samedi 25 novembre 2017

De choses et d'autres - Terre ronde et tête plate

Copernic doit se retourner dans sa tombe. Et tous les savants qui avant lui ont démontré, calculs à l’appui que la terre est ronde. Car pour certains, cette évidence scientifique, prouvée visuellement depuis la conquête de l’espace et la mise en orbite de centaines de satellites d’observation, reste un mensonge, complot de la NASA « contrôlée par les Francs-maçons ». Les guillemets sont de Mike Hugues, un Américain rempli de certitudes dont celle qu’en réalité la terre est plate et a la forme « d’un disque entouré d’une muraille de glace ».

Vous avez un doute ? Pas de problème, il a l’intention de le dissiper aujourd’hui depuis la ville fantôme d’Amboy dans le désert de Mojave. Il pilotera une fusée de sa construction, sur un pas de tir mobile (un vieux mobile home acheté sur le Bon Coin américain). Son objectif, à suivre en direct sur sa chaîne YouTube à partir de 23 heures ce samedi, décoller à 800 km/h, atteindre la hauteur de 550 mètres et prendre des photos de ce fameux disque plat...

La fusée fonctionne à la vapeur. Et il est vrai que parfois on a l’impression que cela fume un peu dans la tête de cet ancien chauffeur de limousine. Il aurait pu abandonner son projet après un premier essai en 2015. Explosion en vol de son engin et descente en parachute. Mais il est prêt, pour l’œuvre de sa vie, à y laisser la sienne.

Finalement je le plains ce Mike, l’homme à la tête aussi plate que sa terre : il ne vit pas à la bonne époque. Au Moyen âge il serait une sommité de la recherche. Reconnu à sa juste valeur. Mais à se retrouver bataillant contre les scientifiques du XXIe siècle, il passe pour un simple farfelu. Même si dans son cas précis, un internement ne lui ferait sans doute pas de mal. 

vendredi 24 novembre 2017

Cinéma - Delon et Melville, carrières épluchées dans deux livres références

L es carrières de deux monstres sacrés du cinéma français sont épluchées minutieusement dans ces deux biographies qui feront date.


« Jean-Pierre Melville, le solitaire », de Bernard Tessier, explore le parcours cinématographique du réalisateur du Samouraï ou du Cercle Rouge. De son engagement dans la Résistance, thème récurrent de son œuvre, à sa mort prématurée à 55 ans, le lecteur découvre un homme obsessionnel et perfectionniste qui se cachait derrière son chapeau et ses lunettes noires.

Alain Delon doit beaucoup à Melville. Il lui a donné des rôles emblématiques. Mais dans « Alain Delon, ange et voyou », Vincent Quivy se penche plus sur l’homme que sur l’acteur. Car de figure tutélaire du cinéma français, il est devenu une caricature de lui-même, plus entrepreneur qu’artiste, ombrageux et parfois un brin mégalomane. Mais qui se cache véritablement derrière cette image peu flatteuse ? La longue enquête de l’auteur permet de donner des éléments de réponse. 

➤ « Jean-Pierre Melville, le solitaire », Fayard, 22 €

➤ « Alain Delon, ange et voyou », Seuil, 22,50 €

Cinéma - Mazinger Z, l’avant Goldorak


Les fans de Goldorak vont certainement apprécier ce long-métrage japonais tiré de l’œuvre de Go Nagai, le créateur du robot qui a fait les beaux jours de Récré A2 à la fin des années 70. Goldorak, série culte en France est pourtant beaucoup moins appré- ciée dans son pays d’origine car ce nouveau robot n’était que le remplaçant du premier de son genre : Mazinger Z. Mazinger a passionné les petits Nippons dès sa création au dé- but des années 70. Un nouveau type de robot, ressemblant à une armure géante, qui permettait à son pilote d’être au cœur de l’action. 

La nostalgie aidant, un film sur Mazinger a vu le jour, avec la bénédiction de Go Nadai. Il est la suite directe de la série télé. Dix ans sont passés depuis que Kôji Kabuto (Alcor dans Goldorak), aux commandes du super-robot Mazinger Z, créé par son grand-père, a ramené la paix en combattant l’Empire des Ténèbres et le maléfique Dr Hell. Aujourd’hui, Kôji (voix d’Arnaud Ducret dans la version française) n’est plus pilote, il a pris le chemin de son père et grand-père en devenant scientifique. 

