mardi 18 mars 2008

Roman - Mystères et souvenirs de famille

Trois voix, trois générations pour tenter d'expliquer l'histoire d'un homme disparu à Marie-Galante, île guadeloupéenne pleine de mystères. "Un soupçon d'indigo" est un roman de Michèle Gazier.


Pourquoi Lucie a accepté ces quelques jours de vacances avec un couple ami à Marie-Galante ? Son inconscient lui a-t-il dicté de dire oui à cette invitation ? Marie-Galante c'est « l'île maudite d'où son grand-père n'était jamais revenu ». Et une fois sur place, dans la touffeur tropicale, de s'interroger : « Que vient-elle chercher ici ? Le souvenir d'un mort ? La trace d'un homme dont elle ne connaît qu'une photo ancienne qui le montre jeune et joyeux ? »

Michèle Gazier, dans ce roman sensuel et trouble, dévoile par petites touches le parcours de cet homme insaisissable par les membres de sa famille. Maurice Gil, vivait heureux dans le Sud de la France. Un jour il a trouvé un emploi dans une grosse distillerie guadeloupéenne. Il s'est envolé vers les Antilles et n'a jamais plus remis les pieds en métropole.

Abandon de famille

Une famille qui l'a gommé de sa mémoire. Sa fille, Isabelle, raconte ce père absent dans la seconde partie du roman, Lucie, la petite-fille, sans véritablement le désirer, va se retrouver sur les traces de son grand-père durant ces courtes vacances. Premier signe, la rencontre d'un vieil Antillais qui l'aborde après l'avoir dévisagée : « Vous me rappelez un ami. Il avait comme vous des yeux bleus. De ce bleu si particulier de l'indigo. Savez-vous que, longtemps, cette plante fut la richesse de notre île ? Merci de m'avoir permis de penser à lui en vous regardant. » Lucie est troublée. Perdue dans cette carte postale pour touriste, elle sent que son grand-père est encore présent dans l'esprit de beaucoup d'autochtones. Une sorte de légende cachée, comme un mystère que personne ne veut dévoiler.

Le second choc c'est quand elle entend une chanson dans la rue. Du balcon de sa chambre d'hôtel, face à la mer, elle constate que trois vieux ivrognes passent de longues nuits sous une casemate à boire du rhum local. Fascinée par cette langue créole qu'elle ne comprend pas, elle intercepte quelques paroles en français d'une chanson massacrée disant « Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, donne-moi ton cœur ! ». Cette chanson elle l'a déjà entendue dans la bouche de sa mère, Isabelle. Et Marguerite c'était le prénom de sa grand-mère, abandonnée par Maurice.

Ailleurs

Délaissant plage et randonnées touristiques, elle va chercher des indices du passage de son grand-père à Marie-Galante. Elle devra attendre le dernier jour de son séjour pour avoir un embryon d'explication. Des faits peu probants. Il a bien résidé à Marie-Galante. Mais un jour il a disparu. Sans prendre le bateau. Sans explication. Une seconde disparition pour cet homme qui avait déjà tout lâché en France, laissant femme et enfant, seules avec leurs souvenirs. La seconde partie du roman raconte cette absence, difficilement vécue par Isabelle, sa fille.

La troisième partie du roman est constituée des mémoires confessions d'un vieil Antillais. Il a connu Maurice. Il raconte son passage à Marie-Galante, son coup de foudre pour l'île, ces paroles prononcé avec un regard triste : « Il n'y a plus d'ailleurs. Il n'y aura jamais plus d'ailleurs. » Un roman énigmatique, qui interroge sans révéler une vérité. Qu'est véritablement devenu Maurice Gil ? Qui le sait avec certitude ? Même lui se pose peut-être encore la question... Michèle Gazier signe une intense chronique sur l'absence et la famille, un texte fort qui prend aux tripes.

« Un soupçon d'indigo », Michèle Gazier, Seuil, 18 € 

lundi 17 mars 2008

BD - A trois, l'amitié plus forte


Elles sont trois amies. Trois adolescentes dans un lycée canadien à tenter de séduire tout mâle non boutonneux. Mais dans ce trio improbable imaginé par Delaf et Dubuc (qui sont en couple dans le civil) Karine fait un peu figure de pièce rapportée. Karine est très grande, très maigre, sans poitrine et surtout très naïve. Par contre Vicky et Jenny sont les caricatures de ces petites chipies ne vivant que pour la mode, l'apparence et le futile. 

