jeudi 8 juin 2017

De choses et d'autres : La méchanceté n’attend pas les années

Question méchanceté, je ne suis certainement pas le mieux placé pour critiquer. Parfois je m’emballe et oublie un peu la portée des mots. Au risque de blesser les égratignés. Mais je ne m’attaque pas à n’importe qui. J’estime qu’ils l’ont mérité les Morandini, Hanouna, Depardieu et autres célébrités à l’égo surdimentionné. Ce n’est visiblement pas la ligne de conduite d’une journaliste du site de Madame Figaro. Elle a publié mardi sur le site un papier incendiaire sur une certaine Blue Ivy, « la ballerine qui en faisait trop ». Petit résumé, la danseuse, « Blue Ivy a donné dans le gloubi-boulga d’entrechats et de port de bras, au point de presque assommer ses voisines en tutus. » Et la journaliste de continuer : « On la voit (trop) confiante, (trop) envahissante. Seule à avoir les cheveux détachés, alors que ses consœurs portent toutes le sacro-saint chignon. » Une sacrée critique pour un premier gala de danse. Car Blu-Ivy est débutante, comme les autres. 
Une très jeune débutante de 5 ans et demi. Oui, vous avez bien lu, même pas 6 ans et déjà démolie dans la presse nationale. Mais qui est cette Blue Ivy ? Tout simplement la petite fille de Beyoncé et Jay-Z. On se permet de critiquer les parents, alors pourquoi pas les enfants ? En réalité Blue Ivy, sur scène, dansait comme une fillette de 5 ans, un peu maladroite,fofolle et désordonnée. Un spectacle de fin d’année pour les parents, pas les critiques de danse. 
Rapidement l’article a été repris et dénoncé sur les réseaux sociaux. Résultat une note a été rajoutée. Des excuses mais aussi une justification : la vie des enfants de stars peut être commentée comme celle des parents. Dès 5 ans et demi ?

mercredi 7 juin 2017

DVD et blu-ray : la quête du jeune Chiron dans « Moonlight »



Oscar du meilleur film en début d’année, la seconde réalisation de Barry Jenkis est de ces histoires qui marquent durablement le spectateur. Pour sa simplicité, sa violence et sa beauté. Une œuvre très forte, servie par des comédiens tous au diapason d’un metteur en scène en état de grâce. De plus, le message porté par ce parcours initiatique dans l’Amérique de Trump donne une puissance encore plus importante à ce manifeste pour la tolérance et les différences. L’histoire de Chiron, jeune noir américain vivant dans le ghetto de Miami avec sa mère droguée (Naomie Harris), est racontée dans trois parties différentes. Quand il a 11 ans (Alex R. Hibbert),14 ans (Ashton Sanders) et 24 ans (Trevante Rhodes). Trois acteurs pour un même personnage qui change de nom au fil des époques.



Jeune, il est surnommé Little par ses camarades. Souffre-douleur des petits caïds, il ne trouve du réconfort qu’auprès de Juan (Mahershala Ali, Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle), le dealer de sa mère. Ce dernier devient un peu son père de substitution. Il est attentif, aimant, protecteur. Pourtant il gagne sa vie en propageant dans ce quart monde la pire saloperie qui puisse exister: le crack.
Adolescent, le jeune garçon retrouve son prénom, Chiron. Il comprend qu’il est différent. Effacé, maigre, timide et surtout homosexuel. Les brimades s’enchaînent. Pour s’en sortir il n’a plus qu’une solution : être encore plus méchant que les autres. Un passage à l’acte violent qui le conduit droit en prison.
On le retrouve 10 années plus tard. Nouveau prénom, nouvelle apparence. Black, dealer intransigeant, est taillé comme un rock. Il a totalement occulté son adolescence souffreteuse et ses attirances masculines. Jusqu’à l’appel, en pleine nuit, de Kevin (Andre Holland),le seul copain qui savait,le seul qu’il a aimé. La troisième partie, extraordinaire d’intensité, filme ces retrouvailles dans un petit restaurant miteux. A côté, « Love Story » fait figure de film comique. Car l’exploit de ce film réside bien dans le romantisme omniprésent, malgré la violence, la drogue, la misère sociale.
Dans le bonus, le réalisateur explique combien ce texte original l’a touché car il comportait de nombreux points communs avec sa propre histoire. Les acteurs témoignent aussi, notamment Andre Holland, exceptionnel dans son rôle de révélateur d’émotion et qui lui aussi aurait mérité un oscar du meilleur second rôle.
➤ « Moonlight », Studiocanal, 19,99 €

