samedi 19 avril 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Âne au volant



Gros bouchon, hier, sur la RD 673 entre Dampierre et Saint-Vit dans le Jura. La cause ? Une charrette tirée par un âne… Il ne divague pas seul. Son propriétaire l'accompagne. Un artisan, Benjamin Converset de son nom, organise en fait une opération escargot (opération âne aurait été plus juste) contre le problème des retraits de permis. L'artisan vient de perdre ses derniers points. Plus de permis, donc plus de voiture pour se déplacer. Réponse du Jurassien : utiliser une charrette avec un âne. Une grande pancarte explique sa démarche "Je n'ai plus de points, donc plus de permis, mais je dois aller travailler, désolé pour le dérangement". Une telle initiative a bien évidemment remporté un beau succès sur les réseaux sociaux. Tout ce qui touche à la route (et par ricochet aux voitures) interpelle.

Comme le faux radar et le
 "gendarme pisseurde Pierrot Le Zygo installé devant chez lui à Lodève dans l'Hérault. Il réclame des ralentisseurs. Sans réponse des autorités, il installe ces figures en carton et immédiatement tout le monde lève le pied… Mais comme il a croqué le gendarme dans ce qu'il considère comme leur sport de prédilection, le "laisser pisser", la maréchaussée déboulonne l'ensemble. Pierrot, qui a de la suite dans les idées, en installe une nouvelle. Un livreur de pizzas cette fois.
Ces initiatives seront peut-être débattues ce soir au cinéma Castillet à Perpignan à la présentation du documentaire "Tout est permis" de Coline Serreau  sur les stages de récupération de points du permis de conduire. Les propriétaires d'ânes sont les bienvenus.
 

vendredi 18 avril 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Des œufs, une cloche

Nous avons tous des souvenirs de chasse à l'œuf les matins de Pâques. Peut-être est-ce la proximité avec le week-end pascal qui a donné l'idée de sa performance à Milo Moiré, une artiste suisse de 31 ans.

Intitulé "PlopEgg#1", son happening s'est déroulé en début de semaine sur le parvis de l'immense bâtiment accueillant la foire d'art contemporain de Cologne en Allemagne. Entièrement nue (c'est sa marque de fabrique, sa signature artistique...) elle peint une toile avec des œufs de couleur. Pour être sûre d'être remarquée (la nudité ne semble plus être un critère suffisant pour attirer les regards), elle utilise une technique très particulière. Et d'expliquer le plus sérieusement du monde que "pour créer, j'utilise la source originale de la féminité : mon vagin." Juchée sur une échelle, dissimulée derrière un drap blanc, elle "prépare" sa couleur. Puis se place, jambes écartées, au-dessus de la toile posée à plat et "pond" un œuf qui, en éclatant, répand ses nuances.
L'opération est répétée une dizaine de fois et produit un galimatias multicolore. Au final, Milo Moiré plie la toile en deux pour obtenir une forme du genre test de Rorschach. Le résultat ressemble étonnamment à la représentation schématique de l'appareil génital féminin.
Milo Moiré a déjà fait parler d'elle quand elle s'est promenée dans le tram entièrement nue. Elle s'est également filmée, toujours nue, marchant de nuit dans une rue déserte recouverte de 40 cm de neige. Est-ce véritablement de l'art ? Je ne sais pas. Seule certitude : si Pâques est le jour des œufs... c'est aussi celui des cloches. 

BD - Contrat rempli pour les "héritiers" de Jessica Blandy


Gihef au scénario et Renaud au dessin poursuivent l'histoire de Jessica Blandy. La belle romancière imaginée par Dufaux n'intervient pas directement dans cette fausse suite. Le lecteur découvre en fait la cavale meurtrière de deux personnages secondaires de la série mère, le tueur Soldier Sun et sa fille Agripa. Après avoir semé quelques cadavres le long de ces routes américaines si inhumaines, ils se retrouvent dans un petit patelin au milieu du désert. Il y a un shérif ambitieux, quelques ploucs de bases, une riche propriétaire et des dizaines de crotales
Paradoxalement ce ne sont pas ces serpents à sonnettes les plus dangereux de l'histoire, même s'ils sont responsables de quelques morts dans d'atroces souffrances. Soldier Sun n'est pas là par hasard. Il a pour contrat d'éliminer la vieille et riche veuve. Il temporise. Pour se faire oublier. Et aussi car il fait un passage par son lit... Agripa, toujours aussi impulsive, précipite les choses. Cela donne un final dense et surprenant. Le contrat est doublement rempli. Pour les tueurs. Pour les auteurs aussi qui signent un diptyque tout à fait dans l'esprit de la série initiale.

