mardi 27 mai 2008

BD - La vie de château pour Aldo Rémy

Tibet, légende vivante de la bande dessinée franco-belge (il est d'origine marseillaise mais vit en Belgique), est increvable. Menant de front deux séries au rythme de parution très élevé (Ric Hochet, 74 titres, Chick Bill, 69 titres), il décide à plus de 70 ans de lancer un nouveau héros. Aldo Rémy n'a rien du gars politiquement correct. Contrairement à Ric Hochet, il dit des gros mots, est assez colérique et n'a pas un sou (il ne roule donc pas en Porsche comme le reporter de la Rafale). 

Aldo, beau gosse au menton carré, est un homme à louer. Il se donne au plus offrant. Dans les premières pages de ce second album, il est embauché par un beau-père n'osant pas contredire l'enfant de son épouse. C'est en revenant de cette mission qu'il est victime d'un accident de la circulation. Fautif, le fils du châtelain du coin, plutôt que de le secourir, le jette dans une rivière. Mais notre héros a la peau dure et est repêché le lendemain par les ouvriers du domaine agricole du châtelain. Ce dernier lui offre gîte et couvert au grand désespoir du fils qui va tenter de finir un travail inachevé. 

Action, romantisme, un peu de sexe : Tibet prend son lectorat à contre-pied. Enfin serait-on tenté de dire...

"Aldo Rémy" (tome 2), Glénat, 9,40 € 

lundi 26 mai 2008

BD - Complots et sacrifices

Dans le premier tome de cette série se déroulant dans le Paris du début du XIXe siècle, Noirhomme, créature maléfique, digne de Fantomas, a poussé au suicide quelques hommes ayant de trop lourds secrets. Dans le second tome, Noirhomme quitte la pages des journaux où ses aventures font frémir la France pour écumer les rues de la capitale. La nuit venue, il assassine sauvagement les solitaires qui traînent dans les bas-fonds de la ville. Une série de crimes qui permet à un ambitieux politicien, Eugène Monceaux, de briguer le poste de ministre de la police.

 Il profite de l'ambiance de peur pour assouvir ses envies de pouvoir. Un véritable complot car le Noirhomme qui terrorise Paris est un de ses hommes, tuant des innocentes pour protéger la femme de sa vie menacée par un dossier de Monceaux, l'ancien magistrat. 

Le problème, c'est que le véritable Noirhomme va intervenir dans cette partie d'échec et mettre mat le pauvre Monceaux. Une série en hommage à l'esprit feuilletonnesque, écrite par Antoine Maurel et dessinée par Hamo, jeune illustrateur belge recréant à merveille cette ambiance XIXe, avec une mention spéciale au masque réellement terrifiant du héros.

"Noirhomme" (tome 2), Casterman, 9,80 € 

dimanche 25 mai 2008

Roman - Le long chemin d'une renaissance

Emmanuelle Cosso-Merad touche nos cordes les plus sensibles sur les doutes et les souffrances d'un peintre jamais satisfait.


Depuis qu'elle sait tenir un crayon et un pinceau, la petite Emma dessine, peint, croque tout ce qui tombe sous les yeux. A l'adolescence, elle prend des cours de dessin et de peinture avec Pedro qui ne lui ménage pas ses encouragements et avec lequel se noue une amitié indéfectible. « Du point de vue de Pedro, le résultat était admirable. Emma a regardé son professeur avec reconnaissance et l'avenir avec espoir. Qui aurait pu lui faire croire qu'avec cet exercice, Pedro venait de signer son arrêt de mort ? » Malgré tout et son jeune âge, elle doute, se remet sans cesse en question et reçoit le coup de grâce quand elle apprend qu'elle a raté le concours des Beaux-Arts. Pour elle, c'est tout ou rien. Au point qu'arrivée à l'âge adulte, elle range oeuvres et pinceaux dans le grenier de la maison familiale et trouve un travail de graphiste dans une agence de pub. Métier dans lequel elle excelle, certes, mais qui lui laisse toujours un petit goût amer au fond de son coeur, elle qui voulait vivre pour et par la peinture. Elle tire cependant des satisfactions dans son nouveau job. « A l'Agence, pour la première fois, quelqu'un flattait Emma sans retenue (NDLR Alice, la patronne) pour la première fois, elle était payée pour ses créations, pour la première fois, elle répondait parfaitement aux critères. Personne ne lui disait qu'elle était hors sujet. Personne ne lui disait qu'elle pouvait mieux faire et certainement pas qu'elle était prétentieuse ».

