dimanche 15 octobre 2000

Roman - Stephen King vous invite à faire un "Tour sur le Bolid"

Stephen King a toujours été en avance. Ses récits d horreur presque ont inventé un genre. Avec l'arrivée d'internet, l'auteur du Maine (USA) a sauté sur l'occasion pour diffuser le plus largement possible ses écrits. Il a fait une première expérience avec cette longue nouvelle. 

L'internaute pouvait directement télécharger le texte dans son ordinateur pour un dollar symbolique Mais comme il y a eu plusieurs centaines de milliers de connections, King a gonflé un petit peu son immense fortune. 

En France ce sont les éditions Albin Michel avec le Livre de Poche qui proposent « Un tour sur le Bolid » pour la modique somme de 15 francs. Alors vous aussi foncez à tombeau ouvert. 

dimanche 8 octobre 2000

Humour - « La vie est courte » selon Larcenet et Thiriet

Le dessin d'humour ou cartoon a besoin d'un dépoussiérage. Les histoires de maris trompés ne font plus beaucoup rire. Excepté quand Thiriet et Larcenet se mettent à délirer sur ces standards de l'humour franchouillard. 

L'amour virtuel par exemple est brocardé dans un gag qui devrait rester dans les annales de l'humour absurde. Une femme est surprise, nue, au lit, avec son amant dont la tête est remplacée par un écran d'ordinateur. Le mari vient d'entrer dans la chambre. Lui aussi a un écran à la place de la tête. Et la femme de s'exclamer : « Ciel !! Le site de mon mari! ». 

Des délires de ce type il y en a en moyenne trois par page. On atteint des sommets dans le non-sens. Airbag anticambriolage, funambule en grève, jacuzzi pour mouche, WC photomaton, ascenseur micro-ondes, casting pour l'homme invisible ou « va-chercher-la-baballe » virtuel, les inventions du duo sont toutes plus délirantes les unes que les autres. 

« La vie est courte », tome 3, Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD – Quand Dallas Barr envisage de mourir

Un million de livre pour devenir immortel. Du moins pour acquérir une portion d'immortalité. Un million c'est le coût d'un traitement Stileman. Cela garantit dix années de sursis, dix années durant lesquelles vous ne prenez par une ride. 

Dallas Barr use et abuse de ce traitement. Il a largement plus de 100 ans mais n'en paraît que 35. Aussi quand une femme débarque un matin dans sa maison de Floride, il a du mal à croire que c'est sa fille. Elle a 58 ans. Anna a beaucoup souffert. Dallas n'a même pas le souvenir d'avoir connu sa mère. Anna veut rattraper ce temps perdu. Elle réclame elle aussi une part du gâteau et demande à Dallas de lui donner la somme nécessaire pour qu'elle se paye un traitement Stileman. Mais l'apparition de ce fantôme fait encore plus douter Dallas. Pourquoi continuer à s'accrocher ? Et s'il arrêtait tout ? S'il ne renouvelle pas le traitement, le temps reprendra le dessus, il ne survivrait pas longtemps. 

Cette série de SF de Marvano et Haldeman s'impose de tome en tome comme une des plus novatrices. 

« Dallas Barr », tome 5, Dupuis. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


BD - « Hard core lycée », l'établissement scolaire cauchemardesque

Pénétrer dans le lycée imaginé par Eric Omond n'est pas une mince affaire. Il est vrai que cet établissement n'est pas modèle. On y trouve quelques spécimens assez gratinés de la jeunesse de France. Exemples : Ben, laid et libidineux, c'est un obsédé du cul mais encore puceau pour son plus grand malheur; Tim, maladivement timide, il n'arrive pas à déclarer sa flamme à la belle Lara ; cette dernière est une sportive explosive qui est raide dingue de son... punching-ball. 

On trouve également dans cette classe de terminale très typée Pam la pétasse, Fouad l'intello costaud, Jordy le keupon rebelle, Sam le dealer ou Marie-Sophie la collectionneuse de lingerie fine.

Au premier abord on trouve que la caricature d'Omond est un peu forcée mais il faut bien reconnaître que les vrais lycéens sont beaucoup plus proches de ceux-là que des images véhiculées dans les séries télé.

