jeudi 21 janvier 2010

Roman - Père et fils en galère

Nick Cave, rocker et musicien australien, dévoile une autre facette de son talent dans ce roman halluciné, triste et dramatique.


Bunny Munro est un chaud lapin. Bunny Munro a beaucoup de succès auprès des femmes. Ce représentant de commerce vendant des produits de beauté sillonne les routes d'Angleterre alignant les conquêtes féminines comme d'autres remplissent des grilles de mots fléchés. Mais Bunny Munro est marié. A Libby. Ils ont un petit garçon, Bunny Boy, âgé de 9 ans. Dans les premières pages de ce roman, Bunny est en bonne compagnie dans une chambre d'hôtel. Une superbe prostituée originaire des Caraïbes. Tout en s'occupant d'elle, il a Libby au téléphone. Sa femme, sous antidépresseurs, perd la raison. Pour la calmer, Bunny lui promet de vite rentrer à la maison. Mais la nuit sera longue, très longue.

 Le lendemain matin, en prenant son petit déjeuner dans son hôtel, Bunny ne regrette rien. Exactement il ne se souvient de rien car en plus d'être un tombeur, il boit comme un trou. En sirotant son café, il se regarde dans une glace et trouve « l'image qu'il a devant lui pas si déplaisante. Bunny n'est pas un génie, ni un visionnaire ni un sage, mais il voit tout de suite pourquoi les dames en pincent pour lui. Ce n'est pas le tombeur standard musclé à la mâchoire carrée, ni l'homme à femmes avec la ceinture de smoking, mais il dégage quelque chose, même avec la trombine fracassée par l'alcool, il exerce un charme magnétique qui passe par les plis d'humanité qui se forment aux coins de ses yeux quand il sourit, l'arcade sourcilière qui se fronce avec malice et ses joues qui se creusent de fossettes à vous faire péter l'hymen quand il rit. »

Fuir ses fantômes

Le problème c'est que Bunny vit ses derniers jours. C'est expliqué par l'auteur dès les premières pages et dans le titre. La mort qui fait une entrée fracassante dans sa vie quand il franchit enfin la porte de son appartement. Un appartement dévasté. Bunny Boy explique que c'est Libby qui a craqué. Quelle est enfermée dans sa chambre et qu'elle ne répond plus. Bunny pénètre dans la chambre et découvre « Libby Munro en nuisette orange, pendue à la grille de sécurité. » « Elle a le visage violet comme une aubergine ou un truc dans le genre et, un court instant, Bunny se dit en fermant les yeux de toutes ses forces pour chasser cette pensée, que ces nichons, c'est quelque chose. »

Après des obsèques croquignolesques, Bunny noie son chagrin au cours d'une soirée en compagnie de ses collègues. Cela vire à la beuverie puis à la partouze. Bunny est donc en-dessous de tout. Pourtant son fils l'aime. C'est vrai qu'il n'a plus que lui. Un Bunny Boy qui lui aussi semble un peu atteint quand il est persuadé que sa mère continue à lui parler.

Après une première partie très borderline, Nick Cave concentre son récit sur le père et son fils. Ils partent en voiture, prennent la route; roulent sans but. Comme pour mieux s'éloigner de ces fantômes un peu trop présents.

Roman trash, roman triste, « Mort de Bunny Munro » entraîne le lecteur sur les chemins cabossés du remord et des regrets, de la vie qui file trop vite, de l'essentiel masqué par le clinquant et le plaisir facile. Un long blues de 330 pages, comme une de ces chansons que chante Nick Cave avec sa voix grave de crooner très fatigué.

"Mort de Bunny Munro », Nick Cave, Flammarion, 20 €

mercredi 20 janvier 2010

BD - De mâle en pis


Raoul Cauvin a vendu suffisamment de millions d'albums dans sa carrière (Tuniques Bleues, Cédric, Pierre Tombal...) pour avoir le droit de se faire plaisir. 

Il avait ainsi imaginé une histoire improbable de taureau se sentant vache et donc incapable d'accomplir ce pour quoi on l'a acheté : se reproduire. Désiré, qui en plus avait le pouvoir de parler avoir été frappé par la foudre, avait finalement trouvé une astuce pour assurer une descendance à la vache du fermier. 

Toujours avec De Thuin au dessin, Cauvin a imaginé une suite tout aussi savoureuse dans les situations que les personnages. Revoilà Désiré, son problème de virilité et de fertilité. 

Une parabole sur les différences et la tolérance. Avec une fin presque mélodramatique comme jamais Cauvin n'avait osé en écrire.

