mercredi 8 novembre 2017

DVD - Le meilleur du bouquet télé Groland

Depuis un peu plus d’un an, le Groland se décline tous les samedis soirs sur Canal +, en clair, sous forme d’un zapping. Le Zappoï, nom de la pastille hebdomadaire concoctée par Jules-Edouard Mostic et ses camarades déjantés (Benoît Delépine, Gustave de Kervern…). Pour ces fêtes de fin d’année, offrez-vous ce petit bonheur de passer 90 minutes devant les sketches et parodies d’émissions. Que du très bon puisque c’est le meilleur qui a été repris.

■ Un Grométrage en bonus

Le pire aussi, dans le bon sens du terme car les hommes du Groland n’ont pas froid aux yeux. Non seulement ils se moquent de leur patron Vincent Bolloré (Grolloré dans le Zapoï), mais aussi de la politique française. On apprécie ces pastilles sur la campagne des présidentielles. Un peu de Hollande, une bonne louche de Fillon et ce sketch d’anthologie de « Jupépé chez les nudistes » qui résume à lui tout seul tout le drame de la désignation du candidat de droite.

En bonus dans le premier DVD, la maquette de la première émission du Groland. Un conseil des ministres où on retrouve le président Salengro mais aussi Moustic et Delépine. Avec en plus quelques visages connus comme le professeur Rollin en Premier ministre obséquieux, Alexandre Pesle, ministre de la Culture lèche-bottes et Jean-Marie Gourio à l’Intérieur, qui l’eut cru ?

Enfin, cerise sur le gâteau (ou plutôt, étron sur le rôti de porc si l’on veut rester dans l’esprit Groland), découvrez le « Grométrage », sorte de comédie foutraque avec deux allumés en vedette (Gérard Touillon et François Neycken), chômeurs professionnels testant tous les métiers possibles et imaginables, de lobbyistes à journalistes localiers en passant par empailleurs.

Ce n’est pas du grand cinéma, mais c’est dans l’esprit : gros et gras. Succulent quoi.

➤ « Le Zapoï », Studiocanal, 19,99 € le coffret. 

De choses et d'autres - Le zoo de nos campagnes

Nos campagnes vont-elles devenir des zoos ? Avec en attraction les derniers paysans exhibés comme les indigènes des colonies françaises lors de l’Expo universelle de Paris au début du XXe siècle. Ou, plus proche de nous, tels les peuples reculés de pays encore plus perdus, confrontés à la visite d’une « célébrité » française durant une semaine, avec une armée de cameramen chargés de mettre en boîte l’émission «En territoire inconnu». Frédéric Lopez, sans doute lassé de prendre l’avion (ça lui fait gonfler les chevilles. Au moins autant que la tête), a décidé de décliner son émission… en France.

Le journal « Le Parisien » a présenté hier en exclusivité un reportage sur le tournage du premier numéro de « Nos terres inconnues » diffusé, en principe, au printemps prochain sur France 2. Le concept est le même, mais au lieu de propulser le « people » chez les Pygmées, les Inuits ou sous les huttes d’une tribu perdue du fin fond de l’Amazonie, il est immergé dans une région française en voie de désertification. Pour la première, un comique issu de la banlieue, Malik Bentalha, se trouve mis en présence d’une famille de paysans lozériens.

En fils d’ouvrier agricole qui a longtemps conduit les vaches au pré le matin en partant à l’école, je me sens tout à coup du mauvais côté de la barrière. Si l’émission avait été tournée il y a 40 ans, j’aurais été ce curieux spécimen. Capable de traire une vache, de conduire un tracteur pour rentrer les foins, de dépecer un lapin, de trouver des champignons, de me contenter de châtaignes grillées pour tout repas à l’automne et, comble de l’exotisme, de me satisfaire de toilettes en bois au fond du jardin. Je ne regarderai certainement pas cette émission. La nostalgie, ça n’a jamais été mon truc. Le voyeurisme encore moins. 