Leur amitié pour Karine n'est qu'intéressée. Faire-valoir esthétique ou aide inespérée en cours, Karine, tout en étant la plus sympathique, est également la plus à plaindre. Dans ce troisième album, Vicky est bloquée à l'hôpital, une jambe dans le plâtre. Jenny en profite pour tenter de lui « voler » John-John, l'énigmatique motard tout de cuir vêtu, ne quittant jamais son casque à la visière teintée. 

Une série dans l'air du temps, comique mais pas toujours. Karine est déchirée entre son amoureux et ses copines. Elle doit faire des choix et parfois se trompe. Enfin, on connaîtra le secret de John-John. Un choc pour Karine et les lecteurs.

« Les Nombrils » (tome 3), Dupuis, 9,20 € 

dimanche 16 mars 2008

Roman - Serge Raffy nous entraîne sur "La piste andalouse"

Les personnages de ce roman à suspense de Serge Raffy semblent normaux. Mais la lecture d'un recueil de poèmes va bouleverser leurs vies, et les emporter dans un tourbillon de folie.


Aimant se promener dans les travées tranquilles du cimetière Montparnasse à Paris, Jérôme Sergent, ancien professeur d'espagnol, ne se doute pas qu'il va y faire une rencontre qui va bouleverser sa vie. Un homme, semblant fuir une menace invisible, s'immobilise en face de lui près de la tombe de Tristan Tzara. Il a une enveloppe dans la main et la tend à Jérôme tout en sortant de son pardessus un revolver avec lequel il se suicide... Complètement interloqué, Jérôme va prendre l'enveloppe dans un premier temps avant de prendre la fuite.

Une fois passée cette scène forte du roman, Serge Raffy, l'auteur, prend un peu plus de temps pour nous présenter Jérôme Sergent et les différents protagonistes de ce roman à suspense.

Le suicidé d'abord, Dimitri Bernès.

Comme Jérôme, il est originaire de Toulouse. Laborantin dans une grosse entreprise pharmaceutique, il travaille sur de nouveaux vaccins. Et comme il a des origines russes, la voie de l'espionnage industriel pour une puissance étrangère se précise. Mais c'est également un poète maudit. Il se trouvait à Paris pour tenter de faire publier un recueil de poèmes intitulé " Bivouacs ". Des poèmes que l'on retrouve dans leur intégralité à la fin du roman. L'enveloppe que Jérôme emporte avec lui est remplie de ces poèmes.

Trois jours après le suicide, en lisant que la police penche plutôt pour l'hypothèse du meurtre, Jérôme se décide à aller témoigner.

Mais sa version des faits est remise en cause par le policier chargé de l'affaire et rapidement Jérôme passe du rôle de témoin à suspect puis rapidement de coupable emprisonné. Perdant peu à peu la raison, Jérôme va faire des aveux, s'accuser du meurtre et tenter de finir les derniers poèmes de Dimitri, comme si l'esprit du suicidé avait pris possession de son cerveau au moment de la mort. Mais ce n'est pas évident de s'improviser écrivain. Surtout quand on confond les vers qui riment avec les vers qui grouillent dans la terre : " Je ne peux dire' voilà j'écris des vers', car je pense immédiatement à 'j'élève de la vermine'. Je ne parviens pas à élever mon regard au-delà de la tourbe... Je ne parviens pas encore à me considérer comme un artiste. J'admire ceux qui ont la force des vaniteux, concentrés sur leur ego, aveuglés par la certitude de porter en eux un bout d'éternité. Moi, je ne vois dans l'art que la perte et la douleur. " Emporté dans un tourbillon frénétique entre folie, espionnage, amour et remise en cause personnelle, le lecteur ne sort pas indemne lui aussi de ces 230 pages. Comme l'auteur, il se posera nombre de questions sur la signification de l'art, sa perception dans un monde hypermatérialiste.

Sans oublier la problématique du "passage" et de la "transmission" au centre de cette Piste andalouse.

"La piste andalouse" de Serge Raffy, Calmann-Lévy 

samedi 15 mars 2008

Polar - Véra Cabral, amie des barjots

Notre société va de plus en plus mal. Ce n'est pas un propos de voisin blasé improvisé sociologue de bazar autour d'un barbecue trop arrosé mais la constatation bien réelle du docteur Véra Cabral, psychiatre aux urgences en région parisienne imaginée par Virginie Brac. Après une nuit pas plus chargée que les autres, elle reçoit un appel de son chef de service, le professeur Russel. Il lui demande de venir le plus vite possible à son domicile pour une intervention cruciale.

