis des années à construire ce qui pour beaucoup est l’ancêtre de nos ordinateurs modernes. Le film de Mortem Tyldum raconte ces longues recherches mais surtout le mur d’incompréhension face auquel Turing a dû lutter. Sa logique mathématique, robotique, ne faisant pas le poids face aux exigences de l’état-major d’obtenir des résultats. Mais le film est aussi intéressant par les relations très compliquées entre Turing et sa principale collaboratrice, Joan Clarke (Keira Knightley), elle aussi génie des maths et elle aussi stigmatisée pour la simple raison qu’elle est une femme. Le blu-ray propose en bonus un making of classique, deux scènes coupées et quelques éclairages particuliers sur la vraie vie d’Alan Turing et la création la machine.


« Imitation Game, Studiocanal, 19,99 euros le DVD, 21,99 euros le blu-ray.

mercredi 10 juin 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Polémique gourmande

Dans la vie, il y a les sujets futiles et les autres, les sérieux, ceux qui taraudent les grands esprits et suscitent des polémiques sans fin. Aujourd'hui je ne vais pas vous parler de la crise grecque ni de la corrélation entre austérité et montée des extrémismes. Non, ce qui me perturbe actuellement est d'une tout autre importance. J'en fais des cauchemars : faut-il oui ou non pincer les gourmands des tomates ?

Tout jardinier en herbe se retrouve un jour face à ce dilemme. Si la majorité des avis conseille de supprimer ces petites repousses, susceptibles d'absorber la force et la sève des futures tomates, quelques voix dissonantes se font entendre. Leur principal argument : les gourmands aussi peuvent se charger de fruits. En les laissant prospérer, on peut doubler sa production.
Alors, qui a raison ? Faut-il laisser la tomate pousser en toute liberté ou la tailler ? N'ayant que peu la main verte, ces hésitations expliquent peut-être mon manque de réussite en matière de culture maraîchère. Au début, je suis vigilant. Pas un gourmand ne dépasse les deux centimètres. En plus j'avoue adorer renifler mes doigts et cette odeur synonyme d'été. Mais souvent j'en oublie un. Et quand je m'en aperçois, c'est trop tard. Résultat, pas de tomates sur le gourmand. Encore moins sur la tige principale.
Ça, pour être envahi de punaises malodorantes je suis bon, mais pour ce qui est des tomates juteuses, je devrai comme chaque année aller en acheter quelques kilos chez une voisine qui, elle, a certainement résolu ce problème métaphysique de gourmands depuis très longtemps.

En bonus, pour les tenants de la première hypothèse, une vidéo de démonstration : 
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DE CHOSES ET D'AUTRES - Ascenseur occupé

Les Japonais pensent à tout. Ou presque. L'archipel, fréquemment sujet à des séismes, se retrouve sans électricité durant des périodes plus ou moins longues. Conséquence : les ascenseurs se retrouvent bloqués avec quelques naufragés à l'intérieur. Les fabricants nippons ont donc l'intention d'équiper les cabines de réserves d'eau potable et de... toilettes portables. Si par malheur le « Big One » frappait le Japon, les estimations font état de 17 000 personnes bloquées dans les 700 000 ascenseurs du pays.
Imaginez. Vous êtes l'un de ces 17 000 malheureux contraints de cohabiter de longues heures dans un espace très restreint. Forcément, à un moment la nature reprendra le dessus, vous serez saisi d'une envie irrépressible de faire pipi. Ou pire (le stress engendre souvent une torsion des boyaux). D'une situation simplement embarrassante, on se retrouve dans une galère cauchemardesque.
Si vous avez la chance d'être l'unique occupant, seuls les secours constateront les dégâts. Mais si un (ou une) inconnu partage votre infortune : « Excusez-moi, mais je ne peux plus me retenir. Ne regardez pas. Et retenez votre respiration un bon quart d'heure... » « Pas très intimes ces toilettes portables. Et je ne trouve pas la chasse. Désolé. »
Le pire : se retenir des heures et craquer une minute avant le retour de l'électricité. Non seulement vous vous retrouvez en train de déféquer devant vos compagnons de galère, mais en plus vous n'avez pas le temps de vous reculotter avant l'ouverture des portes et l'arrivée de sauveteurs (lesquels font immédiatement demi-tour à cause de l'odeur). De quoi ne jamais plus prendre un ascenseur et cauchemarder jusqu'à la fin de son existence.

mardi 9 juin 2015

Cinéma - Faire sauter le verrou des regrets avec Manglehorn

Al Pacino est remarquable de sincérité dans « Manglehorn », comédie dramatique de David Gordon Green sur les espoirs déçus d'un vieux serrurier solitaire.