De choses et d'autres : Mariage, ce n’est qu’un début


Je vous préviens, il va souvent être question de mariage ces prochaines semaines dans cette chronique. J’ai l’honneur et l’immense privilège d’être invité fin juillet à celui de quelqu’un qui m’est cher. Au point que je dois en partie l’organiser. Alors forcément, cela va un peu m’obséder et risque d’avoir des conséquences sur ces lignes ancrées dans le quotidien. Je reviendrai sur la quête d’un traiteur un peu particulier - capable de griller deux cochons - en plein été en Aveyron. Il y aura un épisode sur les toilettes sèches car les mariés se soucient de la protection de la nature et de l’économie de l’eau. Sans compter les recherches d’amuse-gueules aussi originaux que faciles à réaliser pour l’apéro. 
 En fait avant le mariage, nombre d’étapes s’avèrent plus ou moins incontournables. Oublions l’enterrement de vie de jeune fille, non seulement je n’étais pas invité mais en plus je n’ai pas le droit de savoir ce qui s’y est passé. 
Avant la cérémonie, il y a la rencontre. Et la semaine dernière j’ai découvert par l’intermédiaire d’une amie Facebook la tradition du goûter matrimonial d’Ecaussinnes. Cette petite ville belge organise depuis 104 ans une grande fête au cours de laquelle les filles célibataires de la région vont à la rencontre de possibles prétendants. Modernité oblige, elles passent désormais par un speed-dating mais le côté convivial et festif est resté. On y danse sur de la musique groove et électronique, on boit beaucoup (de bière) et mange de la porchetta. Le week-end se termine par un bal folk, la plantation de l’arbre de mai et une balade aux flambeaux. Il y a même un marché steampunk. Par contre, aucune statistique sur le nombre de mariages issus du goûter. Encore moins sur celui des enfants conçus lors de cette sympathique fête traditionnelle.

mardi 6 juin 2017

BD : Père et grand-père en plein brouillard



Suite et fin de l’histoire de « L’adoption » écrite par Zidrou et dessinée par Arno Monin. Après un séisme au Pérou, un couple en mal d’enfant adopte une petite fille, Qinaya. La fillette amène joie et bonheur. Pour Gabriel aussi, le grand-père taciturne. Mais l’adoption est illégale. Qinaya est renvoyée dans son pays d’origine et le père emprisonné. La suite raconte comment Gabriel, sur un coup de tête, décide de se rendre au Pérou. Il engage un détective privé pour retrouver Qinaya. Sur ce sujet délicat, Zidrou parvient à faire passer un message plein d’espoir et d’ondes positives. Gabriel est en plein doute alors qu’il se retrouve plongé dans la Garua, ce brouillard venu du Pacifique et spécifique à Lima. La rencontre avec un père venu lui aussi rechercher sa fille disparue va changer sa vision de la vie. Lumineux et terriblement concret.
➤ « L’adoption » (tome 2), Bamboo Grand Angle, 14,90 €