Dans la chambre du fils de ce ponte de la médecine, gît une jeune fille, massacrée au couteau. Dans un coin de la pièce, elle voit le fils de son patron, Fred, recroquevillé, semblant divaguer, visiblement dément ou sous l'emprise d'une puissante drogue. Rapidement les policiers font leur entrée en scène. Menée par la lieutenante Sanchez, sorte de Bérurier femelle avec un peu plus d'intelligence, l'enquête progresse vite. Tout accuse Fred. Le père ne nie pas. Il exige simplement de Véra qu'elle certifie qu'il s'agit d'une crise de démence qui épargnera la prison à son fils. Véra, individualiste et assez réfractaire aux ordres, ne l'entend pas de cette oreille. D'autant qu'elle est persuadée que Fred n'est pas l'assassin de sa camarade de classe. Elle va donc mener sa propre enquête, malgré les menaces de son patron, de la mère de la victime et des policiers rêvant en secret d'épingler le fils d'un notable.

Virginie Brac déroule son intrigue avec une maestria redoutable. Sans pour autant négliger la vie privée de Véra, jeune femme de 33 ans espérant toujours rencontrer le grand amour mais qui n'a jamais osé s'abandonner dans les bras d'un homme.

On découvre au détour de deux interventions la famille envahissante de la psychiatre, ses amitiés avec les travestis faisant le tapin, son dégoût de la hiérarchie et des ambitions professionnelles. Un roman au cours duquel le lecteur est constamment ballotté entre les scènes de pure action, de violence brute mais aussi de réflexion intense et de psychologie très fine.

De quoi contenter tout le monde avec, et c'est peut-être là l'essentiel, une héroïne très humaine qui a toutes les chances de trouver parmi les lecteurs beaucoup de compréhension et de compassion.

"Notre-Dame des barjots" de Virginie Brac au Fleuve Noir et réédité en poche chez Pocket, 6,40 € 

vendredi 14 mars 2008

BD - Les enfants perdus et le milliardaire


Après avoir bouclé deux cycles de trois albums, Pecqueur et Malfin reprennent tous les personnages de Golden City et ouvrent une nouvelle trilogie. Banks est de nouveau PDG de son groupe pharmaceutique. Dans les premières pages, il est dans la cabane de Mifa, Apple, Solo et Kumiko, les enfants perdus. Ces derniers racontent comment ils se sont rencontrés, où est née leur amitié. 

Des pages sombres pour ces enfants abandonnés, orphelins, obligés de voler pour survivre dans un monde où ils n'avaient plus leur place. Mais c'est le passé. Aujourd'hui, ils vont partir avec Banks vivre sur Golden City. Cet avenir radieux se charge de noirs nuages quand la petite Loli est enlevée par de mystérieux hommes masqués. Un commando qui, quelques heures plus tôt, avait également kidnappé le professeur Seed. Un vaste complot pour tenter de pénétrer dans Golden City et en prendre le contrôle.

La série de SF imaginée par Pecqueur est une belle réussite. Suspense, personnages attachants, intrigue fouillée : tous les ingrédients pour en faire un succès sont réunis. Et comme le dessin de Malfin est à la hauteur, il serait idiot de bouder son plaisir...

« Golden City » (tome 7), Delcourt, 12,90 € 

jeudi 13 mars 2008

BD - La traque de Freddy débute


Corbeyran et Gérineau, créateurs de l'univers des Stryges, creusent le filon horreur avec cette nouvelle série dessinée par Defali. Le premier tome, de 56 pages, se déroule à deux époques différentes. Des archéologues découvrent une momie dans un caveau en Iran. Dans son sarcophage, elle était enchaînée. A l'ouverture, un gaz délétère se répand dans la chambre funéraire faisant sombrer dans l'inconscience les trois chercheurs. 

De nos jours, à Paris. A la sortie d'un cinéma, un couple est agressé par un monstre mi homme mi loup. Il tue l'homme, mais est mis en fuite avant de pouvoir s'attaquer à la jeune femme. Un fait divers qui attire l'attention de l'Europolice. Un inspecteur belge, Franck Vandenbroecke, se rend sur place et constate que cette agression est signée : Freddy est de retour. Un mystérieux tueur en série qui, tel le Freddy des Griffes de la Nuit, film d'horreur de Wes Craven, lacère ses victimes avant de les dévorer. 