Papy Pacino s’est habitué à jouer des rôles de vieillards taciturnes. Le beau jeune homme est loin mais son talent de comédien intact. Il a simplement adapté phrasé, démarche et mimique à son nouveau statut de représentant du 3e âge. Cela n’empêche pas les sentiments. La preuve avec « Manglehorn », film de David Gordon Green, réalisateur du récent « Joe » avec Nicolas Cage. Manglehorn c’est le nom du personnage principal interprété par Al Pacino. Serrurier dans une petite ville des USA, il ouvre sa boutique tous les jours aux aurores, se déplace pour dépanner les distraits ou malchanceux (clefs oubliées à l’intérieur de la voiture, trousseau perdu...)

Chaque vendredi après-midi, il va déposer à la banque la recette de sa semaine. Il choisit son guichet, celui occupé par la belle et douce Dawn (Holly Hunter). Cinq minutes de bavardages pour se tenir au courant de la santé de leurs animaux respectifs. Dawn a un chien, Manglehorn une chatte. Deux solitaires résignés sur le point de tenter de nouveau le grand saut de l’amour.

Amour perdu
Film sur le regret et le temps qui passe, cette comédie dramatique dresse le portrait d’un homme insatisfait. Sans trop en dévoiler sur sa vie, le réalisateur montre les deux facettes de ce serrurier fatigué. Vieux et bourru, il limite au maximum ses relations avec les autres adultes. Il préfère de loin la compagnie de sa chatte et de sa petite-fille Kylie. Papy gâteau, maître attentionné : il ne laisse rien voir de ses profondes blessures intérieures.
Par petites touches, le spectateur découvre le grand drame de cet homme. Jeune, il a rencontré la femme de sa vie. Mais n’a pas su la retenir. Il s’est marié avec une autre. Lui a fait un enfant. Sans jamais oublier l’autre. Presque chaque jour il lui écrit des poèmes pour tenter de renouer avec elle. Depuis des décennies. Pas de réponse. Les lettres reviennent à l’expéditeur sans jamais être ouvertes. Comment vivre avec ce poids ? La force d’Al Pacino s’exprime parfaitement dans cette mélancolie si lourde à porter. On sent Manglehorn en permanence au bord de la rupture. Partagé entre l’envie d’en finir, rongé par des regrets, et celle de faire un grand ménage, de se donner une seconde chance tant qu’il est encore temps.
Une histoire universelle, sur les choix d’une vie et son acceptation.

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Du chien fou au papy solitaire

Al Pacino, 75 ans, n’a jamais cessé de tourner ou de jouer la comédie au théâtre. Une vie plus que bien remplie avec des classiques, des moments de bravoure, des répliques cultes et une « gueule » reconnaissable entre toutes. Ce fils d’émigrés italiens a débuté au théâtre. Il ne tourne son premier film qu’en 1969 à près de 30 ans. Rapidement remarqué, il explose littéralement dans « Le Parrain » de Francis Ford Coppola. Il passe haut la main la confrontation avec Marlon Brando. Mais pour toute une génération, son meilleur rôle, le plus marquant et étonnant, reste celui du gangster bloqué dans une banque au cours d’un braquage qui tourne mal. « Un après-midi de chien » de Sidney Lumet est du même tonneau que « Taxi driver » pour De Niro. Après de telles prestations, si on est acteur, on se dit que jamais on ne pourra faire mieux. Si on désire le devenir, c’est le maître étalon à conserver en permanence dans un coin de sa tête. Al Pacino a tourné dans plus de 70 films depuis. Il a abordé tous les registres, avec maestria et bonheur. Même en papy solitaire, rongé par le remords du film « Manglehorn », il reste crédible à 100 %. Chapeau l’artiste.