mardi 17 août 2010

BD - Toutes les richesses humaines du Grand Nord


Venue voir l'ancienne mine d'or de son père, Valentine Pitié, 20 ans, riche héritière, se retrouve seule dans le Grand Nord canadien à la suite d'un accident. Elle verra la mort de près, mais l'intervention miraculeuse d'un chasseur inuit, Yakupi, lui redonne espoir. Dès cet instant sa vie va changer du tout au tout. La jeune occidentale va découvrir les mœurs et coutumes de ce peuple ayant su s'adapter à des conditions de vie si rudes. 

Durant de longues semaines, elle va se lier d'amitié (et un peu plus même) avec Yakupi, sa femme, ses enfants et les autres membres de la tribu. La jeune femme, poète dans l'âme, est souvent en admiration devant les paysages vierges. 

Ces mêmes paysages qui permettent à Benn se signer un album d'une exceptionnelle luminosité. Ce dessinateur belge a déjà une très longue carrière mais a pris le risque du récit réaliste. Coup d'essai, coup de maître !

« Valentine Pitié » (tome 1), Dargaud, 15,50 € 

lundi 16 août 2010

BD - People : à eux la honte !


La couverture, sorte de pastiche d'une revue people, n'est pas très engageante pour l'amateur de BD. Adeline Blondieau, le nom de la scénariste, aussi, risque d'en faire fuir quelques-uns. Et pourtant. Nicolin, au dessin, a percé en signant un blog radical et comique. Alors on ouvre, on lit un premier gag, puis un second et on se dit finalement que les aprioris c'est ridicule. Car on se bidonne en lisant ces anecdotes véridiques arrivées à des peoples connus, souvent des connaissances de Blondieau. 

Vous ne pourrez pas rester insensible aux aventures de « l'anaconda » de Pascal Gentil ou aux tracas de papier hygiénique de Bernard Montiel. Le dessin, très caricatural, est atténué par des décors quasi photographiques, renforçant le côté réalité des histoires. Bref, ces gags, prépubliés dans l'Echo des Savanes, sont une des bonnes surprises de l'été.

« Ma vie de People » (tome 1), Drugstore, 9 € 

dimanche 15 août 2010

BD - Les ogres ont trouvé leur maître


Surfant sur la mode des jeux vidéos et de la magie, Michel Rodrigue, déjà dessinateur de Cubitus, ajoute une nouvelle corde à son arc en signant le scénario de cette nouvelle série destinée à un public compris entre 8 et 14 ans. 

Le héros, Karl, est un jeune ado timide, passionné de jeu vidéo. Notamment du tout dernier sorti sur le marché : « Le maître des ogres ». Karl brille dans ce jeu de rôle entre quête mystique et combats violents. Dans la première partie de l'album, le lecteur suit le progression de Karnos, le roi des ogres (vert, armé d'un marteau, plus de 2 mètres au garot...) qui tente de libérer sa fille Phaline. Il est aidé par Karl qui endosse le costume d'un magicien. Mais au moment crucial, l'écran s'éteint d'un coup. 

C'est la belle-mère de Karl qui vient de sévir, il est l'heure de manger. Après le repas, Karl retourne dans sa chambre. Il y découvre sa télévision explosée et deux personnages du jeu en chair et en os sur son lit : Karnos et Phaline. L'imaginaire va alors s'inviter dans la vie très banale de Karl. Karnos, toujours affamé, manquera de boulotter la demi-sœur de Karl avant de se contenter d'un vigile de supermarché. Assez peu discrets, ils auront rapidement la police aux trousses. Karl va sauver la situation... en renvoyant tout le monde dans le jeu, lui y compris. 

En passant du réel à l'imaginaire, les personnages vont devoir d'adapter et surtout craindre une certaine Althéa, sorcière de son état derrière qui se cache un autre joueur. Cette BD plaisante est dessinée par Vicenzo Cucca, un Italien, aux influences très « disneyennes ».

« Le maître des ogres » (tome 1), Le Lombard, 9,95 €

samedi 14 août 2010

BD - Afrique : du rêve à la réalité


Il ne vit que pour l'Afrique. Une Afrique du passé, celle des colonies. Quand la savane regorgeait de fauves que l'on pouvait chasser en toute impunité. Dans son appartement parisien, ses murs sont ornés de masques tribaux, il écoute Joséphine Baker et sa femme de ménage est noire. Charles n'est pourtant pas méchant. Simplement un peu perdu dans le temps et l'espace. L'Afrique, il la rêve. Et un jour, le rêve devient réalité. Il gagne à un concours sponsorisé par Banania. Le premier prix : un voyage organisé. Direction Cotonou au Bénin. L'aventure peut commencer...