Il a mis au point la production d’électricité propre grâce à l’énergie photonique, permettant à la Terre de mieux respirer et de ne plus être polluée. A l’occasion de ses recherches, il découvre une structure gigantesque profondément enterrée sous le mont Fuji. Une nouvelle fois, c’est à Mazinger Z et son impétueux pilote que revient la lourde charge de sauver le monde.

■ Humour et charme

Loin d’être une simple succession de combats entre « gentils » et « méchants », ce film au graphisme léché est également rempli de scènes romantiques (qui va séduire Kôji entre Sayaka et Lisa ?), de quelques pin-up aux poitrines opulentes et de gags avec toute l’exubérance de certains personnages. Un retour en enfance pour les adultes qui n’ont toujours pas perdu leur âme de gamin.

➤ « Mazinger Z », animation de Junji Shimizu (Japon, 1 h 30) avec la voix d’Arnaud Ducret dans la version française.

DVD et blu-ray - Visages de la France des villages

Comment ne pas être touché par les films d’Agnès Varda ? Ce petit bout de femme, malgré son grand âge, continue de regarder le monde avec bienveillance, persuadée que derrière les murs se trouvent des visages méritant d’être filmés, écoutés. Une dé- marche qu’elle a mise en pratique avec JR, artiste original, habitué à placarder ces fameux visages sur les murs des villes et villages qu’il traverse avec sa camionnette. «Visages Villages », c’est d’abord la rencontre entre deux artistes, différents mais complémentaires. Ils ont le même but: mettre en valeur le modeste devenu invisible. Ils vont donc partir aux quatre coins de la France et rencontrer ces petites gens si attachantes. Un film puzzle, financé grâce au crowfunding, mais qui au final a remporté l’œil d’or au dernier Festival de Cannes.

La sortie en DVD et blu-ray correspond à la remise de l’Oscar d’honneur à la réalisatrice française. Elle est pourtant très loin des strass d’Hollywood, mais parfois une reconnaissance à l’international donne du baume au cœur. On aura l’occasion dans les bonus de redécouvrir le court-métrage « Les fiancés du Pont McDonald » avec Anna Karina et un certain Jean-Luc Godard. Godard qui occupe une place importante à la fin du documentaire, le transformant de ce fait en véritable œuvre de fiction. Un paradoxe à la JLG...

 ➤ « Visages Villages », Le Pacte, 19,99 €

mardi 21 novembre 2017

De choses et d'autres - Le rectificatif ultime

A l’Indépendant comme dans tous les journaux de France, de Navarre et du monde entier, régulièrement nous arrivent des rectificatifs ou droits de réponse. Parfois sur des sujets très sérieux. Souvent aussi des détails, du pinaillage. Qui a remarqué que nous avons annoncé par erreur qu’Aurore Kichenin, la Miss Languedoc-Roussillon, est en réalité arrivée 4e à l’élection de Miss Monde et non 5e comme nous l’avons écrit ? Certes, nous aurions pu publier un rectificatif, mais ses conséquences sur l’équilibre politique planétaire et la soif d’exactitude de la plupart de nos lecteurs en auraient été infimes. 

Quoi que. L’exemple vient du quotidien suisse Le Temps. La semaine dernière, dans un article tout ce qu’il y a de plus documenté sur « un conflit entre Bernard Nicod et le groupe Orllati », par une de ces circonvolutions cérébrales caractéristique de l’esprit tortueux d’un journaliste en mal d’image forte, il est dit que « le Cracoucass est l’oiseau affreux du sorcier Gargamel dans la bande dessinée des Schtroumpfs ».

Mais, car il y a un mais, un spécialiste de la BD n’a retenu de l’article qu’une grossière erreur. Et de s’en plaindre à la rédaction qui du coup a publié le droit de réponse le plus surréaliste jamais vu : «En réalité, le Cracoucass est le produit d’une malencontreuse manipulation des Schtroumpfs eux-mêmes, sans que Gargamel soit impliqué ». A priori, les véritables belligérants de l’affaire principale ne se sont pas manifestés. Un bon point pour Le Temps.