« Crotales » (tome 2), Dupuis, 14,50 €

jeudi 17 avril 2014

Cinéma - La belle et les toiles du film "The Best Offer"

L'art et l'amour s'imbriquent à l'unisson dans The Best Offer, film italien de Giuseppe Tornatore.


Brillant commissaire-priseur depuis des décennies, Virgil Oldman mène une vie quasi monacale. Seul l’art l’intéresse. Cet expert, capable de déceler d’un simple coup d’œil une imitation d’un original ne supporte plus le contact humain. Dans sa vaste maison, silencieuse et déserte, il a une armoire remplie de gants de toutes sortes. Jamais il n’en sort sans avoir auparavant protégé ses mains.

Les dix premières minutes du film de Giuseppe Tornatore montrent le quotidien de ce sexagénaire interprété par un Geoffrey Rush distingué et distant. À vrai dire, il n’est pas très sympathique. Il donne des ordres tranchants à son personnel, maltraite ses assistants, particulièrement les femmes.
Les femmes, il ne peut les voir qu’en peinture. Au propre. Derrière son armoire à gants, il a dissimulé l’entrée secrète de sa salle coffre-fort dans laquelle il accumule les chefs-d’œuvre. Des dizaines de toiles, exclusivement des portraits féminins d’une valeur inestimable.

Automate et faussaire
Ce n’est qu’une fois ce décor planté qu’intervient la mystérieuse Claire Ibbetson (Sylvia Hoeks) et que le film entraîne le spectateur dans un suspense digne des meilleurs thrillers. Mais tout en parlant d’art. Claire veut une estimation des meubles et œuvres d’art stockés dans sa villa. Cette jeune orpheline refuse de sortir de chez elle. Agoraphobe, elle reste cloîtrée dans sa chambre depuis près de 10 ans.
Virgil, intrigué, accepte de se déplacer. En découvrant un engrenage dans la cave, il flaire la trouvaille d’exception. Malgré les sautes d’humeur de la jeune fille, il insiste, notamment pour récupérer d’autres pièces de ce qui pourrait être les restes d’un automate de Vaucanson. Il confie les rouages à un jeune virtuose de la mécanique, Robert (Jim Sturgess). Virgil, tout en rêvant de l’automate, se passionne surtout pour la jeune propriétaire dont il n’a toujours pas vu le visage. Une obsession qui va tourner à l’amour fou. Il tente de la séduire, mais n’a aucune expérience. Il va demander des conseils à Robert, beau gosse qui collectionne les conquêtes. Un vieil homme sans expérience, une jeune femme timide à l’excès : l’histoire d’amour est improbable. Mais tel un dresseur qui apprivoise une bête sauvage, Virgil va gagner la confiance de Claire et même tenter de la soigner.
Loin de n'être qu'une histoire d’amour compliquée, le film de Giuseppe Tornatore parle aussi de contrefaçon et de l’art des faussaires. Ils sont partout et ont souvent le dernier mot.

DE CHOSES ET D'AUTRES - Talking Angela, une chatte trop bavarde

Rumeur un jour, rumeur toujours. Cette maxime est sans cesse vérifiée sur les réseaux sociaux. Il y a un an,
Talking Angela, une application pour smartphone, était suspectée de servir de relais d'un dangereux pédophile. Malgré les démentis de la société et même de la police, la rumeur continue à se propager.
Alors qui est cette Angela avec qui des milliers de jeunes discutent tous les jours ? Une chatte blanche aux grands yeux bleus en amande. Quasiment une intelligence artificielle, très au point. Elle comprend ce qu'on lui dit et répond d'une douce voix féminine. Grâce à la caméra du smartphone, elle peut aussi voir vos expressions et réagir si vous riez ou pleurez. La faille viendrait de là. Les images ne resteraient pas dans l'appareil mais alimenteraient une vaste (et fantasmagorique) base de données dans laquelle les pédophiles se servent.
Le délire va encore plus loin. Certains utilisateurs font des captures d'écran d'Angela et croient apercevoir une ombre dans les yeux de la chatte, le visage du pédophile qui vous observe. D'autres prétendent qu'une fois l'appli installée, la caméra s'allume si l'on prononce le mot "Illuminati"... Illuminé toi-même !
Reste que certains blogueurs déconseillent "Angela Talking" mais pour d'autres raisons. C'est un piège à fric, certaines options sont payantes. Et puis comment interpréter cette récente évolution : "Nouvelle potion : Tu veux voir Angela rire et agir bêtement ? Donne-lui la nouvelle potion qui rend heureux." Je suis parano ou cela ressemble furieusement aux "cigarettes qui font rire (et planer)" ?

mercredi 16 avril 2014

Cinéma - Patrice Leconte fait une rechute de romantisme avec "Une promesse"

Si les histoires d'amour finissent toujours mal, encore faut-il qu'elles commencent. Dans Une promesse, film de Patrice Leconte, une femme et un homme n'osent pas se livrer.


