mardi 15 janvier 2008

BD - Chinn, la série avec deux petits sages chinois

Escaich le scénariste et Vervisch le dessinateur nous convient à la découverte de l'histoire de la Chine. Mais attention, cet album n'a rien à voir avec les classiques et parfois barbantes histoires de l'Oncle Paul. 

Les deux héros, Sagesse éternelle et Muscle flamboyant, deux jeunes élèves de kung fu, chassés de leur école, errent dans la campagne. Ils acceptent de cacher des livres (gravés sur des bambous) que le nouvel empereur voudrait détruire. Un dessin rond et expressif, des gags à la pelle parsemés dans le récit, une foule de personnages pittoresques : Chinn est une des bonnes surprises de cette nouvelle année.

« Chinn », Bamboo, 9,45 euros 

lundi 14 janvier 2008

Roman - Amour impossible pour l'employé de la morgue

Avec « L'étreinte », Martin Gülich, écrivain allemand, nous entraîne dans les pas de Dolf, employé d'une morgue, amoureux d'une veuve.


Roman singulier et dérangeant, « L'étreinte » est le premier ouvrage de Martin Gülich bénéficiant d'une traduction en français. Le héros, bien qu'il affirme haut et fort qu'il n'est pas idiot, ressemble pourtant à un simple d'esprit. Mais doué de sentiments, bien qu'il faille avoir une sacrée carapace pour travailler à la morgue. Il assiste un médecin légiste, prenant les organes des morts, les pesant puis les replaçant dans le corps. 

Il vit dans une chambre minuscule, collectionne les insectes et n'a qu'un seul ami, Walter, ouvrier dans les chemins de fer, grand séducteur. Il abreuve Dolf de ses exploits sexuels. Mais Dolf, à, trente-huit ans, est toujours vierge. Les femmes et Dolf ? « Moi aussi, pourtant, je les déshabille, je les mets toutes nues devant moi. Puis, je m'éloigne de quelques pas et je les regarde : des jeunes, des vieilles, des grosses, des maigres, des belles, des moches, des poilues, des rasées. Des femmes mortes ». Mais les vivantes l'évitent systématiquement. « Un type qui pue le cadavre, les femmes veulent pas faire ça avec lui. C'est ça le problème ». Tout bascule quand un corps est retrouvé dans la rue. Plusieurs coups de couteau dans l'abdomen, une mort lente, pas d'identité. Durant une semaine le cadavre de l'inconnu reste à la morgue et finalement une femme vient le reconnaître. 

Elle s'appelle Natalie, est belle et désespérée. S'effondrant en larmes, elle se réfugie dans les bras de Dolf. Une étreinte qui électrise Dolf. Il tombe amoureux de cette femme qui le remercie d'être « un bon consolateur ». Mais comment la conquérir ?

Martin Gülich signe un roman âpre, parfois macabre, souvent poétique. Le personnage de Dolf, amoureux maladroit, fou et macabre fait découvrir au lecteur des extrémités que les gens normaux n'oseraient même pas imaginer.

« L'étreinte », Martin Gülich (traduit de l'allemand par Nicole Taubes), Flammarion, 15 € 

dimanche 13 janvier 2008

Roman - De la fugacité de l'amour

Relation amoureuse express entre deux Français en Amérique du Sud dans « Il faut se quitter déjà » de Jean-Luc Coatalem.


C'est une histoire d'amour toute simple. Comme des millions d'histoires d'amour. Mais brève et mensongère. Un court roman de Jean-Luc Coatalem, dense et dépaysant. Le narrateur est journaliste freelance pour des magazines français. Il débarque à Buenos Aires pour un séjour d'une semaine. Il doit écrire un sujet sur des scientifiques à la recherche d'Eldorado, la dernière cité des Incas. Dans son hôtel, il croise une jeune femme, Mathilde, « pas très grande mais avec une allure et un maintien de danseuse classique, un regard clair et rieur, des poignets charmants. Un semis de tâches de rousseur égayait ses pommettes hautes. Des cheveux mi-longs luisants et drus. De jolis seins portés par une cambrure naturelle. Une énergie, une vivacité ». Il l'aborde, engage la conversation. Française elle aussi, Mathilde est en stage pour quelques mois. 

Le narrateur va commencer par mentir sur son âge, se rajeunissant de cinq bonnes années, puis sur sa situation familiale, devenant célibataire, oubliant femme et enfants laissés à Paris. Une spirale du mensonge qui ne va cesser d'aller crescendo. Il cherche une aventure, il trouve un peu plus. « Si je voulus la conquérir, il me sembla que de son côté elle se laissa aller volontiers à ce qui advenait, souriante à l'inconnu, confiante au cours des jours. Je pouvais être son destin qui la regardait. Je finis par le croire aussi. Prenant, j'étais pris ».

