mardi 25 octobre 2011

BD - Blue Estate : les super truands selon Kalvachev chez Ankama

Les comics américain ce ne sont pas que des super héros. Il existe aussi toute une école qui prend racine dans le roman noir. « Blue Estate » est une idée originale de Victor Kalvachev. Une histoire de mafioso, de détective privé, de strip-teaseuse et de star du cinéma d'action. La star c'est Bruce Maddox, l'acteur vedette de la franchise « Traque mortelle ». Un dur, alignant les succès et les ennuis. 

Notamment quand sa femme, la belle Rachel, tente de savoir d'où viennent les milliers de dollars qu'il blanchit allègrement dans la production de ses navets. La mafia fait alors son entrée dans le casting, avec son cortège de cadavres et de kilos de poudre blanche. 

La violence généralisée est atténuée par l'humour permanent du récit. Ne pas se prendre au sérieux reste la meilleure façon de faire passer des idées...

« Blue Estate » (tome 1), Ankama, 13,90 € 

lundi 24 octobre 2011

BD - Liquidation totale pour Navïs et la série Sillage de Buchet et Morvan


Nävis, dernière humaine du convoi spatial Sillage, va enfin trouver à qui parler dans ce 14e tome de ses aventures intitulé « Liquidation totale ». La jeune héroïne imaginée par Morvan et dessinée par Buchet va devoir affronter un méchant aux armes acérées comme on peut le voir sur la couverture. 

Un tueur à gages qui collecte les cerveaux de ses victimes pour les conspirateurs tentant d'éliminer définitivement Nävis. Après un premier affrontement dans un vaisseau, le combat final se déroulera sur la planète ayant accueilli l'enfance de la petite terrienne. Une séquence au cours de laquelle Buchet donne à voir toute l'étendue de son talent dès qu'il s'agit d'action et de mouvement. 

Un album qui clôt un cycle de trois titres en annonçant un nouveau allant certainement dans une direction très différente.

« Sillage » (tome 14), Delcourt, 13,50 €

dimanche 23 octobre 2011

BD - Jolies guerrières au service de "Luminae"

Dessiner une héroïne est un don qui n'est pas donné à tout le monde. En son temps, Walthéry et sa pulpeuse Natacha a dominé la catégorie. Par la suite d'autres ont porté cet art si particulier au sommet. On se souvient de l'arrivée de Didier Cassegrain et voici aujourd'hui Bengal. On avait deviné les prédispositions de cet auteur, passé par le design des jeux vidéo, dans la glaçante série « Naja » écrite par Morvan. 

Le voici en solo sur une histoire entre fantastique et Moyen-Age, avec pas moins de six guerrières, filiformes et peu vêtues. Bref, chaque planche est un régal pour les yeux. Les guerrières ont pour mission de protéger Luminae. Cette sainte aux pouvoirs considérables est menacée par un mage-dragon au look hybride de chauve-souris carbonisée et fourmi anorexique. 

On croise aussi dans cette aventure des soldats idiots, de gentils hommes-chiens et de méchants gardiens des enfers. Et pour finir de vous rincer l'œil, en fin de volume, cinq auteurs différents (dont Vatine) proposent leur vision des guerrières de Bengal.

« Luminae » (tome 1), Ankama, 14,90 €  

samedi 22 octobre 2011

BD - Sept clones en mission

Sept, un chiffre magique emblème d'une collection originale permettant toutes les variations. Sous la direction de David Chauvel, plusieurs équipes travaillent sur la seconde saison d'une série ayant déjà marqué les esprits (Sept missionnaires, par exemple). Le troisième titre de la seconde saison raconte la mission de « Sept clones ». 

Un scénario de Louis illustré par Stéphane de Caneva. Si côté dessin, c'est un peu juste (notamment en comparaison des autres titres), côté histoire, Louis s'est lâché, délaissant les scénarios un peu basiques de Tessa pour un récit de SF entre paranoïa et apocalypse. Dans un futur proche, l'ensemble de l'Humanité va élire son président suprême. 

