jeudi 23 juillet 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Massacre à la tapette

La campagne, son calme, ses charmes insoupçonnés. La faune variée et omniprésente entre autre. Dans le petit village rural où nous sommes partis en villégiature, mon épouse et moi, si beaucoup d'humains n'y résident plus à l'année, les animaux eux sont légion. Trois chiens bruyants (et méchants) gardent l'entrée du hameau. Quelques ânes quémandent une carotte. Dans une étable, un troupeau de vaches attend la traite. Autour des ruminants, des mouches. Des dizaines, des centaines, des milliers de mouches. Voilà bien une bestiole très loin de l'extinction. A chaque repas, elles se délectent des mets déposés sur la table installée dans la cour du presbytère. Après avoir envisagé de rédiger un traité sur les préférences culinaires de ces insectes (confiture et miel se disputent la première place suivis par melon, charcuterie et sodas, sauf les lights), j'ai pris le taureau par les cornes. Plus exactement je me suis armé d'une tapette et commencé le carnage. Au début, je les ratais toutes. Au troisième repas, je parvenais à décimer 80 % du cheptel en moins de cinq minutes. Mais tel le rocher de Sisyphe, une nouvelle génération spontanée réapparaissait dix minutes plus tard. Un second génocide nous apportait quelques instants de paix, avant une nouvelle attaque de ces kamikazes ailés. De cette semaine de farniente, je ramènerai surtout une dextérité indéniable dans le maniement de la tapette. Et s'il existait un championnat régional de chasseur de mouches, je suis certain d'y faire bonne figure.

mercredi 22 juillet 2015

Cinéma - La jeunesse est-elle diabolique ?

Quand on a la quarantaine, pas d'enfant et des projets au point mort, la rencontre d'un jeune couple dynamique peut être déstabilisante comme dans « While We're Young » de Noah Baumbach.


Le résumé du scénario a des airs de film français : un couple, la quarantaine, en pleine crise, rencontre un jeune couple, libre, cool et plein de projets. Un effet miroir sur les regrets d'une jeunesse perdue. Mais là où un cinéaste de la rive gauche aurait fait une œuvre sombre et mélancolique, Noah Baumbach, réalisateur new-yorkais de 45 ans signe une comédie pertinente, très fine, avec une intrigue bourrée de rebondissements. Le tout avec une distribution de prestige dans le cadre de Big Apple, ville-monde magnifiée.

« While We're Young » parlera aux jeunes. Aux vieux aussi. Vieux dans l'esprit des gens c'est dès que l'on passe la barre des 40 ans. Voire moins. Avoir un enfant vous fait basculer immédiatement dans le camp des anciens. Josh (Ben Stiller) et Cornelia (Naomi Watts) s'aiment depuis des années. Mariés, ils partagent tout. Lui est réalisateur de documentaires. Elle productrice. Tous leurs amis ont maintenant des enfants. Eux n'y arrivent pas. Cornelia s'est résignée. Finalement ils s'en félicitent en constatant combien un bébé est un handicap. On devine cependant qu'il manque quelque chose dans ce couple englué dans la routine.

Jeunes et cools
Le déclic viendra de la rencontre de Jamie (Adam Driver) et Darby (Amanda Seyfried). Admirateur du travail de Josh, il veut lui aussi réaliser des films. Elle fabrique des glaces artisanales. Un couple cool, branché, qui semble vivre comme Josh et Cornelia... il y a 20 ans. Un couple peut-il séduire un autre couple ? La question ne se pose pas longtemps dans cette rencontre. Complètement désabusés, les « vieux » se laissent insuffler une énergie nouvelle par les « jeunes ». Soirées arrosées, week-end de méditation (assaisonné de substances hallucinogènes), sortie dans des fripes, cours de hip-hop : Josh et Cornelia revivent. Et logiquement le cinéaste confirmé propose au débutant de l'aider dans un projet sur les retrouvailles par l'intermédiaire de Facebook. Les relations changent, Jamie parvenant à prendre le dessus sur Josh de plus en plus perdu dans ses certitudes professionnelles.
Si la première partie du film est dans le ton de la comédie, Ben Stiller excellant dans cette métamorphose à base de jeunisme, la suite est beaucoup plus sérieuse et aborde de façon assez cash les nouvelles technologies, le désir d'enfant, l'ambition et le désir de célébrité. Mais le sujet principal reste le décalage entre les générations. Se sentant manipulé par Jamie, Josh se demande « Est-il diabolique ? Non, simplement jeune... » Un parfait résumé de l'ambiance du film qui sera perçu de façon totalement différent s'il on a 25 ou 45 ans...