De choses et d'autres : Le Gorafi à la volée


Il y a longtemps que je ne m’intéresse plus au tennis. Il fut un temps où j’appréciais la diffusion quasi ininterrompue des matches de Roland-Garros. Souvenirs du lycée, quand en plein mois de juin, les cours s’espaçaient pour cause de préparation aux examens. Alors, au lieu de réviser comme tout bon élève qui se respecte, je regardais les Chang, Agassi et autres Noah crier et glisser sur la terre battue.Et puis, l’âge aidant, mes idoles ont raccroché, mon intérêt s’étiolant, peu charmé par les nouvelles stars du circuit : le taciturne Nadal, le peu expressif Federer. 
Mais depuis peu, le tennis me fait de nouveau vibrer. Pas pour les exploits de joueurs français ou les victoires des nouvelles stars comme Djokovic ou Murray. Non, la faute au Gorafi. Visiblement un des rédacteurs du journal parodique est lui accro à ce sport. Et s’y connaît suffisamment pour alimenter le site de ces faux articles hilarants car terriblement crédibles. J’avoue, j’ai ri quand j’apprends que « Tsonga obtient son ticket pour les quarts de finale » avec la précision qui tue : « rang B place 23 ». Il y a même des commentaires en direct, sur le match d’hier après-midi pour expliquer que « Gaël Monfils déclare être gêné par ‘de la poussière orange’ sur le court ». Le résumé de l’esprit tennistique du Gorafi tient dans un petit film de « 58 secondes pour comprendre Roland Garros ». Le match le plus long du tournoi a duré « trois ans.Il opposait Paul-Henri Mathieu à la façade nord du court Philippe-Chatrier » et que depuis 1996, « les tennismen français sont exemptés de contrôle antidopage ». Ce tennis-là, j’adore. 

lundi 5 juin 2017

Cinéma : L’animation française dans toute sa beauté dans un beau livre


Quel est le point commun entre Topor et les Minions, entre Kirikou et le Petit Prince ? Ce sont tous des auteurs ou personnages du cinéma d’animation qui ont participé depuis quelques décennies à la renommée du savoir-faire français. Topor a dessiné « La planète sauvage », chef-d’œuvre de René Laloux. Des années plus tard, Pierre Coffin, coréalisateur des « Minions » prolonge cette incroyable aventure racontée par Laurent Valière dans ce superbe beau livre truffé d’illustrations. Des hommes, des personnages, des studios, des techniques : rien n’est laissé dans l’ombre de cet art à part entière. A lire pour mieux comprendre ce genre cinématographique et surtout retrouver son âme d’enfant et avoir envie de voir ou revoir ces petits bijoux graphiques.
➤ « Cinéma d’animation, la French Touch » de Laurent Valière, La Martinière, 39,90 €

De choses et d'autres : le pouvoir infini des chatons


Imaginons un futur où l’énergie fossile a disparu. Le tout électrique a pris le pouvoir. Une électricité gratuite et facile à produire. Tout a commencé quand un ingénieur, accro à Facebook, a eu deux chatons. De jolis siamois, racés. Au moment de les baptiser, l’ingénieur, loin d’être une flèche en matière d’ imagination, se dit que le mieux est de demander à ses amis facebookiens de lui suggérer des idées de noms. Commençant par N, pedigree oblige. Et là, c’est la révélation. En quelques minutes, photo des deux chatons en renfort, il reçoit des centaines de commentaires, puis partages à l’appui, des milliers. Il se dit qu’il a inventé le post perpétuel, comme le mouvement du même nom. En se creusant les méninges, il réfléchit que chaque message correspond à autant de frappes sur un clavier. Une force que l’on pourrait récupérer, amplifier, stocker, utiliser. Il met du temps, mais finit par persuader les géants d’internet. Chaque ordinateur est désormais doté d’une fonction « frappe énergétique ». Couplée aux réseaux sociaux, l’utilisateur peut dispatcher cette énergie directement sur le moteur électrique de sa voiture. Quelques commentaires et vous vous mettez en marche. 
Dans ce futur imaginaire, pour aller chercher du pain, il suffit de publier un statut sérieux ou philosophique. Mais si vous avez l’intention d’aller voir la famille à plus de 100 kilomètres, mieux vaut se lancer dans la polémique politique, sur les affaires ou le tous pourris. Si vous partez en vacances, faites appel aux peoples. Reprenez un tweet de Cyril Hanouna et critiquez-le. En retour, ses fanzouzes vous couvriront d’insultes : qu’importe, c’est pour la bonne cause. Mais attention, n’utilisez les chatons qu’en dernier recours, au risque de griller votre auto.