C'est la condition pour enfin rencontre les autres civilisations de l'espace, des êtres supérieurs qui pourront faire progresser vers plus de bonheur la population terrienne. Mais c'est sans compter sur le réveil de sept clones chargés de tuer le président élu. Cette histoire ressemble un peu à un long cauchemar, de ceux qui semblent trop réels pour ne pas avoir un fond de vérité...

« Sept clones », Delcourt, 14,95 €

vendredi 21 octobre 2011

BD - La parabole des rats dans « Hamelin », version André Houot


L'histoire du joueur de flute de Hamelin est très connue. Mais elle continue d'inspirer les artistes. Dernier exemple en date André Houot, dessinateur de BD et grand amateur de scènes médiévales. Son dessin précis et pointilleux fait merveille pour ces décors grouillants de détails. Les tronches des protagonistes sont également soignées, plus proches de la caricature que du réalisme classique. 

Par moment, on se croirait dans une BD de Bourgeon, notamment quand la belle Eva intervient. Cette jolie damoiselle, tyrannisée par son père, est amoureuse d'un galant. Mais cette union est mal vue et ils devront fuir pour s'aimer. Rattrapée, elle est promise au bûcher quand arrive, pour la seconde fois, le magicien ayant délivré la ville de Hamelin de ses hordes de rats. 

Je vous conseille vivement de lire cette BD armé d'une loupe tant les détails sont nombreux dans ces cases chargées. Un auteur classique qui ne s'économise pas, contrairement à certains artistes qui semblent apprécier un dessin épuré ayant surtout l'avantage d'être vite réalisé...

« Hamelin », Glénat, 13,50 € 

jeudi 20 octobre 2011

Thriller - La vérité du diable dans "Cornes" de Joe Hill chez Lattès

Après une soirée arrosée, Ig se réveille avec deux cornes sur le front. Un roman diabolique de Joe Hill sur les démons de l'Amérique profonde.


Il n'est jamais bon de boire trop. Ig Perrish, le héros narrateur de ce roman de Joe Hill ne peut qu'approuver. Après une beuverie sans fin, il se réveille au petit matin avec un mal de crâne carabiné. Un passage par la salle de bain lui confirme ce qu'il pensait : il a une mauvaise tête. Et deux cornes dur le front ! « En elles-même, elles n'avaient rien d'imposant, ces cornes : longues comme le doigt, épaisses à la base, elles s'affinaient en se recourbant vers le haut. Elles étaient recouvertes d'une peau blafarde, sa peau, sauf tout au bout, où les pointes étaient d'un vilain rouge enflammé, comme si elles s'apprétaient à transpercer la chair. » Non, Ig ne rêve pas, en une nuit, il semble être devenu un démon.

Sous des airs innocents...

Paniqué, il sort de chez lui et va errer dans cette petite ville de l'Amérique profonde où se déroule l'action. Il connaît à peu près tout le monde. Et lui aussi est bien connu. Surtout depuis l'an dernier, quand sa petite amie, Merrin, a été retrouvée violée et assassinée près d'une ancienne fonderie. Tout accusait Ig. Mais il a réussit à prouver son innocence. Sauf que pour la majorité de la population locale, il reste cet « enfoiré de violeur ».

Tentant de cacher ses cornes, il va rencontrer quelques connaissances et constater que ses nouveaux attributs ne gênent personne. Au contraire, les gens, à son contact, ne peuvent s'empêcher de dire la vérité, de dévoiler les secrets les plus enfouis au fond d'eux. Du curé érotomane à la mère ayant envie d'abandonner son enfant, il va découvrir son nouveau pouvoir. Cette partie pourrait être très amusante si ce n'étaient les torrents de boue qui sortent des bouches de ces hommes et femmes semblant si normaux. Ainsi ce réceptionniste à la permanence du député républicain, « un gros type aux cheveux en brosse », il explique à Ig qu'une « fois par mois, je m'accorde une journée de décompression et je reste chez moi. C'est bon pour ma santé mentale. Je mets les dessous de ma mère et je me fais une bonne branlette. Pour une vieille sur le retour elle a des trucs vraiment coquins. » « Cornes » de Joe Hill est un roman extrême, qui dévoile les pires travers de cette Amérique trop puritaine pour être équilibrée.