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Naomi Watts, de l'ingénue à la femme mûre

Dans le rôle de Cornelia, la femme de Ben Stiller, on retrouve une Naomi Watts méconnaissable. L'actrice originaire d'Australie a mis de longues années avant de percer à Hollywood. Quelques petits rôles avant la proposition qui lui permettra d'intégrer le top 10 des stars incontournables. Elle crève l'écran dans le rôle de Betty, la jeune ingénue de « Mulholland Drive », chef d'œuvre de David Lynch. Dans la scène d'amour avec Laura Elena Harring, le film atteint des sommets de sensualité. Naomi Watts, belle et parfaite, fait rêver. Elle tape dans l'œil de Peter Jackson qui lui confie le rôle de la belle dans son remake de King Kong. Mais l'actrice a plusieurs cordes à son arc et multiplie les personnages, des thrillers aux comédies en passant par des drames. Dans le film de Noah Baumbach, Naomi Watts endosse la peau d'une femme de 40 ans, en mal de maternité, amoureuse de son mari mais déçue par son inconstance. Elle apporte au film cette prudence féminine qui empêche souvent aux hommes de réaliser les pires bêtises de leur existence. 

DE CHOSES ET D'AUTRES - Faune locale

Le marché nocturne, en plus de thésauriser les calories pour l'hiver prochain, favorise les rencontres. Soit dans les files d'attente (les glaces au lait cru et bio ont un succès bœuf), soit simplement en mangeant. Les immenses tablées favorisent la convivialité. Nous avons pris place au côté d'un couple de Britanniques venus décompresser le temps d'une soirée. Avec ce délicieux accent des anglophones vivant depuis longtemps en France (la « Birkin's touch ») monsieur, chapeauté de blanc, explique qu'il est artiste. Il vient d'apposer la touche finale à son exposition estivale dans le village. Nous n'avons pas le temps de l'interroger sur son style de prédilection qu'une amie le salue bruyamment. Moins chantant, l'accent pointu est estampillé Paris. La dame, depuis peu à la retraite, passe à présent tout l'été dans sa résidence secondaire. « Depuis quand êtes-vous arrivés ? Quand repartez-vous ? Vous passerez dîner à la maison ?» Les questions sonnent aussi faux qu'un « Excusez-moi » lors d'une bousculade dans le métro parisien. Arrive une Américaine volubile. On devine plus d'authenticité, voire d'intéressement, quand la Parisienne demande si elle s'est enfin décidée à acquérir « quelque chose » dans la région. « Toujours pas. On a préféré l'Andalousie, beaucoup moins chère. On attendra de vendre notre maison de Nashville pour acheter ici... ». Malgré (ou à cause de) l'ambiance, la crise financière mondiale me revient en pleine face à la pensée de ces autres migrants économiques d'un tout autre acabit. 

mardi 21 juillet 2015

DVD - Un film pour comprendre le sexe

Sorti directement en DVD, « If you love me... » de l'Australien Josh Lawson s'apparente au film à sketches avec pour sujet principal le sexe et les fantasmes.


Un petit bijou australien sort en plein été, directement en DVD et blu-ray chez WilSide. Ecrit, réalisé et interprété par Josh Lawson c'est un faux film de sexe. Pas de scènes explicites, mais des sketches qui explorent plusieurs fantasmes. Quatre couples, quatre comportements sexuels bizarres. Si Paul vénère les pieds de Maeve, cette dernière rêve secrètement d'être violée par son compagnon si doux et gentil. Un autre couple, lassé de la routine, demande conseil à un psy. Ce dernier les oriente vers les jeux de rôles : endossez de nouvelles identités pour vous redécouvrir. Si cela marche très bien au début, c'est plus compliqué quand le mari se trouvant si bon envisage de devenir acteur. 

Une femme subit les assauts de son mari régulièrement. A la base ils veulent un enfant. Des copulations quasi médicales manquant de tout charme. L'extase, elle ne l'atteint que si son mari est malheureux. Perte d'un proche, film triste sont ses boosters de libido. Enfin ce bureaucrate n'aime sa femme que quand elle dort. I8l est vrai que le reste du temps, elle le houspille méchamment.

Avec ces situations cocasses, le réalisateur concocte une comédie irrésistibles où l'humour est omniprésent. Le tout dans une réalisation élégante, jamais vulgaire malgré le sujet parfois très osé.
Certes le tout fait un peu bricolé, comme s'il avait découpé et remonté plusieurs courts-métrages. L'interprétation permet de faire passer la pilule, la fin, pleine d'optimisme sur l'Amour avec un grand « A », concluant cette comédie qui devrait permettre à Josh Lawson de conquérir Hollywood, si ce n'est en tant qu'acteur (il joue déjà dans plusieurs séries télé) au moins en tant que scénariste.