Grand virage sur route

Un jour, elle part visiter un chantier de rénovation de route avec la commerciale de la boîte. Et c'est là, sur le bitume, qu'elle rencontre Yvan, génial dans son domaine et foisonnant d'idées. Il invite Emma à dîner et au fur et à mesure de leurs rencontres, elle n'ignore plus rien des différents revêtements des chaussées. Il font l'amour pour la première fois sur l'asphalte d'un chantier et ne perdront jamais cette habitude, peu romantique à première vue. Mais les étoiles sont si belles quand on est étendu, repu, sur une petite route de campagne... L'amour est tellement bien ancré qu'ils décident de vivre ensemble et de faire très vite des bébés. Quelques années de pur bonheur familial passent mais dans un petit coin de son cerveau, Emma continue à ressentir le besoin impérieux de peintre. Elle finit par ressortir couleurs et pinceaux, en souffrant pour autant de ce que les écrivains appellent la panne de la page blanche. « Moment blanc. Dans sa tête, il y avait une foule d'idées, c'est-à-dire qu'il n'y en avait pas ».

Elle persévère, encore et toujours, se met aux pinceaux dès que les enfants sont couchés et chine dans les brocantes pour acheter des toiles pas chères sur lesquelles elle retravaille.

Yvan, grâce à son génie, prend très vite du galon et part de plus en plus souvent en mission pour présenter ses idées révolutionnaires en matière de revêtement de routes. Un jour, dans une de ses chères brocantes, elle tombe sous le charme d'un tableau qui représente une femme en rouge. Et là, coup en plein cœur, son mari, pensant qu'il était d'elle, lui déclare que c'est la meilleure oeuvre qu'elle aie produite. Commence la grande descente aux enfers, doute, remise en question et surtout désespoir par lequel elle se laisse submerger.

Les petites parenthèses de l'auteur

Le livre est émaillé de commentaires et de citations tellement profondes et qui sonnent si vrai qu'on ne peut s'empêcher de penser qu'Emmanuelle Cosso-Merad, y a livré une grande partie de ses souffrances. « Si on est heureux, il n'y a aucune raison de s'infliger cette souffrance qu'est la peinture ». La vraie citation de Charles Juliet porte sur l'écriture... ce qui revient au même puisque tout travail artistique passe par d'immenses interrogations.

Je ne vous raconterai pas le reste du roman mais personnellement, ce livre m'a atteint au fond des tripes et je n'ai pas honte d'avouer que la fin m'a fait pleurer. La grande prouesse d'Emmanuelle Cosso-Merad a été de réussir un livre criant de vérité, de chaleur humaine, triste et drôle à la fois. Assorti d'une plume excellente. Un vrai petit bijou, qu'on finit avec regret. On en aurait bien dégusté un peu plus...

« Mon avion, mon roman, mon amour », Emmanuelle Cosso-Merad, Flammarion, 17 euros. 

samedi 24 mai 2008

BD - Mains vertes en action


La sympathique série « Les fondus du... », après la pêche, le bricolage ou la cuisine, se penche sur le jardinage. Ces recueils de gags, sans prétention autre que de nous faire sourire, permet à divers dessinateurs d'animer les quelques personnages récurrents imaginés par les deux scénaristes en titre : Richez et Cazenove. 

