vendredi 26 juillet 2013

BD - Futur froid dans "Winterworld" de Dixon et Zaffino


Si les scientifiques prévoient un réchauffement climatique, les auteurs de BD imaginent plutôt notre avenir sous une chape de glace. C'est le cas de Chuck Dixon, vieux routier des comics américains, associé dans « Winterworld » à Jorge Zaffino, dessinateur argentin mort il y a dix ans, à 42 ans. Scully, marchand ambulant toujours flanqué de son glouton Rah-rah tente de survivre en troquant des vestiges de la civilisation à des tribus d'attardés. Dans le premier chapitre, il est attaqué par des dégénérés aveugles. Il réussit à prendre la fuite avec l'aide de Wynn, une jeune orpheline. Une escapade de courte durée. Repris, ils sont revendus comme esclaves à la ferme. Cette communauté, encore plus impitoyable, cultive légumes et élève des animaux sous un dôme protégé du froid, un ancien stade de base-ball que l'on devine être situé dans l'Etat du Texas. En noir et blanc, cette BD de 140 pages est considérée comme le chef d'œuvre de Zaffino. Une BD idéale au cœur de l'été pour tous ceux qui cherchent un peu de fraîcheur.

« Winterworld », Delcourt, 13,95 €

jeudi 25 juillet 2013

BD - Génie à deux roues


Dans la caravane du tour de France 2013, une BD était à l'honneur, le 44e tome des aventures humoristiques de Léonard par Turk et De Groot. Estampillé « Album officiel », « Tour de génie » débute par une longue histoire complète de 30 pages sur l'invention de la Grande boucle par notre génie préféré. 

De la caravane publicitaire aux sponsors en passant par l'UCI, tout sort de l'intelligence phénoménale de Léonard. Et tout est testé par son pauvre disciple, pas à la fête durant les premiers tours de roues. Par chance Léonard inventera également un breuvage à base d'épinards, de piments et d'oignons : le fameux EPO. On parle donc beaucoup dopage dans cette suite de gags. Pas sûr que tout le peloton apprécie cet humour pourtant très fin. 
Les dernières pages sont occupées par des gags classiques, toujours aussi efficaces tant au niveau du scénario que du dessin typiquement « gros nez » de Turk.
« Léonard » (tome 44), Le Lombard, 10,60 €

mercredi 24 juillet 2013

Roman - "Le papillon de Siam" de Maxence Fermine

Maxence Fermine raconte avec une forte empathie le périple asiatique de Henri Mouhot, à croire que le romancier était dans les bagages de l'explorateur. 
Durant des années, inlassablement, le Français va sillonner les forêts, vallées impénétrables et montagnes vertigineuse à la recherche du rarissime papillon de Siam. Il le croisera une fois, mais sera incapable de le capturer. Désespéré, prêt à abandonner, il va par hasard découvrir les ruines d'une ville inconnue. Une seconde fois sa vie va basculer. Henri Mouhot n'a pas trouvé son papillon, mais il a révélé au monde entier Angkor, ville-temple considérée comme la 8e merveille du monde... (Le Livre de Poche, 5,60 €)

mardi 23 juillet 2013

Roman - François Garde met la descendance en pièces dans "Pour trois couronnes"


Chargé de mettre à jour l'héritage d'un riche industriel, le narrateur du roman de François Garde découvre une incroyable histoire de descendance.


Quand on invente son métier, il ne faut pas s'étonner s'il évolue avec le temps. Le narrateur du roman de François Garde est curateur aux documents privés. En clair, il effectue le classement des papiers d'une personne décédée. Il faut être minutieux, curieux et surtout discret. Un travail de recherche, d'archivage, de recherche pour déblayer en quelques jours le fardeau de la paperasse d'une vie. Cela fait quelques années que Philippe Zafar vit correctement de cette activité à New York. Lui, le fils d'immigré libanais, a coupé les liens avec sa famille et trouvé sa voie. Son destin, professionnel et personnel, bascule quand il accepte de travailler pour la veuve de Thomas Colbert. Ce dernier, un marin français devenu richissime industriel américain, était à la tête d'une fortune colossale au moment de sa mort à plus de 80 ans. Sans enfant, la veuve hérite. Mais un document retrouvé dans les papiers de son mari l'intrigue. Elle demande donc à Zafar, réputé pour son efficacité et sa discrétion, de déterminer s'il est bien de la main de Colbert et surtout sa signification.
Il s'agit d'une lettre manuscrite de trois pages racontant l'aventure d'un soir d'un marin de passage dans un port. Abordé par un homme dans un bar, il lui promet une belle somme contre un travail simple. Le marin accepte, est conduit dans une maison dans la ville haute et fait l'amour, en présence d'un médecin et d'un autre homme, à une femme au visage couvert d'un voile. Un quart d'heure de labeur payé « trois belles couronnes d'or, avec une tour au revers. » Zafar va se passionner pour cette histoire. Elle va lui répondre en écho à sa propre condition, Libanais n'ayant pas connu son pays de naissance.
Une minutieuse recherche va lui permettre de situer la ville où la marin a reçu les trois couronnes. Bourg-Tapage est la capitale d'une île tropicale, dans l'hémisphère sud, ancienne colonie où une paix fragile s'est installées après une guerre civile meurtrière entre les « Insulaires » et ceux du « dehors ».