« Quand j’ai lu le livre de Stefan Zweig sur les conseils de mon scénariste Jérôme Tonnerre, j’ai eu le sentiment de revenir à la maison, explique Patrice Leconte. J’avais sans doute un peu abandonné ce qui me plaît le plus au cinéma qui est de raconter les émotions, d’être en rythme avec les battements de cœur, de raconter des histoires d’amour. » Réaliser une comédie romantique en costumes, pas toujours très gaie, il faut oser en 2014. Mais pour Patrice Leconte, après s’être « un peu perdu » comme il le reconnaît bien volontiers, monter ce film c’était un peu comme retrouver les frissons de son premier long-métrage et surtout « de redécouvrir ce que j’aimais réellement faire. »

On retrouve donc un Leconte au cadrage soigneux et aux ambiances feutrées, celui de Monsieur Hire ou de la Veuve de Saint-Pierre. Un metteur en scène au plus près de ses acteurs, quasi fusionnel quand il s’agit de filmer les effleurements entre Richard Madden et Rebecca Hall.

Ménage à trois
L’action du film débute en 1912 en Allemagne. Une entreprise de fonderie dirigée par la main de fer de Karl Hoffmeister (Alan Rickman) embauche un jeune et brillant ingénieur, Friederich Zeitz (Richard Madden). Il gravit rapidement tous les échelons jusqu’à se retrouver secrétaire particulier du grand boss. Le patron, malade, ne peut plus venir à l’usine. Il demande donc à Friederich de servir de lien entre lui et l’entreprise. Chaque jour, le jeune homme se rend dans la belle demeure pour faire le point. C’est comme cela qu’il croise la jeune épouse de Karl, Lotte (Rebecca Hall). Tout est en place pour un ballet amoureux dangereux, encore plus risqué quand Friederich s’installe dans la maison pour être au plus près du jeune Otto, fils du couple dont il devient le précepteur.
Patrice Leconte filme avec une grâce et une sensualité l’attirance inexorable entre la mère et le jeune employé. Cela va de l’effleurement des mains sur les rampes d’escalier aux longues séquences sur la nuque de Rebecca Hall, d’une beauté époustouflante. Mais ils ne franchissent pas le pas. Elle veut rester fidèle.
Le mari, de plus en plus malade, n’est pas dupe. Il parvient à éloigner le prétendant en lui confiant une mission au Mexique. Les deux tourtereaux se feront la promesse de se donner l’un à l’autre au retour de cet exil forcé. Ils correspondent fiévreusement jusqu’à l’éclatement de la première guerre mondiale.
D’un romantisme exacerbé, ce film tourné en anglais, d’un grand classicisme, semble un peu décalé pour notre époque. Cet amour courtois datant d’un siècle semble daté. Mais c’est pourtant toute la beauté et le mystère de la naissance d’une relation amoureuse. « Une promesse » a le mérite de nous le rappeler à nous qui vivons en ces temps d’amourettes jetables.
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L'Europe à l'écran

Le film de Patrice Leconte est l'exemple de ce qui peut se faire de mieux en matière de coopération européenne. Le réalisateur français, adapte une nouvelle de l'Allemand Stefan Zweig. Le tournage se déroule en Belgique avec des acteurs anglais. C'est d'ailleurs dans la langue de Shakespeare que le film est diffusé en version originale. La décision de tourner en anglais s'est rapidement imposée à Patrice Leconte.
Son casting permet de redécouvrir Rebecca Hall, une actrice anglaise qui a illuminé l'écran de « Vicky Cristina Barcelona » de Woody Allen, en concurrence avec Scarlett Johansson. Patrice Leconte a filmé sa beauté diaphane au plus près. Il excelle pour mettre en valeur les femmes sur la pellicule. C'était déjà le cas avec Anna Galiena dans « Le mari de la coiffeuse ». Rebecca Hall a aussi tourné dans de grosses productions américaines comme « Iron Man 3 » et « Transcendance », film de science-fiction avec Johnny Deep en juin sur les écrans. Richard Madden, dans le rôle du jeune ingénieur, montre qu'il y a une vie après Game of Thrones. Interprète de Robb Stark, il a coupé barbe et laissé tomber la pelisse pour son premier grand rôle au cinéma. Il a un bel avenir en « beau gosse » puisqu'on le retrouvera en Prince Charmant dans « Cendrillon » de Kenneth Branagh annoncé début 2015.