Jean-Christophe Chauzy aime dessiner les chaudes ambiances africaines. Il se régale également à montrer ses personnages perdus dans un monde qu'ils ne comprennent pas. Charles ne fait pas exception à la règle. Le continent noir a beaucoup évolué depuis ses lectures de jeunesse. Il se trouve confronté à un tourisme de masse, à des populations urbaines, des fauves apprivoisés et des « tigresses » peu farouches au premier abord, très mordantes dans l'intimité de la chambre. Ecrite par Anne Barrois, cette histoire balance entre nostalgie du temps des colonies et description réaliste d'une Afrique moderne où tous les coups sont permis pour s'en sortir.

« Bonne arrivée à Cotonou », Dargaud, 13,50 € 

vendredi 13 août 2010

Roman - Où une Lolita en écrit l'histoire d'une autre

L'histoire d'une petite provinciale de 20 ans avec des rêves parisiens plein la tête, qui vous scotche au fauteuil comme un « Bubble gum ».


Abracadabrant n'est pas vraiment le mot. Invraisemblable peut-être dans la forme mais le fond colle tellement à la réalité qu'il nous cloue le bec. Quoiqu'il en soit, Lolita Pille, nous écrit une histoire aux rebondissements époustouflants avec une maitrise de la langue française et une justesse de ton remarquables pour la post-adolescente qu'elle est encore. Au temps pour les détracteurs des jeunes qui-ne-savent-plus-écrire ! On trouve ici un style teinté d'un classicisme scolaire de bon aloi mais cependant très perso, avec des tas de références tant littéraires que musicales. Et qui nous prouve qu'on peut encore écrire jeune et branché au participe présent.

La vie n'est pas rose...

Comme pourrait nous le laisser croire la couleur de la couverture ou celle du chewing-gum lambda, de fait, la vie n'est pas facile pour Manon, jeune et belle provinciale qui, comme beaucoup, décide de monter à Paris pour connaître enfin la vraie vie. Fini le noir et blanc de Terminus, le village qu'elle connaît par cœur et à elle le technicolor de la grande ville. Dans la capitale, Manon trouve un petit boulot de serveuse et un studio plutôt minable mais elle y croit : un jour elle sera un mannequin adulé par, les foules et fera la couverture de Elle, Vogue ou autre Cosmopolitan.

Arrive dans le restau où elle se fatigue dur, tel le Prince Charmant des contes de son enfance, le beau et ténébreux Derek Delano, fils à papa milliardaire, qui lui ouvre, si ce n'est son cœur du moins son lit, ainsi que les portes d'une agence de mannequin réputée. De défilé de mode en couverture de magazine, l'image de Manon s'étale à tous les coins de rue. Jusque sur les affiches du film, produit par Derek, qu'elle tourne sous la houlette d'un réalisateur prestigieux en compagnie d'un acteur adoré des foules. Le hic de l'histoire, c'est que plus sa vie prend la tournure dont elle rêvait à Terminus, plus la belle Manon s'étiole.

Alcool, cocaïne, elle ne supporte plus rien ni personne et maigrit à faire peur, perdant à la fois la fraîcheur de sa beauté et le goût à la vie. Cette vie dont elle avait tant rêvé semblerait-elle aussi inconsistante que l'air contenu dans une bulle de chewing-gum ?

Fabienne Huart

« Bubble gum » de Lolita Pille aux éditions Grasset, 18 € (également au Livre de Poche, 6 euros) 

jeudi 12 août 2010

BD - Le pouvoir des livres de la série "Hypertext"


Une série, trois époques. « Hypertext », BD écrite par Sébastien Viaud, permet au dessinateur, Adrien Villesange, d'alterner ambiances futuriste, contemporaine et moyenâgeuse. De nos jours, une journaliste découvre dans les sous-sols de Paris un mystérieux livre très convoité. Plusieurs siècles auparavant, ce même livre semble être au centre de la relation torride entre un moine copiste et une châtelaine. 

Une partie des explications se trouve dans le futur. Notre monde a été frappé par un vaste bug. Depuis, toute la connaissance et le pouvoir repose sur les derniers livres existants. Les bouquinistes sont les rois. Mais des groupes luttent contre ce nouvel ordre mondial. Notamment les femmes du groupe « Hypertext », sortes de terroristes détruisant le plus de livres possibles. 

Cette fiction est une jolie parabole sur le pouvoir des livres. Aujourd'hui ils sont nombreux et peu chers. Profitons-en !

