lundi 21 mai 2007

BD - Traven, écrivain invisible


« Ma vie m'appartient, seuls mes livres appartiennent au public ». Cette phrase résume toute la démarque de B. Traven, écrivain traduit dans le monde entier mais qui est toujours resté dans l'ombre. Golo, dans ce gros volume de 140 pages, tente de retracer la vie tumultueuse de ce révolutionnaire allemand, réfugié au Mexique, vivant chichement dans une cabane au fond de la jungle, ami des Indiens. 

Il a puisé dans ses rencontres et déboires la matière première de ses romans. Il a multiplié les identités, trichant sur ses dates et lieux de naissance, faisant même croire qu'il était mort. 

Un humaniste avant l'heure. Un personnage qui, sans le vouloir, s'est forgé une légende.

B. Traven, Futuropolis, 19 euros

dimanche 20 mai 2007

BD - Magie et dragons dans Soulfire


En plus de Fathom, Michael Turner a également imaginé la série Soulfire. La première montre l'affrontement entre les terriens et des êtres aquatiques, le second plonge les héros dans un enfer de dragons. San Francisco est en Flammes. San Francisco se consume. Ce n'est pas un tremblement de terre qui est à l'origine de cette catastrophe, mais un gigantesque dragon. Les autorités sont impuissantes. 

La fin du monde semble proche. Au même moment, trois orphelins se défoulant dans une salle de jeux vidéos, se retrouvent sans le savoir au milieu de la grande bataille entre le bien et le mal. Mal, c'est justement le nom du plus jeune. Il est pourchassé par une femme ailée et sauvée par une autre ce ces créatures, Grace. Elle explique à Mal qu'il est le "catalyseur", celui qui permettra à la magie de retrouver toute sa puissance sur Terre. Scepticisme de Mal (et de ses amis), jusqu'à ce qu'il constate, de ses yeux, à Hawaï, ses incroyables pouvoirs. 

Michael Turner est considéré comme un des dessinateurs américains les plus doués et inventif. Il devait venir à Angoulême cette année. Gravement malade, il a préféré décliner l'invitation. ("Soulfire", Delcourt, 13,95 €)

samedi 12 mai 2007

BD - Mondes intérieurs de l'univers Arq d'Andreas

Le monde d'Arq, imaginé par Andreas, devient de plus en plus complexe au fil des albums. Cette histoire de science-fiction en est déjà à son dixième opus. Certes, quelques inconnues sont levées, mais il reste encore bien des interrogations. Le lecteur pourrait se lasser. Il n'en est rien. Là réside la force de ce créateur unique, cohérent dans ses recherches, utilisant la multitude des mondes parallèles pour donner toute une panoplie de style à son dessin. 

Cette fois c'est Tehos, un habitant de la citadelle, qui est mis en vedette. Il va tenter de trouver une solution au ralentissement de la chute de Nonac, le maître des esprits. Sans lui, le monde d'Arq ne peut exister. 

On retrouve également différents personnages de la série comme Virginia Priest et sa mère, Alanna Morrison-Black qui donne naissance à des jumeaux, une fillette prénommée Eve et un mutant et bien évidemment Pascoe Montana, véritable âme noire de ce monde. Mais l'intérêt principal reste ces planches remarquablement composées et notamment une double page finale de toute beauté. ("Arq", Delcourt, 12,90 €)

vendredi 11 mai 2007

BD - De l'effet de proximité...


« Les deux font la paire », le titre de cet album de Proximity Effect est parfaitement trouvé. Cette histoire de super héros pourchassé par une meute de méchants est originale à plus d'un titre. En premier lieu par la personnalité de l'héroïne. Lisa, une chanteuse médiocre, se transforme, en une soirée, en génie du rock. 

Ses riffs à la guitare déchaînent la salle. La blonde et bavarde jeune Américaine se doute qu'il vient de lui arriver quelque chose de peu banal. Elle est sous l'influence de Caleb. Il a la capacité de réveiller les pouvoirs de ceux qui lui sont compatibles, à condition qu'il reste dans son proche voisinage. Un duo de choc. Lisa, en plus de chanter comme une déesse, a une force herculéenne. Elle l'utilisera pour protéger Caleb, pourchassé par une agence d'Etat secrète et la milice d'un illuminé voulant utiliser Caleb pour son propre compte. 

Une course poursuite de 75 pages racontée par Scott Tucker et Aron Eli Colette, le tout mis en image par un virtuose des comics : David Nakayama. Un album qui s'achève sur une histoire courte expliquant les véritables raisons de l'assassinat de Kennedy. ("Proximity Effect", Bamboo, 11,90 €)

jeudi 10 mai 2007

BD - Triste télé réalité

Entre le plateau du Larzac et le château de Versailles, cet album, le quatrième de la série, offre un beau voyage aux lecteurs dans quelques lieux typiques de cette France immortelle. Gilles Chaillet, le scénariste, raconte l'alliance entre une chaîne de télévision privée et un gouvernement en mal de popularité. 