Il est triste, elle adore, au point d'atteindre l'orgasme. Le film nous apprend qu'il s'agit de « Dacryphilie, plaisir sexuel à voir quelqu'un pleurer ».

DE CHOSES ET D'AUTRES - Marché ou rêve

Une fois installés dans le presbytère de nos amis de ce hameau rural et verdoyant, se pose rapidement la question de tout vacancier encore dans le rythme d'une année d'activités intenses : on fait quoi maintenant ? Par chance nous sommes arrivés le jour du marché nocturne hebdomadaire d'un gros bourg, distant de deux kilomètres à vol d'oiseau, sept par la route aussi sinueuse que la démarche d'un touriste tombé dans un traquenard rue de la Soif à Canet. Pas le banal marché avec fruits défraîchis et habits des années 70 mais celui dit « de producteurs » où l'on peut déguster le meilleur de la gastronomie locale. Un véritable cauchemar pour ma femme qui ne désespère pas de me faire perdre ma quinzaine de kilos en trop. Entre aligot et truffade, une seule bouchée suffit à combler les besoins en calories et protéines d'une journée de régime. Tout est fait pour transformer la soirée en sommet de la convivialité. De grandes tables sont installées au centre de la place, les stands disposés autour des arcades moyenâgeuses. A trente mètres on sent la douce odeur des saucisses qui grillent. A moins que ce ne soit ces généreuses brochettes de magret de canard. D'autres fumets me titillent les narines : fromage de chèvre, melon à point, jambon sec... Bref, un rêve éveillé pour mon estomac affamé. Glandes salivaires en pleine production, je suis coupé dans mon élan quand le choix du menu tombe. « Bon, on va prendre des assiettes gourmandes : de la salade, du pâté, des rillettes et du cou farci. » « Et deux portions d'aligot... », ça y est, je bave... C'est beau l'amour.

lundi 20 juillet 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Quand les vacances clochent

La plage ? Non merci. Quand vient le temps des vacances, certains habitants du Sud (dont je fais partie), plutôt que de rejoindre la horde des adorateurs du triptyque sable, mer, bronzage, cherchent calme et tranquillité. Telle une vache se trompant de sens de transhumance, j'ai pris la direction du Nord, vers cette France rurale et verte, où les arbres poussent droit, non contrariés par la tramontane. Des amis nous ont proposé de passer une semaine dans leur résidence secondaire, un presbytère rénové dans un hameau niché entre les vallons au cœur de la future région Midi-Languedoc-Pyrénées-Roussillon. Qui dit maison de curé, dit église. Arrivés à bon port, on se gare à l'ombre du clocher. Situé à exactement dix mètres de notre chambre. Une église aux vitraux lumineux, toit de lauzes parfaitement entretenu et murs récemment ravalés. Par chance, les paroissiens locaux ont totalement oublié de réparer le déclencheur du tintinnabulement des cloches à chaque heure. Nous avons pris conscience de notre chance à midi quand un bedeau mécanique a lancé la farandole. Etonnant comme ce bruit si naturel depuis des siècles devient agressif pour nos oreilles cependant habituées à bien pire en ville. Impression confirmée par le concert d'aboiement des chiens du village, perturbés eux aussi par ces cloches incongrues. Quand l'un d'eux se met à hurler à la mort l'évidence s'impose : cette église ne sert plus qu'à célébrer les enterrements des derniers et rares habitants permanents de ce bout de France en voie de désertification.

BD - Contes policiers


Le mélange des genres, rien de mieux pour s'ouvrir de nouveaux horizons narratifs. Paul Jenkins, scénariste américain (Spider-man, Civil War) en avait sans doute assez des histoires trop réalistes. Mais comme il adore le polar, il a gardé un fond d'enquête policière tout en développant un monde imaginaire riche et directement issu des contes pour enfants. Voilà comment Frankie Mack se retrouve inspecteur de police à la division des comptines dans la ville de Rimes, capitale du territoire des « Histoires pour enfants ». Il est appelé sur une scène de crime. Car toute comptine débute par un crime. 
Humpty Dumpty a été jeté du haut d'un mur. Comme c'est un œuf, il a été salement amoché. Humpty est un grand bavard. Il était au courant des derniers développements de la guerre que se livrent les reines et les sorcières. Frankie enquête, interrogeant à tour de rôle Noke (Pinocchio), ou la charmante Alice, qui a grandi et pris des formes. Assez déroutant au début, ce polar est mis en image par Ramon Bachs dans un style plus franco-belge que comics US.

