vendredi 25 janvier 2008

BD - La quête d'Alika


Difficile de ne pas remarquer Alika en couverture. Cette jeune héroïne imaginée par Brrémaud, est dessinée par Loche. Ceux qui croient que son sabre est sa principale arme se trompent. Sa plastique est encore plus redoutable. 

D'ailleurs, il y a fort à parier que nombre de lecteurs masculins, une fois l'histoire avalée, reviendront longuement sur les dessins de la belle, toujours peu vêtue, systématiquement mise en valeur par un dessinateur qui semble prendre beaucoup de plaisir à reproduire son petit air mutin et ses courbes gracieuses. Mais ce serait réducteur de ne voir que le côté graphique de ce premier tome. 

Alika est donc la fille de la gardienne de la source, eau magique qui permet à une petite communauté de vivre en paix dans les territoires interdits. Mais Alika, enfant, a été exilée derrière le mur. Devenue adulte, elle va s'engager dans une expédition pour localiser la source, devenue une légende, susceptible de donner le pouvoir absolu. Un périple qu'elle accomplit en compagnie de son gros ours Homs et d'un vieillard, pingre et libidineux, Orzo. 

De l'aventure, des monstres et une bonne dose d'humour viennent compléter le tout.

« Alika », Le Lombard, 13 € 

jeudi 24 janvier 2008

BD - Egos de militaires

Étrange et décalée cette bande dessinée, une histoire complète, signée par un dessinateur espagnol, Fernandez, qui pour la première fois signe également le scénario. « La mère des victoires » est un char d'assaut du futur. L'arme ultime. Dans ce futur proche, la guerre est récurrente, thème principal d'une émission de téléréalité. Les affrontements entre les deux blocs sont mis en scène, filmés au plus près. 

Les effets spéciaux spectaculaires, mais les morts bien réels. Personnage principal de l'histoire, le capitaine Kataoka. Ce gradé ambitieux, a travaillé à la mise au point de la « Mère ». Il est persuadé d'en prendre le commandement. Mais c'est un officier plus jeune, plus télégénique, qui est choisi. Lui est relégué à l'entraînement des novices. Un militaire exigeant, violent, intransigeant. 

Le décalage intervient quand Fernandez rajoute à l'intrigue une histoire d'amour entre Kataoka et son chef supérieur, la rousse et volcanique capitaine Anderson. Dans leurs uniformes ils tuent, détruisent, sont sans pitié. Mais par ailleurs ils se comportent comme des tourtereaux, roucoulant dans des draps de soie. Le grand écart est maximal...


« La mère des victoires », Delcourt, 12,90 € 

mercredi 23 janvier 2008

BD - Super héros au rabais


Tombés dans l'oubli depuis quelques années, les "super-zéros" imaginés par Mauricet dans cette parodie de comics américains reprennent du service. Ce jeune auteur belge, sans renier son trait typique de l'école de Marcinelle, a donc imaginé des super héros laissant au vestiaire tout le côté dramatique et combat. Il a transformé aussi des légendes en les humanisant. 

Batmec est plus qu'enrobé, Robinou légèrement niais. SuperMarcel a la carrure d'un athlète mais manque beaucoup de courage et d'intrépidité. La tarentule, formidable caricature de Spiderman, a la méchante habitude de se prendre des raclées monumentales. De plus il est souvent plus absorbé par le choix de sa garde-robe que par le sauvetage de la veuve et de l'orphelin. 

L'incroyable Nulk, vert de rage, est redoutable quand il boit un soda : un simple rot suffit à mettre tous ses adversaires au tapis. 

Mauricet connaît parfaitement ses classiques et chaque gag permet de découvrir la face cachée (et souvent honteuse) de ces personnages inoxydables. Une belle résurrection qui devrait être portée par les multiples adaptations cinématographiques proliférant dans les salles obscures.

« Cosmic Patrouille » , Bamboo, 9,45 € 

mardi 22 janvier 2008

Roman - Cannes, ses hôtels, ses arnaqueurs

Du choix cornélien entre le fric ou l'amour d'une belle, tel pourrait être le résumé de ce roman de Laurent Chalumeau.

D'emblée le décor est planté. Un superbe hôtel cannois, pas vraiment destiné aux « gens du peuple ». Pour y séjourner, il faut de la thune, dirait l'auteur Laurent Chalumeau, de l'oseille, bref, faire partie d'une certaine élite. On y croise d'ailleurs des stars de cinéma, des comtesses, des marquis, et que sais-je encore. Castric, directeur de l'établissement, est d'ailleurs passé maître dans l'art des courbettes, aussi vomitives que la couleur de ses vestes.

Envers du décor, le personnel, trié sur le volet bien sûr, sauf pour Benjamin, passé on ne sait trop comment entre les mailles des vérifications d'antécédents en tous genres, homme de maintenance, surnommé Tortue dans un hôtel de moindre catégorie, si l'on peut dire, avec barreaux aux fenêtres et promenade une heure par jour. Le hasard faisant bien les choses, Tortue rencontre par hasard à Cannes un ex-compagnon de cellule, escroc à la petite semaine, qui se fait appeler Jorge Gomez et qui justement n'a rien sur le feu en ce moment.