Récit - Anny Duperey, artiste complète grâce à sa mère

Préparez les mouchoirs. Le nouveau livre d’Anny Duperey est très personnel. Très émouvant aussi. La comédienne, également peintre à ses heures et depuis quelques années écrivain à succès, dévoile un pan secret de son enfance. Un drame. A l’âge de 9 ans, elle découvre ses parents morts asphyxiés dans la salle de bain. Un traumatisme qui la torture longtemps. Mais lui donne aussi la force pour se lancer dans des défis artistiques. Essentiellement pour suivre la voie de sa mère. Cette femme, belle et artiste dans l’âme, avait quantité de projets. Forcément inaboutis.

C’est pour elle donc qu’Anny Duperey a dansé, chanté, joué la comédie et même imaginé des romans. Comme pour conjurer cette mort tragique et précoce, marcher sur les traces du succès hypothétique de cette maman qui n’a pas eu sa chance. Un texte sensible et poignant, richement illustré de photos de la longue carrière d’Anny Duperey.

➤ « Le rêve de ma mère », Anny Duperey, Seuil, 24,90

lundi 6 novembre 2017

De choses et d'autres - Le Nobel de la Paix virtuel

L’information, futile, a pourtant fait le tour du monde la semaine dernière. Un employé de Twitter, pour son dernier jour de travail, a trouvé original de désactiver le compte de Donald Trump. Pas celui du président des États-Unis, popularisé par Barack Obama (au point qu’il ait récolté le surnom de Potus, abréviation de President of the United-States), mais le privé, celui du citoyen Trump. Un compte où le milliardaire attaque ses opposants et la presse quasiment tous les matins. Mais comme il est suivi par plus de 42 millions de personnes, la disparition dudit compte, même si elle n’a duré que 11 minutes, n’est pas passée inaperçue.

Un premier communiqué du réseau social a parlé d’un dysfonctionnement. Un peu plus tard Twitter a dévoilé le pot aux roses : un employé a volontairement fermé la boîte à messages de Donald Trump. C’était son ultime jour de présence et quitte à partir, autant le faire avec panache... Trump, qui ne s’est certainement pas aperçu de ces fameuses 11 minutes de « stand-by », a cependant réagi, dans un tweet - quoi d’autre ? - où il s’insurge des pratiques de cet « employé voyou ».

Le plus beau de l’histoire est à venir. Le. a citoyen.ne lambda ne connaît pas l’identité de cet « employé voyou», mais un mouvement sur internet est en train de grandir pour qu’il soit proposé au Nobel de la Paix. Ni plus ni moins. Car pour des milliers d’internautes, désactiver le compte de Trump c’est l’empêcher de lancer ses provocations et donc œuvrer pour la paix dans le monde. Le salarié viré est peut-être un voyou pour le président Trump, mais un héros aux yeux de milliers d’Américains qui veulent également qu’il soit réembauché chez Twitter. Et avec une promotion !

dimanche 5 novembre 2017

BD - Guerres des Amériques


La découverte de l’Amérique s’est rapidement transformée en guerre puis en génocide. Cortés, malgré sa petite armée, a fait chuter l’empire Aztèque. La séquence d’ouverture de cette nouvelle série écrite par François Armanet et dessinée par Xavier Coyère, montre la victoire finale. Il sauve de la mort la fille de l’empereur et l’adopte. 

Quinze ans plus tard, devenue une femme convoitée, elle est promise à un grand d’Espagne. Mais cette dernière, farouche et indépendante, refuse cette union forcée. Elle trouvera le salut dans la fuite en compagnie de Marcos, un jeune prêtre dominicain et d’un soldat maure. Grande aventure, humanité, paysages grandioses du Mexique désertique : tout est à garder dans cette BD.

➤ « Le nouveau monde » (tome 1), Dargaud, 13,99 € 

BD - Giacomo C., le séducteur est de retour


Le plus grand séducteur de la bande dessinée est de retour. Dix ans que Giacomo C., personnage énigmatique imaginé par Jean Dufaux et dessiné par Griffo avait déserté les librairies. Il est de retour à Venise après quelques années passées à Corfoue et ailleurs. 