« Fiction Squad » (tome 1), Glénat, 13,90 €

dimanche 19 juillet 2015

BD - Chevalier en jupon


Agnès Maupré en a terminé de dessiner des robes colorées à fanfreluches. Elle vient de boucler le second et dernier tome des aventures du Chevalier d'Éon. 120 pages pour raconter la fin de l'existence mouvementée de cet espion de Louis XV, obligé de se faire passer pour femme afin de mieux infiltrer les cours européennes. Après ses aventures en Russie, le Chevalier est envoyé en Angleterre pour cartographier les fortifications de l'île. Un jour il est un homme fier, en uniforme, secrétaire de l'ambassadeur de France, un autre il se déguise en Lia, jolie bourgeoise qui aime tant peindre des aquarelles. Si possible sur la côte, près des garnisons anglaises... 
Une double vie qui va parfaitement à cet aventurier entièrement dévoué à son roi. Mais les aléas de la politique font qu'il tombe en disgrâce, n'est plus payé, subit l'humiliation de devoir rester en permanence habillé en femme. Prisonnier de ses jupons en France, il préfère redevenir homme en Angleterre. Mais là aussi il doit donner le change pour garder la vie. L'auteur brosse le portrait d'un homme qui a tellement joué avec son identité qu'il ne sait plus, au final, qui il est. Cela ne l'empêchera pas de vivre jusqu'à l'âge de 81 ans...

« Le chevalier d'Éon » (tome 2), Ankama, 15,90 €

samedi 18 juillet 2015

BD - Dictature à moustache


Bienvenue à Sublimeland, dictature imaginaire issue de l'esprit de Fabrice Erre. A sa tête le Guide sublime, nabot caractériel arborant d'énormes moustaches. Il aime bien les moustaches. Aussi quand il arrive au pouvoir il exige que tout le monde porte la moustache. Question subsidiaire de Plonk, son Premier ministre « Et les femmes ? » Réponse du Guide Sublime : « on va les obliger à porter une frange. Une super longue frange pour leur cacher la tête ! Leur tête de femme !! » Pour dénoncer les dictateurs, on peut être instructif ou corrosif. Fabrice Erre a choisi la seconde voie. 
Pour notre plus grand plaisir tant ses gags en quatre dessins sont irrésistibles en raison de leur extrémisme. Car le Guide Sublime n'y va pas avec le dos de la cuillère pour tyranniser son peuple. Plutôt à la pelle. Car « Moi, du moment que quelqu'un se prend des coups de pelle, je suis content... » Parmi les autres passe-temps du monstre, lancer des vaches depuis un hélicoptère, tirer les tresses des femmes, exterminer des minorités et écrire un livre. Mais ce qui lui tient le plus à cœur reste d'être porté sur la liste de l'axe du mal. Pas gagné car vraiment trop marrant...

« Guide Sublime », Dargaud, 14,99 €

vendredi 17 juillet 2015

BD - Yoko Tsuno sur Mars



Impossible de faire plus fidèle que Roger Leloup. Le dessinateur belge a consacré toute sa vie à une seule héroïne : Yoko Tsuno. La jeune Japonaise vit sa 27e aventure depuis ses débuts en 1970 dans les pages du journal de Spirou. 45 ans au cours desquels Leloup a fait bonifier cet univers entre technologie et pure science-fiction. Agé aujourd'hui de plus de plus de 80 ans, il n'envisage pas pourtant de prendre sa retraite, s'amusant toujours à mettre sa jolie héroïne dans des situations de plus en plus compliquées. Toute la force de la série est dans la multiplication des personnages secondaires. 
Comme l'auteur semble être un grand sentimental, il n'ose pas les délaisser au fil des albums. Résultat c'est presque une équipe de foot qui évolue autour de Yoko, de Pol et Vic, les fidèles, à Rosée, sa fille en passant par Emilia, Mieke ou Bonnie. Sans compter les Vinéens, ces extra-terrestres à la peau bleue dont la meilleure représentante est Khâny, au centre de cet album. Avec Yoko elle part sur Mars combattre un « méchant » qui envisage de détruire toute forme de vie sur Terre. Toujours aussi précis dans les dessins, Leloup semble simplement un peu à l'étroit dans ces 46 pages trop formatés.

« Yoko Tsuno » (tome 27), Dupuis, 10,60 €