Dieu ? Un scribouillard !

Mais ce récit, loin de n'être qu'une série d'horreurs, est un texte beaucoup plus sensible et intelligent. La première partie ressemble à du Stephen King, les suivantes s'approchent de l'univers de John Irving. Pour tenter de comprendre ce qui lui arrive, Ig va se remémorer son histoire d'amour avec Merrin jusqu'au gouffre que constitue son assassinat. Une histoire d'amour entre gamins, belle et lumineuse. On en apprend plus sur les amis de cette époque bénie, Lee, le timide, toujours là pour réconforter son pote, Terry, le frère attentif et protecteur.

Alors pourquoi tout a basculé cet été-là ? Ig va entrevoir la vérité grâce à son nouveau don, certains racontant ce qu'ils avaient juré ne jamais dire. Ig endosse alors son costume de diable avec un plaisir réel. Cela donne un final violent et sans pitié, atténué par une fin sans espoir mais apaisée. Et alors que sa vengeance se met en place, Ig se permet quelques réflexions bien senties sur la religion en général comme cette comparaison prenant une double signification sous la plume de Joe Hill, fils d'écrivain célèbre : « Dieu n'est plus pour moi qu'un écrivain de gare, qui construit ses histoires sur des intrigues nulles et sadiques. » « Quant au diable, il est en premier lieu un critique littéraire qui fustige publiquement et à bon droit ce scribouillard sans talent. » Pour la petite histoire, Joe Hill est le fils de... Stephen King.

« Cornes » de Joe Hill, Lattès, 22 € 

mercredi 19 octobre 2011

BD - Des tueurs gastronomes sévissent dans « Mafia Tuno » de Richez et Stédo


Richez (scénario) et Stédo (dessin) ont pris des risques en lançant cette nouvelle série de gags se moquant de la mafia. Je serais eux, je ne mettrais plus jamais de ma vie les pieds dans une pizzeria... La famille Tuno, comme paravent à ses activités mafieuses, a ouvert une pizzeria. Vous pouvez y trouver des formules très intéressantes pour vous débarrasser d'un concurrent gênant ou d'un ennemi récalcitrant. 

Par contre, n'y allez pas pour la qualité de la cuisine. Parfois, la pâte est surgelée et a un léger goût de charogne car elle a séjourné un peu trop longtemps près d'un cadavre à traiter. En fait, les fils Tuno ont plus de prédilections pour la maçonnerie. Couler une dalle en béton, voilà une saine occupation et qui ne coûte pas trop cher si on remplace un tiers du béton par des cadavres. 

Cette galerie de personnages est très réussie, la Mamma Negra, la patronne, remportant la palme. Stédo, dessinateur des Pompiers, trouve une seconde série où il utilise un peu plus son sens de la caricature. Richez, au scénario, semble bien connaître le milieu. Raison pour laquelle je vais affirmer que ses gags sont excellents. Et ses pizzas aussi, s'il l'exige !

« Mafia Tuno » (tome 1), Bamboo, 10,40 € 

mardi 18 octobre 2011

BD - Arche bis : une série SF de Mallié sort des limbes chez Vents d'Ouest

Parue initialement entre 2003 et 2005 aux éditions Soleil, la série de SF « L'Arche » a droit à une seconde jeunesse chez Delcourt. L'occasion de découvrir les débuts de Vincent Mallié (avec Félix au scénario), dessinateur ayant repris « La quête de l'oiseau du temps » avec Loisel. 

Depuis l'Arche, Mallié a affiné son dessin, il lui a donné plus de profondeur et de richesse, mais on devinait déjà la pâte d'un très grand. Les deux premiers tomes sont parus en septembre et le troisième (et dernier) sera dans les rayonnages le 2 novembre. Dans un futur proche, l'économie est dominée par la société Cadillac qui a mis au point un lecteur neuronal permettant de coupler des données informatiques à votre esprit. La série suit les péripéties de quatre personnages : Pad est un flic intègre persuadé que Cadillac est derrière tous les mauvais coups, Asia, son ancienne fiancée, devenue l'égérie de la marque, Alice, adolescente qui recherche son père, un employé de Cadillac disparu depuis longtemps et Emilio, prodige de l'informatique. 