mardi 15 avril 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Le Big Bang de la Force


Sheldon contre Dark Vador. Howard mieux que Yoda. Penny en compétition avec la princesse Leia. Les producteurs de la sitcom "The Big Bang Theory" viennent de signer un partenariat avec Georges Lucas.
Un épisode de la saison en cours sera un hommage au monde de Star Wars. Diffusion prévue aux USA le 1er mai, soit trois jours avant la "Journée Star Wars" le 4. Le feuilleton de ces geeks hilarants a souvent fait référence aux films de Lucas, même si Sheldon ne jure que par Flash.
Howard est le seul à avoir eu la chance de faire un petit séjour dans l'espace. Il sera certainement le plus à même de manier les sabres lasers prêtés par les techniciens de Lucas Films. Certaines fuites distillées dans la presse spécialisée laissent entendre que Sheldon a des visions de son mentor (le professeur Proton) et se retrouve, tel Luke Skywalker, sur la planète Dagobah, ce monde lointain de marécages et de forêts qui a servi de refuge à Yoda pendant son exil. Une photo circule sur la toile où trois des comparses (Howard, Sheldon et Raj) arborent de magnifiques T-shirts aux couleurs de la saga interstellaire. Après le tournage en studio, les scènes sont retravaillées par l'équipe des effets spéciaux de Georges Lucas.
En mariant l'univers caustique et savant de la série emblématique des années 2000 avec le monde de Star Wars, nouvel évangile des années 80, le résultat risque d'offusquer quelques intégristes de la Force. Mais ne boudons pas notre plaisir, car ce sera épatant, je n'en doute pas une seconde.

BD - Police et magouille aux antipodes

La Nouvelle-Zélande, ses moutons, ses rugbymen... sa violence. Petit pays aux antipodes de la France, il fascine Caryl Férey. L'écrivain français y a passé quelques années. Suffisamment pour s'imprégner de la culture maori et de la recracher dans un polar sombre et violent dans la Série Noire. Un roman adapté par Férey lui-même et dessiné par Camuncoli, un Italien qui n'a plus rien à prouver après avoir, notamment, signé quelques aventures de Spider-Man. Jack Kenu, flic à la criminelle d'Auckland, est chargé de l'enquête sur le meurtre d'une jeune maorie retrouvée la tête fracassée sur une plage fréquentée par des surfeurs. Il ne croit pas une seconde au crime d'un rôdeur. 
D'autant que la victime, non identifiée au début, se révèle être la fille du leader de l'opposition au Premier ministre conservateur. Dans le second tome de ce polar très noir, Jack tente de retrouver le dealer qui a vendu la drogue aux agresseurs, car avant d'être tuée, la victime a été violée. Agression filmée et utilisée pour déstabiliser le candidat. Jack sera aidé dans sa tache par Keni, son ancienne compagne et amie de la jeune fille assassinée. Ceux qui pensent que la vie aux antipodes peut être mieux que dans notre hémisphère nord seront dramatiquement déçus.

« Maori » (tome 2), Ankama, 14,90 €

lundi 14 avril 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Wat out


En informatique et sur le net en général, il y a panne et panne. D'une utilisation très simple, les ordinateurs et le web sont, en fait, la somme d'une quantité astronomique de codes qui eux sont d'une extrême complexité. Samedi et une partie d'hier, le site de vidéos en ligne du groupe TF1 tombe en panne. Wat.tv est aux abonnés absents. Exactement, un message indique "This domain name has expired". De nombreux internautes se moquent alors du groupe audiovisuel qui "oublie" de renouveler un contrat. "Petite erreur, grandes conséquences" titre le site spécialisé Numérama.
Samedi est un jour essentiel pour TF1 : le soir de son télé-crochet "The Voice". Outre l'audience générale, l'émission est une source de revenus importante en replay. Chaque morceau ou battle est rediffusé sur le site de TF1 via Wat.tv. Et avant chaque visionnage, l'internaute doit ingurgiter un ou deux spots de pub. Samedi, Wat.tv en berne, impossible de rediffuser des extraits. Des milliers de publicités non plus…
La panne touche également d'autres sites qui préfèrent Wat.tv à Dailymotion ou Youtube. La web série Noob, tournée en partie à Carcassonne, par exemple. Hier dimanche, en cours de matinée, tout revient dans l'ordre. Selon TF1, il ne s'agit pas d'une négligence de leur part. Juste d'une incompréhension avec le gestionnaire des noms de domaines. Il est vrai que le suffixe «.tv", pratique pour identifier un site vidéo, est en réalité réservé aux îles Tuvalu qui ont trouvé un excellent moyen de rentabiliser leur nom…