Pour résoudre le mal des jeunes des banlieues, ces derniers sont « déplacés » dans des villages abandonnés. Là, sous les objectifs des caméras de la téléréalité, ils se reconstruisent un avenir. Mais le beau scénario est perturbé par la disparition de plusieurs jeunes. Léa, journaliste vedette, se rend sur place pour enquêter. Elle retrouve leur trace dans un ancien camp militaire. Elle a la certitude qu'ils y ont été retenus prisonniers. Des preuves très recherchées car elle échappe, avec son équipe, à une attaque en hélicoptère. Revenue à Paris, elle sera prise en otage dans le château de Versailles. 

Le dessin très réaliste d'Olivier Mangin s'accorde parfaitement aux décors de l'intrigue, reproduits fidèlement. ("Intox", Glénat, 9,40 €) 

mercredi 9 mai 2007

BD - La fin des Vikings

Charlemagne n'est pas encore l'empereur régnant sur la moitié de l'Europe. Mais il est en train de dessiner son futur territoire. Il intrigue notamment pour étendre son pouvoir sur le Nord du continent. Son objectif, conquérir les terres des Vikings. C'est cette épopée historico-guerrière qui est contée dans le premier tome, assez violent, de cette série écrite par Sylvain Runberg et dessinée par Boris Talijancic. 

Le clan de Harald Larsson est en fête. Le jeune homme se marie avec la belle Lina. Le fier Viking commence à imaginer son avenir, radieux, calme, serein... Mais dans la nuit, au plus fort des réjouissances, le clan est attaqué. Björn le Beau est de retour, après son bannissement. Il massacre les villageois, tue le père de Harald et réduit en esclavage les rares survivants dont le jeune couple. Björn est en service commandé pour Charlemagne. C'est au nom de la religion chrétienne de plus en plus puissante qu'il agit. 

Un félon, des humiliés, un peu de magie et de religion : tous les ingrédients sont réunis pour concocter une BD d'aventure, grande fresque épique racontant la fin du peuple Viking. ("Hammerfall", Dupuis, 13 €)

mardi 8 mai 2007

Roman - Une fenêtre jaune sur l'inconnu

Cherchant à retrouver son frère et son fiancé disparus dans le désert américain, Cassidy va découvrir une ouverture sur un monde parallèle.



L'imagination de Serge Brussolo n'a pas de limite. On a même l'impression que cet écrivain ne la maîtrise pas complètement. Certains de ses romans, débutant dans une direction, prennent parfois une toute autre orientation en cours de récit. « La fenêtre jaune », thriller inédit paru directement au Livre de Poche, en est l'exemple même.
Cela débute comme un thriller classique. Très américain. Mais au milieu de l'ouvrage, l'ambiance générale change totalement, basculant dans une science-fiction cauchemardesque toujours chère à Serge Brussolo. Cassidy débarque donc au coeur du désert californien. Cette romancière, spécialisée dans la littérature pour la jeunesse, est interpellée quand elle apprend qu'une voiture vient d'être découverte au sommet d'un piton rocheux totalement inaccessible. Une voiture accidentée. Comme si, après un choc, elle avait été projetée à des centaines de mètres d'altitude.

Légendes indiennes
Cassidy n'est pas par hasard dans cette région. Elle est la recherche de son frère et de son fiancé, disparus quelques mois auparavant. Pour tenter de retrouver leurs traces, elle loue la même maison isolée qu'eux. Elle y découvre un capharnaüm mécanique dantesque. Avant de s'évaporer, ils ont mis au point une voiture à turbine surpuissante pouvant atteindre des vitesses extrêmes. Le début de cette enquête, entre constatation policière et légendes indiennes de la région, est très classique. Serge Brussolo insiste simplement sur l'angoisse de cette jeune femme, seule au milieu du désert.
Une solitude qui ne dure pas. Elle croise la route de Ziggy Starboy, un illuminé qui lui explique dans quelles circonstances les deux hommes ont disparu. Sur la longue piste d'une base aérienne militaire abandonnée, certaines nuits, une mystérieuse fenêtre jaune mobile se matérialise. Il est persuadé qu'il s'agit de l'ouverture sur un monde parallèle. Mais pour arriver à la franchir, il faut se déplacer aussi vite qu'elle. Une fenêtre qui fonctionne dans les deux sens. Ziggy a déjà récupéré sur la piste des hommes affublés d'un scaphandre doré. Mais ils sont tous morts quelques heures après leur arrivée. Quand Cassidy découvre ces humains, littéralement momifiés dans une salle spéciale, elle commence à croire Ziggy. Et prend sa décision : elle aussi va tenter de franchir cette fenêtre jaune. Pour retrouver son fiancé, pour ramener son frère.
A la page 110, « D'une détente des cuisses, Cassidy plonge à l'horizontale en direction de la fenêtre jaune. La lumière l'avale ». A la page 111, c'est presque un nouveau roman qui débute.
De l'autre côté de la fenêtre, le monde décrit par Serge Brussolo est totalement différent. Mais mieux vaut ne pas en dire plus. Car c'est bien là, dans cette formidable capacité à nous étonner, que réside tout l'intérêt des romans de cet auteur hors normes. Précisons simplement qu'il est question d'une société fermée, terrorisée, où les cauchemars des enfants sont monnaie courante. Un monde angoissant que vous n'êtes pas prêt d'oublier...
« La fenêtre jaune », Serge Brussolo, Le Livre de Poche, 6,50 €