De la « fraîche »

Une des caractéristiques de l'hôtel – et qui lui donne un cachet supplémentaire d'après le directeur – se distingue par le fait que Castric refuse catégoriquement chèques ou cartes bleues. Tous les règlements s'effectuent en espèces sonnantes et trébuchantes, ce qui, vu les tarifs prohibitifs, constitue à la fin de la journée un joli petit matelas, qui tourne autour d'un demi-million d'euros. Castric, toujours bavard comme une pie, confie à certains clients que jamais au grand jamais il n'a oublié le code de la combinaison du coffre, changé tous les mois. L'info tombe par hasard dans l'oreille de Tortue, qui cogite sur le sujet. 

Un jour où il se retrouve seul dans le bureau du dirlo, il tente le coup. Mois et année pour la combinaison. Bingo ! Depuis ce moment, il n'a de cesse de trouver un truc imparable pour voler tout ce bel argent.

C'est là que l'ami Jorge intervient, prenant une chambre à l'hôtel en se faisant passer pour un richissime homme d'affaire espagnol, accompagné d'une plantureuse blonde, qui ne fera d'ailleurs pas long feu. Parce que le lendemain de l'arrivée de Jorge, débarque la comtesse Monica de Sant'Ippolito, belle à couper le souffle et seule, atout non négligeable. Exit la blonde, remerciée proprement pour services rendus et priée de laisser la place vacante. Malheureusement pour notre petit Espagnol, une autre résidant ne paraît pas insensible non plus aux charmes de la divine créature, en la personne du baron Adrien Laouhénan de Queréon. En l'occurrence, les deux hommes se retrouvent aux pieds de la belle pour l'inviter à dîner le soir même. Monica, que la situation amuse, s'exclame, « et pourquoi ne dînerions-nous pas tous les trois ? » Dès lors, le trio ne se quitte plus, pourtant, le pauvre Jorge a bien du mérite à résister aux critiques acerbes, cyniques et permanente du baron.

Et Tortue dans tout ça?

Jorge en oublie le pourquoi de son séjour, le casse du coffre-fort. Il n'a qu'un petit rôle à jouer, mais capital. Débrancher pendant deux minutes une caméra de surveillance et ouvrir une porte à Tortue, une fois celui-ci en possession du magot. Malheureusement ce soir-là, le baron invite Monica à dîner dans un charmant petit village de l'arrière-pays et Jorge, n'écoutant que son cœur chaviré, part avec eux en laissant en plan son copain, ne voulant à aucun prix laisser le baron seul avec sa dulcinée et lui laisser prendre l'avantage.

« Les arnaqueurs aussi » foisonne de personnages, tous plus caricaturaux les uns que les autres. Un certain Mario, qui s'occupe des demandes « inhabituelles » de certains clients; son associée Corinne, culturiste sur le retour qui s'avère bénéficier d'une droite redoutable; Calzer, ancien flic reconverti en responsable de la sécurité de l'hôtel et d'autres tout aussi pittoresques.

Dès la première page, on sourit, puis on se marre pour finir par se bidonner franchement. L'écriture est enlevée, sans jamais de lourdeurs, le scénario cocasse, les acteurs bien campés transforment le roman de Chalumeau en petit bijou digne des meilleurs scénaristes comiques. Jouissif.

« Les arnaqueurs aussi », Laurent Chalumeau, Grasset, 20,90 €

lundi 21 janvier 2008

BD - Soledad la magicienne


Quatrième et ultime aventure de Soledad, la belle Andalouse rebelle, surnommée Lune d'Ombre car elle possède une pierre de Lune capable de faire naître des ombres impitoyables et obéissantes. 

Sur un scénario de Sylviane Corgiat, Christelle Pécout, la dessinatrice, peut laisser libre cours à son imagination débordante car les démons, bêtes fabuleuses et pays merveilleux sont légion dans cette série à forte dominante fantastique. Soledad, la pirate andalouse, poursuivie par les navires d'Al-Makhzun, trouve refuge sur une île où serait caché un immense trésor. Avec quelques uns de ses hommes, elle explore la végétation dense et tombe sur des hommes loups, des Diw', chargés de protéger le véritable maître de l'île, un arbre carnivore. 

Ce dernier étend ses racines partout et malheur à celui qui ose en couper une. Soledad ne devra son salut qu'à l'intervention d'une petite fille, originaire de l'Inde, qui a parfaitement compris ce qu'il faut faire pour rester en vie. Une île très dangereuse qui sera le théâtre du dernier affrontement entre Soledad et Al-Makhzun, ultime péripétie de ce cycle.

Lune d'Ombre, Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

dimanche 20 janvier 2008

BD - Otage de la nourriture

Mia est une jeune fille comme toutes les autres. Belle, un peu coquette, elle fait attention à sa ligne. Mais Mia, secrètement amoureuse du beau et riche Dany, souffre intérieurement. Boulimique, elle ingurgite des quantités phénoménales de nourriture en cachette qu'elle vomit avant de la digérer.