« Coup de foudre » (tome 2), Dupuis, 9,95 €

mardi 19 janvier 2010

BD - L'ado pour les nuls


Pat a 13 ans, l'âge « où le monde entier est ligué contre vous ! » Anne Guillard a imaginé ce prototype de fille mal dans sa peau et dans son époque. 

Entre une grande sœur apprentie top-model et ne jurant que par la Star Ac', une petite sœur pourrie gâtée, une mère pro-bio et un père geek, elle a toutes les difficultés pour se repérer. Heureusement il y a des constantes, comme l'amour. Notamment celui qu'elle porte à Ludo, le beau gosse qu'elle a parfois la chance de croiser dans le bus. 

L'intérêt de ces gags, outre qu'il nous font découvrir le monde sans pitié des ados, est que finalement rien n'a changé de génération en génération...

« Ma vie d'ado », Vents d'Ouest, 9,40 € 

lundi 18 janvier 2010

BD - Duo frappé


Cela commence comme une gentille histoire entre deux auteurs invités à un festival à Lisbonne. Mathieu Sapin et Frantico, en échange de leur participation, acceptent d'animer un blog sur le festival. Mais en croisant la route de Petrov, leur vie va changer. 

Ce dernier, énigmatique Ukrainien, leur explique qu'il pratique le méga-krav-maga, art martial ultime imaginé par les services secrets israéliens. Les deux compères décident de raconter cette rencontre. 

Mal leur en prend car le MKM devant rester secret, ils sont pourchassés par les adeptes de ce dernier. 

De Lisbonne à Madrid en passant par l'Inde, un feuilleton délirant de 192 pages qui s'achèvera le mois prochain dans le tome 2.

« Méga-Krav-Maga » (tome 1), Delcourt, 8,95 € 

jeudi 14 janvier 2010

BD - Guy Lefranc à la mine


Guy Lefranc, héros journaliste détective créé par Jacques Martin, s'offre une aventure sociale. « Noël noir », le 20e titre de la série, signé Michel Jacquemart (scénario) et Régric (dessin) revient sur les tragédies minières des années 50. 

Le blond reporter se pose de sérieuses questions sur son métier (déjà les dérives vers le people et les frasques des stars) quand les téléscripteurs crépitent : une explosion au fond d'une galerie de la mine de Soumont-en-Gohelle fait de nombreuses victimes. 

Et plusieurs mineurs sont bloqués au fond du trou. Lefranc va suivre les opérations de sauvetage et réussir à partir avec les secours à plusieurs centaines de mètres de profondeur. A cette intrigue va se rajouter une histoire de sabotage, de guerre froide, d'amour et de trahison. 

Un scénario très sombre, les personnages secondaires étant tous des écorchés n'ayant pas la conscience tranquille. Cette noirceur dénote un peu dans la série qui pour une fois met l'humain au premier plan. Lefranc, lui non plus, n'en sortira pas indemne.

« Lefranc » (tome 20), Casterman, 10 € 

mercredi 13 janvier 2010

BD - Bonnet rouge en délire


Étonnant parfois où l'imagination et les hobbies des dessinateurs les conduisent. Prenez Isa par exemple. Cette dessinatrice, maniant la dérision et les nez ronds à merveille, est par ailleurs passionnée de plongée sous-marine. Il faut certainement y trouver l'origine de cette série d'histoires courtes mettant en scène le fantôme du commandant Cousteau. 

Un concept saugrenu qui pourtant devient au fil des pages une formidable mine de gags et de situations cocasses. Donc, au fond de la Méditerranée, un jour, Bernadette, mérou de son état, vit une apparition : le fantôme du commandant Cousteau. 

Le cinéaste, défenseur de la nature avant son heure, toujours coiffé de son remarquable bonnet rouge, revient dans ce monde de plus en plus pollué. Il devra se coltiner les Yann Arthus Bertrand et autres Nicolas Hulot qui ont repris son fond de commerce. 

Un commandant qui devra également s'expliquer sur son passé et certains errements. Notamment quand il a malencontreusement introduit en Méditerranée la cualerpa taxifolia surnommée plus communément depuis : l'algue tueuse.

« Le fantôme du commandant Cousteau », Fluide Glacial, 9,95 € 

mardi 12 janvier 2010

BD - Golden City : touchée coulée...


Le 8e tome de la série Golden City s'ouvre avec une découverte qui fera mal au cœur de tous les fans de la série : la cité vient d'être retrouvée par 3000 mètres de fond. Touchée, coulée... Le reste de l'album, par d'astucieux retours en arrière, nous apprendra comment l'impensable a pu avoir lieu. 

