mardi 23 février 2010

BD - Alien crade


Si vous recherchez une BD pleine de poésie et de finesse pour vos rejetons, évitez le nouvel opus des aventures de Samson et Néon par Tébo. Par contre, si votre enfant est un adepte de blagues un peu crades et pas très nettes, il adorera ces héros de BD qui dépassent allègrement les limites. 

Samson, jeune écolier, a pour meilleur ami Néon, un extraterrestre rose. Ils forment un couple infernal, vivant des péripéties dans toute la galaxie ou dans la cour de récréation. Dans le premier récit complet, le couple désire rendre service à Michel, un pote à Néon, immense cyclope désirant faire bonne impression auprès de sa fiancée Onguline. Il leur demande d'exploser les furoncles qui ornent ses fesses. Comme les boutons font un mètre de diamètre, imaginez l'explosion de pus... 

Le reste de l'album est à l'avenant, jouant avec tout ce qui fait rire quand on est jeune et boutonneux. Ce n'est pas du meilleur goût mais cela plait beaucoup dans les cours de récréations. 

Une BD déjantée qui a fait l'objet d'une adaptation télévisée. Un DVD reprenant un épisode est d'ailleurs offert avec cet album.

« Samson et Néon » (tome 7), Glénat, 9,40 € 

lundi 22 février 2010

Thriller - De la lâcheté à la vengeance

Chronique de la bêtise et de la haine ordinaire dans ce thriller de Jacques Expert racontant un fait divers de l'intérieur.


C'est sûr, il n'aurait pas du boire ce soir-là. Et ne pas répondre au téléphone en conduisant. Mais Jean-Pierre Boulard n'est pas du genre à se faire dicter sa loi. Roulant de plus en plus vite car il est en retard pour le repas du soir (et sa femme Christine ne plaisante pas avec les horaires), il percute un gamin qui circulait à vélo. S'arrête mais préfère prendre la fuite quand il voit que « le gamin est salement touché ». Ce n'est que le lendemain matin, alors qu'il arrive au travail, qu'il apprend la nouvelle. Le fils d'Antonio Rodriguez, un ouvrier de la société, est mort, tué par un chauffard qui a pris la fuite.

Sur ce fait divers horriblement banal, Jacques Expert a construit un thriller psychologique implacable. Et le dénouement final est dans le titre : « Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils ». Un roman qui nous plonge au cour d'une certaine France, celle de l'individualisme, de la prétention. Tout le roman est écrit à la première personne. Par les quatre principaux protagonistes : Antonio Rodriguez, le père de l'enfant mort, sa femme Sylvia, Jean-Pierre Boulard, le chauffard et Christine, son épouse. 

C'est Jean-Pierre qui raconte le premier. Sa soirée arrosée et l'accident. « Le petit a du faire un écart sur la gauche » tente-t-il de se persuader. Constatant que « du sang gicle de sa bouche », « je me rends compte en un instant de toutes les emmerdes qui m'attendent ». La suite est horrible mais logique quand on connaitra mieux la personnalité de Boulard : « La nuit tombe, la petite route est déserte, personne n'est passé. J'ai du pot et il faut que j'en profite. Vite ! » Et alors qu'il enclenche la première, laissant l'enfant mourir lentement de ses blessures, Boulard jubile : « J'ai vraiment eu de la chance et j'ai bien fait de me tirer. »

L'effondrement d'une famille

Cette première partie est très dure mais interpelle car on ne peut s'empêcher de s'imaginer à la place du chauffard. Un roman miroir qui se prolonge avec l'autre côté du drame, du côté du père. Antonio Rodriguez a tout pour être heureux. Marié à Sylvia, ils ont deux enfants. Un garçon puis une fille. Au dernier Noël, l'aîné a eu ce vélo qui le faisait tant rêver. Ce vélo rouge qui aura indirectement provoqué sa mort et l'effondrement de cette famille. 