Les auteurs restent évasifs sur son absence. Comme pour se garder des ouvertures pour un prolongement possible de sa série. Dans ce nouvel album, Giacomo a disparu durant cinq ans. Mais sa tête est toujours mise à prix et l’annonce de son arrivée provoque une effervescence dans la cité des Doges. Entre les cocus qui veulent l’occire, la police qui tente de l’arrêter et ses dizaines de maîtresses avides de retourner dans la chaleur de ses bras, il est très sollicité. Mais finalement c’est en espion qu’il débarque avec pour mission de démasquer un traître dans le conseil des dix

Cette nouvelle saison, grand format, rend encore plus honneur au dessin précis de Griffo qui n’a rien perdu de son brio.

➤ « Gacomo C. » (tome 1), Glénat, 14,50 €

Livres de poche - Pour les fêtes, 10/18 fait le maximum

Traditionnellement, les éditions 10/18 proposent une sélection de leurs meilleurs romans en édition luxe et collector. Couvertures à rabat, aux images stylisées rehaussées de dorures, l’écrin est sympathique. L’intérieur de très haut niveau. Du moins cher « Mon chien stupide » de John Fante au pavé d’antan « Mon dictionnaire de cuisine » d’Alexandre Dumas (300 grammes de recettes), on retrouve aussi dans la sélection 2017 « Le secret de la manufacture des chaussettes inusables » d’Annie Barrows, « Nord Michigan » de Jim Harrison, ou « Martin Eden » de Jack London.

Autre bonne habitude des éditions 10/18, proposer en fin d’année des recueils Omnibus de leurs séries policières. Plongez dans le Londres des années folles avec les trois premières enquêtes de Miss Maud Silver de la prolifique Patricia Wentworth. Et si c’est Paris que vous préférez, suivez Victor Legris, le détective amateur de Claude Izner.

Bande dessinée : Mattéo reprend les armes en Catalogne


Mattéo, Catalan, aura connu toutes les guerres. La saga écrite et dessinée par Jean-Pierre Gibrat entre dans sa quatrième époque, entre août et septembre 1936. Il aura connu la Première Guerre mondiale, la Révolution russe et alors que les armées d’Hitler se préparent ouvertement, il redescend dans son sud adoré et s’engage du côté des Républicains espagnols.

À la fin du 3e tome, on l’avait laissé au large de Collioure, avec une cargaison d’armes. Dans ce quatrième tome, il arrive enfin en Catalogne. Mais l’accueil n’est pas chaleureux. La suspicion règne et il se retrouve en prison avec Robert, le militant communiste et Amélie, une amie. Heureusement, un exemplaire de L’Indépendant arrive à Barcelone et un article retraçant leur « exploit » en France leur permet de rejoindre avec les honneurs les brigades internationales. Une nouvelle étape dans la vie de ce fils d’anarchiste, profondément pacifiste mais toujours obligé de prendre les armes.

Après quelques jours d’errance dans Barcelone, la souriante avant la débandade, il prend le commandement, à son corps défendant une nouvelle fois, d’un groupe de révolutionnaires chargé de prendre le petit village de Alcetria. Les phalangistes, peu nombreux, ont de meilleures armes et un tireur d’élite. Depuis le clocher, grâce à un fusil allemand, il décime les Républicains. Mattéo, avec l’aide d’une blonde Polonaise, championne de course à pied, venue en Catalogne pour les jeux olympiques organisés en opposition à ceux de Berlin et qui a décidé de prendre les armes, déloge le sniper... le curé du village.

■ Combat pour la République

En 60 pages, toutes d’une beauté époustouflante, JeanPierre Gibrat parvient à parler de quantité de sujets. Rôle de l’église, émancipation des femmes, tensions entre communistes et anarchistes, jugements expéditifs... ce n’est pas simple la guerre. D’autant que la belle Amélie, elle aussi, succombe au charme d’un fier aviateur anglais. Ils s’envoient en l’air dans tous les sens du terme, mais un soir, ils ne reviennent pas de leur mission d’observation des lignes ennemies.