Guerre civile à Bourg-Tapage
Un tiers du roman se déroule sur cette île imaginaire, mix entre Haïti, la Réunion et la Nouvelle-Calédonie. Un homme s'est levé pour exiger plus de justice pour les « Insulaires ». L'éternel affrontement entre colons et colonisés. Benjamin Tobias, fils d'un riche propriétaire et d'une simple Insulaire, a vu la fortune de son père disparaître. Devenu syndicaliste puis politicien, il mène la révolte. Pacifiquement, même si ses revendications sont nationalistes et mettent en avant une préférence nationale exclusive. Jusqu'à ce jour funeste ou une bombe explose sous sa voiture. Quatre mois plus tard, le coupable n'est toujours pas démasqué, l'île est à feu et à sang.
Zafar découvre l'histoire de Bourg-Tapage par l'intermédiaire d'un historien local qui raconte comment la politique de Tobias a modifié les mentalités. « Ceux d'ici » vous considèrent comme un étranger. « Désormais vous ne pouvez plus avoir avec eux de relations dépourvues d'arrières-pensées. Un mur s'est établie entre eux et vous, que vous n'avez pas vu s'élever, mais qui désormais, quoi qu'il advienne, ne s'abattra plus. Ils sont, eux, les gens d'ici. Vous êtes, vous, du dehors. » Les casques bleus de l'ONU sont encore en ville quand Zafar y passe quelques jours. Il va identifier le médecin, le marin, la femme. Et la descendance, fruit du travail payé trois couronnes d'or. Une filiation qui va faire vaciller l'empire de Colbert et le calme retrouvé de Bourg-Tapage.
Ce texte de François Garde, entre aventure et réflexion philosophique sur la filiation, envoute le lecteur, l'oblige à se questionner sur son arbre généalogique, ses ancêtres, sa descendance. On n'en sort pas indemne, même si tout est joué d'avance.

« Pour trois couronnes » de François Garde, Gallimard, 20 € (disponible au format poche chez Folio)


lundi 15 juillet 2013

BD - Cercles emmêlés

Seconde partie du Cercle, le nouveau comics made in France de chez Delcourt. Comme aux USA, les parutions sont rapprochées. Deux mois après la première partie, voici la seconde. La troisième et dernière sera en vente fin août. Le Cercle est constitué d'anonymes dotés de pouvoirs surnaturels. L'un entend des voix, l'autre perçoit les véritables couleurs de la réalité. Après l'assassinat du mentor, Adam, Pia semble être la suivante sur la liste. Ses amis vont tout faire pour la protéger et bénéficier de l'aide de Lorelei, une « entité neutre » qui arrive à manipuler la volonté des humains. L'essentiel de la seconde partie écrite par Andoryss et dessinée par Nesskain, est consacrée à l'explication des deux mondes cohabitant. Le réel et l'invisible. Les membres du Cercle sont à la lisière, une sorte de no man's land entre les deux. Les entités neutres vont se révéler plus complexes que prévu et le « méchant » prendra la forme étonnante d'une fleur de magnolia.
Etonnants, parfois un peu emmêlés, ces cercles captiveront les amateurs de fantastique urbain.