Durant de longues semaines, Boulard se fait tout petit, les gendarmes piétinent et Antonio n'en peut plus de ne pas connaître l'identité de l'assassin de son fils. Quelques mois plus tard, alors Sylvia s'enfonce dans une profonde dépression, elle fait jurer à Antonio de retrouver le chauffard et de le tuer. Le père qui est persuadé d'avoir enfin démasqué le lâche un soir, après avoir remarqué que Boulard passe régulièrement sur cette portion de route. Il est sur le point de passer à l'action quand le gendarmes lui annoncent qu'un chômeur alcoolique vient d'avouer...

Jacques Expert a parfois un peu forcé le trait, mais ses personnages restent très crédibles. Par leurs différentes réactions, ils nous interrogent sur notre responsabilité, notre raison, nos sentiments, de la lâcheté à la vengeance. L'encre de ce roman est puisée dans toutes les noirceurs de l'âme humaine.

« Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils », Jacques Expert, Editions Anne Carrière, 18 €

dimanche 21 février 2010

BD - Dans une sombre forêt


Les contes de fées et autres histoires de magie ont encore de beaux jours. L'imaginaire des nouveaux auteurs, nourri des histoires d'antan, parvient encore à nous étonner, nous émerveiller. 

Pour preuve cette série écrite par François Debois, un Breton connaissant ses classiques sur le bout des doigts, et dessinée par Montse Martin, une virtuose espagnole ayant travaillé son trait des années durant en faisant du dessin animé sous la responsabilité de Canales (Blacksad). Le second tome de cette série véritablement tout public nous en apprend un peu plus sur l'enfance des parents des trois jeunes héros. 

Tara et Tom, grâce à la cape magique, parviennent à remonter dans le temps et à revivre la rencontre entre trois garçons. Deux d'entre eux se disputent l'amour d'Amélie, jeune femme qui deviendra la mère de Tara. Ils se lancent un défi : aller le plus loin dans l'inquiétante forêt où une mystérieuse bête attaque les promeneurs. Ils iront loin, trop loin... 

Ce récit à deux niveaux, plein de rebondissements, joue sur la curiosité des enfants et les passions des adolescents.

« Talisman » (tome 2), Glénat, 13 € 

samedi 20 février 2010

BD - Vorkosigan, l'ambitieux galactique


Ce récit de science-fiction adapté des romans de Lois McMaster Bujold est l'archétype du space opéra. Adapté par Dominique Latil, scénariste de BD chevronné, disciple et ami d'Arleston, le dessin en a été confié à José Maria Beroy, illustrateur espagnol qui tire son épingle du jeu quand il faut imaginer des aliens ou des vaisseaux spatiaux. 

Le héros, par certains côtés, fait un peu penser à un personnage public qui est sur le devant de la scène politique française depuis quelques années. Petit, difforme, méprisé de tous, Miles Vorkosigan veut prendre sa revanche. Il va flirter avec la légalité pour accéder à une certaine reconnaissance. 

Mais là s'arrête la ressemblance car au final le personnage est assez sympathique, notamment quand il tente de séduire la fille de son garde du corps. Vorkosigan, dans ce premier tome, fait son apprentissage de guerrier et recrute les hommes qui l'aideront dans sa quête. 

C'est assez basique mais suffisamment novateur pour faire rêver tous ceux qui espèrent encore s'évader de leur triste quotidien en conquérant les étoiles...

« La saga Vorkosigan » (tome 1), Soleil, 12,90 €

vendredi 19 février 2010

BD - Solitaires dans la désolation


Une catastrophe a dévasté le monde. Il ne reste que quelques survivants. Aux pouvoirs spéciaux. Ainsi cet homme vit replié dans une ville où il est le seul encore en vie. C'est un nécromancien. Un don bien utile quand on vit entouré de cadavres. Grâce à la force de son esprit, il parvient à leur redonner un souffle de vie. 

Ce ne sont que des zombis, incapables de volonté ou de parole, mais c'est mieux que rien et cela lui permet de ne pas devenir complètement fou. Il s'aventure rarement dans le désert car ce territoire a été colonisé par d'autres survivants, des mutants très agressifs. Mais leur chair est appréciable en cette période de disette. 

C'est au cours d'une partie de chasse que le nécromancien rencontre la sorcière. Une jeune femme qui survit car elle peut lire les pensées des êtres l'approchant et donc deviner l'arrivée des mutants. Ils vont faire cause commune et tenter de trouver des explications à la catastrophe en se dirigeant vers le sud. 