Jean-Luc Coatalem, par ailleurs journaliste à Géo, fait profiter au lecteur de sa parfaite connaissance de la région. On rêve sur les grandes artères de la capitale argentine puis on découvre, séduit, l'immense estuaire du Rio de la Plata, allant en bateau vers Montevideo où les deux étrangers dans ces terres australes vont passer deux nuits d'amour. Deux nuits, pas plus, le narrateur n'a pas l'intention de rater son avion de retour.

« Il faut se quitter déjà », Jean-Luc Coatalem, Grasset, 10,90 € 

samedi 12 janvier 2008

BD - Dans l'Europe des glaces et de Neige

A la fin des années 80, dans les pages de l'hebdomadaire Tintin, est apparue une nouvelle série de SF qui a rapidement accroché les lecteurs. Neige, récit du type « après la bombe », présentait une Europe recouverte par les glaces et paralysée par le froid. Le jeune héros tentait de sauver la civilisation. Rien de bien original et pourtant cet ensemble a beaucoup plu. 

Repris par les éditions Glénat, la série de Convard (dessin) et Gine (dessin) avait connu une fin provisoire en 2003. Mais les deux auteurs avaient encore envie de faire vivre cet univers si particulier. Ils ont imaginé une suite, sans Neige, mais avec son fils, Baptiste, en vice-président européen. L'Europe résiste au reste de la planète grâce à un mur électronique infranchissable. Mais une véritable armada est massée dans une zone fragile, attendant un élément technique permettant de percer la protection. 

C'est l'étrange Tue-la-Bise, barbu taciturne, tueur professionnel, qui a pour mission de dérober la pièce manquante. Le récit débute par un carnage, expliqué dans un long flashback se passant essentiellement à Paris. 

Le dessin de Gine semble un peu plus anguleux et rigide, mais ses paysages immaculés sont toujours aussi enthousiasmant de luminosité.

« Neige », Glénat, 12,50 € 

vendredi 11 janvier 2008

BD - Virée mortelle pour Ethan Ringler


Le nom indien d'Ethan Ringler est "Deux hommes". Cela résume idéalement sa situation. Ce jeune homme, dernier représentant de sa tribu, a quitté les plaines pour la grande ville, New York. En cette fin du XIXe siècle, il accepte une délicate mission d'infiltration dans une société flirtant sans cesse avec la légalité. Il est donc officiellement homme de main d'un truand et officieusement agent fédéral. 

Dans les premières pages de ce 3e album, écrit par Filippi et dessiné par Mezzomo, il rencontre un jeune héritier anglais de son âge. Ils sympathisent rapidement et feront partie d'une expédition dans les territoires enneigés du Nord. Chez les Indiens. Là où jaillissent les premiers puits de pétrole. Certains se doutent que c'est une nouvelle mine d'or qui se présente aux plus audacieux. Le patron d'Ethan se rend sur place pour passer un contrat avec les derniers chercheurs d'or de cette région glaciale. 

Mais dans ce désert de neige, la folie des hommes va semer la mort. Un peu déroutante au début, cette série complexe, aux multiples facettes, propose le portrait d'un héros déchiré entre le bien et le mal, son passé et le présent.

« Ethan Ringler, agent fédéral », Dupuis, 9,80 € 

jeudi 10 janvier 2008

BD - De l'OGM à l'EGM

Actuellement, des chercheurs font des expériences sur des organismes génétiquement modifiés (OGM). Dans quelques années, les descendants de ces mêmes chercheurs pourraient faire leurs expériences sur des êtres génétiquement modifiés (EGM). Ce postulat est en toile de fond de la série Carmen McCallum écrite par Fred Duval et dessinée par Gess. Dans ce futur pas si éloigné que cela, les multinationales, pour exploiter des astéroïdes dans l'espace, ont créé des hommes « améliorés » pour qu'ils travaillent mieux et à moindre coût. Mais ces êtres, sans parents ni passé, ont une conscience et sont en pleine rébellion. 

Alors que des humains acceptent la création d'une nation indépendante des Astéroïdes, les industriels font tout pour tuer la révolte dans l'oeuf. Carmen et ses amis seront "embauchés" pour tenter de ramener la paix et d'ouvrir les négociations. Une série de science-fiction au succès croissant (des séries dérivées ont même vu le jour, Code McCallum et Travis) qui a le grand avantage de nous faire deviner ce que pourrait être l'avenir de nos enfants si on ne prend pas garde à certaines dérives scientifiques.