Une BD très sombre, multipliant les courses-poursuites et les scènes violentes. Le dessin de Defali, en forçant sur les ombres et le côté obscur, perd un peu en lisibilité. L'intrigue rattrape le tout. D'autant que ce premier album se termine sur un coup de théâtre très prometteur pour la suite...

« Le syndrome de Hyde » (tome 1), Delcourt, 12,90 € 

mercredi 12 mars 2008

BD - La renaissance du Page du Roy


La très belle collection des Intégrales Dupuis remet au goût du jour de nombreuses séries qui sont, des décennies plus tard, devenues des classiques trop peu connus. Après Buck Danny, Spirou, Tif et Tondu ou Gil Jourdan, c'est l'oeuvre de Peyo qui est revisitée, dans une édition chronologique riche en inédits. Le premier titre présente trois aventures de Johan et Pirlouit ("Le Châtiment de Basenhau" / "Le Maître de Roucybeuf" / "Le Lutin du bois aux roches"), parues dans les pages de Spirou entre 1952 et 1954. 

Mais avant de pouvoir lire ces aventures (avec quelques illustrations supplémentaires et même une page inédite), vous saurez tout des débuts de Peyo, Pierre Culliford de son vrai nom. Des séries humoristiques sur les scouts, un récit de pirates et rapidement le personnage de Johan. Il a vu le jour dans les pages jeunesse de la Dernière Heure, quotidien belge. Des aventures redessinées quelques temps plus tard pour un autre quotidien belge, le Soir. Vous pourrez même découvrir l'intégralité de la deuxième histoire de Johan (sans Pirlouit à l'époque) parue début 1952 dans le Soir. Une redécouverte pleine de charme, où le dessinateur affirme déjà tout son sens du découpage et du rebondissement humoristique. 

Une série rare (il n'y a eu que 13 aventures de Johan et Pirlouit, héros délaissés par Peyo en raison du succès des Schtroumpfs) qui verra son intégrale bouclée en quatre gros volumes de 160 pages. Ne manquez pas ce premier tome plein d'enseignements.

« Intégrale Johan et Pirlouit » de Peyo (tome 1, Page du Roy), Dupuis, 17 euros. 

lundi 10 mars 2008

BD - La noirceur extrême de Paul Pope


Paul Pope fait partie de ces jeunes auteurs américains qui savent, tout en faisant du comics, y intégrer des influences européennes voire japonaise. Son dessin, tout en noirceur, montre toute l'âpreté de la vie nocturne. Ce gros pavé de 250 pages explore la vie de six personnages gravitant dans une immense boîte de nuit à New York dans un futur proche. 

Il y a une jeune danseuse de l'extrême, sa patronne qui rêve de fabriquer du café, le plongeur de l'établissement, une serveuse, un boxeur et un artiste d'avant-garde. Leur point commun : l'envie de tout faire à 100 %, au maximum. 

Un album rock'n roll qui résonnera longtemps dans votre mémoire.

« 100 % », Dargaud, 17 euros 

dimanche 9 mars 2008

BD - A la source du jazz


Mississippi, 1935. Edward Ray Cochran a tout largué, femme enceinte, maison et boulot. Il part sur les routes, guitare à la main, pour réaliser son rêve : vivre de sa passion et devenir musicien. 

En chemin, il rencontre Robert Johnson, la légende du Blues, qui l’aidera à devenir « Meteor Slim ». « Frangines » d’un soir, bagarres de bar, whiskey au goulot, cabarets crasseux et producteurs véreux : la voie de la reconnaissance n’est pas de tout repos. 

Ce long roman graphique de Frantz Duchazeau entraîne le lecteur à la source du jazz, musique populaire par excellence.

« Le rêve de Meteor Slim », Sarbacane, 23 euros 

samedi 8 mars 2008

BD - Triste one man show


C'est l'histoire d'un mec seul en scène. Un comique, célèbre et reconnu. Il a plein de projets après une tournée triomphale. Mais ses maux de ventre à répétition se révèlent un peu plus graves qu'un simple ulcère. 

C'est l'histoire d'un mec qui n'a plus que trois mois à vivre. Mais qui va quand même continuer à faire rire son public. Un récit de Gilles Lahrer mis en images sur plus de 250 pages, en noir et blanc, par Sébastien Vassant. 

Les longs monologues du héros, pleins d'esprits, sont autant de pauses dans cette histoire dramatique, inspirée indirectement par un certain Pierre Desproges.

« L'accablante apathie des dimanches à rosbif », Futuropolis, 25 euros