« Hard core lycée », tome 1, Glénat. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - « Nexus », légende du Mont Saint-Michel

Le Mont Saint-Michel cache bien son jeu. Du moins dans le premier tome de cette série fantastique signée par un maître du genre, Froideval, et un jeune dessinateur prometteur, Bournay. Encerclé par la mer, le Mont Saint-Michel abrite de nombreuses portes vers d'autres mondes. Cette passerelle sert de refuge pour les âmes martyrisées.

Un gardien, désigné par l'archange, est seul habilité à ouvrir ou fermer ces portes. Le gardien actuel devine que son heure est venue. Il va devoir rendre sa charge. Le chevalier Tristan devrait le remplacer. Mais dans l'ombre, un ambitieux religieux essaie d'imposer un de ses hommes de main. Tout se complique car l'actuel gardien a une fille qui endosse l'armure symbole et prend possession du Mont. Au moment même où une horde de démons, chassés par le Diable en personne, trouve refuge dans le sanctuaire.

Le dessinateur, entre des planches de facture très classiques, s'autorise quelques tableaux en couleurs directes particulièrement spectaculaires.

« Nexus », tome 1, Zenda. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement le 8 octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


Roman jeunesse - La vie à sa source

« La rivière à l'envers » de Jean-Claude Mourlevat, une histoire pour les jeunes, jubilatoire, autant que l'écriture.

Modeste, on peut dire qu'il l'est. Jean-Claude Mourlevat, plusieurs romans et de nombreux prix à son actif, s'écrie d'emblée : « On n'invente pas grand-chose, nous les auteurs, on marche plutôt sur des traces littéraires très anciennes ».

Un peu trop modeste sans doute. Son nouveau livre, « La rivière à l'envers » représente la preuve tangible de son talent. Tomek, jeune garçon de 13 ans, soupire d'ennui dans l'épicerie qu'il tient dans son village.

Un beau matin, il tombe raide amoureux d'une fille qui veut lui acheter de l'eau de la rivière Qjar. Le vieil homme qui compte autant qu'un grand-père dans la vie de Tomek, lui explique qu'il s'agit d'une rivière d'un genre très spécial. Non seulement elle coule à l'envers mais surtout, l'eau puisée à sa source garantit l'immortalité. Au revoir l'ennui, bonjour l'aventure ! Tomek décide de partir sur les traces de la petite fille, à la recherche de la fameuse rivière, sur un chemin semé d'embûches.

«Je voulais m'offrir un vrai roman d'aventure avec les passés simples là où il faut », explique en souriant Jean-Claude Mourlevat. «Mes trois premiers romans avaient tous quelque chose d'un peu oppressant, ici la tonalité est plus claire, plus légère. »

Le merveilleux

Tomek vit des aventures rocambolesques qui ne sont pas sans rappeler les univers merveilleux du Magicien d'Oz ou d'Alice au pays des merveilles. Jean-Claude Mourlevat le reconnaît en toute simplicité, « je me sens enrichi de tout ce que j'ai lu par ailleurs ». Et de fait, l'histoire foisonne de personnages tous plus farfelus les uns que les autres et de rebondissements incroyables. « J'ai voulu entrer dans l'univers du merveilleux avec la liberté et la fantaisie que cela implique », confirme Jean-Claude Mourlevat. « Et j'ai pris plaisir à mettre en scène des personnages très courtois, très gentils. Ce respect d'autrui et cette gentillesse universelle, cela va un peu à contre courant de ce qui se fait aujourd'hui», explique-t-il d'une voix dont la douceur ressemble à ses paroles.

Le résultat, un roman attachant et imaginatif. « En fait, c'était tout à fait jubilatoire, résume-t-il, j'ai éprouvé un grand plaisir à écrire ». Et bien nous, Monsieur Mourlevat, on a éprouvé un égal plaisir à vous lire !

« La rivière à l'envers » de Jean-Claude Mourlevat, Pocket Jeunesse. (Chronique publiée en octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron et signée Fabienne Huart)


dimanche 1 octobre 2000

Polar - "Je suis très beau" mais c'est surtout très méchant !