Cette fois c'est Richard Di Martino qui passe la tondeuse. Ce dessinateur, au trait franco-belge très classique, a sévit dans un tout autre genre, le gore-comique, sur la série « Outre-Tombe » avec Léturgie. Vous trouverez dans ces planches des radis géants (l'engrais ukrainien est très efficace), des tondeuses en folie, des conseillers peu crédibles et des vendeurs très efficaces. Thierry, barbu fainéant au gros nez, se taille la part du lion, mais les interventions de Tiang, le moins futé de la bande, sont souvent irrésistibles. 

Et au détour d'une case vous pourrez apprendre une véritable astuce de jardinier comme de mettre des feuilles mortes au fond d'un trou avant de repiquer une plante. Mais si vous voulez améliorer la rentabilité de votre potager ou la verdeur de votre pelouse, ce n'est pas ce livre qu'il vous faut... Celui là n'agira que sur vos zygomatiques.

« Les fondus du jardinage », Bamboo, 9,45 € 

vendredi 23 mai 2008

BD - El Nino et "Le vent des 120 jours" ?


En Afghanistan, le vent des 120 jours est un bijou très symbolique. Quand un homme l'offre à une femme, c'est pour lui dire qu'elle a fait autant de ravages dans son cœur que le vent de sable dans les cultures. Après que Véra, l'héroïne de la série « El Nino », ait soigné un chef de guerre moudjahidin au coeur des montagnes afghanes, ce dernier lui a offert cette pierre.

 Mais il ne semble pas y avoir de place pour la moindre histoire d'amour dans ce pays, en guerre depuis 25 ans. Après cinq tomes formant le premier cycle de cette série, les deux auteurs, Perrissin au scénario et Pavlovic au dessin, ont décidé de prolonger les aventures de Véra. Durement marquée par les événements qui lui ont enlevé son frère et sa fille adoptive, elle rebondit en intégrant une organisation humanitaire. 

Affectée dans un hôpital à Jalalabad, ville située entre Kaboul et le Pakistan, elle tente de faire fonctionner cette structure sans budget. Elle oublie ses malheurs en se consacrant à 100 % à ces femmes tuberculeuses. Mais au cours d'un déplacement, elle est capturée par les rebelles. C'est là qu'elle va rencontrer Tahir Navoï et peut-être reprendre espoir en la vie, sa vie.

« El Nino » (tome 6), Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

jeudi 22 mai 2008

BD - Secousses à Barcelone


Barcelone est le théâtre de cette histoire complète, beaucoup plus psychologique qu'il n'y paraît. Car au premier abord, on pourrait penser qu'il ne s'agit qu'une banale histoire d'amour qui tourne mal, après quelques scènes chaudes et dénudées sous le pinceau de Sergio Malia. Mais le scénario d'Antoine Ozanam est beaucoup plus subtil que ça. Robin est un jeune romancier à succès. Vivant avec Alicia depuis quelques mois, leur relation est en train de se déliter. Et un soir, la belle fait ses valises et claque la porte. 

Pour Robin, c'est comme si Barcelone était secouée par un tremblement de terre. Après un phase de dépression, Robin décide de réagir. Il imagine un plan lui donnant une seconde chance. Il utilise un prête-nom pour faire croire qu'il a quitté Barcelone et va changer de tête dans une clinique en Suisse. Ensuite, sous une autre identité, il va tenter de séduire une seconde fois Alicia. Il y parvient sans trop de mal car il a retenu les leçons du passé et a aussi modifié son tempérament. L'égocentrique et aujourd'hui beaucoup plus à l'écoute de son amoureuse. 

Voyage dans les âmes, voyage également dans les rues de Barcelone et son ambiance unique, très bien rendue par les dessins de Malia qui aime lui aussi cette ville.