C'est ce dernier qui donne tout son sel à la série. Un peu obsédé sexuel sur les bords, il imagine sans cesse des scénarios pour se faire mousser. Quitte à être parfois en dessous de la vérité...

« L'Arche » (tomes 1 et 2), Vents d'Ouest, 13,90 €

lundi 17 octobre 2011

BD - Boule et Bill passent « A l'abordage ! » sous la plume de Laurent Verron


Ils n'ont pas pris une ride. Boule et Bill, malgré la mort de leur créateur Roba, poursuivent leurs gentilles aventures en une planche sous la plume inspirée de Laurent Verron. La reprise de personnages existants n'est pas chose aisée (Cubitus est sans saveur et on craint le pire pour le prochain Astérix...), mais parfois, les choix commerciaux et artistiques s'accordent à la perfection. 

En désignant Laurent Verron, Roba a fait l'essentiel du travail. Et les amateurs de BD traditionnelle s'en réjouissent encore. Dans ce 33e recueil des aventures du petit garçon et son espiègle cocker, il est beaucoup question de pirates. Dans le jardin familial, avec deux sabres factices, une caisse en bois et quelques tissus usés, Boule transforme son petit monde en mer déchaînée peuplée d'infâmes brigands et requins affamés. La grande aventure avec deux bouts de ficelle, c'est un peu cette enfance rêvée qui donne tout son charme à cette série. On est loin des modes et des tendances. 

Ce sont des enfants comme tous les enfants qui ont compris que l'imagination permettait de vivre tout ce qui n'est pas à notre portée. Une bande dessinée dans la grande tradition de l'école franco-belge, de la belle ouvrage d'un auteur consciencieux.

« Boule et Bill » (tome 33), Dargaud, 10,45 € 

dimanche 16 octobre 2011

Poches - Deux titres à ne pas manquer, "Country Blues" de Bathany et les "Dessins refusés par le New Yorker"

Cela aurait pu s'appeler « Bienvenue chez les frenchy freaks ». "Country Blues", roman de Claude Bathany, est avant tout une galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres. Et tous de la même famille, vivant ensemble dans un grand corps de ferme entre pâturages, vaches laitières et clapiers à lapins. Premier à entrer en scène, Dany. C'est le playboy, celui qui tient le plus de son père qui fut en son temps un grand coureur de jupons. Dany qui a décidé de relancer l'exploitation agricole. Il passe donc ses journées à s'occuper de ses vaches laitières. Le soir, il va culbuter les bourgeoises qui savent toutes qu'elles ne seront pas déçues.

L'aîné, Jean-Bruno, est un ancien boxeur. Il continue à s'entraîner sur le ring placé au milieu de la grange. Lucas, le plus jeune, est limite mongolien. Il a complètement viré schizophrène après la mort de sa sœur jumelle. Il l'a remplacée par une marionnette, Olive. Enfin il y a Cécile. La seule fille de la maison. Grosse, lesbienne, passionnée par les armes à feu : elle semble en guerre contre tout le monde, notamment les tarés qui lui servent de famille. Pour compléter le tout, cerise sur le gâteau, il y a la mère. Atteinte d'Alzheimer, elle passe ses journées à chasser les mouches, regarder la télé sans le son et se faire sur elle. Ce roman policier hors normes, dérangeant, loin des sentiers battus ne vous décevra pas si vous êtes lassé par le politiquement correct. Même la fin imaginée par Claude Bathany aura ce goût amer, si caractéristique de la triste réalité. (Points Noir, 6,50 €)

Dessins refusés par le New Yorker

D'une façon générale, les cartoonistes américains sont les meilleurs. Ceux du New Yorker l'élite. Alors pourquoi publier les dessins refusés ? Tout simplement car ils sont les plus osés, les moins politiquement corrects, ceux qui vont le plus loin.

Matthew Diffee, l'éditeur prévient dans la préface : « Si vous êtes comme moi, la plupart de ces dessins méchants, obscènes et dégoûtants vous feront mourir de rire. » (Points, 9 €)


 






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