 S'il semble étonnant d'aborder ce problème de santé (beaucoup plus courant qu'on ne le pense) dans une bande dessinée, il n'est cependant pas au centre de cet album de 80 pages signé par Man, auteur espagnol dont un autre album, « En sautant dans le vide », paraîtra en mars. Mia n'est qu'un personnage d'une histoire policière. Des gangsters enlèvent des enfants de la riche bourgeoisie pour faire payer les parents. 

Alors qu'ils kidnappent Dany, Mia se précipite à son secours. Résultat, ce sont deux adolescents qui se retrouvent otages dans une maison perdue au milieu des bois. Comment Mia va réagir en se retrouvant prisonnière et privée de nourriture ? Va-t-elle oser déclarer sa flamme à Dany malgré l'enfermement ? Une histoire étonnante, très rythmée, au dessin fluide et racé.

Mia, Dargaud, 12,50 € 

samedi 19 janvier 2008

BD - Jacques, petit lézard deviendra grand


Quand il a fait ses premiers pas dans les pages du magazine Spirou, il s'appelait Claude. Finalement son créateur, Libon, a préféré Jacques. Mais au final cela reste un « petit lézard géant ». Tout commence par une expérience ratée. L'armée française, désirant être plus discrète dans ses essais nucléaires (de vilains activistes, pour protester, dessinent des fleurs sur les bateaux de guerre et minent le moral des troupes), créent une mini bombe atomique. Ils la font exploser dans une haie, pile sur la tête d'un minuscule lézard qui dans la foulée devient grand (un peu plus d'un mètre...) et surtout se met à parler. 

Jacques va donc aller à la découverte de ce nouveau monde, cherchant désespérément quelques papillons à grignoter. Il rencontrera dans ces histoires courtes et délirantes, une mamie gâteuse, des gothiques souterrains, un cirque en manque de monstres, un médecin halluciné et quelques policiers cherchant, en vain, un lutin de l'enfer qui porte un chapeau pointu. De l'humour absurde, d'une logique et d'une efficacité implacables.

Jacques, le petit lézard géant, Dupuis, 9,20 € 

vendredi 18 janvier 2008

BD - Les enquêtes aristocratiques de Tiffany

Pas facile quand on est aristocrate de devoir travailler comme un manant. Pourtant c'est avec beaucoup de plaisir que Tiffany, descendante de Jeanne d'Arc, exerce son métier de détective privé. Elle pratique aussi l'escrime et surtout peut lire les pensées des hommes et femmes qui s'approchent d'elle. Un sérum de vérité diablement efficace. Et pour couronner le tout, Tiffany est belle et moderne. 

Dans cette deuxième enquête, écrite par Yann et dessinée par Herval, au trait aussi élégant que son héroïne, il est question d'un bel héritage que se disputent cousins et petits neveux d'un nonagénaire vivant dans le culte de son fils disparu aux commandes de son avion au-dessus du désert lybien en 1943. Or le vieillard aurait appris, peu de temps avant sa mort, que son fils aurait eu un enfant avec une infirmière qui elle aussi appartenait aux Forces françaises libres. 

C'est cet héritier que Tiffany va tenter de retrouver alors qu'une mystérieuse tueuse tente elle de définitivement éteindre la branche de l'aviateur. De l'action, des rebondissements, mais surtout de nombreux gags et clins d’œil signés Yann, incorrigible farceur.

Tiffany, Delcourt, 12,90 € 

jeudi 17 janvier 2008

BD - La guerre des Parfaits


Makyo, de son vrai nom Pierre Fournier, est un Breton bon ton qui se passionne pour l'histoire des Cathares, ces « hérétiques » ayant révolutionné le Languedoc entre 1100 et 1300. Il a déjà abordé indirectement le sujet dans un cycle de Balade au bout du monde mais cette fois le catharisme est au centre de cette nouvelle série dessinée par Calore. 

A la fin du phénomène, réprimé dans le feu et le sang par l'inquisition, Guilhem Roché, entre Toulouse et Carcassonne, devient un guérisseur renommé. Ses dons viendraient de l'enseignement de Simon Azalaïs, le Parfait introuvable, Cathare errant et invisible, au centre de cette série prévue en trois tomes.

« Je suis Cathare », Delcourt, 12,90 euros 

mercredi 16 janvier 2008

BD - La magie pour le rire


Rares sont les dessinateurs qui dès leur premier album ont non seulement remporté un important succès public mais en plus ont d'emblée affirmé un style personnel fort. On se souvient de Léo avec Aldébaran, mais le véritable phénomène de ces dix dernières années aura été Guarnido et l'étonnant Blacksad. 

Le dessinateur espagnol revient avec une nouvelle série et un style légèrement différent. « Sorcelleries », sur un scénario de Valero, raconte comment trois vieilles sorcières acariâtres recueillent une jeune fée qui n'en fait qu'à sa tête. Moins ambitieuse que Blacksad, cette BD de Guarnido s'adresse plus spécialement aux jeunes lecteurs.

« Sorcelleries », Dargaud, 9,25 euros