Dans la catégorie « noir de chez noir », Christophe Mager impose sa plume dans ce roman policier à deux voix. Le premier narrateur, le fils, raconte comment il vient de faire un hold-up sanglant mais efficace. 

En écho, sa mère raconte la vie de cet homme qu'elle déteste au plus haut point. Une mère abominable, qui a empoisonné le chien de son fils, juste pour l'empêcher d'être un peu heureux. Elle fait semblant d'être impotente pour ne plus rien avoir à faire à la maison. 

Mais le fils n'est pas mieux. Loin d'être gentil avec sa maman. Espérons qu'une telle famille n'est que fiction. 

"Je suis très beau", Christophe Mager, Baleine. (Roman paru en 2000, chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


Roman - "Auréline" et les amours d'antan

Qui est Auréline ? Catin de luxe, artiste ratée, folle paranoïaque ? Dans les premières pages du roman, au cours de l'enterrement de l'héroïne, le lecteur se pose la question. Elle restera sans réponse tout au long de ce roman de Jean-Pierre Milovanoff.

Maxime est un adolescent complexé. Il se sou-vient. Dans les dunes de Camargue, il a vu une femme, merveilleuse. Il en tombe amoureux fou. Cette femme c'est Auréline. Il la retrouve quelques mois plus tard derrière le comptoir d'une mercerie. Elle semble s'y ennuyer ferme. Maxime n'ose pas lui déclarer sa flamme.

Auréline qui va quitter Nîmes pour faire carrière aux USA, faire-valoir d'un magicien dans un premier temps puis actrice et chanteuse.

Mais la gloire est éphémère. De retour au pays, elle croise à nouveau le chemin de Maxime. Il est devenu musicien. Pas un grand concertiste. Simplement un pianiste de jazz qui officie dans les bars, les palaces voire les maisons de retraite.

Au fil des pages on s'identifie à Maxime, le narrateur. On idéalise cette femme, on se met à l'aimer.

"Auréline", Jean-Pierre Milovanoff, Grasset. (Roman paru en 2000, chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

Polar - L'antiquaire escroc et le "Bric à braque"

Arnold Hopkins fait partie de ces personnes qui n'ont pas de chance. Mais alors vraiment pas...

Cet antiquaire n'a pourtant pas beaucoup de scrupules pour s'approprier des objets de façon illégale. Avec son cousin Maurice, qui lui ressemble trait pour trait, il se lance dans une drôle de combine. Cambrioler la maison de sœurs excentriques.

Un travail de longue haleine qui permet à Arnold de disparaître du circuit durant quelques temps. Cela tombe bien car ils sont plusieurs à le rechercher, et pas pour lui parler du beau temps. Mais même à l'abri des coups, cela ne tourne plus rond. Arnold se demande alors s'il a bien fait de vendre son âme pour 3 000 dollars à un vieux fou, persuadé d'être le diable....

Russell Greenan en rajoute dans les invraisemblances, mais l'intrigue est particulièrement vicieuse et au moment de l'explication finale tout s'éclaire.

"Bric-à-braque", Russell Greenan, éditions Murder Inc.  (Roman paru en 2000, chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)

Roman - Amour destructeur dans "Mercure" d'Amélie Nothomb

Amour fou, amour total et destructeur. Amélie Nothomb, quand elle ne raconte pas son enfance ou ses premiers pas dans le monde du travail japonais, aime aborder ce sujet grave et romantique. Dans « Mercure », un couple vit retiré sur une île au large de Cherbourg. Hazel est une jeune fille qui ne doit jamais se regarder dans un miroir. Sa moitié est un vieillard. Fran-çoise, une infirmière, vient rompre le fragile équilibre.

Elle va tenter de découvrir le secret d'Hazel et tenter de comprendre pourquoi la jeune femme accepte, la nuit venue, les caresses du vieil homme. Ce roman est un peu morbide et pervers mais l'écriture légère doublée d'un humour souvent présent permet de faire passer la pilule pour les plus sensibles. 

"Mercure", Amélie Nothomb, Le Livre de Poche. (Roman paru en 2000), chronique publiée initialement le 1er octobre 2000 dans Centre Presse Aveyron)