« Hypertext » (tome 2), Delcourt, 12,90 € 

mercredi 11 août 2010

BD - Chasse à l'homme et au lion


Au cœur du Kenya, dans la vallée du Rift, un homme est seul. Il court. A ses trousses, un lion. Chasseur ou chassé, les rôles sont parfois inversé et tiennent à peu de choses. C'est un peu la philosophie de cette nouvelle série écrite de Perrissin et dessinée par Pavlovic. Dans cet immense pays, quelques fermiers blancs ont fait fortune en produisant du café. L'homme en fuite est Sean Munroe. 

Condamné pour le meurtre de sa compagne, il vient de fausser compagnie à ses gardiens. Il est Blanc. Sa femme était noire. Et il a toujours clamé son innocence. D'ailleurs, cette évasion il n'y voit qu'un seul avantage. Il va pouvoir venger la femme qu'il aimait. Si une partie de l'action se déroule dans la brousse, l'autre est centrée sur la plantation Munroe. Le père de Sean, Robert, espère beaucoup de son mariage avec la riche héritière d'un pasteur blanc. L'exploitation n'est pas au mieux et l'apport d'argent frais pourrait empêcher la faillite.

 La série décrit minutieusement cette société sombre et en perdition, vénérant l'argent et attisant les haines entre les communautés.

« Les Munroe » (tome 1), Glénat, 13 € 

mardi 10 août 2010

BD - Miss Annie va vous faire craquer


Il parait qu'il suffit, pour qu'un blog fonctionne sur internet, d'y mettre quelques photos ou dessins de chatons. Si la recette fonctionne de la même façon dans l'édition, ce « Miss Annie » de Flore Balthazar (dessin) et Frank Le Gall (scénario) est promis à un bel avenir. 

Miss Annie c'est le nom de cette adorable petite chatte qui pour l'instant n'a pas encore quitté la maison de ses maîtres. Mais cela ne saurait tarder. Elle a quatre mois et commence à être « mature ». Les premiers chapitres, comme une mise en bouche, content la vie de cloitrée de Miss Annie. 

La petite chatte tourne en rond et fait donc de plus en plus de bêtises. Quand, par miracle, elle découvre une fenêtre entrouverte, elle en profite immédiatement pour sauter sur la branche d'un arbre voisin. Et en avant pour la grande aventure. Elle rencontrera les autres chats du quartier qui vont se charger de son éducation féline. Cette histoire, toute simple, dessinée sans effets, est d'une grande tendresse. 

Ceux qui ont eu une petite chatte dans leur foyer s'y retrouveront certainement.

« Miss Annie », Dupuis, 13,50 €

lundi 9 août 2010

Souvenirs - Pas commode le père Léandri

Bruno Léandri se souvient de son père. Surtout de ses colères et éructations. Un beau récit de la vie des banlieusards des années 50/60.


Cela fait des années que Bruno Léandri hante les pages de Fluide Glacial. Dans le mensuel « d'umour et bandessinées » il signe une nouvelle, parfois un roman-photo dont il est le héros et une rubrique répertoriant trouvailles et inventions loufoques de ces dernières années. Large lunettes, front dégarni, moustache touffue et tombante, Bruno Léandri fait partie de ces iconoclastes qui ont toujours quelque chose à apprendre, à vous apprendre. Dans « Encyclopédie de mon père », il parle de son enfance de banlieusard dans les années 50/60, mais surtout de son père, Pierre. Un portrait tout en colères et en éructations, entre rires et larmes.

« Gueulements intempestifs »

Devenu adulte, vivant de sa plume, Bruno Léandri écrit quelques superbes pages sur son paternel, comme tout le monde devrait pouvoir le faire, histoire de soulager le trou de la sécu de quelques séances chez les psys. Le père Léandri est « soupe au lait ». Il en faut peu pour qu'il sorte de ses gonds. N'importe où, n'importe comment. « Par ses gueulements intempestifs en public, mon père avait la sale manie d'attirer sur lui l'attention des foules et sur nous la honte. » L'opposé absolu de Bruno, le petit dernier, discret, malingre, renfermé. Mais il profitait du spectacle continu qu'était la vie de son père. A l'adolescence, cela s'est compliqué : « Après la puberté, l'hostilité qui s'installa entre mon père et moi connut un paroxysme de deux ans. Je l'ai haï très fort, méprisé, rejeté, agoni d'insultes. Et puis ça s'est calmé peu à peu, les premiers vols planés hors du nid relativisent beaucoup les drames de vermisseaux et de coquilles d'œufs ».

Une France d'antan

Le père Léandri était un comptable qui, en raison de son caractère entier, changeait souvent d'employeur. A l'époque, retrouver une place était chose aisée. Le foyer ne roulait pas sur l'or, mais avait suffisamment pour se payer des vacances au pays, la Corse. Bruno se souvient de la tension qui précédait ces expéditions durant la bagatelle de 48 heures (une nuit de train, une journée à Marseille, une nuit en ferry pour la traversée, et pour finir quelques heures en bus pour rejoindre le village du sud de l'île). Il raconte cette véritable odyssée avec cet humour et cette légèreté qui a fait le succès de ses nouvelles dans Fluide Glacial.