« Le Cercle » (tome 2), Delcourt, 14,95 €

jeudi 11 juillet 2013

BD - Les Dauphins espions de "Mermaid Project" de Léo, Jamar et Simon


Léo
, l'inventeur des Mondes d'Aldebaran, a plusieurs cordes à son arc. Son imagination sans limite multiplie les projets. Incapable de tout dessiner, il délègue à des dessinateurs soigneusement choisis. Fred Simon se charge de « Mermaid Project ». Corine Jamar aide Léo au scénario. Dans un futur proche, l'économie mondiale est tributaire des producteurs de méthane à base d'algues. Algapower, une multinationale, est soupçonnée par l'ONU de pousser ses recherches en génétique vers le règne animal. Romane, jeune policière parisienne, est envoyée à New York pour enquêter sur la mort mystérieuse d'une employée française de la société incriminée. La blonde héroïne sera réquisitionnée par un commando de l'ONU pour espionner dans les entrailles d'Algapower. Pour s'y rendre, un seul chemin : les égouts. Et pour guide, Romane bénéficie de l'aide d'un dauphin très intelligent. Une série plus ambitieuse qu'il n'y paraît. Avec en toile de fond les manipulations génétiques et les risques de dérive de notre société contemporaine.

« Mermaid Project » (tome 2), Dargaud, 13,99 €

mercredi 10 juillet 2013

BD - Tif et Tondu au patrimoine


En 1996, pour la dernière fois, Tif et Tondu animaient les pages de Spirou. Une 45e aventure signée Sikorski et Lapière, les repreneurs de la série popularisée par Will et Tillieux. « Le mystère de la chambre 43 » voit les deux enquêteurs résoudre une histoire d'homicide dans le cadre d'une station de ski. Les dernières pages existantes des aventures de Tif et Tondu sont reprises dans le treizième volume de l'intégrale. Un clap de fin définitif pour une série entrée au patrimoine de la BD franco-belge. 
La tentative de moderniser les deux détectives ne parvient pas à relancer le fond. Car comme l'explique un dossier en préambule, la reprise plus qu'honorable avait encore de beaux tirages. Mais n'était pas suffisante pour assurer un renouvellement d'intérêt pour le fond. La fin d'un modèle économique. Les collectionneurs se rabattent sur cette très belle intégrale, enrichie de nombreux articles et histoires inédites. 
Ce n'est donc pas sans une certaine nostalgie que le chroniqueur BD parle pour une dernière fois de Tif, le chauve et Tondu, le barbu...

« Tif et Tondu, intégrale » (tome 13), Dupuis, 24 €


mardi 9 juillet 2013

Thriller - Un tueur venu du passé dans "Les Lumineuses" de Lauren Beukes

Un tueur en série trouve le moyen infaillible de ne pas se faire prendre. Il tue dans le futur. Thriller fantastique sombre signé Lauren Beukes.

Au début des années 30, aux USA en pleine récession, il est difficile de survivre. Harper Curtis, vagabond bagarreur, a d'autres soucis en plus que de trouver sa pitance quotidienne. Poursuivi par des dizaines d'hommes en furie, lesquels ont bien décidé de l'éliminer. Un coup de couteau de trop... Acculé, il découvre une maison à l'aspect abandonné. La porte est fermée à clé, mais justement il en a une dans la poche. Volée à sa dernière victime. Il tente le tout pour le tout. Miracle, la maison s'ouvre. Harper Curtis a trouvé un refuge. Il ne le quittera plus. Thriller résolument fantastique de Lauren Beukes, écrivain originaire d'Afrique du Sud, elle s'est déjà fait remarquer avec « Zoo City », prix Arthur C. Clarke en 2011. Là elle change de registre, signant un roman noir brillant et sombre. Elle prend le pari de présenter dès les premières pages le tueur de l'histoire, ce Harper, pervers, illuminé, violent. Des chapitres courts avec à chaque fois un personnage principal. Seconde à entrer en scène, Kirby, une jeune fille qui a eu le malheur de croiser le chemin de Harper. Kirby survit. Après quatre ans de convalescence, elle retourne à l'air libre. Avec une obsession : retrouver son assassin. Car Kirby se considère comme morte...