Chronique "De choses et d'autres" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant. 

Thriller - Seattle sur crimes dans "13 jours" de Valentina Giambanco

Première enquête de l'inspectrice Alice Madison sous la plume de Valentina Giambanco, « 13 jours » est un thriller à mille lieues du manichéisme.

Si Valentina Giambanco, malgré son origine italienne plante le décor de son premier roman à Seattle dans le Nord-Ouest des États-Unis, elle est anglaise depuis près de 30 ans. Après avoir travaillé dans le cinéma, elle se lance dans l'écriture avec « 13 jours », thriller qui rencontre immédiatement, et à juste titre, un grand succès en Grande-Bretagne et dans une dizaine de pays. Tous les ingrédients sont réunis dans ces 500 pages, de l'héroïne au passé complexe aux « méchants » animés par des vengeances sans fin. 
Après quelques scènes courtes pour planter le décor et présenter succinctement les différents protagonistes, le lecteur entre dans le cœur du sujet avec la découverte d'une famille assassinée chez elle, les Sinclair. C'est la femme de ménage qui prévient la police. « La chambre des parents, grande ouverte, lui révéla la scène : quatre corps alignés sur le lit -les deux garçons entre les deux adultes- figés dans une immobilité de pierre, les mains liées et les yeux dissimulés par un bandeau, appuyés contre les oreillers luisants de sang. » L'enquête est confiée à Brown, un vieux de la vieille et sa toute nouvelle équipière, Alice Madison qui vient de rejoindre la criminelle.

Deux suspects
Rapidement les analyses des scientifiques déterminent la méthode du tueur : une balle dans la tête pour l'épouse et les deux enfants, une mort plus lente pour le père, étouffé par une surdose de chloroforme. Surtout quelques brins d'ADN sont retrouvés dans les liens et une empreinte sur un verre. Une vieille connaissance de la police de Seattle refait son apparition : Cameron. Insaisissable depuis des années, il est suspecté de plusieurs meurtres. Sinclair est un ami d'enfance de Cameron. Adolescents, ils ont été brièvement kidnappés au bord d'un lac. A l'époque ils étaient trois. Cameron et Sinclair ont pu s'échapper. David, le troisième de la bande, n'a jamais été retrouvé. Les kidnappeurs non plus.
La jeune Alice, pour sa première grosse affaire, est scrutée par son coéquipier. Elle ne le sait pas, mais elle passe un test. Brown a toujours une longueur d'avance sur elle, expérience oblige. Mais à force de travail et de réflexion, elle va rapidement trouver ce qui cloche dans cette scène de crime. La piste Cameron est trop évidente. Et si tout n'était qu'une machination pour faire porter le chapeau à cet homme au passé trouble et aux mains tâchées de sang ? Et que veut dire l'inscription « 13 jours » tracée sur un mur de la chambre ?
Valentina Giambanco joue avec nos nerfs. Un autre suspect fait son apparition, Alice va le traquer. Cameron aussi. Il existe un contentieux entre les deux tueurs. Ils sont animés par un même but : solder les coups reçus dans leur enfance. Ce final à trois s'annonce sanglant. Pour preuve cet extrait, réflexion d'un des protagonistes : « Il finirait par le trouver. Il lui faudrait sans doute un peu de temps, mais quand il l'aurait en face de lui, il exigerait des réponses et lui accorderait en retour une fin rapide. Ce serait le seul geste de compassion qu'il aurait à son égard, et il savait déjà qu'il en tirerait une grande satisfaction. On ne peut pas ressusciter les morts, alors autant s'accorder quelques petits plaisirs. » Toute l'ambiance du roman est dans cette citation...
Michel LITOUT

« 13 jours » de Valentina Giambanco, Albin Michel, 22,50 €