dimanche 10 février 2013

Billet - "Origine du monde", Liberté...", des toiles sur la Toile


Étrange cette fascination des internautes pour l'art. Deux histoires de toiles ont animé la Toile ces dernières 48 heures. 
Hier, tout le monde s'offusque de l'attentat subi par « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix. Une femme, fragile psychologiquement, écrit au feutre indélébile sur le tableau exposé au musée du Louvre de Lens. Un tag mystérieux, qui ne reste pas longtemps secret. AE911. Ce n'est pas le code d'un colorant chimique, ni d'une autoroute en Belgique. Les initiés reconnaissent immédiatement le nom d'un site internet de « complotistes ». Ils tentent de démontrer que les attentats du 11 septembre ne sont qu'une mise en scène du pouvoir. Raison de plus pour donner une résonance amplifiée à cette histoire de tableau maculé. 
Jeudi, c'est un visage qui fait jaser sur Twitter et Facebook. Un scoop de Paris Match : on a découvert la tête de « L'origine du monde » de Courbet. La toile sulfureuse, montrant en gros plan un sexe de femme hyper réaliste, aurait été découpée. Le haut du tableau, le visage du modèle, viendrait d'être retrouvé. Cela casse un peu la force de la composition et immédiatement le débat a fait rage car beaucoup  prétendent que ce n'est que pure invention.
Plus prosaïquement, j'ai une autre explication à ces subites passions pour le grand art. La Liberté montre une femme aux seins nus et pour l'Origine, pas la peine de faire un dessin. Enfin, si cela peut aider à faire venir les jeunes dans les musées...
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue samedi en dernière page de l'Indépendant

samedi 9 février 2013

BD - Violence pure dans le nouveau Jeremiah de Hermann


Pour la 32e fois, Jeremiah et Kurdy promènent leur carcasse dans le monde post apocalyptique imaginé par Hermann. Aux guidons de leurs motos, ils vont de ville en ville, sans cesse en danger. Dans « Le Caïd », ils sont en panne. Immobilisés, ils sont témoins d'une rixe. Jeremiah, comme à son habitude, intervient pour aider le plus faible. Il se fera un ennemi redoutable. Bloqués dans cette ville partagée entre deux gangs, ils vont devoir trouver refuge dans un vieux parc d'attraction pour l'explication finale.
Avec un scénario réduit à sa plus simple expression, ces 46 pages sont juste un prétexte pour dessiner des décors sombres et inquiétants, cadres d'un déchaînement de violence pure. Du Hermann, dans toute sa splendeur.
« Jeremiah » (tome 32), Dupuis, 12 €

vendredi 8 février 2013

BD - L'amour tout simple selon un "maladroit sentimental"


Gérard Latuile porte bien son nom. Il n'a pas de chance. Gaffeur invétéré, il est acteur. 33 ans toujours célibataire, il cherche la femme de sa vie. Et pour une fois, il a l'impression que la chance lui sourit. Florence, une relation de travail, semble parfaite. Il hésite beaucoup et finalement surmonte sa timidité pour l'inviter. Et là il découvre que Florence, en plus d'être plus âgée que lui, a trois enfants... Tout ce que Gérard déteste. Mais l'amour, tout simple, est le plus fort. 
Les deux vont lentement s'apprivoiser puis s'aimer. 
C'est cette fusion qui est racontée dans cet album très sensible, écrit par Zabus et dessiné par Casanave. Beaucoup plus qu'une bluette, c'est une remarquable tranche de vie qui est proposée dans ces chroniques.
« Les chroniques d'un maladroit sentimental » (tome 1), Vents d'Ouest, 11,50 €

Billet : R.I.P. le CD

Exit le CD. Le fossoyeur du vinyle et de la cassette n'a pas régné longtemps sur le monde de la musique. Une étude récente de la société Gfk montre que le CD ne représente plus que 24 % de l'écoute moyenne de musique.

Radio et télévision font la course en tête (50 %) et la musique dématérialisée représente plus d'un quart avec 26 %. Téléchargement légal et streaming ont pris le dessus. Essentiellement sur des ordinateurs. Le phénomène ne peut que s'amplifier avec le succès des smartphones et des tablettes...  Dans les années 80, le CD était devenu l'arme ultime du mélomane. Enfin un support pour profiter parfaitement du travail de l'artiste, de l'arrangeur et du producteur. Inusable, il semblait être appelé à durer des siècles. Moins de 20 ans plus tard, la rondelle de plastique brillant est complètement obsolète. Juste bonne à accrocher aux branches des arbres fruitiers pour effrayer les oiseaux... 