Ce récit, s'il fait la part belle à ce tonitruant papa, est aussi l'occasion pour Bruno Léandri de raconter ses nombreuses madeleines, du cinéma de quartier aux fauteuils de velours rouge, à l'épicier chez qui ont faisait les courses au quotidien, sans oublier les feuilletons radiophoniques et les albums de Tintin reçus en cadeau à Noël. C'est toute une époque qui revit sous sa plume. Il n'a pas son pareil pour nous remettre en mémoire ces petits moments précieux que tout un chacun (de plus de 45 ans) a déjà vécu, de la communion en aube blanche au pique-nique improvisé, un beau dimanche de printemps, avec salade, œufs durs et tranches de jambon au menu. Une France heureuse et simple. Dieu, qu'elle semble loin aujourd'hui...

« Encyclopédie de mon père », Bruno Léandri, Flammarion, 18 € 

dimanche 8 août 2010

Thriller - Enlèvement, basculement, avec « Les quatre fins dernières »

Aucune nouvelle, aucune piste, la petite Lucy Appleyard s'est volatilisée laissant ses parents dans un immense désarroi.


Un sang d'encre -titre de la collection aux Presses de la cité- est bien l'expression qui convient à ce roman d'Andrew Taylor paru en 2003.

Quoi de plus atroce pour une maman d'aller chercher sa fille de quatre ans chez sa nounou et, en lieu et place de l'ambiance tranquille des habituels jeux, de fins de journée, de trouver une maison en pleine effervescence, grouillant de policiers et de voisins. Lucy a disparu.

Dans sa petite tête rêveuse d'enfant de quatre ans, elle a chipé le porte-monnaie de la nounou dans l'intention d'aller s'acheter la boîte de magie tant convoitée.

Trois minutes d'inattention de la nounou et Lucy se retrouve dans la cour de la maison, seule, hésitant à franchir le portail interdit. Juste le temps et l'opportunité qu'attendait Eddie. Depuis plusieurs semaines, avec sa compagne Angel (comme quoi il ne faut jamais se fier aux apparences, même d'un prénom !), il connaît sur le bout des doigts l'emploi du temps de la petite fille et de ses parents. Et même si l'enlèvement n'était pas programmé ce jour-là, il a réussi au-delà de toutes les espérances d'Eddie et Angel la tyrannique.

Remises en question

A partir de ce moment, les policiers sont sur la brèche. Même Michaël, le père de Lucy, policier lui aussi, se lance dans une recherche désespérée malgré l'interdiction de sa hiérarchie, le considérant trop. impliqué pour effectuer un travail objectif. Quant à Sally, première femme pasteur de l'Eglise anglicane de la petite communauté de quartier de Kensal Yale et mère de Lucy, elle se retrouve en proie à des interrogations et des doutes qu'elle n'aurait jamais crus possibles sur l'essence même de sa foi.

Les interventions du parrain de Michaël, ecclésiastique lui aussi et comme la majorité, opposé à l'ordination des femmes, ne font qu'envenimer une situation déjà tendue à l'extrême.

Pour tout arranger, au lieu de les rapprocher dans l'épreuve, les relations entre Sally et son mari se détériorent rapidement, mettant à nu une tension latente depuis plusieurs mois.

Ange ou démon ?

Dans cette histoire a double face - celle des ravisseurs et celle des victimes – les personnalités ressortent avec une virulence teintée d'une palette aux mille nuances, soulignant là tout le talent de l'auteur.

Si l'on a rapidement catalogué Angel parmi les « méchants », Eddie lui est présenté comme un pédophile, certes, et donc condamnable à 200% ; mais par de nombreuses facettes, tant dans son comportement que dans son caractère, l'auteur arrive à le rendre presque sympathique, en tout cas susceptible de provoquer la pitié du lecteur.

Incroyable et d'autant plus dérangeant que l'actualité bien réelle celle-là, n'épargne pas enfants et parents.

On ne peut néanmoins que saluer Andrew Taylor pour la finesse d'analyse des personnalités multiples de tous les protagonistes ainsi que le rythme tantôt lancinant, tantôt haletant de l'intrigue. .

Tel un morceau de musique bien orchestré, les pianissimos s'entremêlent aux fortes pour se terminer en un crescendo fortissimo.

Fabienne Huart

« Les quatre fins dernières » de Andrew Taylor aux Presses de la Cité, 18,90 euros