lundi 7 mai 2007

BD - Une tête pas chère


Il y a à peine un peu plus d'un an, les éditions Futuropolis lançaient la collection 32. 32 pages pour moins de 5 euros. Echec commercial. Mais cela ne décourage pas les éditeurs de trouver des solutions innovantes. Paquet, maison suisse, lance donc en ce mois de mai la collection « Tekap ». Des albums de 30 pages, en couleurs et avec couverture cartonnée pour 5 euros pile poil. Parmi les trois premiers titres, une histoire de pirates par Artur Laperla, auteur du remarquable « Voleurs de chiens ». Au début du 18e siècle, le jeune botaniste Lafleur est envoyé aux Antilles pour y effectuer des recherches. Mais, arrivé sur place, il est enlevé par des pirates. Ils demandent une rançon. L'employeur de Lafleur ne voulant pas payer, il est conduit sur une petite île pour y être exécuté. C'est là que son chemin va croiser celui de Wilson l'enragé, pirate redoutable, victime d'une malédiction. Il ne reste de la terreur des Caraïbes que la tête. Une tête très persuasive qui va sauver Lafleur puis l'entraîner dans des aventures maritimes entre magie vaudou et sanglantes batailles maritimes. 
("La tête de Wilson l'enragé", Paquet, 5 €)

dimanche 6 mai 2007

BD - Coma dépassé

Certaines séries ne peuvent que difficilement se lire en cours de parution. « Frontière » (scénario de Rodolphe, dessin de Marchal) en fait partie. Ce troisième tome en est l'exemple type. On voit, dans les premières pages, Yves Fréhel, le héros, raconter à un ami qu'il est sur le point de découvrir une hormone permettant le ralentissement du vieillissement. Ce jeune chercheur français se retrouve du jour au lendemain sur le devant de la scène. Sa trouvaille change sa vie. Mais il reste intègre et refuse de livrer son secret. Jusqu'au jour ou deux gros bras débarquent chez lui pour le faire parler, de force. 

Fréhel parvient à s'échapper mais est grièvement blessé dans la poursuite. Tout ce qui précédait n'était qu'un flash-back. Dans la réalité, Fréhel est dans une chambre d'hôpital. Il est inconscient. Toujours détenteur de son secret. D'autres chercheurs tentent de lui extirper sa découverte en manipulant son subconscient, en trafiquant ses souvenirs, en tentant de lui faire revivre son passé. 

Cela pourrait être emberlificoté et obscur, c'est finalement passionnant, à la condition d'avoir lu les deux premiers tomes. Quant au dénouement, il faudra attendre encore un peu, il n'intervient que dans le quatrième album... ("Frontière", Le Lombard, 13 €)

samedi 5 mai 2007

BD - Amour et trahison sur fond de révolte des vignerons en 1907

L'un est d'origine alsacienne, l'autre Bordelais. Claude Ecken et Benoît Lacou sont pourtant les deux auteurs de cette bande dessinée racontant la révolte de 1907. Ces 48 pages, tout en racontant la vie de Marcellin Albert, se penchent sur la rencontre de Guillaume et Justine. Le premier est fils d'ouvrier agricole, payé par un gros propriétaire pour infiltrer le mouvement de révolte. C'est là qu'il rencontre l'amour en la personne de Justine, membre d'un comité. Guillaume, touché par la révolte de ces gueux, changera de camp. 

Une intrigue à la Ruy Blas, revendiquée par Claude Ecken, le scénariste, qui a découvert que Marcellin Albert a interprété cette pièce de Victor Hugo quelques années avant la révolte. Toutes en couleurs directes, ces planches sont exposées au Palais des Congrès de Gruissan ce week-end à l'occasion du festival.

"1907, la longue marche des vignerons du Midi" de Claude Ecken et Benoît Lacou. Editions Aldacom. 12 euros.