Pecqueur, le scénariste, a donc décidé de prendre des risques avec son jouet, imaginé il y a une dizaine d'années avec Malfin, le dessinateur. Mais si la ville flottante du futur, abritant les plus riches de ce monde est détruite, il n'en est pas de même pour les nombreux personnages de cette saga aux multiples ramifications. Ainsi si une partie de l'action se déroule sur Golden City, l'autre nous explique comment Amber, aidée de Mifa, va libérer deux jeunes enfants tombés entre les griffes de trafiquants d'organes. 

De l'action, des trouvailles futuristes, des méchants qui le sont vraiment, de jolies filles qui ont du cran... Le cocktail utilise des ingrédients classiques mais l'ensemble tient la route et se révèle toujours aussi passionnant.

« Golden City » (tome 8), Delcourt, 12,90 €

samedi 9 janvier 2010

Humour - Un chat pas si crétin...


Parfois, l'inspiration vous pend au bout du nez. Prenez Simon Tofield, directeur artistique dans une société d'animation anglaise, il s'est inspiré de ses trois chats, Hugh, Jess et Maisie, pour raconter les péripéties de son chat imaginaire. 

Un gros matou, en permanence affamé. Il a plusieurs solutions pour se remplir l'estomac. Attendre que son maître daigne s'apercevoir que sa gamelle est vide ou tenter de retrouver ses instincts de chasseur et tenter d'attraper une souris ou un oiseau. La quête de nourriture est donc la principale action de ce recueil de gags muets. C'est souvent excellent quand le chat s'en prend à son maître qui visiblement n'a pas tout compris à la psychologie féline. 

Désopilant aussi les astuces trouvées par le chat pour tenter de gober les oiseaux. C'est simple, dessiné d'un trait simple, efficace et très réussi. Pas étonnant si ce chat, en plus du papier et d'internet, va bientôt s'animer sur les petits écrans.

« Simon's cat », Fleuve Noir, 14,90 €

vendredi 8 janvier 2010

BD - Le Père Noël et les stars dans "Himalaya Vaudou de Fred Bernard et Rochette


Sorti en septembre dernier, cet album de BD est certainement le plus étrange et le plus déconcertant de l'année 2009. Sur 100 pages, les auteurs ont développé une sorte de fable sinistre sur l'évolution de l'Humanité. Une vision qui prend tout son sel en ce moment, alors que le sommet de Copenhague a accouché d'une souris. 

Tout débute sur les pentes d'un sommet de l'Himalaya. Un guide et trois stars de la télévision progressent lentement avec un but : atteindre la maison du père Noël pour l'interview du siècle. Il y a un jeune présentateur branché, aussi bête que son public d'adolescentes en rut, un vieux journaliste sur le retour plus intéressé par son image et son audience que par les malheurs du monde et la caution écologique, un reporter spécialisé dans le développement durable. Ils risquent leur vie pour aller à la rencontre de Noël Bodombossou. 

Ce vieil Africain, adepte du Vaudou a décidé de changer le monde pour le sauver. Lassé de voir les puissants et les riches exploiter la planète, il leur a lancé un sort. Des cadeaux comme il dit : les présidents des Etats-Unis et de la Russie ont été transformés, l'un en cheval, l'autre en serpent... Pourquoi fait-il cela, quel sort réserve-t-il à ses visiteurs ? 

Bernard (scénario) et Rochette (dessin) développent leur argumentaire jusqu'à la conclusion, bestiale mais visionnaire.

« Himalaya Vaudou », Drugstore, 19 € 

jeudi 7 janvier 2010

BD - Capricorne à vif


La saga de Capricorne s'étoffe de nouveaux personnages. Andréas, au bout de 14 épisodes, s'amuse toujours à compliquer l'intrigue tout en distillant au lecteur fidèle quelques clés permettant au final de relier tous les fils entre eux. 

Capricorne embarque sur un cargo. Il veut rejoindre New York. Mais en pleine traversée, il découvre que l'équipage et les autres passagers ne sont que des illusions. Des rêves provoqués par une entité extraterrestre qui l'opère, à vif, dans les cales du bateau. 

Une opération pour sauver Capricorne. Il deviendra l'allié de ce qui fut le docteur Cortex dans son combat contre le Passager. 

Ces 44 pages sont comme d'habitude une démonstration de l'incroyable talent du dessinateur. Cette fois il apprivoise les hachures. Un choc graphique sombre et superbe.

« Capricorne » (tome 14), Le Lombard, 10,40 €