Maison maléfique
Etudiante en journalisme, elle profite d'un stage au quotidien de Chicago pour remonter la trace de Harper. Une trace visible au fil des décennies. Harper a déjà tué. Dans les années 30, en 50 aussi. Puis régulièrement jusqu'en 1993, l'époque actuelle. Problème, loin d'être un vieillard, c'est un homme dans la quarantaine qui a poignardé l'étudiante mais il boite et marche à l'aide d'une béquille.
Le lecteur comprend vite l'avantage de Harper. En pénétrant dans la maison, il a littéralement été possédé par elle. Sur les murs des chambres, il a vu des portraits de femmes. Ils brillaient dans l'obscurité. Et Harper a compris sa mission : tuer ces femmes et ramener un objet familier à la maison. Pour les atteindre, il lui suffit de penser à elles et quand il sort de la maison, il est à la bonne année. Généralement il effectue un premier contact, quand elles sont enfant. Comme pour hanter leurs cauchemars. Puis y retourne dix ans plus tard et sort son couteau. Ensuite il réintègre à la maison, revient en 1931 et ne craint rien...

Eventrée
En 1989, il rencontre une seconde fois Kirby. Dans les bois. Elle promène son chien. Il la frappe avec sa béquille et l'entreprend à sa façon. « Il relève son tee-shirt et promène une main sur son ventre, la palpant avec des gestes brutaux, semant des ecchymoses sur la peau blanche. Soudain, il plante la lame du couteau dans la paroi abdominale, la fait pivoter d'une torsion du poignet et pratique une entaille au tracé irrégulier, correspondant à la trajectoire de sa main. Elle se cabre violemment, pousse un hurlement. » L'écriture de Lauren Beukes est crue, comme Harper mais aussi Kirby. La jeune fille, taciturne et quasiment asociale, n'a plus qu'une obsession : retrouver Harper.
Elle recevra l'aide de Dan, ancien journaliste fait-diversier, reconverti dans le sport pour cause de dégoût. Le couple n'est pas sans rappeler le duo de Millénium.
Un thriller à la construction différente des classiques du genre, très prenant dès que l'on passe l'obstacle des sauts dans le temps, déroutants durant les premières pages.
 
« Les lumineuses » de Lauren Beukes, Presses de la Cité, 22€

lundi 8 juillet 2013

BD - Vaisseau vivant


Après l'adaptation de « L'assassin royal », les éditions Soleil s'attaquent à un autre gros morceau de la Fantasy made in Robin Hobb : « Les aventuriers de la mer ». Alwett se charge de l'adaptation et Dimat des dessins. A Terrilville, les familles marchandes, après des décennies de prospérité, perdent de l'argent. Pourtant elles ont toujours la meilleure flotte au monde composée de Vivenefs, des bateaux vivants. La proue, en bois sorcier, est vivante et le navire est quasi autonome. Mais la magie ne marche pas toujours. Vivacia est endormie. Elle ne se réveillera qu'à la mort de son propriétaire, le marchand Vestrit, et se mettra au service de son descendant. Une osmose entre Vivenef et humain qui fait tout le sel de cette histoire. Promise à la fougueuse Althéa, Vivacia est finalement léguée à sa sœur, la palote Keffria, mariée au machiavélique Kyle. Le vaisseau vivant va-t-il accepter cette trahison ? Althéa peut-elle se résigner ? La suite est déjà très attendue.

« Les aventuriers de la mer » (tome 1), Soleil, 13,95 €

samedi 6 juillet 2013

BD - M'sieur Maurice et Bazile, deux auteurs inspirés

Quand la jeune génération rend hommage aux grands anciens, cela donne cet album, entre biographie romancée, relecture des classiques et road movie sur les départementales et nationales françaises. Bruno Bazile, comme beaucoup, est fan de Gil Jourdan. Et de son auteur, Maurice Tillieux, touche à tout génial de la BD franco-belge. Bazile va imaginer comment Tillieux s'est servi de son quotidien pour imaginer et dessiner des albums d'anthologie comme « Popaïne et vieux tableaux » ou « La voiture immergée ». Une ambiance étrange ressort de ces histoires courtes. Tillieux semble être souvent à court d'idée. Plus que la page planche, c'est le vide sidéral. Mais il ne s'en inquiète jamais. Son bagout et son incroyable optimisme le sortent toujours d'affaire. Il sait se « vendre » et quand est véritablement acculé n'hésite pas à reprendre les vieux scénarios de Marc Jaguar... Tillieux aimait les voitures. Les dessiner. Les conduire. La Dauphine ouvre l'album. Une R8 de location le referme. La voiture dans laquelle il se tuera, sur une de ces petites routes où il a toujours trouvé ses idées.

« M'sieur Maurice et la Dauphine jaune », Glénat, 13,90 €