Si vous êtes de la génération CD et que vous regrettez ses emballages  impossibles à ouvrir, soyez patients. Dans quelques années, il devrait revenir sur le devant de la scène. Du moins si l'histoire se répète. Les derniers chiffres de ventes aux USA montrent une baisse de 13 % pour les CD, une  augmentation de 14 % pour le numérique et l'explosion (+ 17%) des ventes de... vinyles. La bonne vieille galette noire et craquante fait un retour en force dans les rayons. Des rééditions mais aussi quelques nouveautés.

Donc, en 2030, le CD sera de nouveau tendance ! 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

jeudi 7 février 2013

Billet - Petit cours de rap pour les nuls


Depuis quelques jours, une polémique entre rappeurs français prend une dimension jamais atteinte. Relayée par les réseaux sociaux, elle oppose Booba au duo Rohff et La Fouine.
Vous n'y comprenez rien ? Rassurez-vous, moi non plus. J'ai dû réviser mon « rap pour les nuls » pour avoir une petite chance de démêler les fils.
Il était une fois trois petits gars de la banlieue. Ils n'ont pas la langue en poche. Leurs rimes sont riches mais violentes. Les oreilles chastes sont choquées. Les autres apprécient. Succès et argent changent la vie des rappeurs. Ils entrent dans une autre dimension. Mais dire du mal de la France, des policiers et autres symboles de la société ne suffit plus. En septembre dernier, Booba prend pour cible les autres rappeurs. Pour être sûr qu'ils saisissent le message, la chanson est truffée de gros mots. Rohff se sent directement visé. Sur la même musique, il attaque en frontal Booba, paroles tout aussi explicites à l'appui. Le duel (qui a failli se régler sur un ring) accueille un troisième larron, La Fouine, dézingué par Booba qui rappelle ses démêlés judiciaires d'antan.
A ce stade, on pourrait en rire, trouver que cela ressemble à une querelle de cour de récréation, niveau CE1. Problème, il y a longtemps que ces lascars ne sont plus des gamins. Quand l'un ressort une vieille affaire d'agression sexuelle, l'autre se fait tirer dessus au petit matin.
Prochaine étape ? La sortie d'un album. De trois exactement. Ce serait idiot de ne pas profiter de toute cette publicité gratuite...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue en dernière page de l'Indépendant ce jeudi.  
 

BD - Le commandant Achab, un flic tenace


Maigret n'a qu'à aller se rhabiller. Les nouveaux flics ont un peu la même dégaine bonhomme, mais ce n'est qu'une apparence. Prenez le commandant Cohen, surnomme Achab, il a une jambe de bois, une mauvaise humeur permanente à peine atténuée par sa forte consommation de cannabis. Achab est en vacances. Il décide de passer quelques jours au Havre en compagnie de son adjoint, Karim. Il tente de résoudre une vieille histoire de trahison. Mais quand son supérieur apprend sa présence dans la ville normande, il lui ordonne d'enquêter sur le meurtre, tout chaud, du maire de la ville. Les voilà embarqués dans une histoire de tueur en série aux motifs obscurs. 
Stéphane Piatzszek, le scénariste, renouvelle le genre avec brio. Douay, au dessin, apporte juste la petite touche de noirceur rendant le tout encore plus crédible.
« Commandant Achab » (tome 3), Casterman, 13,95 €


mercredi 6 février 2013

Billet - Députés trop connectés

Le fameux « rappel au règlement » cher aux députés d'opposition désireux de ralentir l'adoption des lois a fait un retour triomphal dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.
Le débat sur le mariage pour tous se transforme en guerre de tranchées où tous les coups sont permis. Même les virtuels. Vendredi, un député Vert diffuse sur Twitter quelques piques à l'encontre de Hervé Mariton, député de droite en pointe dans l'obstruction. Christian Jacob, pour le groupe UMP, s'indigne et réclame une suspension de séance, « afin de ramener nos collègues de la majorité à la raison et la sérénité. » Suspension accordée. Nouveau retard dans les débats.
Quelques heures plus tard, nouvelle demande de l'UMP. Cette fois un député PS gazouille et avant de revenir en séance, confie à ses abonnés sa déprime face à « tant d'inepties et de mauvaise foi ». Un, passe encore, deux, c'en est trop :  rappel au règlement rejeté.
L'irruption des nouvelles technologies va-t-elle bouleverser les habitudes des parlementaires ?  Normalement, les débats doivent être strictement confinés à l'hémicycle pour éviter toute interférence avec l'extérieur. Les portables ne passent pas, un brouilleur est installé dans l'enceinte. Mais en déployant un réseau wifi, les services techniques de l'Assemblée nationale ont réveillé les smartphones. Nombreux sont les députés dissipés qui, en pleine séance, consultent leurs emails ou les réseaux sociaux.
Les députés connectés ont remplacé les godillots. Reste à savoir si le débat y gagne au change.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant

BD - Folie littéraire par Mangin et Griffo

La littérature peut rendre fou. Pas le lecteur, mais le créateur. A force d'imaginer les existences de personnages fictifs, on peut basculer dans une non-vie aliénante. Le premier récit du triptyque « Abymes » s'intéresse au parcours de Balzac. L'écrivain français, mondialement célèbre, était un monstre de travail. Il écrivait des pages et des pages au quotidien pour alimenter les journaux qui publiaient ses histoires sous forme de feuilleton. Valérie Mangin a imaginé une biographie fictive de Balzac. Il découvre dans un quotidien un autre roman en lieu et place de son ouvrage en cours. Surtout, l'histoire semble raconter sa vie. Exactement toutes les exactions qu'il a commises pour arriver à ses fins. Qui lui en veut à ce point ? Comment est-il aussi bien informé ? Balzac va mener son enquête, se retrouvant mis en abîmes dans une histoire écrite par un mystérieux fantôme. Passionnant, tant dans le récit que dans sa construction, « Abymes » bénéficie en plus du talent graphique de Griffo.
« Abymes » (première partie), Dupuis, 15,50 €


mardi 5 février 2013

Billet - Une appli SOS préservatif dans votre smartphone


Les Don Juan du dimanche sont obligés, parfois, d'abandonner une bonne opportunité en découvrant, effarés, l'absence de préservatif dans leur trousse de parfait petit séducteur. Chercher désespérément un distributeur est souvent rédhibitoire pour la conquête du moment.

Désormais, que l'on soit chez soi ou dans sa voiture, la solution existe. Il suffit de disposer d'un smartphone, de l'application « SOS condom » et d'un peu de patience car la livraison du « laisser-passer » peut prendre une heure. Pour l'instant, il ne s'agit que d'une version test, expérimentée à... Dubaï.
Mais on peut en découvrir tous les avantages sur un site dédié. Une fois l'appli installée sur son smartphone, on lance sa géolocalisation en même temps que la commande. Un petit film publicitaire, non dénué d'humour, montre les trois options de livraison. Chez soi, rien de plus simple que de faire appel à un faux livreur de pizza. Dans la boîte vous trouverez un petit sachet semblable à celui utilisé pour l'huile pimentée. En espérant qu'il n'est pas question du « goût » du préservatif...
Dans votre voiture, vous serez livré avec une petite pointe d'adrénaline. C'est un faux policier, gyrophare allumé, qui vous dépanne en vous rendant vos papiers après contrôle.
Encore plus improbable, dans la rue, un couple de touristes vous demande votre route tout en vous glissant discrètement l'objet de votre convoitise. Sponsorisée par Durex, cette application prouve que l'on peut vraiment tout faire avec un smartphone, même se protéger.


Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant.

lundi 4 février 2013

BD - Méchant masqué dans "Bad Ass", comics à la française


Dans les comics américains, les super héros sont toujours confrontés à des méchants. Que serait Batman sans le Joker ? Il a fallu que des Français se lancent dans le format du comics pour que ces méchants soient les véritables héros d'une série. Bad Ass, écrit par Hanna et dessiné par Bessadi, propose le portrait de quatre anti héros. Premier à entrer en scène, Dead End. Sous son masque de cuir orné d'un ballon de basket en feu, se cache un visage d'ange. Mais ça, personne ne le sait. Dead End est devenu teigneux après des années de brimades au collège. Un passé raconté en parallèle à ses « exploits » actuels. Un blondinet cachant en permanence ses boutons sous une frange et de grosses lunettes. Régulièrement frappé et malmené par les caïds de sa classe, il devra même faire de fréquents séjours à l’hôpital. Au final, il va se transformer. Devenir fort, adroit et... très méchant. Capable de mettre à terre trois policiers avec une simple cigarette allumée, il semble indestructible. C'est sans compter sur l'AJF (American Justice Federation), conglomérat de super héros oeuvrant pour le bien. Entre hommage et parodie, Bad Ass est le premier titre d'un label de comics 100% français.

« Bad Ass » (tome 1), Delcourt, 14,95 €