Première partie très réussie d'une trilogie prometteuse, écrite par Isabelle Bauthian et dessinée par Anne-Catherine Ott. Deux femmes pour un univers dur et violent.

« Havre » (tome 1), Ankama éditions, 14,90 € 

jeudi 18 février 2010

Roman - La folie sans fard racontée dans "Anges" de Julie Grelley

Ames sensibles s'abstenir. Le roman de Julie Grelley raconte dans le détail la folie d'une femme, obsédée par la pureté des anges.


Que se passe-t-il dans la tête des fous ? Comment, dans leur délire, arrivent-ils à commettre les exactions les plus horribles sans jamais hésiter ni avoir de remords ? Ce roman de Julie Grelley va vous expliquer dans le détail, sans fard ni tabou, comment Colline, 33 ans, ancien mannequin, va devenir une redoutable tueuse d'enfants. Et souvent c'est Colline qui parle, choix délicat pour l'auteur car elle a du écrire à la première personne des phrases qui ne peuvent laisser le lecteur (et elle-même) indemne. Une expérience parfois déconcertante, éprouvante et même déstabilisante. Mieux vaut être parfaitement équilibré dans sa tête pour aborder ce roman qui repousse les limites de l'horreur.

Colline a eu deux vies, deux apparences. Actuellement, elle pèse 109 kilos, a des cheveux châtains, des yeux marrons, les dents jaunes, le nez cassé et une cicatrice sur la lèvre. Quand elle avait 16 ans, c'était une blonde aux yeux bleus, filiforme, au visage gracieux. Une beauté époustouflante qui a rapidement été mise en valeur par une agence de mannequins. Durant quelques années, Colline était connue sous le nom de Lynn, elle a fait les couvertures des plus grands magazines de mode, les couturiers se l'arrachaient. Comment la plus belle femme du monde est-elle devenue cette vendeuse informe d'une petite quincaillerie dans une ville sans âme de Normandie ? Et pourquoi est-elle sous contrôle judiciaire après avoir passé deux ans en prison ?

« Mutiler de façon définitive »

Le lecteur va découvrir par petits retour en arrière le parcours de Colline. Notamment pourquoi elle est considérée comme délinquante sexuelle. Elle a été surprise par ses parents alors qu'elle faisait des attouchements à un enfant de 13 ans. Un gamin, au visage angélique. Les anges. Là réside tout le problème de Colline qui a perdu la raison en découvrant les castrats. Cet enfant, elle ne voulait pas abuser de lui sexuellement. Simplement elle voulait le transformer en ange en lui sectionnant le sexe... Un peu plus loin dans ce récit âpre, on découvre la « philosophie » du personnage : « Pour être sûr qu'un amour est véritable, il faut que le désir ait disparu. Et pour que le désir ait disparu, il faut que la beauté ait disparu ». Ce qui explique son enlaidissement. Le nez cassé, c'est son œuvre, avec un simple marteau. Mais elle va encore plus loin. « Et pour être encore plus sûr que le désir ait totalement disparu, il faut inciser et couper et sectionner et taillader et tordre et nécroser et arracher et mutiler de façon définitive. »


Colline fait croire à son psy qu'elle va mieux. En réalité elle cherche toujours à se fabriquer un ange. Elle a déjà enlevé plusieurs enfants et tenté, en vain, de les purifier. Tout ce qu'elle obtient, ce ne sont pas des anges mais des petits cadavres.

Elle insiste pourtant. Colline vient de repérer un jeune garçon, pensionnaire près de chez elle. Ce sera lui le bon. Elle élabore tout un plan et s'équipe pour réussir, enfin : « Colline dispose sur la table les trois pinces coupantes nécessaires à la purification. Une pour les testicules et une pour le pénis et une troisième plus petite pour les finitions, une fois que le plus gros aura été enlevé. » Ce passage donne l'esprit et le ton du roman. Et ce ne sont que les préparatifs, l'horreur ira crescendo au fil de pages d'un ouvrage à réserver à un public averti et au cœur bien accroché.