Reste à savoir si le pinailleur expert en BD possède ou non le sens de l’autodérision et a signé de son vrai nom ou de Gargamel, le sorcier mis en cause. 


lundi 20 novembre 2017

[De choses et d'autres] - La Catalogne parle aux extraterrestres

Les Catalans n’ont pas attendu une hypothétique indépendance pour avoir des idées originales. Sónar Festival, un des plus gros de musique électronique en Europe, avec son rendez-vous tous les mois de juin à Barcelone, a décidé, pour fêter ses 25 ans d’existence, de réaliser un mix de toutes les musiques et de l’envoyer dans l’espace pour communiquer avec les extraterrestres.

Pour rappel, le point commun entre l’indépendance de la Catalogne et les fameux extraterrestres c’est que certains croient à une réalité alors que dans les faits, la majorité en attend toujours la preuve. Le festival barcelonais cible «notamment l’exoplanète Luyten b, dans le but d’établir le premier contact de l’humanité avec une intelligence extraterrestre». Si ça marche, j’espère que les aliens aiment les musiques actuelles car les 33 artistes sollicités se distinguent par leur manque de célébrité pour tout humanoïde terrien de plus de 40 ans. Nina Kraviz, The Black Madonna ou Kerri Chandler, ça vous parle?

On se moque, mais si ça fonctionnait? Je suggère aux indépendantistes de profiter du voyage intersidéral musical pour populariser au-delà de la galaxie la lutte des Catalans. Des messages subliminaux tels que «Venez nous libérer du joug de Dark Rajoy». Quand une armada de vaisseaux spatiaux franchira l’atmosphère pour lancer un ultimatum au PP, on rigolera moins du côté de Madrid. Et tout à coup, au vu de la puissance de feu de ses nouveaux alliés, la Catalogne deviendra la bienvenue en Europe. En Chine ou aux USA aussi d’ailleurs.

Alors Carles, les Jordis ou Oriol, saisissez votre chance et enregistrez le message le plus convaincant. Reste maintenant à vous mettre d’accord sur le choix d’un porte-parole. Et là, on risque d’y être encore dans dix ans. 

dimanche 19 novembre 2017

Cinéma - Les deux carrières de Chavela Vargas, la Piaf mexicaine


Comme Édith Piaf, Chavela Vargas a été une chanteuse immensément connue dans son pays, le Mexique. Comme Piaf, sa vie a été une succession d’embûches. Comme Piaf, elle est morte en pleine gloire, mais après avoir connu une très longue période d’oubli. Ce documentaire de Catherine Grund et Daresha Ky, réalisé après la mort en 2012 de la fière et solitaire Chavela Vargas, s’appuie sur un enregistrement réalisé alors qu’elle avait 70 ans. Interrogée par des jeunes femmes, elle raconte comment elle con- çoit la vie. Avec un leitmotiv : ne pas se soucier du passé ou de l’avenir, juste le présent compte. Une philosophie qui lui a donné l’occasion de briller. De connaître l’enfer aussi.

■ Homosexuelle et alcoolique

Née au Costa Rica, rejetée par ses parents car trop « garçon manqué », Chavela rejoint le Mexique pour faire ce qu’elle aime le plus : chanter. Elle tente de faire carrière en rentrant dans le moule : longue chevelure, robes à volants, sourire enjôleur. Mais elle ne perce pas. Alors, contre tous les avis, elle accorde son apparence avec sa voix, grave et sensuelle, et s’habille en homme. A cette époque c’est une révolution, mais le succès est énorme. Elle vit son homosexualité à fond. Mais cachée. 

Elle raconte comment elle séduit les femmes de ministres, les stars américaines en villégiature à Acapulco ou Frida Kahlo. Un obstacle se dresse cependant devant elle : son alcoolisme. Une maladie qui la détruit, l’empêchant de se produire. Elle tombe dans l’oubli, beaucoup croient même qu’elle est morte. 

Mais après une révélation auprès d’un chaman, elle redevient la Chavela Vargas, remonte sur scène et débute une seconde carrière encore plus prestigieuse que la précédente, remplissant même l’Olympia. Un documentaire exemplaire de justesse sur une femme entière, talentueuse et amoureuse de la vie.