« Apocalypstick », Glénat, collection Caravelle Urbaine, 12,50 € 

mercredi 21 mai 2008

BD - Beast débute avec "Yunze, le dieu gardien"


Amateurs de grosses bêtes cette nouvelle série est pour vous. Un énorme chien poilu, un serpent géant, une panthère et un aigle : voilà un petit échantillon des créatures sorties de l'imagination de Guerrero, le dessinateur, que vous pourrez croiser au fil des pages. La série a connu une genèse un peu différente. Cet artiste espagnol est arrivé avec ces personnages et ce n'est qu'après que Cheilan, le scénariste a imaginé une histoire dans laquelle elles pouvaient s'intégrer. 

Sur une une planète qui pourrait être la terre dans quelques siècles, une armée de droïdes attaque une ville peuplée d'humains. Le chef décide de faire exploser le coeur nucléaire pour enrayer l'invasion. Mais cela tuerai toute vie. Sa femme l'en empêche et expédie sa petite fille, Nay, dans une autre région. 

Quelques années plus tard, la jeune Nay, vendue comme esclave à un horticulteur, est recherchée par plusieurs duos. Notamment Eji, un tueur de droïde chevauchant la campagne sur Yunge, son chien mutant haut de plus de deux mètres. Une très bonne série avec un soupçon de fantastique, de combats et de créatures merveilleuses, le tout dessiné avec brio, derrière une couverture qui ne peut qu'interpeller le lecteur potentiel.

« Beast » (tome 1), Le Lombard, 13 € 

mardi 20 mai 2008

BD - Sœur chantante et déjantée


Le Commando Torquemada est un peu le descendant des Innommables : un humour sans tabou brocardant plus spécialement la religion. Il y a quelques siècles, Lemmens et Nihoul, les auteurs, auraient été brûlés vifs en place publique. Aujourd'hui il font rire tous ceux qui savent faire la part des choses. Le pape est inquiet de la dérive de Sœur Dominique, star de la chanson religieuse. Cette dernière veut se mettre au hard rock et changer de sexe. 

Le Commando Torquemada est appelé à la rescousse. Mission : désintoxiquer la chanteuse et la persuader de faire un dernier gala de solidarité. Dessin nerveux, gags à foison : le commando frappe fort.

« Commando Torquemada » (tome 2), Fluide Glacial, 11,95 euros 

lundi 19 mai 2008

BD - Dérive au féminin avec « La femme accident » de Lapière et Grenson


Cet album de Lapière (scénario) et Grenson (dessin) raconte la vie d'une femme et de sa région. Julie, belle et sauvage. La région de Charleroi, pauvre et sale. Cette femme est en prison. Elle attend le verdict de son procès. Accusée de meurtre. Une attente que le auteurs transforment en long retour dans le passé. 

On découvre une fillette effrontée, une jeune adolescente torturée, une femme amoureuse et entière. Elle vit ses premiers émois dans ce décor industriel et triste qui donne cette ambiance lourde et poisseuse à un album marquant les débuts de Grenson (Niklos Koda au Lombard) dans le difficile exercice de la couleur directe. Une édition spéciale avec un cahier supplémentaire permet de mieux apprécier son travail.

« La femme accident » (tome 1), Dupuis, 14 euros 

dimanche 18 mai 2008

BD - "Les dieux noirs", second tome de la série Le grand jeu


Et si la France et l'Angleterre avaient gagné la guerre dès 1941 ? Ce postulat de départ, Pécau, le scénariste du « Grand jeu », l'utilise à merveille dans cette série fantastico-historique. L'Allemagne nazie, moins menaçante, ne sert plus qu'à faire barrage à l'hégémonie soviétique. 

C'est dans ce contexte que le journaliste Nestor Serge se rend au dessus de l'Arctique tenter de retrouver des survivants au crash du dirigeable Charles-de-Gaulle. Sur place, en compagnie de l'armée anglaise, il sera mis dans le secret le mieux gardé : des extraterrestres sont cantonnés dans cette partie du monde. 

Pilipovic et son dessin réaliste donne toute sa crédibilité à ce récit débridé étonnant.

« Le grand jeu » (tome 2), Delcourt, 12,90 euros