« Carmen McCallum », Delcourt, 12,90 € 

mercredi 9 janvier 2008

BD - Cowboys aux grands pieds


Dans une Amérique du début du XXe siècle, deux cowboys, en recherchant une jeune femme, se retrouvent sur les traces de Big Foot. Nicolas Dumontheuil explique que cette BD dont le second tome vient de paraître, est l'adaptation très libre du roman de Richard Brautigan, « Le monstre des Hawkline ». « Je n'ai pas réalisé une véritable adaptation., j'ai pris des éléments qui me plaisaient et j'ai changé tout le reste » explique l'auteur. On redécouvre donc dans ces 80 pages découpées en petits chapitres agrémentés du titre de l'album en autant de typographies originales, un peu à la manière des "Images" de Willem, toute l'originalité d'un dessinateur qui rêvait depuis des lustres de dessiner un western. 

Il y a des colts, des pendus, quelques Indiens et ce Big Foot, personnage aux grand pieds qui serait la marque de fabrique de la BD humoristique américaine en opposition au gros nez des franco-belges. Les deux héros, Zed et Ned, sont des tueurs. Mais ce dernier n'arrive plus à appuyer sur la gâchette. Il est même visité par les fantômes de ses victimes qui l'accusent d'être en fait un Indien. Un album délirant, débridé et virtuose.

« Big Foot », Futuropolis, 15 € 

mardi 8 janvier 2008

BD - Pedro le Coati, héros d'un zoo en folie

Après avoir lu un album de Pédro le coati vous ne pouvez plus aller dans un zoo sans chercher quels sont les animaux exotiques qui jouent à la belote. La BD imaginée par Larcenet et Gaudelette, après quelques années de sommeil, revient avec toujours la même dose de délire. Pédro, avec ses copains Humphrey le pingouin et Ernest le hérisson, vivent une existence tranquille et sereine dans ce zoo. Une prison certes, mais aussi un endroit où la violence a disparu et qui permet à des espèces en voie de disparition de se maintenir. 

Dans ces histoires courtes vous allez découvrir le rat le plus paranoïaque de la planète, le capybara, des lézards prolifiques, les axolotls, nourriture préférée des singes bleus qui eux aussi ne sont plus très nombreux sur terre. Toute une ménagerie qui tente vaille que vaille de survivre, loin des humains mais également des vicissitudes de la vie sauvage. 

Une BD, reprise par Gaudelette en solo, qui n'hésite pas à aborder, avec le sourire, des thèmes très sérieux comme le racisme et le réchauffement de la planète.

« Pédro le coati », Dupuis, 8,50 € 

lundi 7 janvier 2008

BD - Petit dragon en colère


Il est petit et crache des flammes quand il est en colère. Brüssli est persuadé d'être le fils d'un roi, en fait c'est un bébé dragon. Mais comme il a été élevé par des humains, il est encore considéré par tout le monde comme un enfant comme les autres. Ses envies de gloire et de prestige vont se réaliser, bien malgré lui, car une horde de loups est en train de terroriser le village. Associés à l'aubergiste et une riche héritière, ils fabriquent une machine pour creuser des galeries dans la montagne. Ils sont persuadés que l'ancienne mine de sel regorge d'or. Le second tome des aventures de Brüssli charmeront les plus jeunes. 

Une histoire simple, pleine d'héroïsme et de gags, écrite par Jean-Louis Fonteneau, auteur ayant beaucoup produit de fictions pour la radio et qui est l'inventeur de l'inspecteur Bayard. Pour ce qui est des dessins, Etienne Jung est un maître de la couleur. Ses planches explosent de luminosité. Une technique très aboutie qu'il rode depuis des années dans des illustrations pour la presse jeunesse ou des albums.

« Brüssli », Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

dimanche 6 janvier 2008

BD - Wizz et Buzz, les rois des crétins


Dans la longue série des héros de BD crétins, Wizz et Buzz devraient rapidement entrer au Panthéon. Un petit gros au nez de cochon et un grand échalas à la coupe de Beatles. Ils tentent diverses expériences toutes plus foireuses les unes que les autres comme engraisser un hamster, jouer à la toupie humaine ou se transformer en homme oiseau (pour finir en homme tondeuse...). Cette série de gags, prépubliés dans Picsou Magazine, est l'oeuvre de Winshluss et Cizo. Le premier, le scénariste, est également, dans un tout autre registre, le co-réalisateur du film « Persépolis » de Marjane Satrapi. 

Quant à Cizo, après avoir beaucoup produit pour les fanzines, il est devenu un pilier de la revue albigeoise Ferraille. Ces deux héros ont la faculté de voyager d'un univers imaginaire à un autre. On les découvre dans une parodie de la Guerre des étoiles, du conte de la Belle au bois dormant ou d'une histoire de pirates. 

Reste le meilleur, une histoire se passant dans la préhistoire. Attaqués par des tyrannosaures, nos deux crétins tentent de les faire fuir avec des torches. Raté, ils viennent simplement d'inventer le gâteau d'anniversaire...

« Wizz et Buzz », Delcourt, 8,90 €