« Anges », Julie Grelley, Albin Michel, 15 € (Photo Philippe Grollier)

mercredi 17 février 2010

BD - Amours modernes


L'amour ce sont de jolis sentiments, mais cela passe aussi par des actions plus prosaïques et physiques. De nos jours, l'amour se trouve aussi au détour d'internet ou de soirées entre amis. 

Ce recueil de gags signés Vicky Vaile (scénario) et Marc Védrines (dessin) raconte la rencontre, la fusion charnelle puis la vie commune entre Garance et Mathieu. Après la première rencontre, ces deux-là mettront du temps avant de conclure. Cela donne de savoureux intermèdes au cours desquels on en apprend un peu plus sur les discussions des filles entre elles. 

C'est parfois aussi gratiné que quand les mecs se racontent leurs prétendus exploits sexuels... Mais les auteurs évitent toute vulgarité et au final c'est même très romantique.

« Attrape-moi... », Drugstore, 13 €

mardi 16 février 2010




D'amour il en est également question (voir la note d'hier) dans « Liberty », dernière production de Warnauts et Raives chez Casterman. Mais un amour qui mettra bien des années à s'imposer. Au début, ce n'est que violence. 

A Kinshasa, en 1974, la jeune et belle Tshilanda est violée par un touriste blanc. Elle pourra cependant éviter la disgrâce en rejoignant New York grâce à deux protecteurs providentiels : un musicien de jazz afro-américain et un diplomate français. 

Elle pourra y élever sa fille, prénommée Liberty, et profiter un peu du rêve américain. Liberty qui durant des années ne saura rien de son véritable père. 

Cette histoire à plusieurs voix s'achève en 2008 avec l'élection de Barack Obama, symbole de cette nouvelle Amérique reconnaissant enfin l'importance de toutes ses minorités.

« Liberty », Casterman, 15 € 

lundi 15 février 2010

BD - Amour fou autour de Montespan


Adapté du roman de Jean Teulé, l'album « Le Montespan » relate l'amour fou de ce noble français pour sa femme devenue maîtresse du roi. Philippe Bertrand, que l'on avait plus l'habitude de savourer dans des ambiances modernes, est fidèle à l'histoire du cocu le plus célèbre de son temps. 

Louis-Henri de Pardaillan tombe dans les bras de Françoise Rochechoart de Mortemart. Après quelques années de bonheur absolu, la jeune et jolie marquise de Montespan tape dans l'œil de Louis XIV qui la prend pour maîtresse. Mais le mari, loin d'être flatté, va se lancer dans une véritable guérilla contre le roi soleil. 

Un amour fou combiné à beaucoup d'humour donne aux deux auteurs la matière à un album historique, coquin et rafraîchissant.

« Le Montespan », Delcourt, 14,95 € 

samedi 13 février 2010

BD - Rêves atomiques


Rares sont les comics américains qui trouvent un large public en France. Ces histoires de super héros sont trop souvent à des lieues des traditions européennes. Pourtant, régulièrement, une série émerge et réussit à s'imposer dans la masse. « Echo » de Terry Moore en est le dernier exemple.

L'histoire présente plus l'héroïne en victime qu'en redresseuse de torts et le dessin, en noir et blanc, est suffisamment ligne claire pour ne pas déboussoler l'amateur français. Le second tome vient de paraître chez Delcourt et on retrouve avec plaisir la belle Julie Martin. Alors qu'elle se trouvait dans le désert, elle assiste à l'explosion d'un engin en plein vol. Il s'agit du prototype d'une combinaison atomique qui se colle littéralement au corps. Julie est touchée par quelques éclats qui rapidement vont fusionner avec sa peau et se propager sur le haut de son torse. Elle devient ainsi une redoutable arme recherchée par l'armée et la sécurité du territoire. Dans sa cavale, elle recevra l'aide d'un ranger qui lui aussi à assisté à l'explosion.

Dans ce second volume, les épisodes 6 à 10 dans la version originale du comics, elle sera confrontée à un autre homme ayant été contaminé par la combinaison. Mais lui, clochard dément, ne se pose pas de questions et tente de dégommer tout ce qui bouge, Julie y compris. C'est passionnant, plein d'action, de violence et de psychologie.

« Echo » (tome 2), Delcourt, 12,90 €