dimanche 4 juin 2017

BD : Une balade au sud pour tourner la page



Comment oublier une histoire d’amour terminée ? Cette simple question, trop souvent sans réponse, est au centre de « Prends soin de toi », roman graphique très personnel de Grégory Mardon. Le personnage principal, un homme, ne parvient pas à tirer un trait la femme qu’il a aimé tant d’années. Elle, a tourné la page. Avec un autre compagnon. Retrouvé la joie de vivre. Désespéré, il profite de ses vacances pour se lancer dans une traversée de la France du Nord au Sud. Son but, rendre à un homme la lettre d’amour qu’il a retrouvé dans son nouvel appartement et que la femme aimée n’a visiblement jamais ouverte. Un transfert évident pour lui qui a également rédigé une longue lettre d’adieu. Une belle histoire, sensible et à fleur de peau, rehaussée de superbes pages muettes éclatantes de couleurs alors que le personnage principal broie du noir.
➤ « Prends soin de toi », Futuropolis, 22 €

samedi 3 juin 2017

BD : Virevoltante Isadora Duncan



S’il est bien un personnage réel dont la vie est semblable à un roman, c’est bien Isadora Duncan. La danseuse, scandaleuse et égérie de la danse contemporaine, a traversé le début du vingtième siècle telle une météorite enflammée. Julie Birmant (scénario) et Clément Oubrerie (dessin) ont déjà raconté ses amours tumultueuses avec le poète russe Essenine dans « Il était une fois dans l’Est ». Dans cette suite, ils suivent plus particulièrement le parcours d’Isadora, petite fille américaine, partie à la conquête du vieux continent. On retrouve notamment sa rencontre avec Loïe Fuller entraperçu aussi dans le film « La Danseuse », Lily-Rose Deep endossant le rôle d’Isadora. Et hasard des sorties cinématographiques, elle passe aussi dans l’atelier de Rodin, le sculpteur tombant en pâmoison devant ce corps gracile. Une plongée dans les années folles, leur imagination, leur excès et leur beauté.
➤ « Isadora », Dargaud, 22,90 €

vendredi 2 juin 2017

BD : Dernier voyage entre désespérés



Après Blablacar pour sa voiture et AirB &  B pour son appartement, la mode au partage se met au... suicide. Une jeune femme, désespérée après une déception amoureuse douloureuse poste une petite annonce. Comme cela se fait au Japon, elle propose de partager son ultime voyage en compagnie d’autres suicidaires réticents à partir seuls. Elle obtient trois réponses et leur donne rendez-vous un petit matin. Dans sa voiture, elle emmène un jeune trader ruiné, un vieux monsieur amateur de haikus et un black à capuche taciturne et fumeur de joint. Ils ont décidé d’en finir dans une forêt, en raccordant le tuyau d’échappement de la voiture à l’habitacle. Pas de noms, pas de pleurs ni de regrets. Cette situation est le prétexte à un roadmovie mouvementé imaginé par Stéphane Massard et Jean Rousselot, les scénaristes, complétés par Nicolas Délestret au dessin. Dans un premier temps, rien ne fonctionne comme prévu. Et les quatre désespérés vont vite se retrouver embarqués dans des complications au cours desquelles ils devront lutter pour mener à bien leur funeste projet. Mais c’est souvent dans l’adversité que l’on se découvre des raisons d’aimer la vie. Humour et humanité se complètent pour cette BD qui devrait intéresser le cinéma tant son propos se prête à ce support.
➤ « Adieu monde cruel ! », Bamboo Grand Angle, 17,90 €