➤ « Chavela Vargas », documentaire de Catherine Gund et Daresha Ky (USA, 1 h 30) avec Chavela Vargas

De choses et d'autres - Alerte à la casquette

La filiale brésilienne de Ford vient de mettre au point une innovation étonnante mais qui pourrait sauver de nombreuses vies. Une casquette connectée vous prévient si vous êtes en train de vous endormir en conduisant. En collaboration avec des experts du sommeil, les ingénieurs de la marque automobile ont développé des capteurs, placés dans une casquette toute simple. Ils analysent notamment les muscles de la nuque. Ces derniers se relâchent quand on entre en période de pré-endormissement. Immédiatement le couvre-chef prévient le conducteur. Soit en vibrant légèrement, soit en émettant un son ou encore la petite lumière placée dans la visière se met à clignoter. Des signaux suffisants pour que l’on comprenne qu’une pause est préférable au prochain pilier de pont ou à la rencontre abrupte avec un semi-remorque. Cette petite invention, toute bête mais géniale, devrait être étendue à d’autres situations. Pourquoi ne pas imposer le port à certaines personnes de ces casquettes « intelligentes », cette jugeote qui leur manque justement au quotidien. Vous jetez votre mégot dans la rue ? Paf, quelques vibrations. Vous grillez le priorité dans un rondpoint ? Un bip. Vous proférez un gros mot en présence d’enfants ? Une lumière s’allume.

Et puis pourquoi ne pas « corser » les avertissements en fonction des actions ? Monsieur, vous êtes un peu trop insistant avec cette jolie demoiselle qui ne vous a rien demandé ? Une main robotique sort de la casquette pour vous flanquer la gifle que vous méritez. Une réflexion raciste ? Pif, une petite décharge électrique dans le crâne histoire de vous remettre les idées en place. Certes le port de la casquette en toutes circonstances ferait hurler les stylistes mais au moins, offrirait un peu plus de civisme et de politesse dans les rapports humains. 

De choses et d'autres - Plaignons cet ancien ministre "humilié"

Grosse colère de Louis Mexandeau. Cet ancien ministre des PTT de François Mitterrand (ça date) s’est fendu d’une déclaration fracassante sur FranceInfo après ce qu’il considère comme une « certaine humiliation ». Rendez-vous compte : il a dû payer son billet de train entre Paris et Caen. Et même aligner 50 euros de plus d’amende forfaitaire pour absence de titre de transport. Il faut dire que depuis sa nomination au premier gouvernement de Pierre Mauroy en mai 81, il n’a plus déboursé un centime pour ses déplacements ferroviaires. 

Un privilège des ministres en exercice, qu’ils conservent ensuite. Jusqu’à l’arrivée au pouvoir de la bande d’« En marche ». Ces nouveaux élus, à la recherche de la moindre économie pour soulager le budget de la France (de son assemblée nationale en l’occurrence), ont voté la fin de la gratuité du train pour les députés honoraires et les anciens ministres. Une mesure qui a pris effet le 1er octobre. Résultat le 8, dans le train Paris - Caen, le contrôleur n’a rien voulu savoir et a fait payer Louis Mexandeau.

Il est vrai que lorsqu’on obtient un privilège, il est difficile de tirer un trait dessus. Mais on ne peut pas d’un côté s’indigner des privilèges octroyés à certains et oublier de balayer devant sa porte. 

Comme si une décision des représentants du peuple ne semble bonne que si l’on n’est pas directement impacté. La surtaxe des entreprises ? Pas de souci, je ne détiens pas d’actions. La baisse des APL ? M’en fiche, je suis propriétaire. Mais toucher à MA gratuité des trains, là, c’est un « scandale » comme aimait le clamer Georges Marchais, homme politique contemporain de Louis Mexandeau qui, au passage, aurait mieux fait de se taire pour ne pas provoquer une baisse supplémentaire du cours du socialisme à la française

Livres de poche - Des collectors « Made in Pocket »

Les éditions Pocket proposent en cette fin d’année plusieurs de leurs meilleurs titres dans des éditions collectors. Idéal pour les cadeaux ou les bibliophiles. On admirera la couverture perforée avec rabats de « Le temps assassin », polar de Michel Bussi. Mais bien vite on oubliera l’enveloppe pour se passionner de cette histoire de vengeance corse et de disparition à cheval sur deux générations.

Parmi les autres titres, toujours au rayon polar français, « Le cercle » de Bernard Minier mérite le détour.

Enfin ne laissez pas l’occasion de plonger dans l’angoisse avec deux maîtres du genre repris dans des volumes doubles. Des pavés de 1 000 pages signés Maxime Chattam pour « Les Acanes du chaos » et « Prédateurs » ou Franck Thilliez pour « Angor » et « Pandemia »