Cette évocation historique résonne étonnamment de nos jours alors que de nouveau, entre l’Espagne et la Catalogne la querelle fait rage. Dans Barcelone la rebelle, les manifestations se multiplient. À la différence que le combat d’aujourd’hui pour la République ne semble pas mobiliser les forces progressistes étrangères, contrairement à ces années 1930 bouillonnantes de solidarité. 

➤ « Mattéo » (quatrième époque) de Jean-Pierre Gibrat, Futuropolis, 17 €.

samedi 4 novembre 2017

De choses et d'autres - 70 ans de capitalisme ludique

Il a longtemps représenté le capitalisme à lui tout seul : l’Oncle Picsou fête ses 70 ans. Un sacré avare (même si ses créateurs prétendent qu’il est simplement économe), qui ne vit que pour l’or et l’argent. Son coffre-fort, il l’a transformé en piscine. Il nage, au gré de ses histoires, dans des pièces en or ou dans des millions de billets de banque. 

70 ans qu’il « endoctrine » les enfants aux principes de base du capitalisme, comme si tout le monde pouvait devenir millionnaire avec un minimum de volonté. Un succès sans faille, qui doit beaucoup à son caractère colérique. Picsou, redingote rouge, lorgnons et haut-de-forme, ne supporte pas que son neveu, Donald, se complaise dans l’inaction. 

Picsou, aujourd’hui, est le nom de trois revues BD. Picsou Magazine, la plus ancienne, offre chaque mois à ses lecteurs un gadget, comme le concurrent des années 70, le communiste Pif Gadget

Super Picsou Géant a la plus grosse diffusion. Depuis la semaine dernière un hors série de 400 pages (7,90€) est en kiosque. Sous une couverture dorée, 20 histoires cultes permettent de découvrir son évolution. Un numéro en forme d’encyclopédie avec 70 entrées sur le personnage. 

Et puis pour les puristes il existe le trimestriel reprenant les Trésors de Picsou, les meilleures histoires signées des deux maîtres de la BD que sont Carl Barks, le créateur du personnage, et Don Rosa, son meilleur continuateur. 

vendredi 3 novembre 2017

De choses et d'autres - Les sauvetages de l'extrême

Le quotidien des pompiers est trop rarement émaillé de faits divers sans gravité et terriblement amusants. La semaine dernière, à Toulouse, branle-bas de combat près de l’avenue Jean-Jaurès. Selon la Dépêche, des témoins ont appelés les secours car ils voyaient un corps flotter dans le canal du Midi. Police et badauds (une fête foraine se déroulait à proximité) se massent sur la rive, dans l’attente des secours. Rapidement arrivés les pompiers, une fois la situation évaluée, ont pris leur temps. De rire. De se dire que décidément, les témoins ont besoin de lunettes parfois. Car le corps inanimé, sans le moindre doute, était en réalité une poupée gonflable. Par charité chrétienne, les hommes du feu ont l’ont cependant sauvée des eaux. Mais sans se mouiller, juste avec une gaffe. Plus de peur que de mal, et une bonne histoire à raconter. Même si le journal ne nous dit pas au final ce que la poupée est devenue...

Ce sauvetage de l’extrême est à rapprocher d’un autre fait divers impayable datant d’une année. Un Breton ivre (le premier qui prétend que c’est un pléonasme devra boire un litre de chouchen cul sec), en pleine nuit, a cru découvrir un corps étendu dans un parc à Vannes. Fort de ses rudiments de premiers secours il se précipite à terre et se lance dans une longue réanimation. Un bouche-à-bouche pourtant totalement inefficace. Normal car quand les policiers et pompiers arrivent sur place, ils constatent que le valeureux sauveteur s’escrime sur un bateau pneumatique.

Peut-être, comme la poupée de Toulouse, avait-il vaguement une forme humaine. Et qui sait, dans 20 ans, la rubrique faits divers regorgera de sauvetages de robots ivres par des humains vegan.